La chaleur du soleil était atténuée par un léger vent frais, et Emma décida d'aller à son rendez-vous à pied plutôt que d'appeler le chauffeur que le programme avait mis à disposition. Elle pensait que le sergent désigné pour cela avait bien mieux à faire et, surtout, marcher lui permettrait de se calmer. En effet, elle était toujours passablement énervée par son altercation avec Robin le matin même, et ne souhaitait en aucun cas arriver dans cet état chez son psy.
En chemin, Emma essayait de se changer les idées mais son esprit restait focalisé sur Régina et Robin. Elle avait toujours eu un don pour cerner les gens, et dès son premier contact avec Régina, elle avait été convaincue de la gentillesse et de la sincérité de la brune. Elle ne savait pas encore ce qui était arrivé à son père, mais la douceur et la façon si particulière qu'avait eu Régina de s'adresser à elle dès le début laissait à penser que Régina savait ce qu'elle traversait. A l'inverse, Robin semblait égoïste et macho et Emma sentait chez lui une violence latente qui lui déplaisait fortement. Au gré de ses pensées, Emma était déjà arrivée au cabinet du docteur Hopper, qui était le psychiatre en charge de son dossier ici, à Vancouver. Elle pris une grande inspiration avant de frapper, puis se fit violence pour stopper le tremblement de ses mains avant de rentrer.
- Melle Swan, la voix douce était tintée d'un léger accent, et Emma fut surprise du sourire chaleureux qui lui était adressé. Habituée à la froideur des médecins militaires, elle appréciait l'humanité que dégageait le docteur Hopper. Installez-vous je vous en prie, dit-il en lui désignant un vaste sofa qui aurait plus sa place dans un salon de thé que dans le cabinet d'un psy.
Une fois assise, Emma s'attendit à l'habituel moment gênant où le psy la regardait sans rien dire en attendant qu'elle s'exprime mais il n'en fut rien. Au contraire, le dr Hopper lui adressa un large sourire avant de prendre la parole.
- Bienvenue à Vancouver Emma. Je suis le docteur Hopper, mais je préfère que l'on m'appelle Archie si cela vous convient. Ne voyant pas de signe d'objection de la part d'Emma, il poursuivit. Je vois dans votre dossier que vous êtes française et je dois vous avouer que j'ai toujours rêvé de visiter Paris dit-il d'un air rêveur, Notre Dame, la Tour Eiffel, les balades le long des quais de Seine … Par pitié, dites moi que c'est aussi beau que dans les films ajouta-t-il d'un faux air dramatique.
Amusée, et agréablement surprise par cette entrée en matière, Emma pu le rassurer sur la beauté de Paris. Elle n'y avait pas grandit mais l'avait visitée de nombreuses fois, et leur discussion tourna autour de Paris et de la jeunesse d'Emma. La sonnerie d'une vieille horloge, qu'Emma n'avait pas remarqué, sonna la fin de la séance. Emma était troublée par la facilité avec laquelle elle avait échangé avec le Dr Hopper, et réalisa qu'elle lui avait confié des informations sur sa jeunesse qu'elle gardait habituellement pour elle. Elle pensa avec un sourire que sous son air bienveillant, son nouveau psychiatre était bien meilleur pour obtenir des renseignement que bon nombre d'agents qu'elle avait croisé dans sa carrière.
- Avant de nous quitter Emma, j'aimerais que vous me disiez quelques mots sur la famille qui vous accueille pendant ce programme.
- Hum … Ils ont l'air très bien. J'ai été très bien accueillie. Régina et moi venons de mondes totalement opposés. Mais je pense que nous allons très bien nous entendre. Je ne sais pas pourquoi, mais j'ai l'impression qu'elle me comprend. Voyant que le Dr Hopper en espérait un peu plus, elle poursuivit sur un ton hésitant. Malgré cela, je suis sur la défensive. Je sens que je pourrais me confier à elle, et je ne sais pas pourquoi mais quelque chose me retient.
- Il y a une grande différence entre « ne pas savoir » et « ne pas vouloir » voir les choses Emma, lui dit-il d'un ton doux. Car vous vous êtes pourtant confiée à moi aujourd'hui, et de manière très naturelle. Après avoir noté quelques mots sur son carnet, il ajouta, Pour votre premier travail après cette séance Emma, j'aimerais que vous soyez plus ouverte avec Régina. Je ne vous demande pas forcément de vous confier, ou de faire des choses contre votre volonté. Mais j'aimerais que vous soyez moins dans la retenue avec elle, pour que votre relation se construise sur des bases saines. Vous pensez pouvoir faire ça Emma ?
Emma était pensive. Être plus ouverte, ne pas être dans la retenue… Depuis quant était-elle à ce point devenue fermée aux autres. Elle savait qu'une partie de tout cela était imputable à son récent traumatisme, mais en réalité, ça remontait bien plus loin. Être militaire, c'est s'oublier au profit d'une cause plus grande, c'est risquer de mourir lors de chaque mission, c'est risquer de perdre des proches lors de chaque mission. Et pour toutes ces raisons, Emma avait fini par se construire une armure, par se renfermer sur elle-même, au point de plus rien ressentir du tout en voulant trop se protéger. Le Dr Hopper avait raison, elle devait s'ouvrir aux autres, et retrouver la femme qu'elle était avant tout cela.
Devant le silence de sa patiente, Archie l'appela doucement, ce qui la fit sortir de sa torpeur.
- Emma ? Tout va bien ?
- Hein ? Non. Enfin oui, tout va bien. Emma leva un regard incertain vers lui. Pour être honnête, je ne suis pas certaine de savoir encore comment faire.
Sa remarque fut accueillie par un sourire.
- N'est-ce pas l'objectif de ce programme, de réapprendre à vivre ? Je n'ai pas dit que ça allait être facile, mais je sais que vous en êtes capable. Laissez-vous porter par votre instinct Emma, j'ai l'impression qu'il ne vous a jamais fait défaut jusque-là.
Sur le chemin du retour, Emma était en proie à plusieurs sentiments. Le soulagement, que cette séance se soit bien passée, et que le contact avec le Dr Hopper ait été si facile. L'étonnement, pour s'être dévoilée aussi facilement, pour la première fois depuis longtemps. Et plus modérément, mais suffisamment tout de même, l'angoisse. Elle allait devoir déconstruire les murs qu'elle avait mis si longtemps à bâtir, et ne savait pas comment faire face à tout cela.
Elle fut sortie de ses pensées par les vibrations de son téléphone. En regardant l'écran, elle vit un message de Régina. Elles s'étaient échangées leurs numéros hier soir, « au cas où » pour reprendre l'expression de la brune.
* J'espère que tu passes une bonne journée, et que ton rendez-vous s'est bien passé. Mon tournage a pris du retard, et je rentrerais tard. Je te laisse avec Robin ce soir. Désolé. R. *
Emma, qui avait la mauvaise habitude de tout analyser, se demandait pour quelle raison Régina était désolée. Était-elle désolée de ne pas être là ce soir, ou était-elle désolée de la laisser avec Robin ? Emma, pour sa part, était désolée que la brune ne soit pas là. Elle pouvait supporter Robin une soirée, elle avait vu bien pire. Mais après son entretien avec le Dr Hopper, elle avait espéré pourvoir mettre en pratique ses bonnes résolutions dès ce soir. Et pour être totalement honnête avec elle-même, elle devait reconnaitre que la présence de Régina était apaisante et agréable mais ça, elle ne l'admettrait pas même sous la torture.
