Abandon

Émilie Agreste disparaît un beau jour, sans aucune fanfare. Son fils dîne avec elle le midi et ne la revoit jamais. D'abord, il croit qu'elle est à l'hôpital, que son état s'est aggravé et que son père qui lui a tant répété de ne pas s'inquiéter de ses crises de toux et d'anémie lui cache pour ne pas le paniquer.

Puis arrive la police. Elle l'interroge, en présence de son père qui darde tout le long un regard glaçant sur l'inspecteur. Il ne leur apprend rien, bien sûr, puisqu'il ne sait rien. Émilie Agreste s'est volatilisée dans le plus grand silence, sans laisser une trace derrière elle. Pas de corps, pas de demande de rançon ou de chantage, pas de comportement suspect, pas de mobile, pas de lettre. Pas un mot pour son fils.

Adrien imagine tout tour à tour. C'est toujours trop invraisemblable ou trop affreux pour y croire. Comment appréhender une telle situation quand on est qu'un adolescent qui aime sa mère ? Quand la possibilité d'avoir été abandonné est, outre la plus probable, également la meilleure ? Car deux malheurs est mieux que trois, même s'ils sont la conséquence directe de ce bonheur de différence.

Oui, le mieux est encore d'imaginer sa mère radieuse dans une nouvelle vie loin de sa famille.

Il ne le veut pas vraiment, pourtant, car il est bien difficile de réussir à souhaiter de tout cœur avoir été abandonné par un parent. Mais s'il savait… Oh, s'il savait, il n'aurait sans doute plus aucun mal à le faire.