Il doit parler d'elle : "La vie de Naminé"
Vanitas (un narrateur) : « Oui, vous avez déjà beaucoup entendu parler de Naminé. Mais elle n'est pas celle que vous croyez. Naminé n'a ni résisté à ses parents ni fait de toiles. Enfin, pas d'elle-même. Elle n'est pas celle que vous croyez. Parce qu'en réalité, au moment où je vous parle, elle est comme toujours prisonnière de ses parents, de la même manière qu'à l'époque où elle m'a envoyé sa lettre avec une adresse prise au hasard... »
« Quand Strelitzia est enfin née, après six ans de tentatives ratées, ses parents ont été les plus heureux du monde, au détriment de leur enfant. Pour DiZ et sa femme, six ans désespoir veulent dire trente-six ans d'espoir, c'est mathématique. Quand elle était petite, Strelitzia a très vite compris que quelque chose n'allait pas avec ses parents qui étaient beaucoup trop présents autour d'elle. Alors elle a ressenti sa rencontre avec Skuld comme un miracle. Sans qu'elle n'ait rien demandé, elle a été faite passer pour morte et a pu échapper à une vie qu'elle n'aurait pas supportée. Mais ses parents, inconscients dans leur détresse, ont donné naissance à une autre fille et ce, dès le premier essai. Officiellement, elle s'appelait Naminé. Mais ses parents l'ont toujours vu comme étant Strelitzia qui ne serait en fait jamais partie. Naminé a alors vécu la pire enfance qui soit possible : elle n'existait pas, elle était seulement le spectre d'une morte. Naminé ne pouvait pas encore fuir, elle était encore trop petite et ne savait pas où aller. Alors si elle ne pouvait pas quitter sa maison, elle s'est dit que son esprit le pourrait peut-être. Et c'est comme ça que j'ai reçu sa lettre. Ça aurait pu être à n'importe qui, et ça a été à moi. Naminé avait réussi à faire fuir une partie d'elle-même. Plus tard, elle a découvert l'existence de sa grand-mère chez qui elle fuira quelques années après. Quand elle m'a envoyé sa lettre, Naminé a considérablement changé. Elle est passée de la petite fille qui avait tout abandonné à cause de Strelitzia à la fille qui emmerdait le monde grâce à Vanitas... grâce à moi. Naminé ne voulait plus de sœur, plus de mal, alors comme pour effacer l'existence de Strelitzia, elle m'a demandé d'être son frère de cœur. Contrairement à Naminé, j'ai toujours été mauvais. Enfin, plus vraiment maintenant à cause d'un monde à sauver ou un truc du genre, mais à la base c'est moi qui suis particulier, qui suis un enfant à problèmes. Naminé ne l'était pas. Elle, elle vivait le problème de ses parents. Après sa rencontre avec moi, elle a clairement changé à cause de mon influence... ou même de ces Yeux. Naminé s'est tue pendant toute son enfance alors elle a commencé l'art pour dire ce qu'elle voulait, pour dénoncer ce qu'elle pouvait. Dans le reportage de Ven, on a mentionné une œuvre que Naminé avait faite : celle d'un ours en peluche décapité reflété par le tableau d'un petit garçon entouré d'hommes de grand âge. À la base l'ours la représentait elle, avec la tête coupée comme si ses parents la lui avaient arrachée pour mettre celle de Strelitzia à la place. Le petit garçon ne devait être qu'une silhouette noire entourée de deux adultes, ses parents. Mais ce qu'elle voulait montrer à ce moment-là n'était pas forcément sa haine contre ses parents, mais son dégoût général des adultes de ce genre. C'est après avoir fait ma connaissance qu'elle a découvert la marginalité. Et c'est alors à ce moment qu'elle a commencé a prendre la parole et à exposer ses œuvres. C'est là qu'elle a commencé son obsession pour le chocolat chaud, aussi. Puis Naminé s'est enfuie chez sa grand-mère peu avant avoir réalisé son premier tableau, mais comme elle a fini par mourir, s'est retrouvée seule chez sa grand-mère. Ça a été le seul moment où Naminé a demandé à me voir. La seule personne de sa famille a l'avoir reconnue venait de mourir et seul moi pouvait l'empêcher de redevenir le fantôme de sa sœur. Je comptais refuser, mais je n'en ai pas eu besoin : elle avait rencontrée Skuld et s'était dite qu'elle serait une bonne personne pour la faire rester vivante. Alors elle a pris ses pinceaux et son chocolat chaud et s'est incrustée chez elle. Skuld aussi possédait des Yeux, ce qui explique pourquoi Naminé s'est si bien sentie avec elle. Encore une fois, elle a redécouvert la vie. C'est à force d'apprentissage avec chaque personne : moi, Skuld ou Kairi, qui n'étions pas des personnes ordinaires, qu'elle a grandit en prenant une part de chacun de nous. La Naminé charismatique que l'on connaît n'est en vérité qu'une enfant qui fait comme les autres pour survivre : et puis, à force de côtoyer des êtres exceptionnels, on le devient soi-même. Quand Skuld s'est éloignée d'elle, elle l'a ressenti. Quand je suis parti, elle l'a ressenti. Et quand Kairi a aussi disparu, ça l'a isolée et elle a commencé à se sentir seule. Quand je suis rentré, au bout de six ans, elle s'est sentie heureuse quand on est allé la voir. Elle a pu me rencontrer et on a tous bu du thé ensemble. Oui, du thé. Elle avait arrêté le chocolat chaud. Une tentative de recherche d'elle-même, peut-être. Mais pour devenir qui elle était vraiment, elle devait chercher dans ses souvenirs ce qui l'avait rendu comme ça, à la base : Strelitzia. un prénom qu'elle avait fini par oublier, à force. Mais seule sa rencontre avec cette personne qu'elle a tant détesté pouvait la changer en mieux. Et quand cela s'est produit, quand elle a compris que sa sœur était bienveillante, elle a su que c'était bon, maintenant. Que sa vie serait la sienne et non celle qu'elle copiait aux autres. Une vie de peinture à l'air pur, de paysages de montagnes et d'une prairie solitaire. Mais ce à quoi personne n'avait pensé, c'est que sa véritable vie serait une vie de folie, dans le bon comme dans le mauvais sens du terme... que ce soit dans le sens de "mot" comme dans le sens de "fin". »
