Eh bien, on peut dire que pour une fois, je ne vous fais pas attendre si longtemps que ça pour avoir la suite, pas vrai?A dire vrai, le chapitre 17 est en bonne voie, et je dois avouer que je suis assez impatiente de commencer les chapitres qui suivent, j'attendais ça avec un moment. Je suis même surprise d'avoir mis autant de temps pour y arriver.
Enfin, vous verrez bien, en attendant, bonne séance et merci à tous mes petits lecteurs!
Froide, métallique et insupportable.
Edward dut retenir un haut le cœur tandis que l'odeur du sang se frayait un passage jusqu'à ses narines frémissantes, lui enserrant la gorge comme un serpent monstrueux.
Ce n'était pas première fois, que le Fullmetal était confronté à un cadavre ou à la réalité brute de la mort dans son apparence la plus repoussante. Il avait fait une descente aux enfers après tout. Mais quelque part, dans un recoin de son cœur, il avait encore l'espoir naïf et enfantin de ne plus jamais revoir un tel spectacle.
La première fois qu'il avait vu la mort, ça avait été avec les parents de Winry. Bien que « voir » soit un bien grand mot, tués sur un champ de bataille alors qu'ils cherchaient à sauver des vies à des kilomètres de la maison. Mais plus qu'une vision, c'était le sentiment accompagnant cette terrible nouvelle qui lui avait retourné l'estomac. Du haut de leurs 8 et 7 ans, les frères Elric avaient vécu la perte d'un proche, d'un ami. Ils avaient connu l'angoisse, les larmes et la tristesse.
Puis cela avait été au tour de leur mère. Et ils avaient compris alors ce qu'était la solitude, ce vide impossible à combler malgré tous leurs efforts. Malgré tout le soutien qu'on leur avait apporté.
Mais Edward, lui, avait tout de même essayé. Essayé de reboucher le trou béant dans son âme et son cœur, au mépris des règles et des interdits.
Et il avait à nouveau vu la mort, lui qui ne cherchait qu'à redonner la vie. Une mort sale, putride et terrifiante, au milieu d'une mare de sang, d'os et de chairs. Cette mort qui lui avait pris sa mère une seconde fois, qui avait condamné son frère à ce corps de métal et qui le rongeait jour après jour d'une culpabilité atroce.
Et cette mort, une fois de plus, lui montrait aujourd'hui une nouvelle facette, lui renvoyant sa propre impuissance au visage et riant de ce désespoir qu'elle lisait dans ses yeux.
Le jeune homme serra les poings dans les manches de son manteau rouge. A ses côtés, Alphonse se dandinait d'un pied sur l'autre, mal à l'aise, détournant les yeux du corps sur la table d'autopsie.
La pièce était froide, sans âme, sentant la javel derrière les relents d'hémoglobine. Un mélange à vomir.
Ed déglutit difficilement, une boule dans la gorge, et jeta un coup d'œil à Gust, debout près du médecin (le même homme rondouillard qui l'avait consultée la veille) et qui s'essuyait les mains sur un torchon. Landers les avait accompagnés et se tenait à la porte, le visage verdâtre, proche du malaise.
Et au milieu de ce rassemblement silencieux et hétéroclite ; une jeune fille blonde, entre 17 et 20 ans, allongée sur sa table glacée. Des plaques de sang s'accrochaient encore dans ses cheveux blonds et des stries profondes marquaient la peau autrefois pleine de vie. Le médecin avait tout juste eu le temps de la laver, récupérant quelques échantillons de sang, des résidus de tissus, des preuves contre les fous qui s'étaient acharnés sur le corps.
Edward tenta de réprimer ses tremblements devant ce spectacle immonde. Il ferma les yeux et inspira à fond, essayant de se focaliser sur quelque chose de concret. Quelque chose autre que cette jeune femme morte à la peau rayée de longues larmes rouges et noires. Les bords boursoufflés de ses blessures, le sang qui perlait encore, les bleus, les hématomes. Son visage défiguré, à peine humain…
Edward ferma les yeux.
Une nouvelle image vint se superposer sur celle de la jeune fille blonde, s'imprimant sur l'écran noir de ses paupières.
Il y a du sang. De la fumée, des os. Cette odeur de soufre.
_ Sortez.
La voix d'Helena, aussi dure et froide que la table d'autopsie, venait de claquer sèchement dans l'air, le ramenant malgré lui à la réalité. Le jeune homme ouvrit les yeux pour les poser sur sa collègue.
La mâchoire crispée, elle regardait leur cadavre d'un air où il aurait été vain de chercher le moindre sentiment. Droite, professionnelle. Détachée.
Edward secoua la tête. Une part de lui voulait fuir l'endroit. Courir le plus loin possible de cette abomination et ne plus jamais y remettre les pieds. Une autre, nommée fierté, l'empêchait de bouger.
_ Non, je reste.
Helena ne prit même pas la peine de se tourner vers lui pour lui répondre.
_ Tu pars. Et tu prends ton frère avec toi. C'est un ordre.
Le Fullmetal gonfla les joues, prêt à répliquer alors que le soulagement de s'éloigner du cadavre envahissait sa poitrine.
_ Je veux que vous partiez. Tout de suite.
Ed garda la bouche ouverte sans émettre le moindre son, presque choqué. Il avait déjà vu Helena se mettre en colère, pester pour un oui ou pour un non, l'agonir d'insultes lorsqu'ils se prenaient joyeusement la tête dans la voiture. Il l'avait vue cynique, moqueuse, compatissante et aimable.
Jamais il ne l'avait vue à ce point sérieuse et autoritaire. Pendant une brève seconde, il crut distinguer Mustang à la place de l'Alchimiste du Vent.
Edward jeta un coup d'œil à son frère, en retrait. Son heaume était tourné vers le cadavre, ses yeux fixés sur la table dans une fascination morbide et effrayée. Le plus âgé des deux sentit son cœur se serrer.
A quoi pouvait bien penser son petit frère à la vue de tant d'horreur ? Quels souvenirs allaient encore venir troubler ses nuits sans sommeil, ne lui garantissant aucune paix ? Un vague de remord saisit le blond à la gorge et il se détourna, entrainant vivement l'armure qui ne pipait mot. Ils disparurent dans une série de grincements métallique et Helena ne retrouva sa respiration qu'une fois la porte claquée.
Elle avait été idiote. Terriblement stupide. Qui amènerait des enfants de 15 et 14 ans dans une morgue ? Certes, elle avait cru que le corps retrouvé serait…en meilleur état, mais cela n'enlevait rien au geste. Elle n'avait pas réfléchit. Et s'en mordait les doigts.
Gust respira un coup, calmant les battements angoissés de son cœur. Il fallait qu'elle se concentre. Bordel, avec de tels malades en liberté, était-ce encore une bonne idée de garder les frères Elric sur cette mission ? Et s'ils étaient les prochains sur la liste ?
'Stop. C'est pas le moment de paniquer. Tu auras tout le temps pour les remords tout à l'heure. Concentre-toi sur l'essentiel.'
Helena se pencha sur le cadavre, étudiant les balafres multiples d'un air froid et détaché, veillant à ce que ses cheveux ne viennent pas la gêner.
Le visage était tuméfié, à peine reconnaissable parmi les coupures et les ecchymoses, un amas de chairs sanguinolentes avec lequel on se serait amusé. Et vu l'état de la salle d'autopsie, il était presque impossible que l'on puisse déterminer qui était cette pauvre fille avant un bon moment.
_ A combien de temps remonte sa mort ?
La voix de la jeune femme était aussi froide que le métal de la table. Le médecin haussa les épaules.
_ Aucune idée pour le moment. On me l'a amenée il y a seulement 2h, vous pensez bien que je n'ai pas eu le temps de pousser bien loin mes investigations.
_ Inutile de vous demander si ces blessures ont été faites post-mortem, alors. Ou bien ce que sont ces marques.
D'un geste, elle désigna les étranges plaques rouges qui ressemblaient à des brulures sur les bras et le torse de la victime. La peau semblait avoir été arrachée, coupée ou elle ne savait quoi. Les plaies étaient trop nettes, appliquées un peu au hasard, mais toujours avec une étonnante régularité, comme si on avait délimité des zones d'essais. Comme pour expérimenter elle ne savait quoi. A nouveau, le médecin légiste secoua négativement la tête et remit ses lunettes en place.
_ Ça va prendre du temps, vous savez. Je ne suis pas légiste à la base, va peut-être falloir que je téléphone à un confrère de Vernes ou Orclan.
_ Je vois.
Gust se massa le nez, sentant une vague d'agacement et de frustration la saisir.
Evidemment, ce type était le seul « scientifique » du village, capable de faire un peu de tout sans être spécialisé en quoique ce soit. Et envoyer le corps à East-City pour des analyses plus poussées (et un résultat fiable), prendrait bien trop de temps. Un raclement, suivit d'un gargouillis étranglé, se fit entendre dans son dos.
_ Landers, lança la jeune femme sans même ouvrir les yeux, bras croisés, appuyée sur une jambe. Si vous vous sentez mal, allez donc prendre l'air au lieu de vous retenir de décorer les murs. Je n'ai pas besoin de vous ici.
L'inspecteur rougit un peu derrière le vert de son teint, mal à l'aise d'être pris en flagrant délit. Il s'excusa, balbutia avant de sortir en trébuchant sur ses propres pieds. Helena l'entendit hoqueter dans le couloir. Les voix des frères Elric, restés sur place car n'ayant pas la possibilité de repartir avec la voiture, se firent entendre, lui demandant s'il allait bien.
La jeune femme soupira, jeta un coup au macchabée puis sortit à la suite de Landers pour les retrouver.
Alphonse et Edward se tenaient dans le hall, le premier tendant gentiment un verre d'eau à l'inspecteur dont la couleur de peau entrait dans une gamme de verts assez étonnante, le deuxième appuyé contre le mur, le visage fermé. Helena se mordit l'intérieur des joues.
_ Inspecteur, j'aurais besoin d'un appareil photo.
L'interpellé releva la tête, lui lançant un regard un peu vitreux, tandis que les frères Elric la fixaient eux aussi d'un drôle d'air. Ed en particulier, qui semblait aussi choqué que dégouté par la demande.
_ Qu'est-ce que tu comptes faire d'un appareil photo ?! Cracha-t-il, indigné. Tu comptes retapisser ta chambre avec des clichés de cette pauvre fille ?!
'J'ai vraiment fait une grave erreur en les amenant ici.'
_ Non. C'est pour le dossier. Et j'en aurais sans doute besoin pour étudier les blessures sans avoir besoin de revenir.
La colère d'Edward retomba comme un soufflet monté trop vite. Il baissa les yeux, serrant les dents et Helena lui lança un regard peiné qu'il ne vit pas. Landers se remettait peu à peu de ses émotions.
_ Je- j'en ai un, normalement. Dans la voiture… pour les scènes de crimes.
_ Allez me le chercher, s'il vous plait.
Le brun acquiesça et fila hors de la pièce. Le silence tomba, glacé et invivable. Helena sentit sa vieille peur remonter à la surface, lui compressant légèrement la poitrine. Elle observa les deux frères, Alphonse ayant trouvé à s'assoir dans un coin, le plus loin possible de la salle d'autopsie.
'Qu'est-ce que j'ai fait, bordel ?'
Landers revint rapidement, trébuchant dans les deux marches qui séparaient le trottoir du hall et manquant de s'emplafonner la porte du cabinet médical. Helena le remercia et revint dans la salle, achevant le plus rapidement possible sa sale besogne.
Le vieux polaroïd cracha une série de clichés qu'elle ordonna soigneusement avant de les fourrer dans sa veste. Le médecin s'était à nouveau penché sur la fille et l'Alchimiste lui lança un dernier regard depuis le pas de la porte. Bon sang, cette pauvre gamine était à peine plus jeune qu'elle…
Une vague de colère et de culpabilité l'envahit.
'Ces salauds. Ils savent que nous sommes ici et ils nous envoient un message. Quelqu'un dans ce putain de village n'est pas aussi blanc qu'il veut nous le faire croire.'
Elle sortit de la salle, passant devant les Elric en soufflant à voix basse :
_ Venez, on rentre.
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_ Je suis désolée.
Edward sortit assez brusquement de ses pensées et se dévissa presque le cou tant il tourna rapidement la tête pour fixer Helena sans comprendre. Les deux mains fermement ancrées sur le volant, le visage perdu dans l'obscurité, il ne pouvait distinguer son expression, mais la frustration et la culpabilité qu'il sentait perler dans sa voix lui donnait un indice assez clair sur son état d'esprit.
Il reprit sa pause contre la fenêtre, le menton dans une main.
_ J'vois pas pourquoi.
_ Je n'aurais pas dû vous amener avec moi. C'était irresponsable et idiot de ma part, je m'en excuse.
Edward ricana, touché quelque part, mais refusant de l'admettre. Ah ça, elle pouvait être désolée, leur montrer ça... Cependant le Fullmetal savait pertinemment que tôt ou tard, il aurait fini par devoir croiser un corps dans un état similaire. Et il préférait encore l'avoir vu aux côtés de son frère et d'Helena plutôt que seul.
_ Vous n'avez pas à vous en faire, Mlle Helena, approuva doucement Alphonse depuis la banquette arrière, rejoignant les pensées de son frère. Vous n'y êtes pour rien.
_ Si. Je suis responsable de vous. Excusez-moi tous les deux, mais vous n'êtes encore que des gamins et certaines choses devraient définitivement rester hors de votre vue.
_ Tch. C'est pas comme si on n'avait pas vu pire que ça, marmonna Ed dans sa barbe.
Une transmutation humaine ratée valait bien toutes les blessures de cette malheureuse jeune fille. Helena tourna légèrement la tête pour dévisager son collègue mais n'ajouta rien, gardant pour elle ses questions.
Elle reprit la parole alors qu'ils entraient finalement dans la rue de leur hôtel.
_ Ecoute-moi, Fullmetal. Le jeune bougea, preuve qu'elle avait capté son attention. Si on continue à se faire la guerre et mener notre enquête chacun de notre côté nous n'obtiendrons rien d'autre que de nouveaux cadavres au pied de l'escalier. Je te propose une trêve, au moins le temps de cette mission. Ensuite, si vraiment ça te tient à cœur, on pourra recommencer à se taper dessus sans problème.
Alphonse émit un léger gloussement amusé alors qu'Edward dévisageait Gust sans rien dire. Elle arrêta la voiture sur le parking non loin de leur bâtiment rose saumon et se tourna vers lui, tendant une main. Le Fullmetal la regarda un moment puis finit par la lui serrer. Bien que cela lui coute de l'admettre, Gust avait raison sur ce point. Leur incompétence avait fait perdre la vie à une victime innocente. S'ils avaient cherché à coopérer dès le début, peut être auraient-ils pu la sauver.
_ Trêve, accepta-t-il en lui serrant doucement les doigts, veillant à ne pas les lui broyer sous la force de son auto-mail.
Un mince sourire étira les lèvres de son vis-à-vis, soulagée sans doute, et ragaillardie.
_ Trêve, répéta-t-elle avec une pointe de solennité.
Depuis la banquette arrière, Alphonse les regardait avec une once de fierté et de joie. Quelque part, il ne savait trop où, une entité supérieure avait entendu ses prières et l'avait pris en pitié. Gloire à cet illustre inconnu qui lui sauvait la vie et préservait avec efficacité sa santé mentale.
Les trois jeunes gens descendirent finalement de la voiture après ce nouvel accord enfin signé sans verser une seule goutte de sang, et gagnèrent le hall encore éclairé de leur hôtel. Il n'était pas si tard que cela, et les cuisines dégageaient encore un fumet de nourriture tout à fait enviable. Helena hésita un instant et eut un pauvre sourire à l'adresse des deux frères.
_ J'imagine qu'un repas après tout ça ne vous tente pas des masses…
Les deux frères se concertèrent rapidement du regard mais l'estomac visiblement insondable du plus vieux décida pour le groupe en émettant une vive protestation à l'idée de ne pas être remplit. Helena regarda le blond avec un air profondément surpris. Ed haussa les épaules, fataliste.
_ Moi, je grignoterais bien un truc quand même. Ça va faire un moment que je n'ai rien avalé.
_ Tu as mangé i peine deux heures, le morigéna Alphonse.
_ Une éternité !
Et tandis que les deux frères se chamaillaient gentiment, se donnant tout le mal possible pour ne plus penser aux minutes précédentes, Helena les contempla en souriant. Si l'un d'eux l'avait regardée à ce moment-là, il aurait pu voir une mélancolie amère se peindre sur ses traits. Mais ils ne le firent pas, occupés à argumenter leur point de vue et Gust dut se racler la gorge pour attirer leur attention.
_ Vous n'avez qu'à commander, j'ai un coup de fil à passer.
Ed haussa un sourcil septique.
_ Encore ? Tu ne fais que ça depuis qu'on est arrivé. Ma parole, la rumeur concernant les filles et le téléphone est donc bien fondée.
_ Je tiens Roy au courant de nos avancements, bien qu'ils soient plutôt mineurs en ce moment, rétorqua Helena avec une pointe d'agacement ; elle n'aimait guère le sarcasme dans la voix du plus jeune. Et j'avoue ne pas avoir totalement confiance dans les compétences de ce médecin. Ce gars sert à la fois de vétérinaire, légiste, rebouteux, pharmacien et j'en passe. Comme on ne peut pas envoyer le corps à East City pour des analyses plus poussées, je vais contacter quelques collègues pour obtenir plus d'informations.
_ D'où la nécessité de prendre les photos, comprit Alphonse en hochant la tête. Helena acquiesça.
_ Oui. Vous n'avez qu'à m'attendre en haut, ça risque de prendre un moment. Nous mettrons nos trouvailles en commun par la suite.
_ C'est le Colonel qui paye tous nos frais, non ? Lança soudain Ed comme s'il venait d'avoir l'illumination du siècle. Helena, qui se dirigeait déjà vers le téléphone, s'arrêta. Elle leva un sourcil, surprise de la question.
_ Oui, pourquoi ?
Le jeune blond esquissa un sourire moqueur.
_ Oh, pour rien. Pour rien.
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Comme elle en avait désormais l'habitude, Helena se cala dans l'alcôve à côté des cuisines, clichés et calepin en main, mâchouillant un crayon. Le combiné dans le creux de l'épaule, la jeune femme composa machinalement le numéro bien connu et n'attendit que deux sonneries avant qu'une voix bourrue ne lance :
_C'pour quoi ?
_ Docteur Knox ? Navrée de vous déranger à cette heure ; Helena Mustang à l'appareil.
Il était rare pour elle d'utiliser le patronyme de son père adoptif. Non pas qu'elle ne ressentait pas le besoin d'appartenir à la petite famille Mustang, au contraire. Seulement, pour éviter des problèmes et autres débordements, notamment au sein de son travail, il était parfois plus commode d'être une anonyme Lewin qu'une Mustang soit disant pistonnée. Et inversement.
Dans le cas présent cependant, il n'y avait pas grand-chose à craindre et le nom de Roy lui était venu comme une habitude. Une marque de reconnaissance, dirons-nous.
_ Tiens. La petite Mustang, ça faisait longtemps. Un problème avec ton traitement ?
_ Non, non. Je ne vous appelle pas pour ça, en fait. Roy vous a parlé de ma mission actuelle ?
_ Non, pourquoi ? Il aurait dû ?
_ Hem, pas vraiment. Mais on ne sait jamais avec lui, dès que je m'éloigne un peu trop de la maison…
Le médecin légiste –un vrai cette fois ci—éclata d'un rire rendu rauque par l'alcool et la nicotine. Helena l'entendit se déplacer en arrière-plan.
_ Pas faux. Qu'est-ce que je peux faire pour toi, gamine ?
_ J'aurais besoin d'un avis médical et de quelques précisions. Lena étala les photos sur la tablette, en levant une à la lumière pour mieux la distinguer. Nous venons de retrouver un corps.
_ De là où je suis, je ne pense pas t'être d'une grande aide.
_ J'ai seulement une question en fait, concernant les blessures sur le cadavre. Je pense qu'il pourrait s'agir de brulures, mais j'aimerais le confirmer.
_ Qu'est-ce qui te fait croire qu'il s'agisse bien de brulures ?
_ Peau à vif, quelques cloques… je ne vois pas vraiment une arme blanche causer de tels dégâts.
_ Hum. De quelle couleur est la peau de ton macchabé ?
_ Sur la blessure, vous voulez dire ?
_ Oui.
_ Euh…, Helena attrapa une photo pour l'étudier plus à son aise. Eh bien, rouge. Pour les parties les plus… nettes, dirons-nous. Le reste semble être… nécrosé ?
_ Décris moi ça, gamine.
Helena obéit, les photos sous le nez, donnant le plus de détails et de précisions possibles. A la fin de son compte rendu, elle laissa passer quelques minutes, le Docteur Knox semblant réfléchir.
_ Tant que je n'ai pas le corps sous les yeux, impossible de déterminer quel est le produit qui a fait ça.
_ Un produit ? S'étonna la jeune femme en reposant les clichés, s'appuyant contre le mur. Je ne comprends pas, ce ne sont pas des brûlures ?
_ Si. Mais pas thermiques. Vu ce que tu m'en dis, il s'agirait plus de brûlures chimiques qu'autre chose.
_ Chimique ? Avec de l'acide ?
_ Par exemple. Si ton charlot parvient à identifier les composants résiduels sur les blessures, tu pourras trouver le produit en question.
_ Très bien. Je vous remercie, Doc. Je n'avais vraiment pas confiance en ce type.
_ De rien petite. Eh, dis-moi, de ton côté, y a du changement ?
Helena se figea, ses doigts se crispants légèrement sur le plastique du combiné et un sourire tordu tira ses lèvres.
_ Comme d'habitude, Doc. Ni mieux, ni pire.
Il y eut un silence, puis :
_ Bon. Quand tu reviendras, je te ferais essayer un nouveau truc. Ça vient de Xing ; un mélange d'herbes. Ils sont doués dans ce domaine.
_ Ouais. Passez une bonne soirée, Doc. Et encore désolée de vous avoir dérangé.
_ Hum. A la prochaine, gamine.
Helena raccrocha et resta un moment dans le noir à fixer le téléphone sur son socle mural sans vraiment le voir.
Pas de changements, comme d'habitude. Rien de mieux.
Elle porta la main à son T-shirt et serra inconsciemment le tissu au niveau de son cœur.
Rien de pire.
Elle n'en n'était plus si sure.
₪.₪.₪
_Des brulures d'acide ?
Helena hocha la tête, avalant une bouchée de nouilles chinoises, tentant de ne pas mettre de sauce sur son haut et son menton. Ed la fixait d'un air septique, pas vraiment convaincu par l'information. Sitôt revenue dans leur chambre, Gust avait rejoint les frères Elric pour le repas, Edward se faisant pour une fois une joie de l'accompagner. Ils se tenaient tous autour de la table basse, Alphonse dans le fauteuil ; seul meuble de la pièce à supporter totalement son poids, son ainé s'étant réservé le canapé pour y entreposer tous ses plats. Helena était assise à genoux face au blond avec son bol de nouilles et ses baguettes, une feuille de leur rapport dans la main.
Elle aurait voulu examiner encore un peu les fameuses blessures, mais les Elric n'auraient sans doute pas supporté la vue d'une telle horreur alors qu'ils mangeaient tranquillement. Et elle ne pouvait décemment pas leur imposer cela. Leurs réactions face au cadavre supplicié, bien que plus dignes que celle de Landers, étaient suffisamment équivoques. Helena ne comptait pas faire la même erreur deux fois.
Helena déglutit pour donner un complément d'explications, bien que sans les photos, cela ne soit guère aisé.
_ Oui. Les nécroses, et l'aspect lisse des plaies, sans parler de la couleur et de la forme, très circulaire : des brûlures par le feu ne pourraient pas faire ce genre de dégâts. D'ailleurs, je me demande bien comment j'ai pu le croire. Enfin bref. Visiblement, notre tueur se sert de produits chimiques hautement dangereux.
_ Mais dans quel but ? Questionna Alphonse. J'imagine que ce genre de produit n'est pas simple à trouver, pourquoi s'embêter à torturer ainsi ses victimes ?
_ Un maniaque ? Helena haussa les épaules. Les serials killers se fichent du prix ou de la difficulté à obtenir leur matériel : ils ritualisent leurs meurtres, c'est une partie de plaisir pour eux. Et les outils utilisés, les lieux, tout ceci fait partie d'une routine, il y a un côté sentimental.
_ C'est écœurant, avoua Al d'une petite voix. Ed acquiesça en silence.
_ Tu m'as l'air de savoir pas mal de choses à ce sujet, Gust…
_ Encore à me soupçonner ? Se moqua gentiment Helena. Edward haussa les épaules.
_ Je m'interroge sur tes capacités, c'est tout.
_ Je travaille pour les militaires depuis près de 7ans, maintenant. 6ans et demi, pour être parfaitement exacte. Et j'ai eu le temps d'apprendre un paquet de choses et d'en voir encore plus.
_ Alors vous –tu as déjà vu des meurtres dans ce genre-là ?
Le ton de l'armure avait beau être légèrement vacillant, Helena y percevait une curiosité un peu morbide. Elle soupira, posant ses baguettes sur le bord de la table.
_ Ça m'est arrivé, oui. Avec mon ancien coéquipier. Mais concentrons-nous sur l'affaire. Vous avez pu apprendre quelque chose d'intéressant aujourd'hui ?
Alphonse aurait voulu continuer à l'interroger sur sa carrière militaire, et particulièrement son coéquipier dont elle avait déjà fait mention et qui avait visiblement mal fini. Que lui était-il arrivé ? Etait-il mort ? Défiguré, assassiné?
Curieusement, la vie du Major Lewin le fascinait, et il n'aurait su dire pourquoi. Nombreux militaires et Alchimistes d'Etat avaient vécu des choses atroces, choquantes, et jamais pourtant il n'avait éprouvé le désir d'en savoir plus. Ce n'était pas parce qu'il se retrouvait en présence de la militaire ; il n'avait jamais questionné les équipiers de Mustang sur leur vie professionnelle après tout. Mais Helena lui paraissait différente, comme si son âme était couverte d'un masque blanc qui dissimulait ses souvenirs et ses pensées.
Elle n'était pas franche, ni avec elle, ni avec eux. Et il voulait savoir pourquoi.
Ed grogna, essayant de ne pas s'étouffer avec sa bouchée et s'essuya les lèvres d'un revers de main, tâchant son gant blanc d'un peu de graisse. Al fit mentalement la moue, songeant que son frère n'avait vraiment aucune manière.
_ On a visité les paysans aux abords du village. Ils sont pas nombreux et ils parlent dans un patois, bonjour.
_ Et qu'est-ce que vous avez pu en tirer ?
_ Pas grand-chose, hélas, soupira Al en tendant les papiers qu'ils avaient rédigés quelques heures auparavant. Des vieilles légendes, surtout. Ils ont une peur panique de la montagne et des mines.
_ Tu m'étonnes…
Helena laissa ses yeux errer sur la feuille, notant que le cadet Elric, malgré sa corpulence, écrivait vraiment bien.
'Faudrait que je fasse un effort niveau écriture, moi…'
Mais difficile de tracer correctement des lettres lorsque son bras n'est qu'un amas de fer dont on a peine à contrôler la force. Elle n'avait jamais pu s'habituer à ce membre métallique, elle ne ferait sans doute jamais. Saloperie de…
Helena reporta son attention sur la feuille sous ses yeux. Elle haussa un sourcil.
_ Une légende ? C'est une blague ?
_ C'est la seule chose de cohérente qu'on a pu obtenir. Et ça ne fait qu'expliquer pourquoi la montagne leur fait si peur.
_ Y a rien, c'est qu'un ramassis de conneries tout ça, grogna Edward, agacé de la situation tout comme l'était Lewin.
_ On sait jamais, y a peut-être quelque chose d'intéressant.
Gust parcourut rapidement la page des yeux, lisant de travers.
_ Nia, nia, nia… création des mines…ancien territoire de chasse du démon Corbeau… creuser dans les mines aurait réveillé la créature qui reviendrait se venger en emportant les jeunes du village…
Helena reposa les feuilles.
_ Ok, c'est n'importe quoi.
_ Tu vois.
_ Je savais les gens du coin superstitieux, mais là… j'imagine que nos chers tueurs se sont servis de ça pour détourner l'attention et empêcher les gens de venir fouiner.
_ Ce qui nous ramène à l'hypothèse des mines, observa judicieusement Alphonse.
_ Un peu bouchée, cela dit, renchérit Ed en avalant une nouvelle portion. Helena se massa la tempe.
_ On est toujours aussi peu avancé. Tout ce qu'on sait, c'est que les types qui ont fait ça savent qu'on est ici et qu'on les cherche.
Les deux frères se regardèrent rapidement. Alphonse reprit la parole d'une petite voix.
_ Tu crois vraiment ?
Helena hocha la tête et tapota la feuille du doigt.
_ Cette fille sur la table, c'est pas une simple coïncidence. Pourquoi renvoyer un corps si ce n'est pour dire qu'ils maitrisent totalement la situation ? Ils nous font savoir qu'ils sont là, et que cela ne les empêche visiblement pas de faire leurs petites affaires. Ils doivent prendre ça pour un jeu.
_ Les fumiers, ils se foutent de notre gueule ! Tempêta Ed, le visage rouge de fureur. Al se raidit.
_ C'est immonde…
Helena sourit tristement.
_ Malheureusement, c'est sans doute la vérité. Et ça ne m'étonnerais pas vraiment que nous soyons maintenant pris pour cible.
Regards choqués de la part des deux autres. La brune ne put leur offrir qu'une mine la plus rassurante possible. Leur cacher la vérité à ce niveau-là pouvait se révéler extrêmement dangereux, Helena préférait les savoir sur leurs gardes, au cas où la situation l'exigerait. Le teint d'Edward était passé de rouge à blanchâtre.
_ Nous ? Pour cible ?
_ C'est un risque, oui. Ce pourquoi on doit désormais se montrer prudent et éviter de se séparer.
Ed se mordit la lèvre avant de jeter un discret coup d'œil à son frère. Il ne savait plus s'il devait être reconnaissant envers Gust ou bien en colère. Être pris pour cible, cela incluait également Alphonse, et le jeune Alchimiste refusait qu'il arrive quoique ce soit à son cadet. Merde, si seulement il était resté à Reesemboll…
Il se souvint de la scène qu'il avait fait ce jour-là pour qu'Alphonse les accompagne. A ce stade, il ne pensait pas que leur enquête prendrait une telle tournure. Helena avait sans doute anticipé cette partie-là de l'affaire et avait tenté de l'en dissuader. Il lui en voulait un peu de ne pas avoir insisté davantage, maintenant que Al se trouvait clairement en danger.
Le forcer à revenir vers East City était inutile, les mêmes conclusions vis-à-vis de la dangerosité de leur mission devaient sans doute tourner dans l'esprit du plus jeune des Elric, qui refuserait de laisser son ainé sur place, même en compagnie d'Helena.
Et la malheureuse Gust, qui se voyait désormais chargée de veiller sur les deux adolescents. Elle ne se le pardonnerait pas si jamais il arrivait le moindre problème.
Ils travaillèrent jusqu'à relativement tard dans la nuit, essayant de recouper leurs maigres informations sans aboutir à quelque chose de bien concluant. Quand il apparut que garder les paupières ouvertes était devenu une tâche insurmontable, Helena décréta qu'ils feraient mieux d'aller se coucher. Ed lui céda le lit, offre que la brune refusa, pour d'obscures raisons. Alphonse lui fit jurer qu'elle serait encore là quand ils se lèveraient et chacun gagna son plumard après les salutations d'usage.
L'armure bénit le fait que la soirée se termine sur une note calme et posée, sans que la moindre insulte ou pique moqueuse n'ait jailli durant leur mise en commun. Enfin quelque chose qu'il ne regretterait pas.
La porte se referma sur la boite de conserve qui agitait gentiment la main à l'adresse d'Helena. Cette dernière attendit encore quelques minutes que les bruits dans la chambre se taisent puis s'autorisa à agoniser.
Depuis dix minutes qu'elle se retenait tant bien que mal de cracher ses poumons, elle n'était pas certaine de pouvoir tenir plus longtemps. Se levant en chancelant, elle gagna rapidement le couloir afin de ne pas alerter les frères Elric. Appuyée d'une main sur le mur, l'autre sur sa bouche pour minimiser le bruit de ses expectorations, les larmes lui montèrent aux yeux en même temps qu'une douleur lancinante lui ravageait les poumons.
'Bon sang… ça fait mal…'
Dix minutes passèrent encore, durant lesquelles Helena se demanda si mourir maintenant ne serait pas un sort plus enviable. Elle avait depuis un moment glissé de son appui et gisait maintenant à genoux sur le parquet miteux du couloir plongé dans la pénombre. Une part de son esprit se demandait encore comment les pensionnaires se débrouillaient pour ne pas entendre le boucan qu'elle faisait tandis que l'autre essayait tant bien que mal de la faire reprendre son souffle.
Helena ferma les yeux et se plia en deux, les mains serrées autour de son ventre dans une vaine tentative de se calmer. Dieu, qu'elle détestait ça. Alors que les minutes s'agrainaient lentement, la brune se décida à rentrer dans la suite. Chancelante, elle poussa la porte, priant pour que ni Al, ni Ed, ne l'attendent sur le seuil de la chambre en lui demandant ce qu'elle foutait.
Fort heureusement pour elle, le salon était vide et elle regagna le sofa à pas lents, s'y laissant lourdement tomber. Des yeux, elle chercha le tas d'affaires qu'elle avait sorti de son sac pour ne pas être encombrée durant ses excursions et se releva pour y farfouiller.
Des vêtements, des papiers, des sachets de bouffe séchée, crayons, livres, cartes…peu de choses avaient finalement terminé englouties au fin fond des mines, elle avait même pu sauver…
Helena poussa un gémissement en se prenant la tête dans les mains, réalisant son erreur.
_ Merde… merde, merde, merde.
'Et maintenant, je fais comment ?'
Bon, ok, j'avoue être une sadique de terminer comme ça. J'adore la faire souffrir, c'est extrêmement jouissif, vous n'imaginez pas à quel point. Bien, un chapitre peut être un peu plus court que les autres, la situation met un temps toujours aussi infini à se décoincer mais on y arrive doucement. Je me rend compte qu'il va y avoir bien plus d'action vers la "deuxième partie" de cette fic en fait. J'ai dû mal à croire que j'ai réussi à tenir 16 chapitres et qu'il y ait encore des gens pour suivre ça.
En tout cas, merci une fois de plus aux lecteurs, n'hésitez surtout pas à laisser un mot, ça m'aide grandement à m'améliorer et ça me fait aussi immensément plaisir. Les auteurs sont des créatures étranges qui se nourrissent de reviews, pensez à les nourrir. Pas après minuit par contre, ça pourrait dégénérer, ils font des petits et cela déclenche un phénomène de "Grimmlisation"
Sur ce, à la prochaine.
