Musique

Adrien fixe les partitions de son regard le plus noir, essayant désespérément d'effacer les arpèges contrariants qui noircissent les portées par la seule force de sa frustration. Il rage intérieurement contre les compositeurs fantasques, ses doigts gourds, les touches peu coopératives du piano et ses parents qui lui imposent ces leçons.

Attirée par le silence soudain, sa mère le regarde avec un sourire indulgent.

« Oh, chaton. Ruminer n'avance à rien. »

Elle tire un tabouret pour s'asseoir à ses côtés tandis qu'il se décale docilement pour lui faire de la place. La seule présence de sa mère apaise déjà Adrien ; elle lui a toujours fait cet effet, comme un vent de printemps amenant avec lui le soleil et les fleurs.

« Ce qu'il faut, continue-t-elle en fermant la partition insultante, c'est te détendre avec un petit air facile. »

Ainsi, elle fait courir ses longs doigts sur les touches et, de quelques notes, elle fait une mélodie prenante et simple à retenir. Quand elle s'arrête, Adrien la relève. Il lui faut quelques essais, mais il prend vite le coup main ; c'est un jeu d'enfant en comparaison des arpèges qu'il honnissait l'instant précédent.

Le voyant assuré, sa mère l'accompagne en chantant la comptine enfantine allant avec l'air. Adrien en oublie toute sa frustration. Quand elle le quitte cinq minutes plus tard, après lui avoir embrassé le front, il reprend avec patience et rigueur ses exercices, exercices qui lui semblent soudain bien moins contraignants.