Mains tendues
Avant la disparition de sa mère, Adrien n'y prêtait pas attention. Son père a toujours été d'un naturel réservé, mais un geste d'affection de sa part n'était pas quelque chose de si inattendue qu'elle en devenait remarquable. Il posait la main sur son épaule pour le réconforter ou le féliciter et même, parfois, tendait le bras vers lui pour l'inviter à l'embrasser.
À présent, Gabriel Agreste ne tend la main vers son fils que pour arranger un détail de sa tenue avant un défilé ou autre séance photo.
C'est ainsi qu'il fait son deuil, Adrien le comprend bien. Mais ça n'apaise pas la brûlure de voir refusées ses propres mains tendues. Il essaie par mille moyens d'atteindre son père dans cette haute tour d'ivoire aux murs imprenables dans laquelle il s'est enfermé, et mille fois il échoue. La tendresse est contre-productive, la parole inefficace, la compagnie complètement vaine, même l'obéissance est inutile.
La solitude que son père recherche, Adrien veut à tout prix à y échapper. Ce n'est pas enfermé dans ce grand manoir, désormais si vide qu'il en est triste, qu'il parviendra à se sortir de son propre deuil. Ce n'est pas la stricte Nathalie ou le taciturne Gorille qui pourront le hisser hors de ce puits sombre et humide de larmes.
Non, ceux qui le tirent vers la lumière, ce sont Nino et Ladybug, Marinette, Alya et tous les camarades de classe qu'il se fait, qui sont si prompts à lui tendre la main.
