Disclaimer : Shaman King et ses personnages appartiennent à Hiroyuki Takei.


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XXXI

Le grand bal

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Une main délicatement posée sur la barre, Achille enchaînait quelques mouvements d'échauffement avant le début du cours. Les réactions de son corps le laissaient perplexe. Il se sentait engourdi, plus que d'habitude, d'une façon qu'il n'arrivait pas à dépasser. Les lèvres pincées, il s'astreignit à la concentration. Il avait horreur que son organisme lui échappe.

Un peu plus loin devant, Lyserg étirait ses bras gracieux jusqu'à ses chevilles enrubannées. Achille l'admira discrètement, malgré lui. La perfection des gestes de son petit ami lui faisait comme une douleur dans la poitrine. Surtout au milieu des gestes si patauds, par comparaison, de ses voisins. Cela n'avait rien à voir avec l'attirance, non. Il n'éprouvait aucun désir de rapprochement pour le moment. Plutôt une sorte de jalousie. Cette grâce sans effort, il la convoitait pour lui-même. Mais il la contemplait aussi avec fierté, comme un bel objet que l'on est fier de posséder.

Sa position auprès de Lyserg lui faisait immanquablement penser que, bientôt peut-être, il pourrait en viser une bien meilleure. Il se plaisait à être dans le regard des autres l'amoureux du roi de leur promotion. Que serait-ce lorsqu'il serait choisi par Hao !

Il constata que Lyserg exécutait le même exercice que lui. Aussitôt, la crainte de la comparaison le fit s'interrompre. Ses propres mouvements n'étaient pas assez fermes, pas assez précis. Il contempla son bras blafard et soupira devant son peu de raffinement. Ses membres lui semblaient si gourds, si lents ! Ce devait être la digestion. Il avait mangé un peu de pain ce midi. Et voilà le résultat. Il aurait mieux fait de s'abstenir.

Leur maître de danse entra dans le studio, suivi du pianiste. Aussitôt, les dissipés qui traînaient encore au fond abandonnèrent leurs affaires et coururent se mettre à la barre.

Achille nota qu'Horo Horo manquait, ce qui était logique. Il frémit en songeant à ce qui lui était arrivé. Se blesser à la jambe à un tel moment de l'année ! Quelle horreur. Il avait beau s'être tenu loin de l'incident, l'angoisse de s'imaginer à la place de Horo Horo ne le lâchait pas.

Au fond de la salle, Reoseb attendait de savoir s'il pourrait participer au cours. Le directeur avait été mis au courant de l'accident par Talim en personne, après le cours de musique. Achille se demanda quelle sanction lui serait réservée. Ce garçon était un véritable petit sauvage. Mais cela, il le savait depuis longtemps. Cela se voyait à son comportement, ses bougonneries dans la chambre, ses sautes d'humeur. Achille ne l'avait jamais vraiment apprécié, devinant en lui quelque chose d'incontrôlable et de profondément déplaisant. À présent, il avait la confirmation des ses soupçons. En même temps, que devait-on attendre de plus de la part d'un rien-du-tout pareil ?

La sonnerie était passée de quelques minutes, déjà, et le cours n'avait toujours pas commencé. Une première. Alors qu'Achille commençait à se demander ce qui se passait, la porte du studio s'ouvrit sur un Pino et un Nichrom essoufflés. Tous deux avaient la chevelure en désordre et le justaucorps boudiné de ceux qui se sont changés en quatrième vitesse. Le maître de danse leur fit signe d'entrer et de se mettre à la barre. Achille se souvint alors que Pino avait emmené Horo Horo à l'infirmerie. Nichrom avait dû les suivre. Il retint un sourire en coin. Son colocataire n'était plus lui-même en présence d'Horo Horo. Cela pouvait échapper à ceux qui ne faisaient pas attention mais lui, Achille, aimait observer ce genre de détails, à leur insu. Nichrom était épris de Horo Horo et ça crevait les yeux.

Dès que les deux retardataires se furent placés, le professeur posa un regard sévère sur sa classe.

– Reoseb, rejoignez vos camarades, je vous prie, déclara-t-il finalement.

Reoseb fit une courte révérence.

– Merci Maître, souffla-t-il.

Chacun éprouva la sévérité de l'ancien étoile tandis que le petit blond se pressait vers sa place. Ce regard d'acier, derrière ses lunettes, cette poigne refermée sur sa baguette signifiaient que Reoseb n'était en aucun cas absous de ses fautes. Pour autant, sa disgrâce ne devait pas être une excuse pour ne pas travailler. Et si Horo Horo devait régresser à cause de sa blessure, Reoseb, lui, se devrait de fournir le double d'efforts habituels.

– Avant de commencer, j'ai une nouvelle à vous annoncer, déclara M. Maxwell.

Il eut un regard appuyé sur la place vide d'Horo Horo.

– Une bonne, cette fois.

Un frémissement parcourut les élèves. Mais ce n'était rien à côté de celui qui agita la colonne vertébrale d'Achille. Il avait deviné de quoi il était question.

– Les rôles principaux du ballet de fin d'année ont été attribués parmi vos aînés, annonça le directeur.

Des « oh » et des « ah » montèrent, que le professeur calma d'un simple toussotement. En peu de mots, il leur rappela le contenu du livret. La classe l'écouta, bien que tous connaissent l'histoire du Lac des cygnes de Petra Tchaïkovski.

Lors d'une chasse, la princesse Siegfrieda rencontrait au milieu d'une nuée de cygnes qu'elle avait manqué de tuer, un jeune homme, Odelin. Victime d'une malédiction lancée par le sorcier Rothbart, Odelin avait été transformé en cygne. Il lui fallait obtenir le cœur d'une princesse pour retrouver sa liberté. Siegfrieda lui promettait alors le sien. Peu de temps après, se tenait une fête pour la majorité de la princesse, qui devait en cette occasion choisir un époux. Hélas, Rothbart y emmenait son fils Odilon, sosie d'Odelin, qui devait séduire Siegfrieda et l'abuser. Odilon parvenait à ses fins et Siegfrieda lui déclarait son amour. Apparaissait alors Odelin, au désespoir. La malédiction ne pouvant être brisée, il mourait sous sa forme de cygne et Siegfrieda se transperçait la poitrine de son épée.

Durant le récit, Achille, extatique, retenait son souffle. Et lorsque le maître de danse énonça les noms des heureux élus, l'adolescent eut le plaisir de découvrir qu'il avait deviné une bonne partie de la distribution.

Le rôle principal d'Odelin, le cygne blanc, avait échu à Silva. Tout le monde applaudit à la mention de son nom. Achille approuva intérieurement. Le meilleur danseur de l'école se devait d'être ainsi valorisé. Sa fiancée, la princesse Siegfrieda, serait dansée par Lee. Là encore, aucune surprise : Lee Pyron avait travaillé dur pour se spécialiser dans les rôles féminins. Siegfrieda lui revenait de droit. Il y eut quelques sourires amusés lorsque M. Maxwell livra le nom d'Amidamaru pour le rôle du sorcier Rothbart. La fougue sauvage et féline du grand blond, ainsi que sa beauté, le destinaient tout naturellement aux rôles de mages maléfiques et de démons aux pouvoirs occultes. Il y eut un silence lorsque le professeur annonça le choix du rôle d'Odilon, le cygne noir. Ce serait Namari. Achille fut d'abord surpris par cette décision. Il y avait bien assez de sixième et de septième année pour remplir le casting principal. Namari n'était qu'en cinquième année ! Puis il se ravisa en passant en revue les étudiants de troisième cycle qui avaient auditionné. Il avait demandé à assister aux passages et se souvenait encore de leurs prestations. Boris était bon mais le rôle ne lui convenait pas très bien. Il aurait excellé dans celui du cygne blanc. Midori n'avait clairement pas le niveau nécessaire. Quant à Khâfre, il était brun, comme Silva – cela avait son importance, étant donné qu'Odilon était censé être le sosie d'Odelin –, mais il était largement en-dessous de Mohammed, qui s'était présenté lui aussi et avait un peu raté sa prestation. Restait effectivement Namari. Qui avait été prodigieux, il s'en souvenait, maintenant. Tout à la fois brillant, surprenant et séducteur, dégageant un charme diabolique d'une sensualité folle.

Dès que les noms furent tombés, chacun se mit à commenter l'événement avec son voisin. Le directeur dut frapper dans ses mains pour remettre de l'ordre et terminer son discours.

– Les auditions pour les petits rôles se tiendront dans une semaine, ajouta-t-il sur un ton entendu.

Les hauts cris revinrent et un frisson d'excitation électrisa Achille. Les petits rôles en question n'avaient rien d'exceptionnel : en général, il s'agissait de variations mineures, incorporées dans le livret du ballet. On dansait des personnages qui n'apparaissaient qu'une seule fois lors d'un événement de l'intrigue : mariage, bal, fête paysanne. Mais cela restait une occasion en or de briller sur scène. Peut-être même d'être remarqué. Et cette fois, ils seraient invités à participer au casting ! Enfin, ceux d'entre eux qui n'étaient pas sanctionnés pour avoir fait le mur. Ou pour avoir poussé un de leurs camarades dans des débris de verre. Achille ignorait si ce serait la punition réservée à Reoseb mais il se prit à l'espérer. Cela ferait un concurrent de moins. Parce qu'il était bon, ce petit crotteux sans manières. C'était même un concurrent tout à fait redoutable. Il ne fallait pas l'oublier.

Pour le rôle, il avait ses chances. Si les têtes de classe ne raflaient pas toutes les places. Tout plutôt que le corps de ballet ! Au pire, il se contenterait d'un rôle de doublure. Ça n'avait l'air de rien et beaucoup d'élèves méprisaient cette opportunité. Mais Achille trouvait cela idiot. Les accidents et blessures étaient monnaie courante et les doublures étaient bien plus souvent appelées à servir qu'on le croyait. D'autant qu'il fallait compter avec les sélections anticipées : si le garçon choisi par Hao faisait partie du casting du ballet, c'était sa doublure qui hériterait du rôle.

Achille envisageait toutes ces possibilités avec satisfaction. Bien sûr, il désirait avant tout être sélectionné par Sa Majesté. Mais s'il ne l'était pas, un rôle ou un remplacement le consolerait. Il suffisait que sa doublure soit choisie par Hao ou bien se blesse... Un scénario se dessinait dans sa tête : Lyserg obtiendrait un rôle, et comme leurs corpulences étaient similaires, il serait son remplaçant. Ensuite, Hao désignerait Lyserg. Il fallait se préparer à cette idée. Et le rôle lui reviendrait ! Son nom serait même inscrit sur les programmes ! Alors, il danserait devant un parterre de personnalités en vue. Bien évidemment, l'idéal serait à la fois de décrocher un rôle puis d'être désigné par Hao. Dans ce cas, il abandonnerait son personnage de bonne grâce.

Autour d'Achille, tout le monde parlait et M. Maxwell avait renoncé à les faire taire. Un éclair d'indulgence se lisait même derrière sa mine austère. Le jeune garçon s'ébroua légèrement, encore tout frémissant. Il avait hâte que le cours commence. Il mourait d'envie de danser. Il se sentait même transpirer entre les omoplates. La fièvre de se distinguer devant leur professeur, là, tout de suite, était trop forte.

Agacé, il étira ses jambes l'une après l'autre pour chasser l'impatience qui s'y installait. Il commençait à se refroidir, d'ailleurs. Lorsque leur maître ramena le silence et fit signe à Kevin, il se sentit soulagé.

Les premiers exercices ranimèrent sa concentration. L'effort lent et répétitif faisait battre le cœur d'Achille, instillant en lui un plaisir proche des effets d'une drogue. Hormis le petit bout de pain du midi, il n'avait rien mangé depuis la veille. L'hypoglycémie le portait comme une vague blanche et le vide au creux de son ventre lui donnait envie de bondir, sauter, jusqu'à n'en plus pouvoir.

Au moment de lâcher la barre, une énergie folle s'empara de lui. Il se sentait léger mais fort, aérien mais puissant. Des ailes lui poussèrent durant le reste du cours, au point que M. Maxwell, au moment de la pause, lui décerna un de ses rares compliments. À la reprise, Achille rivalisa d'audace et de force. Il eut même le plaisir de voir passer, dans le regard de Lyserg, une étonnante lueur admirative.

À l'issue du cours, l'apaisement surpassa l'exaltation. Il allait être choisi. Au moins pour un rôle. Il le savait. Il le voulait, plus que tout.

Son seul regret était de ne pouvoir auditionner là, tout de suite, alors qu'il était prêt. Qui sait s'il serait dans les mêmes dispositions au moment de passer ! Et s'il n'arrivait pas à l'état de grâce lors de son passage ? Et s'il se trouvait dans un de ses mauvais moments, alors ? Une de ces phases basses, durant lesquelles son corps lui faisait l'effet d'un boulet à la cheville. Un de ces horribles jours où ses pieds lui paraissaient cloués au sol, ses jambes magnétisées par la terre et ses gestes ralentis comme ceux d'un automate rouillé.

Pour calmer l'angoisse et la frustration, il posa une main sur la barre et serra le bois de toutes ses forces. Ses dents s'entrechoquèrent et il faillit se mordre la langue.

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Au vestiaire, les cancans allaient bon train. Encore plus que d'habitude. Achille navigua entre ses camarades d'une démarche fière et fluide. Ses membres lui semblaient s'être changés en brume. L'adrénaline du cours continuait de circuler en lui bien que l'effort soit passé.

Il alla s'asseoir à côté de Lyserg, chipant la place vide à Wat qui semblait prêt à s'y installer. Le blondinet parut surprit mais une lueur moqueuse s'alluma dans son regard, en réponse au regard de propriétaire qu'Achille lui assenait. Il sourit et alla s'asseoir à côté de Ryû, juste en face. Achille fronça les sourcils. Le souillon de la classe était pourtant au courant de leur histoire. Qu'est-ce qui lui prenait ?

Chassant Wat de ses pensées, le jeune garçon enleva ses chaussons à regrets. Il aurait voulu continuer à danser. Il déroula les cotons qui protégeaient ses orteils et soudain, entendit Lyserg pousser une exclamation.

– Oula !

– Quoi ?

Lyserg pointa du menton ses pieds. Achille baissa les yeux et vit que l'ouate était trempée de rouge. Son pied gauche, en particulier, avait souffert. L'ongle du gros orteil avait perdu un morceau et saignait encore.

Achille remua son membre blessé et Lyserg grinça des dents.

– Tu veux qu'on aille à l'infirmerie ?

– Non, marmonna-t-il. Ça va…

Pensif, il ajouta :

– Je ne sens pas la douleur.

– Pas la peine de jouer les durs, tu sais.

– Mais c'est vrai.

Il récupéra sa trousse de soins dans sa case et, ménageant son pied blessé, alla le rincer au lavabo. Au passage, il surprit quelques regards mauvais dans sa direction. Dont un, celui de Daitaro, qui jouissait visiblement de la vue de son orteil mal en point. Achille passa devant lui, les joues brûlantes. Daitaro le jalousait-il après l'avoir vu danser tout à l'heure ? Le beau jeune homme avait beau être troisième, il n'avait pas fait honneur à son classement durant le cours. Achille frissonna d'excitation en s'imaginant pouvoir inquiéter un danseur comme Daitaro. La sensation du poison de ses yeux braqués sur son dos était délicieuse.

Achille rinça sa blessure et la pansa. Lorsqu'il coupa l'eau, il entendit que le vestiaire avait commencé à se vider. Le brouhaha était moins diffus, les conversations plus audibles. De là où il était, il capta quelques murmures qu'il reconnut pour ceux de Chocolove, Pascal et Nichrom. Nichrom qui avait laissé partir Reoseb, contrairement à son habitude. Y aurait-il de l'eau dans le gaz entre ses deux colocataires ?

– …ça va être encore pour les mêmes, vous allez voir.

– Ne dis pas ça, Nichrom, fit la voix de Pascal, tu as tes chances.

– Mouais.

– Tout le monde les a.

– Mais toi, plus que les autres, argua le jeune garçon.

– Mais...

– Oh ça va, intervint Chocolove. Laisse tomber les bons sentiments. On sait tous que ça sera toi ou Lyserg qui sera pris. C'est toujours les premières places qui récupèrent les rôles. Il ne devrait même pas y avoir d'audition, ça ne sert à rien.

– Je ne suis pas si bon danseur, répliqua Pascal. Moins qu'Achille ou Reoseb, en tout cas.

– Tu nous fais de la fausse modestie ? ironisa Chocolove.

– Pas du tout. C'est quoi, ce procès d'intention ?

– C'est pas un procès d'intention, c'est juste que c'est facile à dire, toutes ces choses, dans ta position !

– Ah oui ? Eh bien, si ça vous agace tant que ça, venez le prendre, ce rôle ! Je ne peux pas me faire moins bon que je ne suis. Alors si ça ne vous plaît pas, au lieu de pleurnicher, battez-vous !

Achille ne put s'empêcher de jeter un œil derrière lui au silence qui suivit. Pascal faisait face à Chocolove, bras croisés, lèvres pincées. C'était bien la première fois qu'on le voyait s'énerver, celui-là. Son vis-à-vis resta de marbre, sourcils froncés. Entre eux, Nichrom se faisait tout petit, gêné. Il semblait regretter de ne pas avoir suivi Reoseb.

Pascal lâcha prise le premier et tourna le dos aux deux autres en faisant voltiger ses boucles d'oreille. Achille l'entendit récupérer son sac et quitter le vestiaire en claquant la porte.

– C'était quoi, ça ? fit Nichrom dans un gloussement légèrement étranglé. Quel tragédien ! Je ne savais pas qu'il était susceptible.

S'il cherchait l'approbation de Chocolove, ce fut un échec critique.

– Mmh, marmonna l'autre en fixant la sortie. Tu n'es pas très bien placé pour dire ça.

Nichrom se ratatina et Chocolove l'abandonna à son tour, sans un regard. Achille aurait presque eu pitié de son colocataire s'il n'avait pas été occupé à ressasser les chuchotis de tous ses camarades. Ils avaient vraiment l'air de redouter sa concurrence, c'était incroyable. Et tellement jouissif !

Il inspecta une dernière fois son bandage et en testa la solidité. Lorsqu'il se redressa, un vertige le prit. Il se raccrocha au mur glacé et s'immobilisa, le temps que le malaise passe. Il était le dernier et le silence s'était abattu sur le vestiaire. En lui, l'euphorie commençait à passer. Les tiraillements étaient revenus dans son ventre et la chaleur de l'adrénaline avait fait place à une sensation de froid envahissante. Malgré cela, Achille se sentait encore galvanisé par tout ce qu'il avait entendu. Ayant retrouvé son équilibre, il quitta le vestiaire sur un petit nuage et rejoignit Lyserg, qui l'attendait, appuyé contre un mur.

– Tu as mis du temps, ça va ?

– Très bien, répondit Achille abruptement. On va en salle de musique ? Je dois travailler ma partie pour le quatuor.

Le précédant, Achille sentit la main de Lyserg effleurer sa joue mais lui échappa. Un léger agacement le prit. Il n'était pas d'humeur à folâtrer. Il savait qu'il n'avait que peu de chances, face à son petit ami. C'était d'ailleurs bizarre de l'appeler comme ça, désormais. La barrière invisible de la concurrence s'élevait, pierre par pierre, entre eux. Une fois les rôles distribués, la légèreté pourrait revenir. Mais ensuite, il y aurait les sélections…

D'un autre côté, songea Achille, qui pouvait savoir où ils seraient dans quelques mois ? Lyserg était appelé à occuper une position brillante. Et s'il commençait à s'attacher à lui pour de bon… quelle que soit l'issue du casting ou de la sélection, il tenait peut-être un avantage non négligeable pour son avenir.

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