Métamorphose

C'est avec le cœur gros qu'Adrien raccroche. Même si son ami n'a pas voulu lui faire des reproches, il a bien senti que Nino était déçu et frustré qu'il ait dû annuler. Il aurait pourtant largement préféré avancer sur leur exposé d'histoire que tenir la pose pour cette séance photo qui a traîné en longueur au point de se terminer avec deux heures de retard.

En toute franchise, il a envie de pleurer. L'idée de voir Nino, de passer du temps avec un ami, est la seule chose qui l'a fait tenir à travers les leçons et flash de photographes. Car aujourd'hui est, ou du moins devrait être, l'anniversaire de sa mère.

Et il n'a pas vu son père de la journée.

À travers ses fenêtres, il peut voir que le crépuscule ne tardera pas. Adrien a abandonné tout espoir de le voir pour qu'ils puissent partager leur deuil, si seulement il en a eu. Et le fait est : la chose est trop lourde pour lui tout seul. Il ne peut pas imaginer comment son père parvient à la porter sans flancher, lui qui s'étouffe déjà de sanglots encore dans sa gorge.

Alors Adrien disparaît. Après un éclat de lumière verte ne reste que Chat Noir, son habituel sourire espiègle fermement accroché au visage. C'est le pas léger qu'il s'échappe vers les toits de Paris, pour vadrouiller, flâner, et profiter de la liberté d'être quelqu'un d'autre.