Shaman King et ses personnages appartiennent à Hiroyuki Takei.


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XXII

Camille, Boadicée et Marpésia

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Pino et Horo Horo suivaient prudemment Ren qui ouvrait la marche, reluquant un peu partout, les yeux brillants, visiblement très content de se trouver là. Derrière, les deux colocataires se sentaient un peu plus mal à l'aise en ces lieux qui leur étaient d'ordinaire interdits. Ren manifestait un certain talent pour l'infiltration discrète, qui trahissait son enthousiasme. En le regardant raser les murs, regarder partout pour s'assurer qu'ils n'étaient pas suivis ou repérés, Pino ne put s'empêcher de trouver cela plutôt mignon.

Les garçons avaient atteint le bâtiment principal de l'école par le côté et avaient pu constater que celui-ci était bien moins élégant que le leur. La bâtisse consistait en un cube de béton sans décoration ni raffinements d'aucune sorte, réduit à sa plus simple fonction. Cela avait des allures de caserne, plus que d'école.

Dissimulés dans les haies, les infiltrés remarquèrent quelques groupes de filles qui sortaient d'un bâtiment en retrait, réplique miniature de l'autre, et devinèrent qu'ils s'agissait de l'internat. Pino se demanda ce que cela ferait de se trouver dans un lieu à part, séparé de l'école pour dormir. On devait disposer de davantage d'intimité.

Se sentant un peu à découvert – surtout Pino, qui dominait tout de même ses compagnons de deux têtes –, les jeunes gens battirent en retraite vers une zone moins exposée. De fil en aiguille, ils finirent par déboucher sur une nouvelle cour dont Pino ne saisit pas immédiatement l'utilité.

– C'est quoi tout ça ? chuchota-t-il à l'adresse d'Horo Horo, en désignant les sacs de son pendus à des chaînes ainsi que d'étranges instruments en bois.

– Alors attend, ma sœur en avait un, je crois que c'est…

– Ça sert à s'entraîner au combat rapproché, expliqua Ren. Et ça, c'est pour le développement des muscles.

Les deux autres choisirent de ne pas l'interroger sur l'origine de son savoir et restèrent en plan au milieu de la cour tandis que Ren examinait les appareils avec curiosité. Ils dénichèrent également des cibles maintes fois utilisées, qui portaient les stigmates de précédentes cessions d'entraînement, ainsi que plusieurs barres de fer dont l'utilité ne leur sauta pas aux yeux.

Quand ils commencèrent à se lasser de fouiner dans cette cour, qui n'intéressait véritablement que Ren, et qu'ils se rendirent compte que les baraquements qui les entouraient étaient tous fermés à clef, il suivirent un petit chemin qui menait à plusieurs aires d'entraînement. Elles étaient toutes vides. Pino se sentait un peu désorienté dans tout cela : la structure de l'école avait un côté anarchique, comme si on avait construit les dépendances au compte-goutte, en fonction des besoins, agrandissant ainsi toujours plus le périmètre. Cela donnait l'impression de tourner en rond.

Les garçons hésitèrent un peu puis décidèrent d'aller observer de plus près un édifice long à un seul étage. Ils s'aperçurent qu'il s'agissait d'un gymnase et, faisant le tour, il découvrirent une série de fenêtres rectangulaires proches du sol, donnant sur une salle d'entraînement. Trois femmes s'y trouvaient. Deux d'entre elles étaient en armure complète et échangeaient des passes d'armes, tandis que la troisième, sans doute leur instructrice, les observait, en retrait, dans l'ombre, de sorte que les élèves d'Hoshigumi ne pouvaient distinguer ses traits.

Les trois espions longèrent les murs pour trouver un bon angle d'observation.

– Par ici, chuchota soudain Ren en désignant une fenêtre. Regardez.

Le soupirail qu'il montrait était ouvert. Ils se répartirent tout autour et tendirent l'oreille, fascinés.

D'abord, ils ne perçurent que le fracas des armes des deux belligérantes. L'armure de la première étincelait, dans un éclat d'argent poli presque éblouissant. Celle de la seconde avait la couleur du sable. Elle semblait également en posséder la mouvance, à voir la souplesse avec laquelle elle évitait les charges virulentes de son adversaires, plus grande, plus costaude et plus brutale, aussi. Elles arboraient toutes deux des épées droites qu'elles tenaient à deux mains. Celle de l'armure argentée rutilait, froide et blanche dans la lumière de la salle, et paraissait taillée dans le quartz. Son pommeau était lourdement sculpté de formes indistinctes et, seul élément de couleur, une croix rouge rubis séparait les deux branches de la garde. L'épée de l'armure de sable était, comme sa propriétaire, plus fine, plus courte et striée d'étranges reflets roux. Sa poignée s'achevait par une torsade pourvue d'une pierre d'un noir mat et profond.

Les jeunes gens observèrent les deux combattantes se tourner autour et échanger coups vigoureux et parades sans parvenir à prendre le dessus. Finalement, la femme qui les observait dans l'ombre frappa dans ses mains et lança un ordre d'arrêt bref.

Aussitôt, les deux armures s'interrompirent et se tournèrent dans sa direction. La femme s'avança alors dans la lumière et les garçons embusqués purent la détailler davantage.

Blonde, le cheveu coupé à hauteur de la nuque, elle portait un gambison usé qui, adjoint à son allure martiale, trahissait une origine militaire. Fière et altière de port, son visage avait cependant quelque chose de doux et de paisible, qui frappa Pino.

– Quelle femme séduisante, souffla-t-il à ses camarades.

– Hmm, tu trouves ? fit Horo Horo. Ce n'est pas ce qui m'a frappé.

– Ah bon, et qu'est-ce qui t'a frappé ?

– Eh bien... ce niveau de furyuku démentiel, pour commencer ! Tu ne sens pas ?

– Ah si, maintenant que tu le dis… elles sont puissantes.

– Chh, marmonna Ren, qui essayait visiblement d'écouter la conversation.

La femme blonde parlait d'une voix forte mais posée, modulée, douce. Une de ces voix qui savaient faire respecter le silence sans le moindre effort, que l'on pouvait écouter longtemps sans se lasser.

– C'était bien, dit la femme blonde. Vraiment bien. Mais nous ne sommes pas dans un contexte de véritable combat. Je sais bien que vous êtes aussi fortes l'une que l'autre mais… en tournoi vous ne pourrez pas faire ça.

L'une des filles dit quelque chose mais son casque étouffa ses mots. L'instructrice devait cependant l'avoir entendue car elle secoua la tête et poursuivit :

– Non. Il faut de l'action au public. Si vous vous retrouvez face à face sans savoir quoi faire, comment attaquer, tant pis, laissez une ouverture à l'autre. Laissez à votre adversaire la possibilité d'attaquer et de relancer le combat. On n'est pas dans une situation de conflit réelle, là, je vous entraîne pour autre chose. C'est du spectacle ! Vous comprenez ?

Les deux duellistes hochèrent la tête. Durant la discussion, elles avaient posé leurs épées et commencèrent à retirer leurs casques.

Pino et Horo Horo retinrent leur souffle.

L'armure d'argent avait un physique surprenant : sa peau était blanche, presque translucide, et sa chevelure de la même couleur était retenue en arrière par une cascade de minuscules nattes nouées en gros chignon pour ne pas la gêner. L'armure de sable, en revanche, était brune et disciplinait sa chevelure épaisse par un bandeau et une queue de cheval, collée par la sueur. Sa peau cuivrée était du même bistre que celle de Nichrom et des autres Paches de l'école. D'ailleurs, le bandeau à son front laissait voir les motifs traditionnels du célèbre clan. Elle s'essuya la nuque avec un lourd soupir et laissa voir une paire d'yeux bleus surprenants chez une Pache.

– C'est bien beau, mais qu'est-ce qu'on fait si on se retrouve à laisser une ouverture à l'autre pile au même moment ? demanda soudain l'amure d'argent.

– Où est le problème ?

– Même un public non expérimenté le remarquera.

Il y eut un silence et l'armure de sable fit remarquer :

– Elle n'a pas tort. Vous feriez quoi, vous, Mme Montgomery ?

Après un moment de réflexion, l'instructrice dit :

– Je me mettrais d'accord avec mon adversaire sur laquelle ouvre en premier, en cas de problème.

Les deux filles échangèrent un regard :

– D'accord.

– Bien, reprit Mme Montgomery. Parlons bien, parlons technique. Jeanne, tu laisses beaucoup trop retomber ton épée. Je sais qu'elle est lourde mais ce n'est pas une raison. Tu ne contrôles pas assez tes coups.

L'armure d'argent – Jeanne, donc –, hocha la tête et rangea ses mains dans son dos, droite comme un i pendant le bilan. La professeuse se tourna alors vers l'armure de sable :

– Et toi, Rutherfor, tu n'es pas assez souple sur tes appuis. Tu es plus petite qu'elle et ton épée est faite pour les attaques de la pointe, plutôt par en-dessous. Si tu ne t'équilibres pas un peu mieux, tu compromets ton meilleur atout.

La brune acquiesça faisant jouer ses poignets.

– Bien, reprenons encore un peu, s'il vous plaît, fit l'instructrice en reculant de quelques pas.

Les deux étudiantes remirent leurs casques et reprirent leurs positions de part et d'autre de la salle. Soudain, Jeanne souleva sa visière et lança :

– On n'a qu'à dire que c'est toi qui ouvres, si on est coincées.

Pour toute réponse, Rutherfor leva le pouce en l'air. Les deux filles se mirent en garde et, au geste de leur professeuse, s'élancèrent l'une sur l'autre.

Elles échangèrent de nombreux coups, quelques parades – surtout Rutherfor car Jeanne était moins mobile dans son armure lourde –, et autres frappes qui soufflèrent les spectateurs clandestins par leur brutalité.

– Elles sont vraiment fortes, n'empêche, fit Horo Horo. Je me demande quel âge elles ont.

– En tout cas, la prof a la classe, gémit rêveusement Pino.

– Pff, marmonna Ren en levant les yeux au ciel.

– Eh ben quoi, grommela Pino, prêt à défendre ses goûts.

– Rien, répliqua Ren, refusant prudemment le débat. À votre avis, qui va gagner ?

– Hmm, fit Pino. La Pache, je pense. Rutherfor. Elle a l'air de bouger un peu mieux.

– Moi je parierai plutôt sur l'autre, Jeanne, rétorqua Horo Horo. Elle pèse carrément plus lourd ! Toi, Ren ?

L'intéressé haussa les épaules.

– Aucune idée. Elles sont fortes toutes les deux. Par contre, en termes shamaniques…

– Je l'avais dit, elle pèse plus lourd.

– Pas sûr. L'autre se retient.

Pino intervint :

– Qu'est-ce que le shamanisme vient faire là-dedans ?

Horo Horo et Ren se tournèrent vers lui.

– Tu plaisantes ?

– Oh arrêtez ça, râla Pino. Vous savez bien que je viens… j'ai jamais assisté à un tournoi, moi…

– Normalement, la deuxième partie de la rencontre se fait à armes spirituelles, expliqua Ren. Mais si l'une perd son épée, on passe directement à un combat d'over soul.

– Ah bon, renifla Pino. Alors ça compte…

Soudain, il demanda :

– Et comment on fait quand on est une shamane moyenne ? Je veux dire, comme Manta ou…

– On ne participe pas aux tournois, répondirent mécaniquement les deux autres.

Horo Horo renchérit :

– Mes parents se sont un peu inquiétés quand ma sœur était petite parce qu'elle n'avait pas un niveau extraordinaire… je crois qu'elle n'y participe toujours pas cette année. Par contre, elle participe aux jeux.

– Ah bon ? s'étonna Ren.

– Oui, c'est une athlète de haut niveau. Et la tienne ?

– Elle participe depuis des années mais elle n'a jamais remporté le premier prix.

– C'est dommage.

– Par contre, dans les joutes shamaniques, elle est presque imbattable. Un jour, elle fera sûrement partie de la garde shamane de Hao.

Derrière son ton, neutre, Pino décela une admiration inaccoutumée.

– Ooh, chuchota-t-il soudain. Regardez, ça se précise…

Rutherfor était à présent acculée contre le mur d'en face, sous la pression des coups dantesques de son adversaire déchaînée. Elle tergiversa, se rapetissa, chercha une échappatoire, hésita…

…et finit par trouver la faille.

La jambe de Jeanne ploya et la monumentale armure d'agent s'effondra au sol sous une poussée adroite de la lame de son adversaire, derrière son genou.

– Wahou, s'écria Pino.

Et aussitôt il plaqua ses mains sur ses lèvres, horrifié d'avoir poussé un tel éclat de voix, mais les trois femmes, en bas, étaient bien trop occupées pour l'avoir remarqué.

La victoire de Rutherfor était à présent consommée lorsque tout à coup, une alarme se mit en route.

Tout le monde se figea, filles, garçons, tandis que la sonnerie déchirait l'air.

Ils ne fallut pas une minute aux jeunes gens de Hoshigumi pour réaliser que cette alarme était pour eux. Ils échangèrent un regard terrifié et s'enfuirent à toutes jambes.

Malheureusement, quelques foulées plus loin, des bruits de voix les obligèrent à rebrousser chemin, d'abord une fois, puis une autre. C'était clair à présent : on cherchait quelqu'un. Ce ne pouvait être qu'eux. Comment était-ce possible ? Namari nous a dénoncés, pensa Pino, furieusement. Ou alors, les autres se sont faits avoir… oh la la la la la.

Une sueur désagréablement fraîche coulait le long de son échine et la terreur lui mordait le ventre. Ren et Horo Horo, eux non plus ne faisaient pas les fiers. Comme ils ne trouvaient pas d'issue, ils n'eurent d'autre ressource que de revenir à l'endroit où ils avaient espionné les trois femmes, dans l'espoir de trouver une cachette.

Hélas, entendant les bruits de voix qui les cernaient peu à peu, ils commencèrent à se résigner à être pris. Ils étaient faits comme des rats. Mieux valait désormais se concentrer sur les arguments et explications plausibles à fournir.

Pino serra les dents. Leur réputation. Leur place à Hoshigumi. Il ne se faisait pas de souci pour ce gros bourge de Ren. On ne flanquait pas à la porte un gosse du clan Tao. Même Horo Horo bénéficiait d'un certain prestige familial. Mais lui ? Il n'était même pas un des meilleurs éléments de la classe. Il était dans les ennuis jusqu'au cou.

Les sons se précisèrent. Quelques secondes plus tard, ils eurent la surprise de découvrir au coin du mur la professeuse et les deux étudiantes qu'ils avaient espionnées.

– Oho, fit l'enseignante en les découvrant.

Pino, angoissé, recula un peu trop, se prit les pieds dans un buisson et voulut se rattraper à Ren. Malheureusement, celui-ci ne suffit pas à lui fournir un appui convenable et les deux garçons s'étalèrent au sol, autour d'un Horo Horo pétrifié.

– Attention ! s'était écriée une des trois femmes.

L'instructrice et l'une des élèves s'élancèrent pour les relever. La première tendit une main secourable à Pino tandis que l'autre, Jeanne, remettait Ren sur ses pieds.

– Tout va bien ? Vous n'êtes pas blessé ? demanda la jeune femme blonde.

– N-non, marmonna Pino en époussetant ses vêtements. Pas de mal.

– Bien, me voilà rassurée.

De l'autre côté, Ren protestait :

– Je peux me relever tout seul.

– Vraiment ? Vous êtes tout pâle, fit remarquer Jeanne. Prenez mon bras.

Ren se troubla mais obtempéra.

– Nous sommes désolées de vous avoir effrayés, poursuivit Jeanne.

Cherchant des yeux la dernière du groupe, Pino vit que Rutherfor était restée en retrait et fixait Jeanne d'un air sévère.

– Que faites-vous là ? lança-t-elle brutalement à l'adresse des jeunes gens. Comment êtes-vous entrés ici ? Est-ce vous que l'on cherche ?

– Allons, allons, ne pose pas tant de questions, Ruth, gronda légèrement Jeanne. Tu manques à nos devoirs.

Rutherfor fit la moue et croisa les bras.

– Prenez le temps de reprendre vos esprits, suggéra l'enseignante. Ensuite, nous discuterons de votre présence ici.

Pino esquissa un sourire, les cils battants. La noblesse du visage de Mme Montgomery était encore plus frappante de près. Sa voix douce résonnait mélodieusement à ses oreilles. Sa poigne lui paraissait si douce et si ferme ! En même temps, il se sentait un peu bête. Comme un enfant qu'on remettrait sur ses pieds. Il était tombé des dizaines et des dizaines de fois à la danse, en ratant sa pirouette, ou en d'autres circonstances. Et il n'avait jamais eu besoin qu'on se précipite à son secours pour le relever. Il ne savait pas si c'était séduisant ou un peu ridicule.

L'enseignante allait relancer la conversation sur leur présence en ces lieux lorsqu'un groupe de personnes apparut entre les haies. Pour être cuits, ils étaient cuits.

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Pino sentit nettement la disgrâce s'abattre sur lui en relevant le nez et en découvrant le visage sévère de Marco Maxwell et son regard d'acier braqué sur eux. À ses côtés se tenait l'impassible Jackson, enveloppé dans son manteau noir et son opulente chevelure rouge. deux femmes les accompagnaient, l'une encore dans la fleur de l'âge, brune et grande, avec un visage énergique mais bienveillant, et l'autre, très âgée, vêtue d'un kimono austère et d'un mantelet, appuyée sur un bâton, de petites lunettes noires juchées sur son nez, malgré un début d'obscurité en cette fin d'après-midi. Une pipe mince qui ressemblait fort à celle de Matamune était passée à sa ceinture. À en juger par son maintien, l'expression de sa figure et par la place qu'elle prit lorsque le groupe s'arrêta face aux trois garçons, il ne faisait aucun doute qu'elle était la plus haute autorité présente. Peut-être même la directrice de l'institution Ozoresan-Fumbari.

À l'arrivée de ces quatre personnages, un silence se fit. Puis la vieille femme fit claquer ses lèvres.

– Voilà donc nos intrus.

Elle jeta un sourire amusé au directeur d'Hoshigumi dont la figure exprimait toute sa fureur contenue.

– Ils sont bien hardis pour de jeunes gens de bonne famille, ne trouves-tu pas, Keiko ? Il est heureux que ton fils ne s'y trouve pas.

La femme qui la suivait, enseignante ou directrice adjointe, sans doute, ferma les yeux et soupira.

– Madame la directrice, commença Mme Montgomery. Je donnais un entraînement à nos deux élèves ici présentes (elle désigna Jeanne et Rutherfor), quand nous avons entendu du bruit. Nous venons de les découvrir ici. Nous n'en savons pas plus que vous.

– Je crois que je puis malheureusement vous éclairer sur ce point, intervint M. Maxwell. Ces trois garçons sont pensionnaires de l'institution Hoshigumi, mes élèves par conséquent. J'ai eu vent d'une tentative d'entrer dans votre école et je crains d'être arrivé trop tard pour empêcher certains d'y prendre part…

– Vous êtes bien loin de votre établissement, remarqua la maîtresse d'armes.

– En effet, nous étions en sortie scolaire.

– Ah. C'est bien fâcheux. Il aurait fallu mieux surveiller ces jeunes gens.

Durant cet échange, la voix douce de Mme Montgomery s'était accompagnée d'un petit sourire qui parut déplaire extrêmement à l'ancien danseur.

– Là n'est pas le problème, intervint la directrice Asakura qui semblait pressentir la tempête.

– En effet, renchérit M. Maxwell d'une voix tranchante comme une lame de rasoir. Je dois dire, Messieurs, que je suis extrêmement déçu par votre attitude. Je suis même confondu de honte devant un tel comportement. Comment vous, élèves de l'une des plus respectables institutions de notre pays, avez-vous pu… ?

Il n'acheva pas sa phrase et la vieille directrice leva une main chenue et apaisante.

– Allons, allons, reprenons-nous.

Elle s'éclaircit la gorge.

– Comment êtes-vous entrés ici, tous les trois ?

Pino ouvrit la bouche et ne put articuler le moindre mot. Horo Horo, rouge écrevisse, semblait dans le même cas. Ce fut pourtant lui qui parvint à dire :

– Par… pas les écuries… je crois.

Sa voix trembla dangereusement comme il prononçait ces mots.

– Ne vaudrait-il pas mieux que cette discussion ait lieu à l'intérieur, devant une bonne tasse de thé ? suggéra soudain la dénommée Keiko. Je crains que…

– Inutile, coupa sèchement son aînée et l'autre battit immédiatement en retraite. Nos écuries sont surveillées, ajouta-t-elle. Qui vous a laissés entrer ?

– Nous avons profité de son inattention, mentit Horo Horo. Nous ne savons pas qui c'est.

– Hmm, fit la directrice.

Et Pino eut la certitude qu'elle savait très bien que son ami mentait.

– Pourquoi avoir fait ça ? demanda-t-elle encore.

– Euh…

Pino s'élança au secours de son meilleur ami.

– On… on… on voulait juste… on ne voulait pas…

Il allait dire « déranger » mais soudain, Ren, d'une voix remarquablement impassible, lui coupa la parole.

– On ne voulait pas venir ici, on était juste sortis de l'hôtel. On est rentrés par hasard. Lorsque nous avons compris où nous étions, nous avons décidé de rendre visite à nos sœurs, pensionnaires ici.

C'était tellement gros que Pino faillit éclater de rire. Un rire nerveux. Il éprouva une bouffée d'admiration involontaire face à la morgue du regard presque ennuyé de son camarade. Il fallait vraiment être un sacré fils à maman pour soutenir des choses pareilles avec un tel aplomb.

– Tiens donc, fit Kino Asakura, absolument pas convaincue.

Elle semblait même plutôt amusée.

Mais M. Maxwell n'avait pas terminé. Lâchant Pino et Horo Horo, son regard s'était reporté sur Ren et semblait avoir redoublé de fureur.

– J'ai été assez désagréablement surpris de découvrir ici messieurs Graham et Usui mais en ce qui vous concerne, vous, je doit avouer que je suis à peine étonné, siffla-t-il avec ironie. Je ne sais pas si…

Il se tut et lança un regard bref aux deux étudiantes, toujours en retrait. La directrice adjointe, si tel était son titre, le vit et intervint :

– Mme la directrice, excusez-moi. Je crois que nous devrions libérer nos élèves, elles n'ont pas besoin de rester ici plus longtemps.

– En effet, approuva la vieille dame en jaugeant Rutherfor et Jeanne. Veuillez retourner à vos cours ou à votre dortoir, toutes les deux. Merci.

Les deux jeunes filles se retirèrent sans un mot, accompagnées de leur professeure, non sans jeter au passage un regard curieux dans la direction des garçons.

Les trois femmes disparues, M. Maxwell fit claquer ses gants avec colère.

– Je ne sais pas si, au vu de vos dernières incartades, M. Tao, il sera possible de vous présenter à Sa Majesté…

Ren fit une grimace dont la signification parfaitement claire était : rien à faire. La bouche du directeur se tordit et ses lunettes étincelèrent. À ce moment, Jackson, qui n'avait encore rien dit, suggéra :

– Inutile de discuter de cela ici. Attendons de rentrer pour décider d'une sanction adéquate.

– Cela me semble sage, approuva la vieille directrice. Très bien. Si vous êtes sûr d'avoir récupéré tous vos élèves, M. Maxwell, je vais vous faire escorter jusqu'à votre hôtel. Non, j'insiste. Il est heureux que cet incident n'ait pas eu de conséquences plus fâcheuses…

Marco acquiesça dans un geste saccadé et la directrice Asakura se détourna en faisant voltiger son mantelet.

– Keiko, lança-t-elle au passage. Tu t'en charges ?

– Absolument. Par ici, Messieurs…

On embarqua Horo Horo, Pino et Ren et, avant même qu'ils aient eu le temps de se rendre compte de ce qui se passait, ils étaient sur le chemin du retour.

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