Juste, parlons d'eux : "Luxord - Un lien"

Luxord (un homme blond) : « En fait, je ne sais pas qui je suis vraiment. Pas que j'ai perdu la mémoire mais plutôt que j'ai l'impression que je n'ai pas vécu tout ce que j'aurais dû vivre. Comme si mon destin avait été altéré... Aujourd'hui, je suis Luxord, mais dans une autre vie -celle que je pense ne pas avoir vécu-, un autre monde ou dans une autre époque, j'aurais peut-être été quelqu'un d'autre. J'ai su bien plus tard la vérité sur mon destin, sur cette altération qui me semblait étrange. »

(…)

« Je vais vous conter mon histoire, et elle commence dans ce groupe d'amis. Chacun de nous avait une place particulière de notre relation. Enfin, c'était mon ressenti, à la base, mais ça s'est vérifié quand elle est morte. Si je nous compare à des parties du corps, je dirais que Isa était le cerveau, posé et réfléchi. Lea était les muscles en général, à toujours vouloir nous faire bouger de partout, s'amuser tous ensemble. Moi, j'aurais été l'oreille, à toujours écouter les problèmes des autres et enfin, elle, serait le cœur, la représentation de notre amitié et de notre cohésion. À sa mort, le groupe s'est disloqué et comment écouter les problèmes des deux autres alors que j'ai exactement le même ? Comment s'amuser alors que nous ne sommes plus tous là ? Comment rester calme face à la mort de l'un des quarts de notre âme ? Nous étions tout pour les autres et nous avons tout perdu. Personne ne connaît de détails sur sa mort, mais je crois savoir quelques choses là-dessus : le cœur est la partie du corps la plus fragile. Il peut être blessé physiquement et psychologiquement. Quelque chose en elle s'est brisé, c'est tout. Et puis ensuite, je ne voyais plus aucun intérêt pour le groupe alors je suis parti. Qui pourrait vivre sans cœur, hein ? »

(…)

« Je ne suis pas parti très loin, juste dans un autre bout de la ville. Je ne suis jamais allé revoir les garçons parce que si je les avais revu, notre relation n'aurait pas été pas la même. Une fois, une seule fois, j'ai croisé Isa dans la rue. Nous avons dû penser tous les deux la même chose, que nous étions maintenant des étrangers bien que l'on connaissait le moindre détail sur l'autre. Nos regard se sont croisés, mais de la même manière qu'on rencontre les yeux d'un inconnu dans la rue : on le voit sans faire attention à lui. Ma vie a pris un nouveau départ quand je suis parti et j'ai rencontré de nouvelles personnes. J'ai eu une femme et des enfants, des jumeaux : Roxas et Ventus. Ils étaient tous les deux très sensibles à ce qui les entourait, très réceptifs aux fluctuations du monde et des gens. Roxas était toujours à flirter avec les mauvais garçons, c'était lui qui avait passé le plus de temps avec Vanitas. C'était lui qui ressentait le mieux comment étaient les gens et ils lui rendaient en s'intéressant et en s'accrochant beaucoup à lui, comme s'il était la bouée de sauvetage du monde. Ventus, lui, était comme l'air dont on a besoin pour vivre, toujours présent autour de nous. Il était le plus sensible aux changements dans le monde. Mais -pour faire un saut dans le futur-, il n' a pas ressenti la catastrophe de l'île puisqu'elle faisait partie de cycle de destruction de la Lumière. Cette même lumière, telle la flamme d'une bougie, qui peut s'éteindre en un souffle. Heureusement pour lui, Ventus va se réfugier dans les montagnes du sud et ne connaîtra donc pas de fin précoce. Grâce à Vanitas qui a passé beaucoup de temps à la maison et avec eux en général, ils se sont beaucoup désensibilisés à toutes ces fluctuations et ont pu avoir une enfance aussi basique que celle de n'importe qui, si on oublie que le simple fait d'être ami avec Vanitas étant en soit tout sauf basique. Bien que nous nous échangions nos enfants tous les jours, ni moi ne ma femme n'avons rencontré les parents de Vanitas. La relation de nos enfants leur appartenait et nous n'avions pas de raison pour aller les les voir. Le lien de nos deux familles était l'affaire de nos enfants, pas la nôtre. »

(…)

« J'ai eu l'impression que le monde entier avait changé dans l'année qui a suivi le retour de Vanitas puisque tous les enfants étaient partis - j'ai même appris qu'il y en avait un qui était mort. Et moi, j'avais de plus en plus cette impression que la vie que je vivais n'était pas celle qui m'était destinée. Alors je suis parti en voyage et j'ai aussi quitté la ville. Je me suis rendu à l'ouest, pour changer d'air, l'odeur de l'océan m'étant relativement inconnue. J'y ai rencontré un liseur de bonne aventure, que j'ai consulté. Il m'a demandé si j'étais écrivain, chose que j'ai trouvé très étrange mais quand il m'a expliqué pourquoi, j'ai trouvé ça très logique : apparemment, ma vie serait comme un livre : sans le moindre ordre chronologique. Ce n'était pas particulièrement clair, puisque comment une vie peut être dans le mauvais ordre ? Comme dans un livre, m'a répondu le diseur de bonne aventure. »


-Luxord, te sens-tu vraiment toi ?

-Qui es-tu ?

-Une image rémanente d'un lointain passé.

-Je ne comprends pas...

-Je suis celui que tu seras très bientôt, mais surtout celui que tu as été il y a très longtemps. Luxord, je te le redemande : te sens-tu vraiment toi ?

-Non... j'ai toujours cette impression de ne pas vivre la vie qui m'était destinée.

-Tu connais l'histoire de la Volonté des Yeux ?

-Non, pas du tout.

-Alors écoute bien, je vais te raconter le récit de la vie de centaines de personnes, même de milliers ! Qui sait combien de magiciens ont été reliés à tout ceci ?


-Ça veut dire quoi, "une image rémanente d'un lointain passé" ?

-Pourquoi tu me demandes ça ?

-C'est parce que c'est ce que tu as dit quand tu t'es présenté.

-Ah, ça. C'est pour ne pas mourir. Enfin, pour ne pas finir seul, plutôt. Tu n'aimerais pas être seul jusqu'à ta mort, pas vrai ? Surtout qu'à l'époque, il aurait été difficile de mourir... c'est ça, être l'enfant d'un grand sorcier.

-Tu descends de Yozora ?

-Nan, sinon tu aurais été élevé dans le village au nord, où ils vivent tous. Je suis l'enfant direct du numéro X des Treize sorciers des Ténèbres. Mais comme je l'ai dit, je ne suis qu'une image rémanente, l'image de celui qui aurait dû vivre la vie que j'ai vécu. Je suis l'image du toi immortel qui a vécu tous ces derniers milliers d'années. Mais avant que ton père ne se fasse emprisonné par Yozora, il t'a envoyé dans le futur en un temps où 'équilibre entre le bien et le mal était restauré. Et comme tu lui as demandé, avant cela, il a supprimé tes souvenirs et ton immortalité. Il a extirpé les pouvoir de ton corps et les as libérés dans la nature. Et c'est ce que je suis. Mais maintenant que tu as appris tout cela, je vais pouvoir disparaître. Je voulais juste que tu connaisses la vérité, mais les souvenirs restent avec moi. C'est ce que tu avais demandé, après tout.

-Je viens d'un lointain passé, alors... De l'époque de la naissance de la Volonté des Yeux...

-...

-Je pourrais en savoir un peu plus ?

-Sur ?

-Le passé. Pas le mien, celui de mon père. Celui de la magie de l'époque et des vingt Maîtres de ce temps.

-Ce passé, alors... Avant que la guerre de l'équilibre ne se déclenche, enfin avant qu'elle ne refasse surface depuis quelques dizaines d'années, la magie était considérée comme un moyen. Un moyen de vivre, un moyen de travailler, un moyen d'aimer et un moyen de sourire. La magie était belle, à cette époque, avant qu'elle ne soit pervertie par ces gens... Mais heureusement, les quelques familles fondatrices -celles dont le dirigeant originel a participé à la création de l'Académie des Maîtres- ont fait disparaître -pour ne pas dire assassiner violemment- les magiciens qui sombraient. C'est à cause de cet incident que la magie a commencé à se faire de plus en plus rare au point de se faire oublier du peuple au fil du temps.

-Et mon père, pour quel moyen utilisait-il la magie ?

-Oh, pour faire pousser des fleurs, simplement. Des fleurs de lys. Et un arbre, aussi. L'arbre prison, l'arbre du pendu, l'arbre tombeau. Ton père était très apprécié. C'est lui qui est à l'origine du cimetière où tu te feras enterrer. C'est lui qui a planté l'arbre au pied duquel Roxas va mourir...

-...

-...

-Et les Maîtres ?

-Les Maîtres ? Ils étaient vingt. La guerre n'existait que dans la face caché de ce monde alors ils s'entendaient très bien. Leur magie à eux aussi était très belle. Je me souviens encore du spectacle que nous offraient ceux-là, avec leurs animaux faits de lumière, toujours aussi mystérieux avec leurs masques qui semblaient même symboliser leur vrai visage... Je trouve dommage que tu ais voulu ne plus te souvenir de tout ça, mais si tu t'en rappelais, tu ne pourrais plus voir le monde, ta femme et tes enfants de la même manière.

-Tu... tu penses que je devrais faire quoi, maintenant ?

-Ah, ça. Peut-être jouer aux cartes, si tu te dépêches.


-Connais-tu Ventus et Roxas ?

-Ce sont mes enfants, tu devrais le savoir.

-Je ne parle pas d'eux, mais de ceux d'après.

-Je ne vois pas...

-Et bien, c'est normal, puisque tu seras mort à leur naissance. Bien que tu sois un être exceptionnel, j'ai... tu as choisis de mourir comme tout le monde, comme ta mère, ta femme et tes enfants.

-Comment les connais-tu, alors ?

-Je ne suis qu'une image, alors si je n'existe pas vraiment, je n'ai pas de raison de savoir certaines choses qui n'existent pas encore non plus.

-Et donc, qui sont-ils ?

-La falaise aura disparu, mais ils continueront de contempler les paysages qu'elle offrait. Voyons, Luxord, ils sont le futur !

-Et le mien s'est presque terminé. Tu es une image, non ? Alors tout ce que j'ai vécu dans ce passé, tout ce que j'ai vu... c'en était aussi une, pas vrai ? D'image.

-C'est exact, et c'est pourquoi après avoir passé dix mois dans ce coma, tu vas mourir. D'ailleurs, il va être l'heure.

-Très bien, alors au revoir, je vais rejoindre le point de non-existence. Juste, une dernière chose : quel est ton nom ? Quel est notre véritable nom ?

-Mon nom est...