Disclaimer: Shaman King et ses personnages appartiennent à Hiroyuki Takei.


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XXVII

Le prix

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Horo Horo avala sa salive pour la troisième fois et prit une grande inspiration avant d'aborder Nichrom. Il s'était longuement préparé. Depuis la veille en fait. L'idée lui était venue immédiatement après la discussion avec ses amis et n'avait pas cessé de lui trotter dans la tête. Évidemment, il n'avait pas pu s'empêcher de leur en parler au dîner. Ce n'est qu'en sortant de table qu'il avait compris que les autres comptaient sur lui, désormais, et qu'il ne pouvait plus se défiler. Il allait devoir parler à Nichrom et rapidement. C'était gênant. Il aurait préféré avoir un peu de temps pour y réfléchir, se préparer. Il n'aimait pas ce qu'il allait faire. Il avait même de moins en moins envie de se venger depuis qu'il avait eu l'idée. À quoi bon ? En plus, cela ne lui ressemblait pas. Ce n'était que lorsqu'il pensait à sa trouille, au milieu d'Ozoresan-Fumbari, au savon qu'ils s'étaient pris, à la punition dont ils avaient écopé que sa colère revenait et raffermissait sa volonté.

Il repéra Nichrom au loin, seul. Une chance. La seule qu'il aurait, sans doute, car Nichrom ne se séparait jamais longtemps de Reoseb.

Il attendit que les groupes le précédant soient passés et lui fit signe. Le visage de Nichrom s'éclaira lorsqu'il le vit.

– Salut ! Ça va ?

Horo Horo hocha brièvement la tête et jeta un coup d'œil suspicieux au couloir dans lequel ils étaient. Trop exposé.

– Viens, j'ai à te parler.

Nichrom le suivit sans poser de question. Horo Horo l'entraîna en direction des toilettes mais changea de plan au dernier moment. Mauvaise idée. Trop de surprises potentielles.

– Qu'est-ce qui se passe ? s'impatienta timidement Nichrom.

Il y avait une sorte de fébrilité dans sa voix.

– J'ai un truc à te demander.

Faute de mieux, Horo Horo se planta juste à côté de la porte des toilettes.

– Ah-ah oui ? souffla Nichrom.

Dans l'obscurité, Horo Horo nota que ses yeux, écarquillés, brillaient. Il chercha comment présenter la chose. Ah, que c'était embarrassant !

– Bon, voilà. On a appris que c'était Reoseb qui nous avait balancés au directeur.

Nichrom accusa le choc, bouche bée. Mais Horo Horo nota qu'il n'essayait même pas de prendre sa défense. Ou bien il savait, ou bien ça ne l'étonnait pas tant que ça.

– On a trouvé ça infect et on a décidé de lui rendre la monnaie de sa pièce.

Horo Horo reprit son souffle. Il avait tout lâché d'une traite et ça faisait du bien. Même s'il n'avait pas pu s'empêcher d'atténuer le terme de « vengeance » qui lui venait à l'esprit.

– …On voudrait que tu nous aides, conclut-il.

Le regard de Nichrom s'éteignit.

– Oh, fit-il.

Ce n'était visiblement pas ce à quoi le jeune garçon s'attendait.

– Et comment est-ce que je pourrais faire ça ? demanda Nichrom un peu plus froidement.

Horo Horo le sonda du regard.

– Aujourd'hui, on sera notés en art floral. T'es toujours à côté de lui pendant ce cours, non ?

Nichrom cilla et Horo Horo devina qu'il avait compris.

– Tu veux que je le plante, c'est ça ?

Horo Horo hocha la tête. Nichrom pinça les lèvres. Son regard dévia. Il semblait gêné. En colère, même. Lorsqu'il revint planter ses yeux dans ceux de son vis-à-vis, Horo Horo y lut un jugement qui lui déplut. Probablement parce qu'il était justifié.

– C'est tout aussi infect de faire ça.

Horo Horo serra les dents mais ne sut que répondre. Nichrom le toisa et croisa les bras.

– Vous m'avez déjà fait une vacherie, ajouta-t-il. Pourquoi je vous aiderais ?

Zut. Il commençait à perdre pied. Il chercha quelques secondes comment inverser la situation, en vain. Un sourire supérieur remplaça peu à peu la mine sombre de Nichrom. Le garçon décroisa les bras et fit un pas. Il y avait encore une once d'hésitation dans son attitude. Une sorte de timidité dissimulée, quoique nette, mais contrebalancée par une volonté affirmée.

– Tu pourrais… commença Horo Horo.

– Si j'accepte, j'ai le droit de demander quelque chose en échange ?

Horo Horo se mordit la langue. Il avait approché Nichrom parce qu'ils avaient déjà un peu discuté. Mais à bien y réfléchir, c'était plutôt lui qui était redevable au jeune garçon, pour son aide en mathématiques, plutôt que l'inverse. Il était donc logique que Nichrom exige une contrepartie. Mais que pouvait-il bien vouloir ? À quoi allait-il s'engager ?

C'était dangereux. Horo Horo hésita même à en rester là, purement et simplement. Puis il songea aux autres, à leur déception. Le groupe comptait sur lui. Il imaginait déjà les mines contrites. Ryû et Manta qui n'oseraient rien dire. Yoh qui mentirait en prétendant que ça n'avait pas d'importance. Et Ren qui ne dirait rien mais dont le regard tranchant serait mille fois plus significatif que les autres.

Il prit sa décision.

– D'accord.

Il précisa :

– Si tu fais foirer son projet, je t'en devrai une.

Les deux garçons se toisèrent le temps qu'un petit groupe les dépasse pour s'engouffrer dans les toilettes en gloussant. L'heure des cours approchant, les couloirs commençaient à se remplir. Nichrom paraissait en avoir conscience lui aussi. C'est donc tout aussi brutalement qu'il se décida.

– Très bien, décréta-t-il. Je vais le faire. Mais en échange…

Il déglutit. Son regard presque assuré redevint fuyant. Horo Horo le chercha, interrogateur. Il remarqua qu'il rougissait. Que voulait-il ? Nichrom mit quelques secondes à cracher le morceau. Enfin, il redressa la tête et chuchota précipitamment :

– Je le ferai si en échange tu acceptes de sortir avec moi !

Horo Horo crut avoir mal entendu.

– Quoi ? couina-t-il.

Il avait dû se tromper. Ses oreilles lui avaient joué un mauvais tour. C'était quoi, ce plan ?

– Tu as bien entendu, riposta Nichrom qui, la bombe lâchée, reprenait de l'assurance à vue d'œil. Je veux que tu sortes avec moi.

Le choc passé, Horo Horo eut du mal à trouver un contre-argument.

– Mais… Mais-mais-mais, c'est pas… tu ne peux pas… on…

– C'est ce que je veux !

– Tu ne peux pas demander ça !

– Tu as dit que tu m'en devrais une.

– Oui mais… pas ça !

– C'est mon prix.

Nichrom détourna les yeux dans une attitude dramatique.

– C'est trop, répliqua Horo Horo, qui reprenait contenance. Pour une simple blague…

– Une blague super méchante. La note va compter max. Peut-être même que ça va le faire descendre au classement.

– Je ne peux pas faire ça !

– En plus, c'est mon meilleur ami. Tu me mets dans une situation vraiment déplaisante.

– Mais…

– C'est à prendre ou à laisser, répliqua Nichrom, les bras de nouveau croisés. Alors ?

Horo Horo se laissa aller contre le mur, catastrophé. Que faire ? Il était coincé. S'il refusait catégoriquement, Nichrom irait peut-être même tout raconter à Reoseb. Bon sang, dans quel pétrin il s'était fourré !

– Pourquoi tu me demandes ça ? gémit-il.

Nichrom tapa du pied et leva les yeux au ciel, exaspéré.

– À ton avis, espèce d'andouille ?

– Tu-tu… tu veux vraiment que toi et moi... ?

– Ben oui, crétin, c'est pour ça que je te le demande !

Horo Horo dévisagea le jeune garçon en face de lui. Enfin, jeune. Nichrom avait quoi, deux ans de moins ? Pourquoi faisait-il ça ? Il ne pouvait quand même pas être amoureux de lui, c'était ridicule. Non, peut-être que Nichrom avait tout simplement envie d'avoir un petit ami, lui aussi, pour voir ce que ça faisait. Pour essayer. Ou pour crâner. Et il s'était rabattu sur l'opportunité qui passait. Sur ce qu'il avait sous la main.

Horo Horo s'imagina sortir avec lui. À quoi cela ressemblerait-il ? Il peinait à l'imaginer. Horo Horo n'était jamais sorti avec personne. Il se vit tenir Nichrom par la main, l'embrasser, se dissimuler dans les coins avec lui. Son camarade était joli, d'une joliesse relativement banale en ces lieux, son atout principal étant son épaisse chevelure noire. Horo Horo aimait bien les cheveux sombres. Les peaux un peu plus foncées que la sienne. Nichrom ne lui déplaisait pas. Mais ça restait bizarre. Ça ne collait pas avec sa vision du petit copain idéal. Pas du tout. Encore que… Il ne savait pas. Plus. Il était perdu.

– Je ne peux pas accepter définitivement, soupira Horo Horo.

– Définitivement ?

– Oui, je veux dire…

Nichrom pencha la tête sur le côté, perplexe. Une idée vint soudain à l'esprit de Horo Horo qui sauta dessus sans réfléchir.

– D'accord pour un temps limité !

Un éclair de frayeur le traversa. Il venait d'accepter. Même pour un temps limité, il avait déjà accepté. Merde.

Nichrom se précipita alors dans la brèche.

– Combien ? souffla-t-il.

– Une semaine, improvisa Horo Horo.

– Trop court !

– Dix jours et pas un de plus !

– Trois semaines !

– Deux !

Nichrom hésita. Conforté, Horo Horo se campa sur ses positions.

– C'est mon dernier mot, assena-t-il.

Les deux adolescents se jaugèrent silencieusement. Horo Horo lut quelque chose de confus sur le visage de Nichrom… de la détresse ?

– D'accord, souffla ce dernier.

Le cœur de Horo Horo se mit à battre de toutes ces forces. Ce qu'il venait d'accepter lui revenait à présent en pleine face. C'était fait : il serait le petit ami de Nichrom pendant deux semaines. Il s'était fait bêtement avoir et désormais il ne pouvait plus reculer.

Qu'est-ce que j'ai fait ? pensa-t-il horrifié.

Les épaules de son camarade se détendirent légèrement. Nichrom déglutit et fit un pas vers lui. Puis s'arrêta. L'appréhension saisit Horo Horo lorsqu'il comprit la nature de son geste. Nichrom tendit la main, s'interrompit encore. Horo Horo demeura immobile. Pourtant, il n'avait pas envie que cela se produise. Son corps refusait de bouger et ses joues chauffaient sous l'effet d'un rougissement subit. Il finit cependant par détourner la tête au moment où les doigts de Nichrom allaient toucher sa joue.

– Pas maintenant, ça va sonner, prétexta-t-il.

La cloche résonna alors, complétant ses paroles. Nichrom recula tandis que des flots de voix et de pas se répandaient autour d'eux. Le groupe qu'ils avaient vu entrer dans les toilettes sortit joyeusement en faisant claquer la porte contre le mur. Nichrom et Horo Horo les regardèrent s'éloigner.

– Allons en cours, décida soudain Horo Horo.

– Tu te mets à côté de moi ? supplia Nichrom.

– Non.

Un doigt en l'air s'agita sous son nez.

– Mais tu es mon copain, maintenant !

– Pour l'instant les autres ne doivent pas savoir.

Nichrom mit les poings sur sa taille.

Tu as honte de moi ?

– Non, grogna Horo Horo. Je ne veux pas qu'ils sachent tout de suite, c'est tout. De toute façon, c'est comme ça que font les autres. Ils ne l'annoncent pas immédiatement.

– Tu crois ?

– Ben oui.

Nichrom leva les yeux au ciel.

– D'accord mais tu m'embrasses avant qu'on y aille.

– Pas question !

Comme Nichrom allait répliquer, Horo Horo chercha une excuse à toute vitesse.

– Pas tant que tu n'auras pas fait ta part !

– Quoi ?

Retrouvant un peu d'assise, Horo Horo le toisa :

– On ne sera vraiment ensemble que si tu arrives à faire avoir une mauvaise note à Reoseb !

Il se sentit terriblement fier de lui. Pourquoi n'y avait-il pas pensé plus tôt ? Ah, quel imbécile ! Il aurait dû échanger cette promesse de sortir ensemble contre un baiser. Un simple baiser, anodin, sans importance, qui aurait réglé les choses en une minute. Quel idiot !

Nichrom se mordit la lèvre et réfléchit.

– Très bien, accepta-t-il. Après le cours d'art floral, alors.

Puis, il ajouta, méfiant :

– T'as pas intérêt à te défiler à ce moment-là, hein !

– Non, non, c'est promis !

Horo Horo lui tendit la main et le jeune garçon la serra.

– On va en cours séparément, sinon ça fera suspect, décida-t-il.

Nichrom haussa les épaules.

– D'accord.

– Toi d'abord.

Le jeune garçon lui obéit. Il se contenta de lui jeter un dernier sourire avant de rejoindre la classe. En le regardant s'éloigner, Horo Horo crut que ses jambes allaient se dérober sous lui. Le cours d'art floral avait lieu dans l'après-midi. Il avait gagné un petit sursis. Tout petit.

Il se sentit minable. Pourquoi n'avait-il pas su mieux négocier ? Comment est-ce qu'il allait annoncer ça aux autres ? Il aurait l'air d'un bel imbécile, tiens !

Il n'était pas pressé de leur parler mais il allait quand même falloir qu'il le fasse. Les autres voudraient savoir si Nichrom avait accepté ou pas. Peut-être que ça pourrait attendre le déjeuner, mais guère plus. Cela lui laissait la matinée pour se préparer. Il n'aurait qu'à arriver légèrement en retard en cours pour éviter les questions.

Le ventre serré, l'angoisse au cœur, Horo Horo se mit en marche.

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Le stress ne le quitta pas durant les cours du matin. Nichrom, fort heureusement, le snobait consciencieusement. Horo Horo lui en fut reconnaissant : il avait craint que le jeune garçon ne passe les deux premières heures à le couver d'œillades énamourées. L'horreur ! En revanche, ses camarades conjurés lui jetaient de fréquents regards interrogatifs, soupçonnant qu'il s'était passé quelque chose, ignorant quoi, voulant savoir si le plan tenait toujours. Ryû et Pino se montrèrent particulièrement insistants. Mais le pire, c'était Ren qui le sondait sans vergogne et dont l'expression impénétrable donnait à Horo Horo l'horrible impression qu'il parvenait à lire dans ses pensées.

N'y tenant plus, Pino lui souffla à l'intercours :

– Hé, ça va ?

Horo Horo se recroquevilla.

– Tu es tout pâle. Tu veux aller à l'infirmerie ?

– Non, répliqua Horo Horo entre ses dents, sachant qu'il n'échapperait pas à un inquisitoire en règle s'il acceptait. Ça va très bien.

– Tu as pu parler à Nichrom de…

– On en reparle plus tard, coupa Horo Horo en se détournant.

Ensuite, durant le cours de littérature, il fit mine d'être passionnément absorbé par ce que racontait M. Denbat.

À la récréation, il comprit qu'il n'échapperait pas à l'interrogatoire. Décidé à crever l'abcès, il cessa d'ignorer les autres et glissa à Pino :

– On s'est vus ce matin. Il va le faire.

– D'accord, répondit le grand blond sur un ton entendu. Je fais passer le mot aux autres.

Pino s'élança pour porter la nouvelle à Ryû et Yoh de l'autre côté de la rangée. Horo Horo, la mort dans l'âme, renonça à l'arrêter pour lui raconter la suite. Il enfouit son visage entre ses bras comme s'il dormait sur sa table. Non, il n'avait pas le courage d'en parler. Les heures passant, sa bêtise lui paraissait de plus en plus monumentale. Un mot même lui était venu en cours de littérature, alors qu'on parlait de la destinée tragique d'un personnage : prostitution. Un mot interdit, scandaleux, qu'il connaissait pourtant. C'était ce qu'il était en train de faire, non ? Plus ou moins. Il avait accepté de donner ses faveurs à quelqu'un en échange d'un service. Il se faisait honte.

Brusquement, il éprouva le besoin de quitter la salle de classe. L'air du couloir serait plus frais après quelques heures à mijoter en cours. Il en avait besoin. Sans un regard pour les autres, il se leva et sortit.

Il se dirigea vers les toilettes mais, les trouvant remplies, il s'en échappa rapidement et alla se cacher dans la cage d'escalier. Là, il tourna en rond quelques instants avant de se faire surprendre par un groupe de grands qui descendaient. Horo Horo baissa la tête et les laissa passer, faisant mine d'attendre quelqu'un. Lorsqu'il quitta son maigre refuge, la fin de la récréation approchait et le couloir était presque vide. Horo Horo entendit la cloche et resta en arrière, le temps que tout le monde parte. Le besoin d'être seul était de plus en plus vif et le temps qui passait n'arrangeait pas les choses. Bientôt arriverait le déjeuner, puis le cours d'art floral et puis…

La porte des toilettes claqua soudain derrière lui. Horo Horo se retourna. C'était Ren.

Il le soupçonna instantanément de l'avoir pisté et attendu pour en savoir plus. Puis il se trouva ridicule. Ren s'en fichait probablement. Son malaise le rendait paranoïaque.

– Un problème ? demanda Ren abruptement (là où les autres auraient demandé, pleins de sollicitude : « Tu es sûr que ça va ? »).

Horo Horo sourit nerveusement mais n'arriva pas à faire illusion.

– Qu'est-ce qui se passe ?

Il hésita à lui répondre « Rien, rien, retournons en cours ». Puis il craqua.

– Je suis vraiment stupide, gémit-il.

Ren ne releva pas et attendit patiemment qu'il s'explique. Face à son silence, Horo Horo ne put se retenir : il déballa tout.

– J'ai demandé à Nichrom… tu sais quoi.

– Les autres m'ont dit qu'il avait accepté.

Un rire acide monta aux lèvres d'Horo Horo.

– Ouais, il a accepté. Mais en échange… je dois faire un truc.

– Quoi comme truc ?

Les mots avaient peine à sortir. Voyant le regard de Ren changer et supposant qu'il imaginait les pires horreurs, Horo Horo passa aux aveux.

– Sortir avec lui.

Le silence tomba comme une pierre.

– Ah, fit Ren.

Horo Horo se dandina sur ses pieds.

– Pour deux semaines, précisa-t-il. J'ai négocié.

– Et tu vas le faire ?

– Je n'ai pas le choix !

Comme Ren ne disait rien, Horo Horo se tordit les mains.

– Je me sens tellement con !

– Pourquoi ça ? interrogea l'autre.

– Ce n'était pas du tout prévu ! Jamais je n'aurais pensé…

– Donc tu as accepté de sortir avec lui alors que tu n'en as pas envie ? Juste pour qu'il nous venge de Reoseb ?

Horo Horo poussa un gémissement désespéré.

– Tu me trouves complètement débile, hein… mais il a exigé… qu'est-ce que tu aurais fait à ma place ? Tu aurais refusé ?

– La question ne se pose même pas, rétorqua Ren avec une mine dégoûtée.

– Je ne pouvais pas faire autrement, se justifia Horo Horo, je vous avais dit que je saurais le convaincre…

– Hé oh. Ne rejette pas la faute sur nous. On ne t'a pas demandé de réussir à tout prix, rétorqua son camarade, implacable. Si ça ne te plaisait pas, il fallait dire non, voilà tout. On aurait trouvé autre chose.

Outré, Horo Horo voulut protester mais le cri s'étrangla dans sa gorge. Abattu, il fixa le sol un moment et soupira :

– Et maintenant, je devrais faire quoi à ton avis ?

– Pourquoi tu me demandes ça à moi ? Tu fais ce que tu veux.

– Mais parce que j'ai besoin d'un conseil ! C'est pas à ça que ça sert, les amis ?

Ren le dévisagea quelques secondes et Horo Horo se rendit compte que c'était la première fois qu'il employait le terme « ami » pour le désigner. C'était drôle. Pour Pino, ça avait été évident. Pour Manta, Ryû et Yoh, ça s'était fait très vite aussi, en douceur. Mais pour Ren, ce n'était pas pareil.

– Qu'est-ce que tu me conseilles de faire ? répéta Horo Horo, embarrassé par le silence.

Ren baissa les yeux et répondit froidement :

– Assumer.

Il le dépassa pour retourner en cours. Perdu, guère plus avancé, Horo Horo lui emboîta le pas, fort insatisfait de la réponse. Il ne savait pas ce qu'il aurait aimé que Ren dise. Il ignorait toujours ce qu'il allait faire. Et il s'était rarement senti aussi bête.

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