Disclaimer : Shaman King et ses personnages appartiennent à Hiroyuki Takei.
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XXX
Hermès
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– Allons, un peu de courage, déclara Faust. Ça va piquer un peu…
Horo Horo grimaça et poussa un gémissement en détournant la tête.
– N'aie pas peur, fit le soignant avec un petit sourire. Tu n'en mourras pas.
– Oui, bon, mais ça saigne, quand même.
– Je sais que le sang est très impressionnant mais ce n'est pas profond. Il n'y aura même pas besoin de suture.
Horo Horo, blanc comme un linge, frémit de révulsion rétrospective en imaginant l'aiguille et le fil s'enfoncer dans sa chair. Malgré la main que Pino lui avait donnée à broyer, malgré la douceur tranquille de celles du médecin de l'école, il avait une trouille bleue. Qu'on le traite de petite nature, il s'en fichait. Il voulait juste que Faust en finisse avec sa jambe et le laisse quitter l'infirmerie.
– Aïeuuh !
– C'est presque fini !
Pino poussa un léger soupir (ses phalanges commençaient à le faire souffrir) et jeta un regard compatissant à son meilleur ami. Même si Horo Horo en faisait un tout petit peu trop… il devait admettre que lui-même n'aurait pas fait le fier, à sa place.
– Voilà ! s'écria Faust en se redressant à moitié. C'est refermé. Ne touche pas au bandage, surtout. Et reviens me voir demain matin pour le changer.
Horo Horo examina sa jambe et la remua prudemment.
– Et… en ce qui concerne la danse, commença-t-il.
– J'allais y venir.
Le sourire doux de Faust disparut légèrement. Pino avait un mauvais pressentiment.
– Il vaut mieux reposer ta jambe et attendre que ça cicatrise, expliqua Faust. Par conséquent, je vais te signer une dispense pour aujourd'hui. Dès demain, on regardera comment ça avance. En fonction de la cicatrisation, tu devrais pouvoir redanser d'ici une dizaine de jours.
– Quoi ?
Horo Horo secoua la tête, incrédule.
– C'est une plaisanterie ?
– Absolument pas, décréta Faust, les sourcils froncés, cette fois. Je suis très sérieux. Et tu as intérêt à te ménager si tu ne veux pas que ça dure trop longtemps.
– Mais c'est impossible ! Je dois danser !
– Jeune homme…
– Non ! Vous ne comprenez pas ! Il faut danser tous les jours, sinon on régresse ! Et les sélections qui approchent, je… je dois travailler !
Horo Horo se tordait à présent les poignets, horrifié. Pino posa une main qu'il voulut rassurante sur son épaule. Son ami était tendu comme un ressort.
– Sois raisonnable, soupira Faust. La blessure est un risque pour n'importe quel danseur ! Et crois-moi, les vrais professionnels savent quand il faut ménager son corps pour qu'il puisse durer ! Demande à M. Maxwell.
Horo Horo baissa le nez, dépité.
– Ça va aller, tenta maladroitement Pino. C'est l'affaire de quelques jours…
– Tu réalises ce que tu dis ! explosa Horo Horo en grinçant des dents.
– Bon, ça suffit, décréta Faust en rangeant ses instruments de travail. Tu n'as pas le choix, alors cesse de gaspiller de l'énergie pour rien. Profite de ces quelques jours pour travailler les autres matières. Ah, bien sûr, je peux te fournir une dispense pour l'art dramatique et la mode, aussi…
– Non merci, ça ira, je m'arrangerai avec M. Kadow.
– Comme tu voudras.
Faust alla s'installer à son bureau pour rédiger la fameuse dispense. Horo Horo fixa sa jambe enrubannée, l'air abattu. Résigné, il se remit sur ses pieds avec une grimace, découvrant qu'effectivement, tenir debout avec une plaie ouverte le long du mollet n'était pas si facile qu'il le pensait assis. Pino vola à sa rescousse et lui proposa à nouveau son bras mais Horo Horo secoua la tête d'un air buté. Il récupéra le papier signé par le médecin ainsi qu'une boîte de médicaments.
– Contre la douleur, prévint Faust. Au cas où, cette nuit. N'en prends pas plus d'un toutes les six heures. Tu peux aller te reposer à côté, si tu veux.
Les deux garçons quittèrent le bureau de Faust sur ces recommandations pour rejoindre la salle de repos attenante. Un rapide coup d'œil à l'horloge du couloir avait permis à Pino de constater qu'il était trop tard pour aller en musique. Enfin, ils pouvaient toujours y aller mais…
– Si je retourne chez M. Diaz, je risque d'interrompre le cours, non ? fit-il remarquer à voix haute.
Horo Horo lui jeta un coup d'œil sarcastique, pas dupe.
– Je ne dis pas non à un peu de compagnie.
– Parfait.
Pino suivit Horo Horo qui se choisit un lit parmi les cinq de la pièce et s'installa dessus. Le grand blond savoura leur solitude. Cela faisait quelques temps qu'ils n'avaient pas eu l'occasion de se voir en tête à tête… depuis leurs frasques en ville, en fait. Et à vrai dire, il n'était pas mécontent d'avoir cette occasion. Horo Horo lui paraissait un peu distant. Pour ne pas dire carrément ailleurs.
Cela ne se voyait pas de l'extérieur. À première vue, ils traînaient toujours ensemble. C'était juste qu'avant, ils passaient pas mal de temps tous les deux, sans les autres. D'où leur complicité particulière. Cela faisait longtemps que ce n'était pas arrivé et Pino se rendait compte que ça lui manquait.
– Ah, soupira Horo Horo en s'étirant, les yeux rivés au plafond. Ça fait du bien, en fait.
Pino hocha la tête.
– Tu ne t'es pas raté, c'est vrai.
– Ça fait plus mal que tout à l'heure, c'est bizarre.
– Non, c'est le choc qui passe.
– Si tu le dis.
Pino s'assit sur une chaise et chercha comment aborder le sujet qui le préoccupait.
– Tout va bien ? commença-t-il bêtement.
Il se sentit aussitôt stupide de poser cette question sans intérêt. Horo Horo se tourna vers lui.
– Ben… oui. Je viens juste de le dire… Tu n'écoutais pas ?
– Je ne parlais pas de ça. Je voulais dire en général… je te trouve ailleurs.
À la manière dont Horo Horo reporta son attention sur le plafond, Pino devina qu'il avait touché juste.
– Qu'est-ce qui te fait dire ça ? demanda-t-il soudain.
Pino hésita. Difficile de mettre des mots sur son intuition.
– C'est juste une impression. On ne se parle plus beaucoup depuis qu'on est revenus…
Il vit passer sur la figure de son ami un éclair de culpabilité. L'air de rien, Pino enchaîna :
– Tu passes beaucoup de temps avec Ren, en ce moment, non ?
Cette fois, Horo Horo eut l'air surpris.
– Hein ? Tu trouves ?
– Je me trompe ?
Horo Horo le fuit du regard tandis que Pino le fouillait des yeux. Il avait mis le doigt sur l'origine de son inquiétude. La vraie. Le point de crainte profonde qui le rongeait. Son meilleur ami était-il en train de changer de confident ? Voilà ce qui lui faisait peur. L'image de Ren et Horo Horo marchant côte à côte, souriant, complices, et lui, traînant derrière, tendant l'oreille sans pouvoir capter leur conversation, exclu.
– Tu n'es pas en train de me laisser tomber, hein ? laissa échapper Pino d'une toute petite voix.
Horo Horo eut un petit rire crispé.
– Qu'est-ce que tu vas imaginer, enfin.
Il se tortilla sur son lit et Pino retint son souffle.
– Écoute, effectivement, j'ai un truc à te dire. Mais ça n'a rien à voir. C'est autre chose.
Il chercha ses mots.
– C'est Nichrom.
Et Horo Horo lui déballa tout. Pino l'écouta, bouche bée, bras ballants. Sa tristesse reflua brutalement. C'était bien la dernière chose à laquelle il s'attendait.
– Voilà, tu sais tout, conclut Horo Horo. Je n'avais pas l'intention de te cacher ça… ni aux autres, d'ailleurs. C'est juste qu'on n'a pas eu le temps de discuter depuis.
Pino chercha quelque chose à dire et ne trouva rien.
– Ben mince alors, souffla-t-il.
Il se sentait terriblement embêté pour Horo Horo. À cause d'eux, le pauvre se retrouvait coincé, embarqué dans une relation qu'il n'avait pas voulue.
– Tu vas vraiment le faire ?
– Je n'ai pas le choix, marmonna Horo Horo.
– Tu peux toujours…
Pino se tut, arrêté par le regard outré de son ami.
– J'ai promis ! Ce serait dégoûtant si je me dégonflais maintenant. En plus… ce ne sont que deux semaines…
Mais il paraissait lui-même peu convaincu par cette dernière affirmation.
Quel pétrin, pensa Pino. Il se demanda ce qu'il aurait fait à sa place. Pour commencer, il n'aurait jamais pu accepter. Sortir avec quelqu'un en échange d'un service… et puis Nichrom… certes, il n'y avait rien à lui reprocher physiquement mais… Ah, c'était difficile à expliquer. S'imaginant à la place qu'occuperait bientôt Horo Horo, Pino faillit éclater de rire. Nichrom était si jeune et si petit par rapport à lui ! Il aurait eu l'impression de sortir avec son petit frère.
– Ça ne te dégoûte pas ? risqua Pino. Je veux dire… il te plaît, quand même ?
Horo Horo s'agita, mal à l'aise.
– Ben…
Sa voix se mua en souffle.
– Ça va.
Ses joues virèrent au rose tandis que Pino écarquillait les yeux.
– Je veux dire, pas vraiment ! se justifia-t-il. Je n'aurais jamais pensé à lui, en fait. Mais maintenant qu'on y est… pourquoi pas. En tout cas, il ne me répugne pas.
Pino hocha la tête, affichant une mine neutre à mille lieues des questions qui se bousculaient dans sa tête. Il réalisait que c'était la toute première fois qu'ils abordaient la question des attirances de Horo Horo. Ils parlaient souvent d'amour mais, jusqu'à présent, c'était toujours lui qui lançait le sujet et qui se confiait. Horo Horo se contentait de l'écouter ou de commenter, vaguement ironique, sans jamais partager ses propres sentiments. Depuis le temps qu'il déblatérait sur les filles, en long en large, Pino n'avait jamais pris la peine d'interroger son ami sur ce qu'il aimait, ce qui lui plaisait, ses amours en général. D'ailleurs, il n'avait jamais vu Horo Horo amoureux. Jamais vu ou jamais fait attention, peut-être. Jamais su voir. Alors que son ami était au courant de tout, absolument tout. Certes, il ne lui avait pas parlé du baiser échangé avec Ryû il y a quelques temps. Mais c'était bien la seule chose qu'il lui ait jamais cachée. Et lui, de son côté, ne savait rien des émois de son meilleur ami et colocataire.
Un rire nerveux lui échappa.
– Qu'est-ce qu'il y a ?
– Rien, je me rends compte que je ne t'ai jamais demandé…
– Demandé quoi ?
– Tu as déjà été amoureux ?
Horo Horo eut une mimique de surprise et réfléchit quelques instants.
– Je ne crois pas, hésita-t-il. Je me demande si quand j'étais petit… je ne sais pas.
– Si tu n'es pas sûr, je pense que tu as déjà ta réponse, remarqua Pino.
– Tu crois ?
– Je pense. Ça se sent.
Horo Horo sourit.
– C'est vrai que j'ai affaire à un spécialiste.
Pino détourna le regard, mi-gêné, mi-amusé.
– C'est drôle, avoua-t-il enfin.
– De quoi ?
– De t'imaginer regarder des garçons.
Horo Horo ouvrit des yeux grands comme des soucoupes et rougit.
– Ah. Euh. Mais pourquoi ? Quand c'est les autres, ça ne te choque pas, pourtant !
– C'est vrai, mais je n'ai jamais pensé à toi dans cette situation…
Il retint les mots qui allaient suivre. Difficile d'expliquer sans être vexant qu'il le voyait plutôt comme un être asexué, détaché de ces contingences. Pino se mordilla la lèvre.
– Tu…
– Tu viens de te demander si je t'ai déjà vu comme plus qu'un ami, c'est ça ?
Coincé, Pino acquiesça, terriblement embarrassé. Horo Horo haussa les épaules.
– Désolé mais non. J'espère que tu n'es pas trop déçu !
Pino éclata de rire et fit signe que non. Soulagé. C'était quand même plus simple comme ça.
– Manta, par contre… Non, c'est une blague !
– Ho ho.
– C'est une blague, je te dis !
– Je comprendrais que ça soit sérieux, reconnut Pino. Manta est tellement… chou !
Horo Horo se tordit de rire.
– Oui, c'est vrai !
La conversation mourut entre eux. Horo Horo se mit à fixer ses jambes étendues tandis que Pino s'absorbait dans ses pensées. Une douce chaleur s'était installée en lui depuis tout à l'heure. Il avait l'impression de retrouver peu à peu cette complicité qu'il avait crue en perdition. Quelles idées il s'était faites ! Tout un drame pour pas grand-chose. Il s'était comporté comme un imbécile. Un imbécile jaloux et possessif. Entre Horo Horo et lui, tout était parfaitement naturel.
Soudain, le claquement de la porte de l'infirmerie résonna, suivi de pas pressés et d'un flot de paroles précipitées. On entendit le timbre apaisant de Faust s'y mêler sans parvenir à museler les accents inquiets de la voix fluette.
– C'est Nichrom, chuchota Horo Horo.
Il jeta un regard paniqué à Pino qui sentit la compassion l'envahir. Évidemment, Nichrom était venu voir comment allait son petit ami. Ah que c'était bizarre de le nommer ainsi !
Comme l'écho des voix se rapprochaient, Horo Horo, blême, gémit :
– Qu'est-ce que je dois faire ?
– Ben rien, reste là. Il doit sûrement vouloir de tes nouvelles.
– Mais qu'est-ce que je vais lui dire ? Et s'il veut qu'on…
Horo Horo reprit sa phrase sur le ton du chuchotement :
– Et s'il veut qu'on s'embrasse ?
Pris de court, Pino écarta les bras d'un air fataliste.
– J'ai la trouille, se lamenta fébrilement Horo Horo. Je n'ai jamais embrassé personne, moi ! Et je suis le plus vieux ! Je devrais savoir ! Je vais avoir l'air ridicule !
– Mais non, enfin ! Ça se passera très bien.
Pino avait l'impression de rassurer quelqu'un juste avant une opération à cœur ouvert.
– Sauve-moi, supplia Horo Horo. Sois un pote, dis-leur que je dors ou quelque chose comme ça.
– Ça m'étonnerait qu'on nous croie vu qu'on nous entend discuter depuis tout à l'heure.
– Mais.
Pino se leva. L'angoisse d'Horo Horo, terriblement mignonne, avait quelque chose de comique.
– Ils arrivent.
– Oh non.
Le grand blond se pencha sur son ami avec un sourire caustique.
– Tu veux que je t'embrasse avant pour te montrer comment on fait ?
Horo Horo poussa un couinement horrifié et se boucha le visage de ses bras.
– Arrête, c'est pas drôle !
– Tu as raison, il pourrait croire que tu le trompes, avant même que votre histoire ait commencé !
– C'est ça, moque-toi. Tu me paieras ça !
Pino éclata de rire au moment où on frappait à la porte de la salle de repos. Il alla ouvrir et trouva derrière Faust, l'air passablement mécontent, et Nichrom, image même de l'angoisse.
– Je croyais qu'il était là pour se reposer, commenta simplement le médecin.
Pino se gratta la tête.
– Eh bien en fait euh… rire un peu, ça lui fait oublier qu'il a mal, vous voyez.
Faust hocha la tête, sceptique.
– Certes. Bon, encore quelques minutes et ensuite, vous retournez en cours, toi et Nichrom. Compris ?
– Compris monsieur !
Faust leur jeta un dernier regard entendu avant de rejoindre son bureau. Aussitôt qu'il se fut éloigné, Nichrom bouscula Pino et se rua au chevet d'Horo Horo.
– Du calme, du calme, protesta celui-ci, tandis qu'il le pressait de questions sur son état. Je vais bien !
– Tu n'as pas trop mal ?
– Non, ça va. J'ai des médicaments.
– Tu vas te remettre bientôt ?
– Dans quelques jours, apparemment.
Horo Horo s'efforça de sourire et Nichrom se détendit. Il tira un tabouret près du lit pour s'asseoir et fit mine de se retourner vers Pino, l'air interrogatif. Le blessé confirma :
– Pino est au courant.
Nichrom hocha la tête.
– Dans ce cas, peut-être qu'il pourrait nous laisser un peu d'intimité ? lança-t-il.
– Tu peux aussi me le demander directement, rétorqua Pino, légèrement froissé.
– Non, c'est bon, protesta Horo Horo. Il peut rester, ça ne me dérange pas.
Nichrom se tortilla sur son tabouret, sourcils froncés, mécontent. Aussitôt, Horo Horo, dont les yeux allaient et venaient du jeune garçon à son meilleur ami se redressa et posa une main sur l'épaule de Nichrom. Soudain, il se rapprocha et posa un baiser maladroit sur ses lèvres. Il se détacha de lui immédiatement. Nichrom resta immobile. Horo Horo eut un sourire gêné, comme pour excuser sa rapidité et son manque d'habileté.
– Tu vois, souffla-t-il. Moi aussi, je respecte ma part.
Aussitôt Nichrom fondit sur lui. Dans ce geste, il y avait une fougue et une passion qui alarmèrent légèrement Pino. Le baiser plaqua Horo Horo contre l'oreiller et lui arracha une exclamation surprise. Tout d'abord, il ne bougea pas, se laissant faire, puis ses mains se posèrent de part et d'autre de la tête de Nichrom.
Pino n'osait pas bouger, de peur de faire du bruit et de leur rappeler sa présence. S'il s'éclipsait en refermant la porte, il les dérangerait. Il se mit à promener son regard un peu partout dans la pièce. Tout plutôt que de continuer à observer le tout nouveau couple. Diantre, que c'était gênant ! Pourquoi son crétin de colocataire avait-il tenu à ce qu'il reste ?
Alors qu'il s'absorbait dans la contemplation fascinante d'un tas de couvertures posé sur un des lits, il entendit une protestation assourdie, suivie d'un bruit de bouches qui se décollent.
– Tu m'étouffes, marmonna plaintivement Horo Horo.
– Pardon, souffla Nichrom.
Lorsque les deux garçons se retournèrent, se souvenant qu'il était toujours là, le grand blond fut soulagé de ne pas avoir les yeux braqués sur eux. Nichrom avait des étoiles plein les yeux mais Horo Horo, lui, écarlate, ressemblait plutôt à quelqu'un qui vient de faire une poussée de fièvre. Pino lança aussitôt :
– Je vais y aller.
– Je reste, décréta Nichrom.
– Le docteur va te jeter dehors, objecta Horo Horo.
– Mais…
– S'il te plaît, je voudrais me reposer.
Nichrom afficha une mine boudeuse.
– Je viendrai te chercher pour te ramener à la chambre, suggéra Pino.
– Non, c'est moi, protesta Nichrom en s'accrochant férocement au bras de son petit ami.
À la tête que faisait Horo Horo, Pino choisit de tempérer.
– Bon, d'accord.
Mais comme Nichrom n'était toujours pas prêt à partir, le jeune Usui perdit patience :
– Bon, ça y est ? Tu vas me laisser dormir ?
– Tu pourrais au moins faire semblant d'avoir envie d'être avec moi, grommela le Pache.
Horo Horo leva les yeux au ciel et Pino vola à sa rescousse.
– Le cours de danse commence dans cinq minutes, mentit-il, avançant un peu l'heure. Il faudrait qu'on y aille.
Nichrom se résigna alors à s'éloigner mais Pino dut le tirer par le bras pour le faire sortir de la pièce.
Ils saluèrent Faust et quittèrent l'infirmerie. Dès qu'ils furent dans les couloirs, Nichrom se tourna vers Pino, triomphant :
– Alors, tu vois ? J'ai gagné finalement !
Il esquissa un petit pas de bourrée et poussa une exclamation victorieuse. Pino trouva cela mignon mais ne put résister à la tentation.
– Mouais, ricana-t-il. J'ai vu des copains plus passionnés. Tu crois vraiment qu'il serait sorti avec toi si tu ne lui avais pas forcé la main comme ça ?
– Je m'en fiche, riposta Nichrom. Je le voulais, je l'ai eu. Voilà.
– Pour deux semaines, fit remarquer Pino.
Nichrom lui jeta lors un regard venimeux.
– Pourquoi tu tiens tant à me casser ça ? Tu es jaloux ? Tu veux le garder pour toi ? C'est pour ça que t'es resté là à nous regarder ?
– N'importe quoi, soupira Pino.
– Tu es amoureux de lui ? insista Nichrom.
– Bon écoute, gronda Pino en lui saisissant le bras.
Cette fois, il commençait à perdre patience.
– Je ne suis pas amoureux de lui. En revanche, c'est mon meilleur ami, gare à toi si tu lui fais quoi que ce soit. Tu as gagné, tu l'as eu, c'est bien. Mais ce n'est pas un objet, tu sais ? C'est une personne. Tu ne peux pas juste « l'avoir ». Et moi, je serais toi, je ferais attention à calmer mes sentiments. Parce que ça se voit que tu en as pour lui. Mais lui pour toi ? Je n'ai pas l'impression. Et qu'est-ce que tu feras dans deux semaines, lorsqu'il te quittera, comme prévu ? Tu y as pensé ?
Nichrom s'était figé tandis qu'il parlait. Sa lèvre inférieure trembla dangereusement. Il déglutit et se dégagea, boudeur.
– Il va tomber amoureux de moi, marmonna-t-il. Tu verras.
– J'espère pour toi, répondit Pino.
Nichrom releva la tête, surpris.
– Ah bon ?
– Même si je trouve ton petit marché assez nul, je ne te souhaite pas de souffrir comme ça.
Nichrom détourna la tête. Pino l'observa une minute et eut pitié de lui. Il n'était pas foncièrement méchant. C'était un jeune garçon amoureux, maladroit, exacerbé et sans doute autant effrayé par la violence de ses sentiments que par l'avenir qui s'offrait à eux. Pino se prit à réellement espérer que cette histoire perdue d'avance avec Horo Horo fonctionne. Contre toute attente. Après tout, ça ne ferait pas de mal à son ami de sortir un peu. Ça leur ferait de nouveaux sujets de conversation, justement.
– Allez, soupira-t-il. Dépêche-toi, on va être en retard.
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