Oh, allez, je me suis dit, faisons un geste et donnons leur un nouveau chapitre pour Halloween. D'ailleurs, il collerait presque au thème, ce fameux chapitre. Alors une bonne lecture à vous, et pour les plus jeunes (quoique, les plus vieux aussi ont le droit d'aller chasser) 'gaffe aux caries.
Une quinte de toux, un reniflement et un mouchoir qui sembla apparaitre devant son nez comme par magie. Helena leva la tête pour trouver un heaume médiéval qu'elle devinait souriant, sans pour autant le confirmer.
_ Tiens.
La brune sourit et prit l'objet dont elle avait le plus besoin à l'heure actuelle, se mouchant allégrement. Qu'il était agréable de se décrasser un peu les bronches et les sinus. Alphonse eut un sourire mental amusé malgré le peu de grâce qu'Helena mettait dans l'action. Assez curieusement, il avait l'impression de voir son frère à 8 ans, qui prenait un malin plaisir à faire le plus de bruit possible lorsqu'il se mouchait.
_ Merci. Je venais de terminer mon dernier paquet.
_ Mais de rien. Tu as l'air un peu fatiguée, ces derniers temps, nota Alphonse avec une pointe d'inquiétude, alors qu'ils attendaient sagement à l'extérieur de l'épicerie qu'Edward ait fini de dévaliser le magasin.
Helena haussa les épaules, l'air de rien, repliant le morceau de papier pour le ranger dans la poche de son manteau élimé. Le malheureux avait quelque peu souffert dans l'éboulement des mines et même si leur voisine de palier, cette jeune mariée si pleine de vie, lui avait proposé de le rafistoler avec une joie enfantine qui faisait presque peur à voir, le vêtement avait vécu plus qu'un manteau n'aurait dû vivre. Mais Gust n'avait plus que ça à se mettre sur le dos et ne tenait pas à prendre plus froid.
_ C'est seulement un rhume et la fatigue. Nous cavalons beaucoup depuis que nous avons retrouvé le corps. Ça ira mieux d'ici quelques jours, ne t'en fais pas.
Un certain nombre de choses avaient eu l'occasion de changer, depuis l'accord passé entre les deux alchimistes dans le hall de la morgue, pour le plus grand bonheur d'Alphonse.
Bien qu'entretenant toujours une relation quelque peu distance et teintée d'une volonté de faire chier l'autre, les deux plus âgés étaient arrivés à une entente relativement efficace. Helena faisait en sorte de ne pas trop chahuter le Fullmetal, lequel essayait de ne pas rabrouer Gust dès qu'il en avait l'occasion. Ils allaient désormais ensemble pour la totalité des « activités » prévues et la brune, conformément à sa promesse, avait cessé de s'éclipser pour un oui ou un non, sans jamais les prévenir.
Ils déjeunaient ensemble, se battaient pour avoir la salle de bain, parcouraient la ville dans tous les sens et somme toute, s'entendaient relativement bien. Et depuis deux jours, ils essayaient désespérément de faire avancer leur enquête piétinante.
Avec l'apparition de ce premier cadavre, Gust avait maintenant la fâcheuse manie de se méfier de tout le monde dans la ville, Landers y comprit, bien que son comportement laissait davantage à penser qu'il était incapable de tuer une mouche. Le maire était venu les voir, en larmes, les suppliant de faire quelque chose tout en les remerciant pour le temps qu'ils prenaient à essayer de capturer les malfaiteurs. Sa femme était restée en retrait, les lèvres pincées et si droite que cela devait être douloureux. Une fois revenus à leurs affaires, Ed avait émis l'hypothèse d'un possible objet ménager profondément enfoncé dans son postérieur et si Alphonse s'était insurgé en le rabrouant sur sa grossièreté, Helena avait éclaté de rire. Et avait failli mourir sous la toux qui l'avait prise à ce moment-là.
C'était d'ailleurs la principale inquiétude du cadet de la bande : depuis quelques jours, Gust était pâle, fatiguée et toussait vraiment beaucoup. Alphonse l'avait remarqué la première fois alors qu'elle se retenait au canapé de leur petit salon pour ne pas vaciller. Ils revenaient d'une séance crapahutage dans la ville et la matinée avait été particulièrement froide et humide. Les deux porteurs d'auto-mail en avaient plus ou moins souffert, mais c'était plus pour la partie humaine que l'armure s'inquiétait.
Evidemment, Gust lui avait assuré que ce n'était rien, qu'elle avait dû seulement prendre froid, avec ce temps de chien. Ed lui avait jeté un coup d'œil, plissant les yeux face à son sourire autant rassurant que légèrement arrogant et n'avait rien ajouté de plus. Ce soir-là, il lui avait laissé le lit.
Helena étira ses longues jambes, se laissant aller en arrière sur le banc tandis qu'Alphonse la contemplait pensivement. Les cernes sous ses yeux ardoise n'étaient pas vraiment pour le rassurer, mais il ne voyait pas ce qu'il pouvait y faire.
_ Je repasserai à la morgue tout à l'heure, lança soudain l'alchimiste, le regard perdu dans le gris cotonneux d'un ciel toujours orageux. Vous n'aurez qu'à renter.
_ Tu ne veux pas que l'on t'accompagne ?
_ C'est vraiment pas nécessaire. Je veux seulement demander au médecin s'il a du nouveau. Mais ça m'étonnerait franchement. Helena se remit d'aplomb, les coudes sur les genoux et les tempes dans les mains. Rien n'avance, nos efforts sont aussi utiles qu'un soin capillaire sur le crâne d'un chauve.
_ On va bien finir par y arriver, voulut la rassurer Alphonse. Nos ennemis ne sont pas infaillibles, ils finiront par commettre une erreur.
_ Nous dansons dans leur paume, c'est évident. Helena balaya le paysage d'une main pour appuyer ses propos. Plus j'y pense, et plus tout ceci ressemble à une grotesque mise en scène. Ces disparitions cachent autre chose. Quelque chose de bien plus grand.
Al ne répondit pas, songeur, et la porte de l'épicerie s'ouvrit en couinant, laissant apparaitre le Fullmetal dans toute sa splendeur, les joues gonflées par un morceau de croissant frais, un sac en papier dans la main. Le jeune homme avait tenu à ce qu'ils s'arrêtent pour une collation et avait presque fait un caprice quand sa collègue, un peu septique, lui avait dit qu'ils n'avaient pas que ça à faire.
Helena se leva du banc, rapidement suivit d'Alphonse.
_ On peut y aller maintenant ? Tu as fait le plein pour un régiment, Fullmetal…
_ Je suis en pleine croissance, rétorqua l'intéressé en postillonnant allégrement sur ses camarades, la bouche pleine. J'ai besoin de manger.
Il jeta un rapide coup d'œil à la jeune femme, la toisant de haut en bas d'un air critique. Alphonse n'avait pas été le seul à remarquer la tête de mort vivant que se trimballait Gust. Certes, il n'était pas aussi démonstratif que son jeune frère, mais cela ne l'empêchait pas de se soucier un minimum. Après tout, ils venaient de faire une trêve et il était clairement apparut qu'il ne pourrait pas régler cette mission à lui tout seul, il aurait été ridicule et fort problématique qu'Helena clamse suite à un banal rhume.
Fouillant dans son sachet brun, il siffla pour attirer son attention avant de lui balancer une viennoiserie. Elle la rattrapa de justesse, stupéfaite.
_ Qu'est-ce que-
_ M'est avis que celui qui a le plus besoin de manger ici, c'est toi, Gust. J'ai pas envie de revenir à East City et expliquer au Colonel que sa fille est morte de faim en cours de route.
Edward la dépassa en enfournant joyeusement un nouveau croissant, suivit de son frère qui riait doucement en le traitant de goinfre au grand cœur. Le plus âgé protesta vivement, arguant qu'il n'avait tout simplement pas envie de subir les remontrances du Colonel.
Helena resta plantée devant le banc, sa galette au beurre dans les mains, les regardant s'éloigner sans pouvoir ni bouger, ni parler. Machinalement, elle baissa la tête vers sa petite douceur sucrée et en mordit un morceau.
La pâte n'était pas fameuse, s'émiettait en bouche et le beurre n'était visiblement pas de première jeunesse. Ses doigts se retrouvèrent vite collants de matières grasses. Un boulanger digne de ce nom aurait crié au scandale.
Assez stupidement, Helena se dit que c'était sans doute la meilleure galette au beurre qu'elle avait mangé depuis longtemps.
Tout aussi stupidement, elle se mit à pleurer.
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_ Putain de journée de merde.
Edward se frotta le bout du nez et appuya sa tête dans sa main, le coude sur la table, alors qu'Helena entrait dans leur suite en se secouant pour faire tomber les trois mètres cube d'eau que son manteau avait absorbé, jurant dans sa barbe sous le sourire goguenard de l'Alchimiste blond.
Le temps s'était considérablement dégradé en fin de journée, les surprenant par la brusquerie du changement. Helena avait déposé les frères Elric à l'hôtel avant de repartir pour la morgue sous une pluie battante et un ciel menaçant. Visiblement, le peu de temps qu'elle avait passé dehors avait suffi à la noyer.
D'un geste rageur, la jeune femme ôta ses bottes, qu'elle envoya volter un peu plus loin, leur course arrêtée par le mur. Le manteau ne tarda pas à suivre, loque détrempée qui pesait sur ses épaules et en moins de temps qu'il ne fallait pour le dire, le T-shirt tout aussi humide suivit le mouvement.
A table et face à ses dossiers, Edward devint soudain rouge tomate et ouvrit de grands yeux ahuris, s'étouffant à moitié. Mais, mais, mais…
_ MAIS TU FAIS QUOI LA ?!
Dos à lui, Helena sursauta, se tourna à demi alors qu'elle remontait ses cheveux mouillés des deux mains et lui lança un regard surpris. Edward détourna immédiatement le regard, maudissant les Mustangs sur cent générations au moins.
_ Quoi ? Comment ça, qu'est-ce que je fais ? J'suis trempée, j'vais pas rester comme ça.
_ T'es obligée de te désaper comme ça, devant tout le monde ?! S'insurgea le jeune blond, le visage toujours aussi rouge, les joues fumantes. Il capta du coin de l'œil Gust changer de position, lui faisant totalement face désormais, une main sur la hanche. Elle arborait un sourire amusé et légèrement ironique.
_ Qu'est-ce qui se passe, Fullmetal ? Tu n'as encore jamais vu une jeune fille en sous-vêtements, à ton âge ? Ton amie mécanicienne n'était pourtant pas plus couverte que moi, lorsque nous sommes allés lui rendre visite.
A la mention de Winry et de son éternel top noir qui moulait un peu trop efficacement sa poitrine maintenant plus conséquente que durant leur jeunesse, Edward ne put s'empêcher de piquer un nouveau fard par-dessus le premier, gagnant une teinte des plus vives et manquant d'exploser.
Mais elle voulait le tuer ou quoi ?! Et puis, Winry, ça n'avait rien à voir, elle était sa meilleure amie, sa presque sœur ! Ed se tassa sur lui-même sous le train de ses pensées. Helena avait beau dire, la situation était bien différente que si c'était la jeune blondinette qui s'était retrouvée en soutien-gorge sous ses yeux. Certes, il aurait été atrocement gêné et se serait pris une clé de douze en pleine tête. Mais Winry… Winry était Winry, une môme avec qui il avait grandi. Une adolescente qui devenait lentement une femme.
Une jeune femme qu'était déjà Helena. Et ça, ça n'avait vraiment rien à voir.
_ Tous des pervers, marmonna le Fullmetal en quittant rapidement la pièce à grands pas, partant s'enfermer dans la chambre en se maudissant de sa malchance. Il n'avait rien demandé à personne ! Il était tranquillement en train de revoir ses notes quand cette exhibitionniste était venue se pavaner devant lui ! Tous des tarés dans cette famille !
Helena ricana tranquillement et alors que le blond s'installait sur le lit pour reprendre son livre de chevet et essayer d'oublier les mensurations de Lewin, cette dernière revint taper à la porte.
_ J'suis pas intéressé, espèce de vicieuse ! Hurla-t-il à l'adresse du panneau de bois résolument clos et qui le resterait jusqu'à temps qu'elle se soit mis quelque chose sur le dos.
_ Mes vêtements de rechange sont dans la chambre, Fullmetal. Alors à moins que la vue te plaise plus que tu ne veux l'avouer, je te serais très reconnaissante si tu pouvais me les passer.
Helena se prit la flopée de tissus dans la tête, balancée précipitamment par un Edward plus mal à l'aise que jamais et tout aussi fulminant, qui s'empressa de s'emmurer dans la chambre.
_ J'vais prendre une douche si jamais ça t'intéresse, le taquina encore Helena, ravie de le faire tourner bourrique, petite vengeance pour la pique moqueuse qu'elle avait reçue au réveil concernant sa tête de déterrée.
Le « chbunk » qui raisonna l'informa qu'un objet lourd venait d'être jeté dans la porte, sans doute pour la faire partir, et Ed lui hurla d'aller se faire voir.
_ Toi et ton paternel, vous êtes que des obsédés ! T'approche pas de cette chambre, dépravée !
Helena éclata franchement de rire et alla s'enfermer dans la salle de bain sous la pluie d'injures d'une crevette déchainée.
Quand Alphonse revint de sa petite excursion du côté des cuisines, il ne comprit pas pourquoi son frère vociférait ainsi à tort et à travers, ni pourquoi celui-ci refusait de lui expliquer la raison de ses pommettes grenat et ses oreilles fumantes.
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Alphonse observa son frère, assis sur le canapé puis Helena, installée une fois de plus à même le sol sur ses genoux, les cheveux lâchés qui trainaient presque par terre.
Quelque chose clochait.
Il ignorait encore ce qui n'allait pas dans ce tableau pourtant serein et empli de quiétude. Peut-être est-ce le petit sourire en coin qu'affichait Helena depuis qu'elle était sortie de la salle de bain alors qu'ils passaient à table. Ou bien l'attitude étrangement fuyante d'Edward et ses oreilles douées d'une vie propre, qui rougissaient sans raison apparente.
Alphonse restait perplexe, persuadé que quelque chose c'était passé entre ces deux-là, mais ils refusaient de lui en parler ou décrétaient qu'il n'y avait aucun problème. Et ce mensonge gros comme une maison l'irritait plus que tout. Il n'était pas un enfant, que diable !
Avec un soupir mental et désabusé, l'armure décida de laisser tomber pour la soirée. Il trouverait bien un autre moyen pour cuisiner son frère ; quand on savait comment si prendre, Edward était incapable de garder un secret bien longtemps. Et cela marchait encore bien mieux lorsqu'il était encore dans son corps et pouvait lui faire le si célèbre regard de chien battu. Le blondinet avait beau jouer les brutes, il n'en restait pas moins démuni et dégoulinant de tendresse lorsque son petit frère venait le solliciter. Personne ne pouvait résister bien longtemps à un Alphonse Elric en mode « adorable ». Et derrière son masque d'innocence, le jeune garçon savait parfaitement jouer de cet atout et ne s'en privait pas le moins du monde !
Helena laissa retomber assez bruyamment sa tête sur la table basse, surprenant les deux frères Elric par le mouvement brusque. Elle gémit quand son front rencontra le bois de la table, tirant un ricanement amusé à son collègue.
_ Tu as décidé de perdre des neurones ?
_ Ça m'énerve, marmonna la jeune femme en restant prostrée contre le meuble. Rien ne va dans le bon sens, on n'y arrivera jamais tant qu'ils ne font pas un nouveau geste. Je ne comprends pas le but de leur manœuvre, en nous envoyant ce cadavre.
_ Tu as dit cet après-midi que c'était pour nous montrer qu'ils avaient le contrôle de la situation, tenta timidement Alphonse.
_ C'est bien ça le problème. A quoi sert-on ici, si ce n'est à être leurs pantins ? Et quel est leur but ? De simples tueurs en série ne se seraient pas donnés autant de mal pour nous montrer tout ça, pas sans bonnes raisons derrière.
_ Et alors ? Ed se laissa aller en arrière sur le canapé, craquant sa nuque endolorie. Tu as des hypothèses ?
_ J'en sais rien. Helena se redressa en massant la marque rougeâtre apparue sur son front. Un coude sur la table, elle frottait machinalement ses traits tirés. J'en sais rien du tout. Y a sans doute quelque chose sur le cadavre. Je veux dire, ces blessures, ce n'est pas anodin.
_ C'est pas notre boulot de jouer les enquêteurs, ronchonna Edward.
_ Qu'a dit le médecin ?
_ Pas grand-chose de plus, répondit Helena, hésitant à repartir à l'assaut de la table basse tant sa déception était grande. Il n'a pas été capable de trouver le produit qui a fait ça, les blessures ont été nettoyées.
_ C'est bizarre, non ? Releva Alphonse. Je veux dire, pourquoi est-ce qu'ils se seraient embêtés à nettoyer les plaies ?
_ Pour ne pas se faire repérer ? S'enquit Ed, songeur. Le produit qu'ils ont utilisé ne doit se trouver que dans un endroit très spécifique. Cela pourrait les trahir.
_ Ou bien il s'agirait de sujet de test ? Ça expliquerait les blessures si nettes. Mais pourquoi nous envoyer un corps, dans ce cas ? Ça n'a aucun sens.
_ Ces mecs sont des malades, Al, rien n'a de sens pour eux.
_ Ou alors il nous échappe. Tu en penses quoi, Helena ?
L'armure se tourna vers la jeune femme en quête d'une approbation et fut quelque peu choqué de la trouver si blanche. On aurait dit que tout son sang venait brusquement de quitter son visage et malgré sa peau mate, la différence était clairement visible. Al se pencha légèrement vers elle, inquiet.
_ Helena ? Est-ce que tout va bien ?
La brune sursauta, comme si on venait de la tirer d'une quelconque transe, et se tourna vers l'armure en vacillant, désorientée.
_ O-oui, oui. Juste un peu de fatigue. Ça va aller.
_ Peut-être que l'on devrait aller se coucher, s'enquit le plus jeune avec une moue mentale. On n'arrive à rien de toute façon.
_ Oui, c'est sans doute ce qui il y a de mieux à faire, approuva l'ainée en attrapant du coin de l'œil l'air profondément inquisiteur du Fullmetal.
Tout comme son frère, il avait rapidement remarqué le changement d'attitude chez Lewin, mais jusqu'à présent, n'avait jamais vraiment pu la prendre en flag'. Ce soir plus que les autres cependant, elle semblait vidée de sa substance et bien que répugnant à l'admettre clairement, il s'inquiétait un minimum.
Helena commença à rassembler ses affaires à la va-vite, mal à l'aise.
_ Allez-y, je vais ranger.
_ C'est à ton tour de prendre la chambre, cracha Ed d'un ton qu'il aurait voulu plus mordant. Lena secoua la tête.
_ C'est pas grave, vas-y. Je la prendrais demain.
_ Tu ne vas pas dormir deux fois de suite sur le canapé !
_ J'ai connu bien pire, Alphonse. Ne vous en faites pas pour moi, tout va très bien.
_ Parles en à tes cernes. Ed se leva, lui arracha presque les feuilles des mains pour les mettre hors de portée. La brune en resta sur le cul alors qu'Alphonse se levait à son tour, la prenant délicatement par un bras pour la mettre sur ses pieds. Ses yeux rouges se plissèrent en ce qui se rapprochait le plus du sourire pour le masque inexpressif qu'il devait malheureusement porter.
_ Ed a raison, tu as vraiment l'air épuisé. Nous allons ranger.
_ Je peux très bien-
Al la poussa gentiment dans le dos, la forçant à faire quelques pas en avant et s'éloigner de la table basse. Son vis-à-vis lui lança un regard qu'elle espérait menaçant mais rien n'y fit ; la grosse armure l'obligea à pénétrer dans la chambre et resta devant la porte, comme pour s'assurer qu'elle n'en ressortirait plus. Bon sang, si des ados pré-pubères se mettaient à lui donner des ordres et la traiter comme une enfant… elle n'avait pas fini d'en entendre parler.
_ Bonne nuit ! Lança le plus jeune de la bande avec une voix enjouée, marquant la fin de la conversation et des protestations.
Il planta Helena sur le seuil, retournant vers le canapé que son frère était en train d'arranger pour passer la nuit. L'Alchimiste resta bête une seconde ou deux, puis poussa un soupir vaincu. Elle agita la main à l'adresse de ses deux collègues.
_ Bonne nuit.
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Au commencement furent les flammes…
Dures, brulantes et assassines…
Puis vinrent les cris.
Déchirants, terrifiants et inhumains…
Puis vint le sang.
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Helena se redressa en sursaut sur le lit, le corps couvert de sueur, les draps étroitement enroulés autour de ses jambes, l'immobilisant plus sûrement que des chaines. L'air autour d'elle semblait lourd et épais, étouffant, alors que dans sa tête encore embrouillée de sommeil résonnaient les pleurs, les hurlements et les suppliques.
La Peur…
Son souffle s'étrangla, les poumons pris dans un étau d'acier alors que son cœur, misérable petit muscle soumis aux dures images de ses souvenirs, palpitait follement. Une vague d'angoisse se diffusa dans ses veines, poison mortel, tandis que sa main gauche tâtonnait maladroitement sur la table de chevet.
Dans sa panique, la respiration saccadée et la vue brouillée, voilée de noir, Helena renversa le livre qu'elle lisait encore la veille avant de finalement se coucher, cherchant fébrilement sa boite de comprimés qu'elle ne trouvait pas. D'un mouvement convulsif, la jeune femme s'extirpa de sa prison de tissu moite de sueur, résultat de ses cauchemars plus vrais que nature et se leva en chancelant. La pénombre tourbillonna autour d'elle, lui donnant le vertige, l'envie de vomir se faisant désormais clairement sentir.
Son cerveau fatigué parvint à lui ordonner de se bouger, d'avancer en se tenant au bord du lit, hésitante, comme un enfant faisant ses premiers pas. Le silence était oppressant, malsain et l'enveloppait tel un horrible linceul.
Helena suffoqua, cherchant désespérément à sortir de cette horreur tout en sachant que cela ne ferait qu'empirer. Mêmes les médicaments n'auraient plus fait effet à ce stade.
Trébuchante, une main sur la bouche pour étouffer les gémissements et ses toux sèches qui lui arrachaient les poumons, elle se dirigea vers la salle de bains adjacente.
Agir, vite. Trouver de l'eau, se calmer, reprendre pied avec la réalité. Tant de gestes simples qu'elle était incapable de mettre en pratique.
La lumière du plafonnier se refléta cruellement sur le carrelage blanc, l'aveuglant presque et lui donnant le tournis alors que le miroir devant les lavabos lui renvoyait l'image d'une mourante. Des flashs englobèrent sa vison d'un rouge malsain alors qu'elle réprimait un hoquet déchirant. Elle avait l'impression que son corps n'était plus qu'une seule et même douleur qui se concentrait autour de ses poumons et de son cœur, brulante et dévastatrice.
Helena tomba à genoux, sa main se raccrocha au rebord des toilettes, crispée, l'autre fermement pressée contre ses lèvres. Un bruit atroce, un raclement désagréable et presque animal. Ses yeux flous et plissés par la souffrance captèrent le rouge violent qui venait de s'écraser contre le carrelage jusque-là immaculé.
Une nouvelle vague de panique la submergea.
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Edward grogna en se retournant sur le canapé de leur salon, espérant trouver une position plus confortable. Il ignora la source du bruit qui venait de le tirer de son sommeil pourtant peu facile à briser, mais il priait pour que cela ne soit que passager.
Déjà qu'Helena l'avait fait chier toute la soirée pour qu'ils épluchent encore une fois les dépositions des habitants du village, une nuisance sonore n'allait pas en plus venir lui gâcher sa nuit ! Dans le fauteuil en face de lui, Alphonse lisait un livre, si concentré qu'il ne semblait pas avoir entendu quoique ce soit. Cela semblait être un don chez les Elric ; la capacité de se couper du monde lorsqu'ils se plongeaient dans leurs études. D'ordinaire, c'était de l'apanage de l'ainé, capable de rester des heures entières sans bouger ni percevoir quoique ce soit d'autre que sa lecture si celle-ci se révélait être particulièrement intéressante. Alphonse y était moins sujet mais cela ne l'empêchait pas de succomber de temps à autres à cette étrange maladie.
Pestant mentalement, Ed se retourna encore une fois, enfouissant le nez dans son coussin, fermant les yeux et allant même jusqu'à laisser un sourire béat éclairer ses traits. Ce fut de courte durée, hélas, car à peine avait-il repris le cours de son rêve (où il courrait après le Colonel en brandissant un seau d'eau, un air diabolique sur le visage et une armée de crevettes sous ses ordres qui s'accrochaient à Mustang pour le ralentir) qu'un violent tintement de métal retentit quelque part dans leur suite, lui vrillant les oreilles.
Se redressant sur un coude, il vit qu'Al avait lui aussi levé le nez de son ouvrage, intrigué. Le plus vieux ouvrit la bouche pour lancer une insulte et dire à la grande courge dans la chambre de bien vouloir arrêter ses conneries, quand un immonde bruit de vomissure, entrecoupé d'une toux féroce et douloureuse, le coupa dans son élan.
Une peur irrationnelle s'empara brusquement de lui et il se leva d'un bond, envoyant voler ses couvertures. Ce genre de son lui était trop familier pour qu'il puisse l'aborder avec autre chose que de l'inquiétude.
Sa mère avait suffisamment toussé ainsi quelques jours avant sa mort pour qu'un simple éternuement l'alerte, désormais.
Plus tard, il décréterait sans doute qu'il ne s'était pas inquiété le moins du monde et qu'il voulait seulement aller voir Gust pour lui dire de se taire, mais pour l'heure, il était plus nerveux que jamais.
Qu'elle soit malade, il pouvait le concevoir, ils avaient passé ces trois derniers jours à crapahuter comme des débiles dans la boue et la jeune femme n'était déjà pas bien fraiche. Ce pour quoi il avait insisté pour qu'elle ait la chambre ce soir. Mais qu'elle le soit à ce point ?!
Se dirigeant à grands pas vers la source du raffut, Alphonse sur les talons – tout aussi inquiet que lui, si ce n'était plus— Edward poussa la porte de la salle de bains avec une certaine prudence, comme s'il s'attendait à ce qu'une bête féroce lui saute à la gorge.
_ Hey, Gust ! Ça v…
Sa voix mourut subitement lorsque la totalité de la scène s'offrit à ses yeux. Dans son dos, sa grosse armure de frère poussa un cri horrifié, seule chose raisonnable à dire dans une situation pareille.
Helena se tenait à genoux, courbée vers l'avant et à moitié appuyée contre la cuvette des WC. Le porte-serviettes près de la porte donnant sur la chambre était tombé à terre, sans doute entrainé par la jeune femme dans sa chute. Une petite flaque de sang se formait devant elle, son visage blafard tordu par la douleur, ses doigts couverts du liquide pourpre dont l'odeur métallique était absolument infecte. Le corps de la brune fut secoué d'un spasme alors qu'elle s'étouffait presque, éructant une salive rougeâtre et émettant un gargouillis immonde.
Il y eut un bref moment de flottement durant lequel Edward resta figé sur place, incapable du moindre mouvement. Son cerveau avait cessé d'envoyer des informations cohérentes et restait bloqué sur le sang qui jaillissait de sa bouche et tombait lentement sur le carrelage souillé.
Puis, comme une bulle qui éclate, l'urgence de la situation le rattrapa violemment, lui faisant l'effet d'un coup de poing dans l'estomac. L'ainé Elric vira au pâle et pivota vers son jeune frère, l'adrénaline dans ses veines lui donnant la présence d'esprit de lui hurler d'aller chercher un médecin.
Alphonse dû lui aussi se secouer pour sortir de sa torpeur muette. Il s'ébroua et de partit en courant dans un raffut de tous les diables, laissant son frère s'occuper comme il le pouvait de la jeune femme.
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_ Alors ? Elle va mieux ?
Le médecin refermait soigneusement la porte de la chambre lorsque les deux gamins –enfin, lorsque le gamin et l'armure –lui sautèrent presque dessus. Habitué aux réactions parfois vives des proches du malade, il se contenta de remonter lentement ses petites lunettes rondes le long de son nez pointu et de plisser légèrement les yeux.
_ Elle est inconsciente pour le moment…
Le jeune blond siffla de mécontentement
Edward avait cru devenir fou, lorsque près d'une heure plus tôt, Helena lui était tombée dans les bras comme une pierre, tremblant de tous ses membres et les yeux à moitié révulsés. Elle ne semblait alors plus du tout avoir conscience de ce qui se passait autour d'elle et il avait réussi –par il ne savait quel miracle— à la remettre dans son lit en espérant qu'elle se calmerait. Il avait attendu l'arrivée du médecin en trépignant, effectuant des allés et retours incessants entre la salle de bains et le lit afin de rafraichir du mieux qu'il le pouvait la jeune femme à l'aide d'une serviette mouillée.
L'écoulement de sang avait fait place à quelques crachats qui, bien que restant inquiétants, n'étaient pas le souci majeur compte tenu du fait qu'Helena délirait totalement, en proie à il ne savait quelle hallucination, ahanant des paroles sans suite –et visiblement dans une autre langue – la respiration chaotique.
Le médecin était arrivé près de vingt minutes après le début de la « crise », précédé d'Alphonse. Durant ce laps de temps sommes toutes, relativement long, le directeur de l'hôtel était venu voir la raison d'un grabuge pareil à une heure aussi avancée de la nuit, amenant avec lui les autres locataires curieux, ce qui n'avait certes pas aidé Helena à se calmer.
Le médecin avait fait sortir tout le monde sitôt un pied posé dans la chambre, les frères Elric y compris. Les deux jeunes gens avaient attendu avec angoisse qu'il en termine avec leur collègue, tendus comme des arcs, Edward acceptant volontiers la tasse de café que lui avait tendu la vieille cuisinière de l'hôtel.
Et maintenant qu'ils pouvaient enfin savoir ce qui s'était passé et de quoi il en retournait, il leur annonçait simplement qu'elle était inconsciente ? Curieusement, Edward aurait pu le parier seul. Et pourtant il n'avait fait aucunes études en médecine.
Se passant machinalement une main dans les cheveux, il serra le poing, faisant crisser le métal de son auto-mail. Il devait se retenir pour ne pas l'abattre sur le nez de son interlocuteur.
_ Oui, mais concrètement : elle va mieux, oui ou non ?
Le médecin soupira, remontant une nouvelle fois ses lunettes. Lorsqu'on l'avait contacté, il était sur une urgence dans une maison voisine, assistant une naissance difficile. Il n'avait pu se libérer avant au moins une vingtaine de minutes pour suivre l'énorme armure qui était venu le chercher.
Quand il avait débarqué à l'hôtel, puis qu'il avait vu la jeune femme en train de convulser dans les bras de ce pauvre garçon totalement dépassé par les évènements, il s'était dit que ce cas-là était plus grave que prévu et que ce n'était plus dans ses compétences. Ce qu'il entreprit d'expliquer calmement aux deux adolescents survoltés qui lui faisaient face.
_ Je lui ai administré un sédatif. Pour le moment, son état semble stable mais je ne garantis pas l'absence d'une nouvelle crise. Du peu que j'ai pu en voir, cela semblait assez sérieux.
Edward retint une remarque cinglante et Alphonse s'avança d'un pas. Déjà lors de leur première rencontre, il avait été plus que surpris de cette voix d'enfant dans ce corps monstrueux et encore maintenant, le choc de voir un tel « objet » parler ainsi, était vif.
_ Est-ce que vous savez ce qu'elle a ? Je veux dire, c'est un virus, une maladie ?
Le médecin poussa une sorte de ricanement, enlevant ses lunettes pour les essuyer sur le devant de sa veste. Il avait d'autres interventions ce soir et il ne pouvait s'éterniser plus longtemps au chevet de sa patiente, pas plus qu'il ne pouvait disserter durant des heures sur le mal inconnu qui la rongeait.
_ Je dois vous avouer que je n'ai encore jamais vu ça de ma vie et que je serais bien incapable de vous dire ce qu'elle a. –le petit blond grogna à la nouvelle mais se retint du moindre commentaire. Le médecin remit ses lunettes. –Cependant, il est clair qu'il ne s'agit pas d'un quelconque virus.
_ Alors quoi ? Cracha Edward, incapable de se retenir d'avantage. Il voulait des réponses, et vite. Ce serait quoi selon vous ? Un problème génétique ? Une tare héréditaire ?
_ Je l'ignore jeune homme, bien que cette thèse soit probable. Mais le fait est que je n'ai rien à prescrire à votre amie. Tout ceci dépasse de loin mes compétences.
_ Alors vous ne pouvez rien faire ?!
_ Dans l'immédiat, je vous conseillerais de l'emmener à l'hôpital mais le plus proche est bien à cinquante bornes au moins, et le voyage ne lui sera pas profitable du tout.
_ Qu'est-ce qu'on peut faire dans ce cas ?! S'énerva Edward, que ces réponses mono-sibyllines commençaient à échauffer. Dites-nous, qu'on puisse réagir correctement si jamais ça se produit encore une fois !
_ Ecoutez jeune homme, je suis navré mais je n'ai aucune réponse à vous offrir. Surveillez la, faites en sorte qu'elle boive et si jamais elle se réveille, essayez de savoir si elle avait connaissance de cette…maladie. C'est tout ce que nous pouvons faire pour l'instant. Si jamais elle recommence, eh bien…
Il laissa sa phrase en suspens, montrant clairement qu'en plus d'être impuissant à la soigner, les Elric allaient devoir la regarder agoniser dans son coin si jamais une nouvelle crise la prenait. Edward serra les poings, se retenant de hurler et le médecin les salua d'un signe de tête avant de sortir de la pièce, écartant au passage les quelques personnes qui se pressaient encore dans le couloir.
Les deux frères se regardèrent, anéantis, laissés livrés à eux-mêmes sans savoir quoi faire. Le praticien leur avait laissé le numéro de téléphone de son cabinet et avait promis de revenir le lendemain pour vérifier l'état d'Helena mais selon ses dires, il n'y avait plus grand-chose à espérer.
L'ainé Elric respira à fond, essayant de diminuer son angoisse sans y parvenir. Que ce passait-il enfin ?! Tout cela n'avait aucun sens, Helena allait bien hier encore, comment son état avait-il pu se dégrader à ce point en l'espace de quelques heures ? Près de lui, Alphonse s'interrogeait également et ce fut lui qui prit l'initiative de se rendre dans la chambre de la jeune femme pour la veiller.
A pas lents, Edward revint à la salle de bain, ramassant les serviettes souillées et nettoyant machinalement le sang sur le sol. Il entendait encore les murmures des locataires voisins, les oreilles légèrement bourdonnantes. Il avait l'impression d'avoir pris dix ans de plus en quelques minutes seulement et l'épuisement pesait sur ses épaules comme une enclume. Libéré de toutes entraves, son esprit se mit à vagabonder tandis qu'il tordait son éponge sanglante au-dessus du lavabo dont la faïence vira au rouge.
Le médecin prétendait qu'il ne s'agissait pas d'un virus et le jeune homme était plutôt enclin à le croire. Comme il l'avait émis un peu plus tôt, la thèse d'une dégénérescence génétique était la plus plausible. Une malformation peut-être ou simplement une mutation ? Restait à savoir si Helena était au courant d'une telle chose. Si c'était le cas, elle le leur avait caché et Edward n'en comprenait pas la raison. Etait-ce pour cela que le Colonel ne lui avait jamais parlé de sa fille ? Parce qu'elle avait d'importants problèmes de santé qui lui auraient couté sa licence d'Alchimiste d'Etat ? Non, c'était grotesque. Y aurait-il autre chose en ce cas ? Ed ne parvenait à imaginer ce qui pourrait être pire que ce à quoi il venait d'assister. Il a vraiment cru qu'Helena allait lui claquer entre les doigts et tenir contre lui un poids mort était une expérience qu'il ne souhaitait pas revivre.
Perdu dans ses pensées, il sursauta lorsque son frère l'appela depuis la chambre. Croyant que la jeune fille s'était enfin réveillée, Edward bondit sur ses pieds et se précipita hors de la salle de bains. Il avait beau dire, depuis qu'ils étaient ici, ses ressentiments envers Gust s'étaient atténués sans même qu'il ne s'en rende compte. Il ne l'aurait sans doute pas avoué directement mais sa présence de ces derniers jours avait été d'un certain réconfort et il avait peu à peu cessé de la traiter comme une chieuse de première classe et une ennemie potentielle. Dire qu'elle était devenue une amie était peut-être pousser le bouchon un peu loin cependant.
Mais oui, il était inutile de le nier, il était inquiet pour elle comme il le serait envers n'importe qui d'autre d'un tant soit peu important pour lui.
_ Qu'est-ce qui se passe ?
Alphonse se tourna vers lui au moment où il entra dans la chambre. Assis sur une chaise près du lit d'Helena, il surplombait son corps inerte de son énorme masse. Dans ses mains plus grosses qu'un hachoir à viande, il tenait une petite boite cylindrique de couleur orangée. Il l'agita à l'adresse de son frère.
_ J'ai trouvé ça. Dans ses affaires.
Ne préférant pas demander pourquoi son petit frère avait été fouiller dans les affaires de Gust qu'elle avait laissées trainer dans un coin de la pièce, Edward s'approcha et contempla la boite en fronçant les sourcils. Il la prit, l'examinant soigneusement. La trace d'une étiquette subsistait sur un côté du pot, arrachée à la va vite. Une partie en était encore visible, quelques lettres au feutre noir.
_ Qu'est-ce que c'est que cette merde… ? Marmonna Edward plus pour lui-même que pour son cadet. Celui-ci l'entendit néanmoins.
_ Des médicaments je pense. Elle devait être au courant.
Ed ne comprit pas pourquoi le goût amer de la trahison vint lui chatouiller les papilles. Il leva le flacon au-dessus de ses yeux, illuminant le contenu à la lueur de la lampe de chevet.
_ C'est vide.
_ Peut-être que ça l'empêchait de faire ce genre de crises, suggéra Alphonse. Et comme elle n'en avait plus…
_ Et elle ne nous a rien dit.
_ Oui.
Ils se turent, chacun digérant l'information comme il le pouvait. Alphonse avait du mal à comprendre pourquoi elle leur avait caché ceci. Quel que soit le mal dont elle souffrait, il était suffisamment puissant pour la tuer. Qu'elle ne leur ait rien dit le peinait un peu ; ne leur faisait-elle pas confiance ? N'était-ce pas elle qui avait dit que les membres d'une équipe ne devaient rien cacher ? Ne devaient pas garder pour eux des informations qui auraient pu nuire à la cohésion et au bon fonctionnement du groupe ?
Que diraient-ils au Colonel si jamais sa fille venait à mourir dans la nuit, terrassée par une crise cardiaque ou il ne savait quoi encore ?
Dans un flash aussi subit que douloureux, le plus jeune des Elric repensa à sa mère, la douce Trisha. Elle aussi avait été terriblement malade et comme Helena, elle avait choisi de se taire plutôt que d'inquiéter ses proches. Et elle en était morte.
Il se dit soudain que ce devait être elle, qu'il avait reconnu chez Helena. Cette douceur et ses sourires, la façon qu'elle avait de leur parler, d'aider Edward malgré son caractère de cochon, de les surveiller du coin de l'œil sans pour autant chercher à percer leurs secrets.
Oui, derrière la grande fille mince et sèche, c'était un peu de Trisha qu'Alphonse avait retrouvé.
Et il refusait catégoriquement que l'histoire se répète.
Pourtant…
_ Elle va s'en sortir, n'est-ce pas Grand Frère ?
Edward baissa les yeux et fixa son petit frère, son cœur se serrant un peu en entendant la voix enfantine se gauchir sous les tons angoissés et pleins d'espoir. Il ignorait ce qu'il devait lui répondre. Le rassurer tout en sachant qu'il y avait un risque non négligeable ? Mais sa détresse était telle que le plus âgé sourit doucement, confiant, un brin moqueur peut-être.
Il déclara sur un ton trop enjoué pour être vrai :
_ Evidemment qu'elle va s'en tirer ! N'oublie pas qu'elle est la fille de Mustang ! Plus coriace que de la mauvaise herbe !
La plaisanterie fit mentalement sourire Alphonse sans pour autant faire taire ses angoisses. Il se tourna de nouveau vers Helena, contemplant son visage crispé sans un mot et Edward resta à ses côtés sans rien ajouter. Priant en silence pour que tout s'arrange.
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Edward somnolait sur un fauteuil lorsqu'il entendit les draps se froisser légèrement. Il avait déplacé la chaise dans la chambre pour tenir compagnie à son cadet et veiller leur collège, par la même occasion, mais la fatigue et les émotions de la soirée avaient eu raison de lui. Il s'était assoupi en travers du meuble, les pieds passés par-dessus l'accoudoir, le reste du corps tordu dans le dossier du siège, la tête douloureusement coincée.
Le jeune homme se redressa, faisant craquer son cou et sa colonne vertébrale. Une couverture glissa à ses pieds et ses yeux se portèrent automatiquement sur le lit en face de lui.
Helena le fixait d'un regard vide et légèrement voilé. Edward renifla.
_ C'est pas trop tôt.
Gust cligna des paupières, peinant à retracer les évènements et n'en n'ayant pas la force. Elle voulut bouger mais son corps protesta et elle ferma les yeux sous la douleur que lui tira sa faible tentative de mouvement.
_ ' L'heure il est ? Marmonna-t-elle en expirant doucement. Edward jeta un coup d'œil à sa montre en s'asseyant tout à fait.
_ Trois heures vingt-sept.
_ 'Ai dormi longtemps ?
_ Bien moins que ce à quoi je m'attendais après ton fiasco. C'est quoi ce délire, Gust ? T'es malade, c'est ça ?
_ Pas tes affaires…
_ Comment ça, c'est pas mes affaires ?! Hurla brusquement Edward, perdant le peu de contrôle qu'il gardait encore sur ses nerfs fatigués. La scène de la veille se rejoua dans son esprit et il serra les poings, furieux. Helena tourna la tête vers lui en grimaçant et il eut un mouvement sec de la main.
_ T'as failli me crever dans les bras y a un peu moins de quatre heures, viens pas me dire que c'est pas mon putain de problème ! Qu'est-ce que tu nous caches, hein ?! On a trouvé ta boite de médoc, qu'est-ce que c'est, ce produit ? Pourquoi t'as rien dit ?!
_ Ed !
Alphonse entra en trombe dans la pièce, alerté par les hurlements rageurs de son ainé. On n'avait pas idée de pousser une gueulante pareille au chevet d'une malade enfin ! Jusqu'à temps qu'il se rende compte que la malade était éveillée –ou du moins luttait pour le rester—et ne semblait pas être en meilleure forme que quelques heures plus tôt. Elle paraissait même être sur le point de tourner à nouveau de l'œil, tentant de se relever sur un coude et de se tourner sur le côté dans le même temps.
Il se précipita aussitôt vers le lit, passant une épaisse main dans son dos pour la soutenir, l'aidant à se redresser pour mieux respirer. Rien n'y fit cependant, Helena se mit inévitablement à tousser, les larmes aux yeux, la gorge nouée par une nouvelle vague de crachats sanglants. La moquette se tâcha de quelques marques rouges.
_ Doucement, doucement…
Edward resta debout, figé sur place alors que son frère frottait le dos de la plus âgée pour l'apaiser. Il avait mal. Mal de la voir ainsi, mal de la voir souffrir en silence. Et il lui en voulait, putain. Il lui en voulait tellement pour ne rien leur avoir dit, pour avoir gardé tout ceci pour elle, pour ne pas les avoir prévenu. Pour lui avoir foutu la trouille de sa vie quand il avait cru qu'elle allait passer l'arme à gauche.
La mâchoire crispée, l'ainé Elric se détourna de son cadet et la brune suffocante pour aller lui chercher un verre d'eau. Il revint dans la pièce et le tendit à l'armure qui entreprit de le faire boire à leur malade, veillant à ce qu'elle ne s'étouffe pas avec la boisson.
Au bout de ce qui leur parut être d'interminables minutes, la toux d'Helena finit par se calmer et Alphonse la rallongea avec tendresse. Gust papillonnait, incapable de focaliser son attention sur quoique ce soit. Elle avait tellement sommeil…
Alphonse jeta un coup d'œil au blond, hésitant à le réprimander pour avoir crié comme un demeuré alors qu'Helena était au plus mal. Mais il pouvait comprendre la frustration éprouvée par son frère, lui-même se sentait mal vis-à-vis de cela.
Helena haleta, quémandant encore une fois un peu d'eau.
_ Tu te sens mieux ? S'enquit gentiment Alphonse, plus pour la forme que pour la réponse, après qu'elle eut fini.
Helena soupira, les yeux à moitié clos.
_ C'est rien, marmonna-t-elle. C'est rien…Chōṭē bhā'ī cintā mata karō… [1]
Les deux frères restèrent septiques alors que la brune retombait dans sa léthargie.
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Quand Helena rouvrit les yeux, ce fut à cause des sons de vaisselle et de conversation. La tête lourde et les poumons toujours en feu, elle poussa un râle avant de se redresser difficilement, essayant de se caler contre les oreillers. Etait-il normal qu'elle ne sente plus du tout ses jambes ?
La jeune femme tourna la tête, observant l'espace autour d'elle sans vraiment réussir à s'y resituer. Qu'est-ce qu'elle fichait ici déjà ? De la lumière filtrait à travers les rideaux et elle prit soudain conscience de l'odeur de café et de pancakes qui flottait dans l'air. Si son estomac avait besoin d'être rempli, le simple fait d'y penser lui donna la nausée et un haut de cœur la secoua.
Presque immédiatement, une douleur sourde enflamma sa poitrine et elle porta sa main à sa bouche pour en stopper tout de suite l'avancement. Visiblement, elle fit plus de bruit que ce qu'elle avait prévu, car moins d'une minute après le début de ses toux, la porte de la chambre s'ouvrit un peu violemment. La lumière de la pièce principale l'éblouie, lui faisant plisser les yeux.
_ Helena ? Ça va ?!
_ Alphonse ?
L'armure poussa un soupir métallique, visiblement soulagé par ce qu'il voyait. Il entra complètement, refermant la porte, permettant à Helena de baisser le bras qu'elle avait levé en guise de protection primaire.
_ Je suis si content ! S'exclama le plus jeune, veillant cependant à garder sa voix la plus basse possible pour ne pas incommoder l'ainée. Tu nous as fait une belle peur, hier, tu sais ?
_ Hier… ?
Alphonse s'arrêta près du lit, prenant une posture clairement étonnée.
_ Tu- Tu ne te souviens pas ?
_ J'en sais rien… c'est flou… Helena gémit douloureusement en se laissant retomber à plat dos. Que s'est-il passé ?
_ Il s'est passé que tu nous as fait une crise, digne d'une possédée, et que tu as failli y passer.
Edward venait de rentrer dans la chambre, un air grave et mécontent sur les traits. Il se tenait dans l'embrasure de la porte, bras croisés, dans l'attitude type du paternel en colère. Helena ne put empêcher un sourire ironique d'étirer ses traits à cette pensée. Ce qui ne fit qu'attiser l'irritation grandissante du Fullmetal. Elle se payait sa tête en plus !
_ Ça te fait rire !? S'exclama-t-il en faisant un pas dans la pièce, serrant les poings. Putain de merde, mais ta conscience que t'as failli crever ?! Tu crois que ça m'amuse de flipper comme un con parce que tu te mets à convulser en crachant du sang ? !
Helena cligna des yeux, surprise, et Alphonse fit mentalement de même. Il avait rarement vu son frère entrer dans une colère aussi froide. D'ordinaire, il s'énervait vite, mais ses cris n'étaient rien de plus que l'expression d'une frustration enfantine. A l'heure actuelle cependant, il était furieux.
Gust essaya de se réinstaller correctement sur les oreillers. Elle avait mal à la tête. Mal au cœur. Elle ouvrit la bouche, voulant se justifier. Merde, la situation lui échappait totalement. Les frères Elric n'auraient jamais dû voir ça !
Edward la coupa avant même qu'elle n'émette le moindre son.
_ Pourquoi t'as rien dit ? Tempêta-t-il. Alphonse se leva, cherchant à l'apaiser en amorçant un geste de la main. Son frère le repoussa. On a trouvé tes médicaments. Qu'est-ce que ça veut dire ? Hein ?! Qu'est-ce que tu as ? Depuis quand ? On n'était pas censé se serrer les coudes, non ? Se faire confiance ?
_ Ed, calme-toi !
_ Non, je ne me calmerais pas ! Comment veux-tu que je me calme alors qu'elle est malade comme un chien et qu'à la moindre nouvelle crise, elle pourrait réellement mourir ? Est-ce que tu-
_ Je suis désolée.
Edward se coupa dans son élan et ils se tournèrent vers Helena, qui fixait la fenêtre sans oser croiser leurs regards. Elle semblait si fragile en cet instant, à des années-lumière de l'Alchimiste vive et assurée qu'ils avaient pris l'habitude de côtoyer. Alphonse laissa retomber ses mains en grinçant, un silence pensant s'installant sur la chambre devenue brusquement trop petite pour eux trois.
_ Pourquoi tu n'as rien dit ?
Helena tressaillit légèrement à la voix vacillante et pleine de reproches du plus jeune, mais ne se détourna pas de la fenêtre, préférant encore en contempler les rideaux tirés que d'affronter les regards des adolescents.
Elle voulait qu'il se taise. Qu'il cesse de la fixer avec cet air douloureux, comme s'il se sentait trahit. Trahit par quoi ? Jamais il n'avait été question de leur faire part de ses problèmes personnels, merde ! Est-ce qu'elle les avait cuisinés pour obtenir ses propres réponses les concernant ?! Alors qu'ils lui tournent le dos tous les deux, qu'ils partent et la laissent seule. Elle finirait bien par se relever, non ? Elle se relevait toujours.
Une vague de froid l'envahit quand la voix de l'armure retentit encore, plaintive, aux bords de larmes qu'il ne pouvait pas verser.
_ Tu avais dit que les membres d'une équipe ne devaient rien se cacher. Qu'ils devaient pouvoir compter les uns sur les autres. Pourquoi tu ne nous fais pas confiance, Helena ?
_ Je n'ai pas le droit de vous entrainer là-dedans.
La brune sentit plus qu'elle ne vit le mouvement de bras colérique d'Edward.
_ C'est des conneries tout ça. Y a pas que toi en jeu dans cette affaire, Gust. T'es responsable de la vie de ces nanas. T'as pour devoir de trouver ces types et de les mettre sous les verrous. Al et moi, on y arrivera pas tous seuls. T'as pas le droit de mourir avant d'avoir fini cette putain de mission. T'as pas le droit de jouer les égoïstes tant que ta vie n'est pas la seule à être menacée !
Nouveau silence. Plus pesant encore que le précédent. Helena gardait la bouche fermée, refusant tout net d'en dire d'avantage. Si elle parlait, cela revenait à une trahison. Une condamnation à mort en sursis pour les frères Elric. Elle ne pouvait pas se permettre de mettre ainsi en jeu leur sécurité à tous.
La jeune femme ouvrit à nouveau la bouche, pour répliquer. N'importe quoi. Une pique moqueuse, une touche de mépris. Tout ce qui pourrait éloigner les deux frères d'elle. Qu'importe s'ils revenaient au point de départ, du moment qu'ils-
Edward se planta devant elle, la forçant à le regarder avec des yeux écarquillés.
_ T'as entendu ce que j'ai dit ou pas, espèce de grande courge ? T'as pas le droit de te montrer égoïste. Surtout pas maintenant. Tu mets en péril toute notre mission.
_ Mlle- Helena… Alphonse vint se placer à côté de son frère, autant pour le soutenir dans sa démarche de lui tirer les vers du nez, que pour le retenir s'il lui prenait l'envie subite et irraisonnée de frapper la convalescente. On s'est beaucoup inquiété, tu sais ? Je veux dire… on ne… on n'a pas… il chercha ses mots, essayant de les faire sonner juste. Il sourit mentalement en songeant à quel point cette scène était d'un cliché monstrueux. Mais s'il fallait ça pour qu'Helena leur dise ce qui n'allait pas. Pour qu'elle s'ouvre enfin, ne serait-ce qu'un peu…
Edward avait raison ; si Helena venait à mourir ou se retrouver dans l'incapacité de bouger, leur mission tombait à l'eau. Et ils ne pouvaient définitivement pas se le permettre.
Les mains de Gust se mirent à trembler légèrement sur les couvertures qu'elle serrait trop fort. Alphonse soupira.
_ Je me doute qu'il n'est pas facile pour toi d'en parler. Mais… tu savais que tu étais malade, tu as choisis de ne rien dire… même si Ed est ronchon, même s'il crie, qu'il te traite de tous les noms… je sais qu'au fond, il t'aime bien. Comme moi. Nous tenons à toi.
Il fallut près d'une minute au cadet pour calmer la crevette blonde qui s'époumonait tout ce qu'il savait que non, il ne tenait pas du tout à Lewin, mais que la voir mourir sur une mission conjointe nuirait fortement à sa réputation et que si elle voulait vraiment crever, elle n'avait qu'à attendre la fin de cette enquête. Et non, bordel, il ne l'aimait pas !
Helena les regarda se disputer, comme les deux enfants qu'ils étaient encore, et un mince sourire étira ses lèvres.
'De toute façon, on sait très bien que c'est moi que Nana préfère !
N'importe quoi ! Je suis son préféré ! Pas vrai, baṛī bahana [2]?
Iris, David… parlez moins fort, je suis fatiguée. Et de toute façon, je vous aime tous les deux, ça vous va comme ça ?
Mais tu as bien un préféré, non ?
Non. Vous êtes tous les deux aussi importants l'un que l'autre à mes yeux.'
Une larme glissa sur le sourire.
_ Si je vous explique, lança-t-elle brusquement, interrompant la discussion enflammée.
Les deux frères se tournèrent vers elle, surpris mais cessant de se chamailler. Helena inspira une brève goulée d'air avant de reprendre d'une voix plus calme.
_ Si je vous explique ce que j'ai, qui je suis ; il n'y aura pas de retour en arrière possible. Vous serez liés à mes emmerdes.
Edward esquissa un rictus moqueur. Il n'y avait aucune hésitation dans son regard, juste une farouche détermination et une curiosité presque enfantine.
_ Je savais bien que tu étais de mèche avec la mafia de Xing.
Gust ricana puis leur fit signe de prendre place, qui sur la chaise, qui au pied du lit. Elle se cala contre les oreillers, ignorant son mal de crâne et sa gorge sèche.
_ Ça risque de durer longtemps, prévint-elle. Et on n'a pas forcément ce temps.
_ Alors arrête de blablater et de nous faire ça à la mystique. Dis-nous ce que tu as, déjà.
_ Je ne sais pas comment s'appelle ce dont je souffre. Il faut simplement savoir que c'est génétique, que l'on ne peut rien n'y faire, que j'ai ça depuis tout petite. Et que c'est lié à mes origines.
Alphonse bougea un peu sur son siège.
_ Tes origines ?
Helena soupira. Ferma les yeux un instant avant de les rouvrir pour contempler le plafond couvert de tâches. Elle ne voulait même pas savoir d'où elles venaient, ni songer au fait qu'elle avait dormit au-dessous de ces trucs près à lui tomber sur la figure au moindre courant d'air ou tremblement agitant la charpente.
_ Vous vous souvenez sans doute, lorsque je vous ai dit venir d'un petit village du Sud-Est d'Amestris ?
Il s'agissait plus d'une affirmation que d'une question ; Helena était persuadée –et elle n'avait pas tort – qu'ils n'avaient cessé d'y penser depuis qu'elle leur avait lâché l'info. Les adolescents poussèrent un léger grognement d'affirmation, se penchant inconsciemment vers elle avec une certaine avidité.
En d'autres circonstances, Gust aurait pu en sourire, s'en amuser. Mais la bombe qu'elle s'apprêtait à lâcher n'avait rien d'amusant. Elle ignorait encore si elle le regretterait, si leur faire confiance allait finalement achever de sceller ce qui lui servait de pitoyable destin. Elle s'en remettait à eux, désormais, à défaut de croire en ce dieu qui l'avait toujours délaissée.
_ Pour être parfaitement exacte, mon père était du Sud, ma mère de l'Est. Je suis née là-bas, d'ailleurs, en 1895. Et pour être encore plus précise, j'ajouterais même que cet Est là, on le nommait Ishbal.
Ceci mes amis, est une coupure des plus méchantes et vicieuses. Et j'en suis fière en plus. Voilà, le voile est levé sur le pseudo mystère que j'ai voulu instaurer au sujet d'Helena. Vous aurez plus de précisions dans les chapitres suivants, puisqu'il va s'agir bien entendu de flash back. Quoique, je pourrais me la jouer super méchante et vous délivrer des infos petit bout par petit bout...
[1] Ne t'inquiètes pas, petit frère.
[2] grande sœur/Sœur ainée.
Alors, je m'explique. Une fois de plus, il s'agit d'une traduction internet et en ce qui concerne la première phrase, je ne suis donc pas du tout sûre de moi. Pour le grande soeur, en recoupant, j'ai eu des résultats similaires, donc là, pas trop d'inquiétude. En ce qui concerne la langue choisi pour l'Ishbal (parce qu'effectivement, c'est bien du vieil Ishbal), j'ai pris l'hindi. Pourquoi l'hindi? Parce que dans je ne sais plus quel tome de FMA, alors que Scar et sa petite bande se retrouvent dans un coin calme, ils essayent de traduire le fameux libre de son frère, écrit en vieil Ishbal. Quelques mots en ressortent, dont le "rasayana" que Scar traduit comme étant un remède miracle.
Assez curieuse, je suis allée voir sur internet. Il se trouve que le rasayana est un mot en Sanskrit (décrivant d'ailleurs quelques principes chimiques et alchimiques liés au mercure, si je ne me trompe pas), un langage qui aura servit à écrire une grande partie des écrits religieux hindous. Mettez tout ça bout à bout, cela me paraissait donc assez logique de faire de l'hindi, l'ancienne langue des Ishbals. Sans compter qu'Hiromu semble avoir quelque calqué la culture Ishbal sur le même modèle que les traditions indiennes. Du coup, je m'en suis servie comme base, ça me semblait être un choix logique.
Après, à vous de juger, hein (mais regardez un peu tous les efforts que j'ai déployé pour deux malheureuses phrases dans un chapitre, quand même! Pensez que j'ai dû suer sang et eau pendant des heures... comment ça, j'essaye de vous faire culpabiliser pour en tirer des louanges de votre part? Mais pas du tout! ). Un chapitre un peu plus long que le précédent, je dois l'avouer, et une scène que j'avais écrite dès le début, en réalité. J'avais hâte d'y arriver. ^^ Et je vais pouvoir m'éclater sur les deux prochains chapitres, aussi.
La salvation, mes amis, la salvation (personne n'a comprit la blague, mais c'est pas grave, y en a une dans le lot qui va éclater de rire en lisant cette phrase.)
Sur ce, merci d'être passés, n'hésitez pas à laisser un message, je remercie une fois de plus ma béta, les lecteurs, et vous dis à la prochaine.
