Un sol rocheux et des montagnes à perte de vue. Des flammes, des cris, du sang sur le sol. Emma a beau courir, derrière chaque crète, après chaque virage du chemin, le même paysage brûlé et dévasté se dessine à l'infini. Derrière elle, le corps sanglant aux traits familiers la suit sans relâche. Ses poumons la brûle tellement qu'elle a un gout de sang dans la bouche.

A bout de souffle, épuisée, elle chute à genou, ses mains sur ses oreilles pour ne plus entendre les hurlements du corps qui la suit et l'appelle sans cesse. Les larmes inondent son visage, elle panique et ne parvient pas à reprendre son souffle quand une main ensanglantée se pose sur son épaule.

« - Tu m'as abandonné Swan !

- Non ! Elle hurle, se débat, mais la prise sur épaule se raffermie.

- Tu devais nous protéger, c'était ton devoir. La voix est dure, pleine de ressentiment et de colère.

- Je suis désolé Neal, elle sanglote, se débat toujours, je n'ai rien pu faire.

- Tu aurais dû mourir avec moi. La main sur son épaule remonte sur son cou et, rejointe par sa jumelle, commence à serrer. Tu m'as abandonné là-bas, tu m'as tué Swan.

- NON ! »

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Emma se réveille en sueur et porte immédiatement ses mains à son cou. Des larmes qu'elle ne parvient pas à retenir roulent lentement sur ses joues, alors qu'elle essaie calmer les battements de son cœur et sa respiration devenues anarchiques. Elle regarde sa chambre dans la pénombre, essayant de sa rassurer. Ce n'est qu'un cauchemar Swan, le même que d'habitude donc respire.

Chaque nuit, le même cauchemar se répète et chaque nuit, elle en sort aussi éprouvée que la première nuit. Les nombreuses séances avec son psychiatre ont permis de régler beaucoup de choses mais pas celle-là.

Elle sait qu'elle ne parviendra pas à se rendormir, pas ce soir. Elle sèche rapidement ses larmes et se lève, elle a besoin d'air. Traversant la maison sur la pointe des pieds pour ne pas réveiller ses occupants, Emma se dirige lentement vers la terrasse, espérant trouver la quiétude dont elle a besoin au bord de la piscine.

La porte donnant sur l'extérieur est déjà ouverte et elle est surprise de voir Régina, installée sur un fauteuil et concentrée sur la lecture d'une liasse de document. Elle ne l'a pas entendue arrivée, et Emma en profite pour l'observer quelques instants. Vêtue d'un peignoir en satin, les jambes repliées sous elle, elle porte une paire de lunettes à monture épaisse noir et est totalement absorbée par sa lecture.

Emma la trouve belle, éclairée par la lueur des légers éclairages extérieurs, et fronce les sourcils en réalisant que c'est déjà la deuxième fois qu'elle fait ce constat à propos de Régina. Elle ne sait pas si elle a le droit de la déranger mais le destin semble répondre pour elle, quand le visage de Régina se tourne vers elle, d'abord étonné, avant de s'illuminer d'un sourire léger et timide.

« - Hey …

- Hey… Emma s'avance lentement sur la terrasse, incertaine. Je ne voudrais pas te déranger, je pensais être seule vue l'heure.

- Tu ne me déranges pas, répond Régine en ôtant ses affaires du siège à côté du sien. J'ai toujours du mal à dormir quand j'ai des grosses scènes à jouer le lendemain, donc j'en profite pour relire mon texte.

- Je suis comme toi les veilles de départ en mission, dit Emma en s'asseyant à côté d'elle. Je passe ma nuit à relire les ordres et à tout vérifier. Une ombre passe dans son regard et, alors qu'elle s'apprête à ajouter quelque chose, elle se révise et le silence s'installe.

- Et as-tu prévu de partir en mission demain ? demande Régina après quelques instants.

- Hein ? Emma la regarde, les sourcils froncés. Je .. Non .. Enfin … Pourquoi ?

- Parce que, dit Régina avec un léger sourire, si ce n'est pas un départ en mission qui t'empêche de dormir, peut être que tu pourrais me dire pourquoi tu es éveillée à cette heure-ci ? »

Le ton était doux, et le regard de Régina bienveillant. Emma savait que le but de son séjour était de guérir, et qu'elle devait pour cela apprendre à parler à Régina. Mais, bien qu'elle se sente à l'aise avec la jeune femme, et elle ne savait pas si elle arriverait à lui parler. Le sentiment de culpabilité qu'elle ressentait était trop fort, et elle avait honte d'être aussi faible.

Le regard de Régina était toujours fixé sur elle, et Emma s'y perdit un instant. Elle fut tentée de lui raconter son cauchemar, mais les vieilles habitudes ont la vie dure et elle choisit la facilité, une fois de plus.

« - Rien d'important, répondit-elle sur un ton léger en se levant, probablement le décalage horaire. Je te laisse relire ton texte, ajoute-t-elle en se levant sous le regard déçu de Régina. Elle s'arrête et se retourne passant la porte. Et ne stresse pas pour demain, je suis sûre que tu seras parfaite. »

La sincérité dans son regard fît légèrement rougir Régina, et c'est sur ces mots qu'elle remonte dans sa chambre, se maudissant intérieurement d'avoir été si lâche et d'avoir déçue Régina, alors que celle-ci faisait de gros effort pour qu'elle se sente bien.

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Réveillée aux premières lueurs du jour après seulement quelques heures de soleil, Emma reste pensive dans son lit, écoutant les bruits de lui maison, signe qu'elle n'est pas la première à être réveillée. Le bruit des talons dans le couloir lui signale que Régina s'apprête à descendre. Elle hésite à aller la rejoindre pour s'excuser de son attitude fuyante de cette nuit quand elle entend la voix de Robin. Cela la convainc de rester où elle est.

Et ce n'est que bien plus tard, après une douche bienfaitrice, qu'elle se décide à descendre en pensant être seule dans la maison. Malheureusement, Robin est toujours présent, accoudé au comptoir de la cuisine, un café à la main.

Elle le salue poliment puis se sert un café, avant de sortir de la cuisine mais elle est retenue par Robin, qui attrape son bras alors qu'elle passe près de lui. La poigne est ferme et Emma ne peut empêcher son corps de se tendre. Elle se retourne vivement.

« - Tu peux prendre ton café dans la cuisine si tu veux, j'aimerais qu'on discute un peu tous les deux. »

Il ne lâchait pas son bras, et raffermissait sa prise en la regardant droit dans les yeux. Bien que n'en ayant aucune envie, Emma prit tout de même place sur un des tabourets, soucieuse de se montrer malgré tout polie avec son hôte et consciente que sa proposition relevait plus d'un ordre que d'une demande.

« - Alors, comment s'est passée cette première journée chez nous ?

- Bien. Je vous remercie de m'accueillir, je sais que ce n'est pas très naturel d'accueillir des inconnus sous son toit.

- Pour être honnête, c'est une idée de Régina. Personnellement, ajoute-t-il sur un ton dédaigneux, je ne vois pas en quoi cela pourrait t'aider. Mais Régina semble convaincue du contraire et elle a su se montrer vraiment très persuasive, dit-il en lui faisant un clin d'œil. »

Emma était mal à l'aise, tant par le sous-entendu de Robin que d'apprendre qu'il était réfractaire à la présence. Elle ne savait pas quoi répondre mais Robin ne semblait pas vraiment attendre une réponse puisqu'il reprit immédiatement la parole.

« - Tu sais, Régina a beaucoup souffert de ce qui est arrivé à son père et je ne comprends pas pourquoi elle s'inflige ça une fois de plus. Sa mère est d'ailleurs d'accord avec moi. Donc je préfère être clair avec toi dès le départ. Si ta présence ici ravive des souvenir trop douloureux, je me chargerais moi-même de mettre fin à ce programme de soutien.

- Ecoutez, je ne sais pas ce qui est arrivée au père de Régina, et tout comme vous, je n'ai nullement l'intention de la faire souffrir. Mais je pense cependant qu'elle assez grande pour prendre elle-même ses décisions …

- Peut m'importe ce que tu penses Emma, dit-il en l'interrompant, tu es ici chez moi et je ferais ce que je juge nécessaire pour Régina. Est-ce clair ?

- Limpide, répondit-elle froidement. Donc laissez-moi être clair à mon tour, dit-elle en se levant, le regardant droit dans les yeux. Je ne suis pas plus ravie que vous que nous ayons à cohabiter pour quelques mois mais j'ose espérer que vous saurez respecter la décision de Régina. Et, ajouta-t-elle en s'approchant, la prochaine fois que vous posez la main sur moi, je vous fais ravaler votre joli sourire. Est-ce clair ? »

Emma n'attendit pas sa réponse pour quitter la pièce, furieuse.