Disclaimer : Shaman King est la propriété de Hiroyuki Takei, béni soit-il. (Et maudite sois-je ? Hmm ce que ça sonne mal.)


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XXXII

Entrelacs

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Chocolove marcha quelques temps avant de se rendre compte de ce qu'il faisait. Ou plutôt de se l'avouer. Il cherchait Pascal.

Cette réalité à peine formulée, il s'immobilisa, dans le couloir, perplexe. D'accord, il le cherchait, il était même allé à la bibliothèque pour vérifier. Mais pourquoi le cherchait-il ? Pas pour s'excuser, quand même ? Il n'avait rien à se faire pardonner.

Non, ce n'était pas ça. Il voulait savoir comment il allait. Simplement vérifier. S'assurer qu'ils ne l'avaient pas vexé. Probablement parce que Pascal ne se fâchait jamais, justement. Comme l'avait fait remarquer Nichrom, on ne l'avait jamais vu s'en aller en claquant la porte.

Chocolove reprit sa marche en direction des étages. Peut-être son camarade était-il retourné dans sa chambre ?

Il alla frapper à sa chambre mais n'obtint aucune réponse.

Il se cache peut-être, pensa-t-il en tournant les talons. Puis il s'immobilisa, découvrant l'objet de sa quête en face de lui, à l'autre bout du couloir.

– Tu me cherchais ? demanda Pascal en frottant ses mains humides sur son gilet.

Il devait revenir de la salle de bains. Sous le poids du regard interrogatif, Chocolove chercha quoi dire. Ah, il était pourtant meilleur que ça en improvisation !

– Je voulais savoir si tout allait bien, lâcha-t-il enfin.

Pascal ramena ses cheveux sur sa poitrine et se mit à tortiller les longues mèches brunes autour de son doigt. La surprise avait agrandi ses yeux, comme s'il ne s'attendait pas à ce qu'on se préoccupe de lui. Chocolove le vit hésiter sur la démarche à suivre et devina qu'il mourait d'envie de l'envoyer promener mais n'osait pas. Il choisit pour lui et se détourna.

– Bon, eh bien…

– Attends.

Pascal poussa un soupir.

– Tout va bien. C'est gentil de t'en préoccuper.

Puis il eut un sourire un peu forcé :

– Désolé de m'être emporté.

Les excuses sortaient mal. Il avait de la fierté, malgré tout.

– On n'a pas été sympas… fit mollement Chocolove.

Lui non plus n'aimait pas s'excuser. Dans le cas présent, il avait l'impression d'avoir à la fois raison et tort. Il sentait qu'il n'avait pas eu le beau rôle et en même temps… quelque chose dans la perfection de Pascal l'agaçait.

Un peu comme…

– Tu as écrit récemment ? demanda soudain son camarade, pour entretenir la conversation.

– Euh, fit Chocolove, soudain décontenancé. Euh oui, enfin, comme d'habitude, quoi.

Il ne sut jamais très exactement ce qui l'avait poussé à demander ensuite :

– Justement, j'ai eu une idée, y a pas longtemps…

Tandis qu'il cherchait à développer, maladroitement, à mi-voix, angoissé à l'idée qu'on les entende, Pascal se rapprocha, visiblement intéressé. L'attention que Chocolove lut sur son visage le perturba davantage. C'était tellement bizarre ! À part Lyserg, il ne parlait jamais à personne de ce qu'il écrivait.

– On peut aller discuter ailleurs, si tu veux, suggéra Pascal en remarquant les coups d'œil que Chocolove lançait autour de lui.

Le jeune homme hésita avant d'accepter.

– D'accord.

– Tu n'as qu'à venir chez moi.

Chocolove hocha la tête et pointa sa propre porte du doigt.

– Je vais chercher mon… pour te montrer.

Sans attendre de réponse, il fila récupérer son texte, l'esprit tourneboulé. Une excitation étrange l'animait. Il ne savait pas vraiment s'il était content ou non d'avoir à nouveau quelqu'un avec qui partager ses écrits.

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Ce n'était pas désagréable de regarder Pascal lire son texte avec curiosité, surprise, amusement, sourire, regard en coin, petit rire, même, à certaines lignes. Pendant ce temps, Chocolove regardait partout autour de lui. Contrairement à ce qu'il avait cru, la chambre de son camarade n'était pas une réplique de celle de Lyserg. En tout cas, contrairement à son ex-petit ami, Pascal n'avait pas hésité à bouger les meubles pour s'approprier la pièce, recréant son espace, installant des tableaux aux murs ou des objets décoratifs un peu partout. Il en résultait une pièce à la personnalité bien différente des autres de l'étage. Rien ici de l'ambiance communautaire des chambres partagées ; rien non plus de la froideur sage des chambres individuelles qu'il avait déjà vues. L'endroit était sympathique et même réconfortant. Chocolove y sentait la marque de la solitude : c'était l'appartement de quelqu'un qui passait beaucoup de temps dans son coin.

– Je trouve ça très bien tourné, déclara finalement Pascal.

– Ah bon ? fit Chocolove.

Il récupéra sa feuille et tenta de décrypter le visage de son camarade. Le pensait-il vraiment ?

– Je t'assure ! C'est très drôle ! J'aurais aimé que le quiproquo se poursuive mais je trouve ça vraiment bien.

Puis il ajouta :

– Je te l'ai dit, tu as du talent !

– Hmm.

Chocolove hochait distraitement la tête, tout en tortillant sa feuille de papier. Les compliments le mettaient parfois mal à l'aise mais cette fois, c'était une première. Il réalisa qu'il était rassuré. Il s'était vraiment inquiété alors que Pascal lisait. Pourtant, ils se connaissaient à peine, son avis n'avait pas une telle importance à ses yeux ! Non, c'était surtout parce qu'il écrivait désormais dans un registre neuf, dont il n'avait pas l'expérience. Ses repères n'étaient pas encore fixés, il se cherchait dans le fond comme dans la forme, il n'était pas sûr de se reconnaître là-dedans. Bref, il n'avait pas confiance en lui.

De plus, il voyait davantage d'avenir pour ce genre de texte que pour ses poèmes désespérés. Ces écrits défouloir avaient, au final, peu d'importance parce qu'il les prenait comme un exercice ou comme un espace de détente. Il savait d'avance qu'il n'en ferait rien. Mais depuis sa dernière discussion avec Pascal, il sentait qu'il avait touché quelque chose du bout des doigts. Quelque chose qu'il peinait encore à saisir.

– Tu crois que je mens pour être gentil, remarqua soudain Pascal avec un sourire en coin.

– Non… marmonna Chocolove. Non…

– Alors, qu'est-ce qu'il y a ? Tu es gêné ?

– Pas vraiment… un peu, peut-être.

– Mais il ne faut pas ! Tu n'aimes pas être lu, quand tu écris ?

– Je ne sais pas. J'écris d'abord pour moi.

Face à la mine étonnée de Pascal, Chocolove s'expliqua :

– J'écris parce que j'en ai besoin. En fait, je ne pourrais pas ne pas écrire. Mais je ne pense pas aux autres quand je rédige. Je suis juste content de le faire. Je ne m'imagine pas recevoir les impressions d'un public.

– Ah bon…

Pascal semblait avoir des difficultés à saisir ce qu'il voulait dire. Un sourire éclaira son visage et plissa ses yeux.

– Et ça ne te manque pas ?

Chocolove ne sut que répondre.

– Tu proposes de me lire ?

Il vit le teint bistre de son camarade foncer un peu.

– Ah euh non ! Enfin si mais je ne veux pas être indiscret ! Ni te gêner ou t'embêter !

Puis il baissa le nez.

– Par contre, si tu as besoin d'un regard extérieur, parfois, ça ne me dérange pas.

Chocolove se sentit vaciller. Tout d'un coup, c'était comme si son avenir rêvé prenait corps, sans qu'il s'y attende.

– C'est gentil, répondit-il finalement.

Il retint un « mais ». Avait-il vraiment envie de refuser ? C'était ce qu'il s'apprêtait à faire. Mais pourquoi ? Il n'était pas sûr de ne pas avoir envie que Pascal le lise. Au fond, il n'avait pas été tout à fait sincère. Malgré tout, il s'était souvent imaginé les réactions de son entourage face à ses textes. Et les visualiser heureux, souriants, admiratifs le galvanisait.

Il avait envie d'être lu, en fin de compte.

– D'accord, lâcha-t-il.

Le visage de Pascal s'éclaira encore un peu plus.

– Ah formidable, eh ben ce sera avec plaisir !

Ils discutèrent du fond de son texte et de ce que Pascal trouvait, à première vue, moins réussi, pendant quelques minutes. Chocolove eut du mal à partir. Il ne voulait pas avoir l'air de ne s'intéresser à son camarade que parce que celui-ci allait l'aider. C'eût été grossier. Il bavarda donc quelques minutes avec lui et se demanda quel serait le temps réglementaire. Au fur et à mesure qu'ils parlaient, une nouvelle idée lui venait. C'était la forme de son visage qui lui avait fait penser à un autre personnage, à une autre possibilité pour une nouvelle entamée et jamais terminée. Comme Pascal semblait peu enclin à mettre un terme à la conversation, Chocolove se demandait s'il allait finir par le mettre dehors ou non. Il n'arrivait pas à savoir s'il voulait qu'il reste ou qu'il parte. Était-il sincèrement satisfait de parler du menu de ce soir ou bien était-il tout simplement trop poli pour le faire remarquer ? Ce garçon était énigmatique.

Enfin, Chocolove parvint à profiter d'un silence pour prendre congé.

En regagnant sa chambre, il se sentit un peu bête. Et vulnérable. Dans quoi s'était-il fourré ?

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