Disclaimer : Shaman King et ses personnages appartiennent à Hiroyuki Takei.


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XXXV

Cassures

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Horo Horo savait pertinemment qu'il n'aurait pas dû se trouver là mais il était venu tout de même.

Le studio était vide, encore. Tout le monde était en bas, à l'audition, dans la salle, dans les loges ou autour, nez en l'air dans l'attente de savoir qui serait l'heureux élu. Même ceux qui avaient été exclus par le directeur. Même si on ne le saurait pas tout de suite. Mais lui, qui ne pouvait doublement pas auditionner, avait préféré ne pas assister aux prestations de ses camarades.

Quelque part, il avait de la chance dans son malheur. Il avait été un peu dégoûté au moment où le directeur avait annoncé leur punition mais soulagé que cela n'aille pas plus loin. Ça aurait été pire s'il s'était blessé en croyant pouvoir participer à l'audition.

Il inhala profondément l'odeur de poussière de colophane et de bois ciré du studio. Les stores étaient baissés, offrant une pénombre appréciable. L'effet de calme était saisissant par rapport à l'effervescence des étages inférieurs. Ou bien peut-être n'avait-il cette impression que parce qu'il avait réussi à échapper à Nichrom.

Son petit ami – il avait toujours du mal avec cette idée – avait tenu à assister aux passages des autres après le sien et Horo Horo en avait profité, prétextant une fatigue soudaine, pour lui filer entre les doigts.

C'était encore plus difficile d'être avec lui maintenant que les autres savaient. Ils étaient devenus l'objet de tous les cancans de la classe. Horo Horo se demandait même si les profs n'étaient pas au courant. Pour certains, comme Denbat ou Talim, ça ne lui faisait ni chaud ni froid. Mais pour d'autres, comme Maxwell ou Matamune… rien que l'idée le faisait rougir.

Il y avait le problème Reoseb, aussi. Nichrom et lui ne se parlaient plus. Par conséquent, son camarade le collait doublement, allant jusqu'à réclamer sa place à ses côtés en cours lorsque quelqu'un y était déjà assis. Il claironnait sa demande avec un petit air fier et s'asseyait outrageusement. Puis il jetait un regard satisfait à l'ensemble de la classe, comme pour marquer son territoire. Le moyen de rester discret, après ça…

Horo Horo devait bien l'avouer : il en avait marre de Nichrom. Marre de devoir se le coltiner partout, marre de ne plus pouvoir voir ses amis sans qu'il soit là, à les suivre, à s'incruster dans leurs conversations et à accaparer toute l'attention. Marre de ne plus pouvoir faire un pas sans entendre sa petite voix exiger qu'il l'attende. Marre de ses propositions sans fin : aller à la bibliothèque, aller dans le parc, allez réviser en haut, venir dans sa chambre, manger ensemble, aller aux toilettes ensemble… Marre de l'embrasser aussi. Ça avait eu son charme, au tout tout début, à présent, c'était lassant. Nichrom en demandait sans cesse. Surtout devant les autres. Et chaque fois qu'il refusait, Horo Horo se voyait reprocher son manque de parole – « Deux semaines, tu avais dit ! ». C'était épuisant. Il n'avait pas l'impression d'avoir un petit ami mais un enfant en bas âge, qui le réclamait à tout instant.

Au fond, ce n'était pas si grave d'avoir été exclu du casting pour le ballet. Cet événement auquel il n'était pas convié avait au moins le mérite de lui offrir un peu de solitude.

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Les mains d'Horo Horo s'enroulèrent autour de la barre. Sur demi-pointes, il ploya les jambes et sentit aussitôt la douleur lui piquer le mollet. Il grimaça. C'était pourtant un mouvement simple, élémentaire ! Il allait bien, depuis ce matin. Il marchait sans trop de problèmes. Est-ce qu'il avait recommencé trop tôt ?

Non, songea-t-il. Je ne peux pas rester un jour de plus sans danser. Son niveau était bien peu de chose mais il y tenait.

Il exécuta ses pliés, en essayant de ne pas trop s'appuyer. M. Maxwell leur répétait sans relâche : « cessez de vous cramponner à la barre ! Vous n'êtes pas sur un bateau ! » Ses paroles sèches résonnaient dans l'esprit de Horo Horo. Mais il n'avait qu'une inquiétude : que la cicatrice se rouvre.

Alors qu'il commençait à s'habituer à la douleur, l'angoisse monta. Et si ça ne partait jamais ? Et s'il s'était endommagé pour de bon ? Sa vie défila dans sa tête : il faudrait feindre, faire semblant, apprivoiser la douleur, vivre avec, danser avec et garder le sourire malgré tout…

Stop, s'interrompit-il. Tu deviens fou. C'est une stupide coupure, ça finira bien par guérir.

Il l'espérait. De tout son cœur. Jamais il ne s'était imaginé ne plus pouvoir danser. Il ne pensait pas que cela l'affolerait à ce point.

Pour se vider la tête, il commença de nouveaux exercices. Le résultat était presque le même : chaque fois qu'il tendait la jambe, la cicatrice tirait. Sa colère monta. Il s'était reposé plusieurs jours. Ce n'était même pas grave. Pas de muscle touché, d'os brisé, ni, encore pire, de tendon endommagé. Rien qu'une blessure de surface. Comment une banale éraflure pouvait-elle l'affaiblir à ce point ?

Alors, de frustration, il courut au milieu et pirouetta. Sa jambe le tança mais le geste était beau.

Il pouvait vaincre cela. Que sa jambe aille se faire voir. Il voulait danser, sauter, toucher le plafond ! Il en avait été privé assez longtemps. Il se fichait que sa blessure lui fasse mal. Après quelques tours, il s'élança et traversa la pièce en grand jeté.

Il se reçut sur sa jambe blessée. Parfaitement. Il accrocha le sol, équilibré juste ce qu'il fallait. Pourtant, un éclair de souffrance le traversa du pied jusqu'à la tête. Un cri de douleur lui échappa, entre ses dents serrées. Il inspira plusieurs fois, attendant que le feu de la douleur s'estompe dans sa jambe et sentit une goutte de sueur lui ruisseler dans le dos.

Soudain, il eut peur. Peur d'avoir aggravé son cas. Tout ça sur un coup de tête. Une rapide vérification lui appris que la cicatrice tenait toujours bon. Pas la moindre trace de sang sur son collant, rien qui ne dépasse de sa jambe finement musclée par l'exercice. C'est cela la danse, pensa-t-il alors en contemplant le tissu poudré qui épousait sa peau. Un masque de perfection aussi fin qu'une toile d'araignée, mais qui tient, malgré tout.

Effrayé, il décida d'arrêter. Ça n'amenait rien de bon. Mais alors qu'il quittait le studio de danse, il vit une silhouette se profiler devant la porte et s'arrêta net.

– Oh, c'est toi.

Ren portait un maillot de corps, un cache-cœur et ses collants. Horo Horo le dévisagea, ignorant si sa soudaine présence le dérangeait ou non. Il n'en était pas tout à fait sûr. Ren n'entrait pas en conflit avec son désir de solitude.

Après un moment, il dit :

– On dirait qu'on a eu la même idée.

Les yeux d'Horo Horo descendirent sur leurs paires de demi-pointes qui se faisaient face.

– On dirait bien.

Ren entra dans le studio.

– Tu as déjà recommencé, finalement ?

– Déjà ? grinça Horo Horo. Sept jours d'arrêt, tu appelles ça « déjà » ?

Ren haussa les épaules.

– Je ne sais pas. Je n'ai jamais eu ce genre de blessure.

Il y avait une étrange curiosité dans sa voix, presque de l'envie.

– Eh bien, ça n'est pas drôle, commenta sombrement Horo Horo. Tiens, je te laisse la place.

– Ça fait mal ?

Horo Horo n'avait pas osé le dire, préférant sous-entendre qu'il avait fini son entraînement. La question n'était pas méchante mais elle le piqua entre les omoplates comme une aiguille.

Il s'apprêtait à prétexter quelque mensonge : non, ça va, je préfère juste y aller doucement. Je vais m'y remettre progressivement. Mais il ne parvint pas à mentir.

– Oui, reconnut-il enfin. Ça fait un mal de chien.

Il eut un soupir exaspéré.

– Je n'arrive à rien !

– Ça passera, répondit Ren.

– Tu parles.

– Faust t'a dit que ça serait vite guéri, non ?

– Oui, mais en attendant, je ne peux pas travailler. Je vais régresser !

Il avait crié un peu fort. C'était sorti tout seul. Mais Ren n'y était pour rien. Il se reprit.

– Je peux travailler avec toi ? demanda-t-il subitement.

Ren parut dérouté par la réponse et mit du temps à répondre.

– Je croyais que tu avais mal.

– Pour l'instant, ça va. J'ai trop forcé tout à l'heure.

– Tu vas me ralentir.

Horo Horo pinça les lèvres, furieux. Bien sûr, ce n'était pas dit méchamment. Juste un constat un peu brusque, sans tact, comme son camarade en faisait tout le temps. Mais cette pique qui n'en était pas une était le meilleur moyen de le faire rester. Touché dans son ego, il releva le menton avec défi.

– Absolument pas. Tu verras.

Ren parut hésiter entre la politesse et l'envie de dire : « j'aimerais être seul, va t'en, s'il te plaît » mais Horo Horo n'avait pas l'intention d'abandonner. Il finit par capituler.

– Tu travaillais seul ?

– Oui, pourquoi ?

– Pour rien. D'habitude…

Il s'interrompit et Horo Horo sut que ce n'était pas par délicatesse mais bien parce qu'ils s'étaient parfaitement compris.

– Nichrom est en bas, rétorqua-t-il un peu sèchement. Il regarde les passages des autres.

Il ne voulait pas voir la lueur amusée qui passait désormais dans les yeux de Ren.

– Tu as osé abandonner ton âme sœur ?

– Tu veux dire que j'ai réussi à me débarrasser cinq minutes du pire pot de colle de tous les temps, siffla Horo Horo, excédé.

Ren eut une moue moqueuse mais ne fit aucun commentaire. Tant mieux. Horo Horo n'avait pas envie de parler de Nichrom avec lui. Ses joues brûlaient encore de honte, lorsqu'il repensait à l'instant pitoyable où il lui avait raconté ses déboires. Une belle image de faiblesse de caractère qu'il avait laissé voir là. Cette histoire faisait de lui un garçon facile et empoté, qui s'était laissé embobiné par un plus jeune.

D'autorité, il se mit en place.

– Commençons !

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Horo Horo regardait Ren danser et se demanda ce qui l'avait motivé à rester. Autre que le simple intérêt d'observer un meilleur danseur que lui, bien sûr. Il s'était élancé derrière lui sans avoir trouvé la réponse. Il avait envie de tenir bon, de continuer. Il se sentait bien.

Mais à chacun de ses gestes, cette satanée blessure se rappelait à lui.

Il ne l'écouta pas. Ça n'avait aucun sens mais c'était ce dont il avait envie, pour l'instant. S'élancer à ses côtés, pirouetter à sa suite, soutenir sa taille fine en un porter ou se laisser entraîner à petits coups de pointes.

Quelques minutes plus tôt, ils avaient entendu du bruit. Des pas, des rires. Ils s'étaient figés sur place. Regards et silence coi. Crainte du ridicule. Une pensée brève pour Nichrom. Mais les autres étaient passés devant la porte du studio sans s'arrêter. Horo Horo s'était pris à rire, soulagé. Qui que ça soit, il ne voulait pas les voir. Il ne voulait pas être dérangé, maintenant. Alors que les élèves s'éloignaient, il avait levé sa jambe blessée en arabesque, fièrement. Et Ren avait souri, amusé. Content que personne ne soit entré aussi.

À présent, ils évoluaient l'un près de l'autre, sans vraiment danser ensemble. Horo Horo s'efforçait de copier les mouvements de son camarade, incertain de ce qu'il aurait voulu faire. Il faisait traîner le moment. Mais son mollet lui faisait toujours mal. La cicatrice l'élançait de plus en plus, comme un compte à rebours résonnant dans tout son corps. Il l'ignora.

– J'avais pensé à un truc pour ma variation, lança-t-il soudain. Tu veux voir ?

Ren opina et recula pour lui laisser le milieu. Horo Horo s'élança. Enchaîna les quelques mouvements qu'il avait commencé à mettre bout à bout. Un début de chorégraphie. Son cœur battait fébrilement à l'idée de le montrer. Ce n'était encore rien, juste une esquisse, à peine achevée. Il n'avait pas eu le temps de travailler, ne maîtrisait pas l'enchaînement. Il exécuta le début sans effort. Puis sentit la douleur monter, faiblit. Il pouvait finir. Il pouvait.

Mais soudain, à la réception d'une pirouette, il perdit l'équilibre.

– C'est pas vrai !

Horo Horo se retint à la barre la plus proche, de justesse. Il n'en revenait pas d'avoir zigzagué aussi loin. Lorsque Ren s'approcha de lui, il détourna les yeux, humilié.

– Ça va ?

– Non.

– C'est pas grave.

– Mais c'est infernal ! aboya Horo Horo. Je n'arrive même plus à sauter !

La frustration lui faisait perdre ses nerfs. C'était encore pire d'avoir sous les yeux les mouvements de Ren, si fluides et équilibrés par rapport aux siens.

– Tu as été au repos forcé pendant une semaine, à quoi tu t'attendais ?

Horo Horo enrageait. Au désespoir et à la colère, s'ajoutait l'agacement. Il aurait voulu… quelque chose d'autre. Pas cette compassion raisonnable, ce ton égal et cette distance froide. Autre chose.

– Il faut que tu te ménages quelques temps. Ce sera pire, si tu t'acharnes.

– Je ne sais même pas si ça va guérir, déjà !

Ren leva les yeux au ciel.

– Sérieusement, tu t'entends, là ? C'est qu'une petite coupure, tu ne vas pas en mourir ! Tu as juste repris trop tôt, c'est tout !

Ce fut comme le choc d'une eau glacée. Horo Horo en resta bouche bée.

– Une petite coupure ? répéta-t-il enfin.

Ren lui jeta un regard de défi, comme pour l'avertir qu'il ne retirerait pas ses paroles. Puis, après un silence morne, il lança :

– On devrait s'arrêter.

Les yeux rivés sur ses mollets, Horo Horo ne répondit pas. Ren alla chercher son cache-cœur suspendu à la barre et récupéra le sien au passage. Lorsqu'il le lui tendit, Horo Horo fit le constat amer de leurs formes respectives. Lui était en sueur, le front bouillant et le maillot collé au corps, quand Ren ne paraissait pas le moins du monde essoufflé. Quelle injustice.

Son regard se posa sur le décolleté de son camarade, lequel se soulevait paisiblement. La fine pellicule de sueur qui couvrait sa peau faisait ressortir d'étranges ombres sur son épiderme. Les clavicules saillaient comme deux couteaux posés face à face. Horo Horo le lâcha du regard une seconde trop tard, sans se l'expliquer.

– Un problème ?

– Non, protesta Horo Horo en cherchant à toute vitesse un alibi, …tu crois que les auditions sont terminées ?

– Probablement, oui.

– Alors, je remonte.

Horo Horo espéra qu'il ne le suivrait pas. La honte était si forte qu'il avait brusquement envie d'être débarrassé de Ren, tout de suite.

Un léger amusement passa sur la figure de son camarade.

– Tu ne vas pas rejoindre Nichrom ?

L'agacement de Horo Horo remonta tout d'un coup. Il ne pouvait pas arrêter de se foutre de lui, avec Nichrom ?

– Ça t'obsède, on dirait.

– C'était une simple question, rétorqua Ren d'un ton neutre.

Ne sachant comment récupérer le dernier mot, Horo Horo empoigna ses affaires et quitta le studio. Bien qu'il se refusât à boitiller, sa jambe lui toujours mal toujours, d'une douleur diffuse, qui ne s'arrêtait plus.

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Malgré le pincement de douleur qui tiraillait sa jambe, Horo Horo fit plusieurs détours pour éviter Ren. Arrivé à sa chambre, il retint un soupir de soulagement.

Pino était déjà là, enroulé dans ses couvertures, un livre à la main. Apparemment, son ami avait fait une croix sur les auditions, contrairement à Manta, qui y était toujours. Horo Horo claqua la porte avec un soupir et se demanda s'il ne ferait pas mieux de prendre une douche.

– Tu étais passé où ? demanda Pino.

– Je...

Horo Horo hésita à mentir. Ce qu'il avait fait n'était pas raisonnable. Pas du tout. Pino n'allait-il pas le sermonner lui aussi ?

Mais face à son air interloqué, il devenait urgent de lui fournir une explication.

– Je... travaillais...

Pino le jaugea des pieds à la tête.

– Tu as dansé.

Horo Horo haussa les épaules, mal à l'aise.

– Ça a été ? Pas trop dur de reprendre ?

– J'ai été nul.

– Oh bah. Il n'y avait personne pour te voir, fit Pino.

– J'étais avec Ren.

Il regretta de l'avoir dit, sans savoir pourquoi. Il comprit lorsque Pino haussa les sourcils.

– Encore ?

– Comment ça encore ?

– Vous êtes toujours fourrés ensemble depuis quelques temps.

– N'importe quoi, répliqua Horo Horo, de nouveau agacé. D'où tu sors ça ? C'est Nichrom avec qui je traîne tout le temps. Mais lui, c'est un peu vous tous qui me l'avez collé dans les pattes, alors…

Il allait pour s'effondrer sur son lit quand la voix de son ami claqua dans son dos :

– Ce n'est pas vrai. Tu t'es mis dans le pétrin tout seul.

Horo Horo se laissa tomber sur le matelas. Nez dans l'oreiller, il se redressa subitement.

– Qu'est-ce qui te prend, tout d'un coup ?

– Rien du tout, protesta Pino en faisant mine de se concentrer sur son livre.

Il ne parvenait pas à dissimuler la froideur de son ton.

– Bon arrête, maintenant. Qu'est-ce qui se passe ? Tu fais ta crise de jalousie ?

Pino ouvrit la bouche, rougit et ne répondit pas. Horo Horo ne lui en laissa pas l'occasion.

– T'es pas content parce que je ne passe pas assez de temps avec toi ? Ou t'es juste jaloux que j'aie un copain et pas toi ? Ouais, je traîne avec d'autres gens. De temps en temps. Ça me change. Et je vais pas arrêter pour te donner l'exclusivité. Fais avec.

Il s'arrêta pour juger de son effet, soudainement inquiet. Pino fixait le pied de son lit, le regard vide. Horo Horo regrettait déjà ce qu'il venait de dire. Il n'en pensait pas un mot, d'ailleurs ! Pino était son meilleur ami, le meilleur de ses meilleurs amis. Ren ou Nichrom… ni l'un ni l'autre ne lui arrivait à la cheville. C'était avec lui qu'Horo Horo avait envie de plaisanter, en cours ou à la cantine, avec lui qu'il aimait papoter derrière leurs livres en permanence, jusqu'à ce que Lucky les rappelle à l'ordre, avec lui qu'il voulait faire des bêtises, des défis stupides, des choses interdites, c'était à lui qu'il aurait voulu confier ses petits problèmes, ses angoisses autour de sa blessure, sa peur de la régression, des mauvaises notes, de la chute au classement, ou pire encore, c'était son soutien qu'il aurait voulu tout à l'heure, plutôt que celui de Ren. Et ça ne voulait pas dire qu'il n'appréciait pas ce dernier. Qu'il n'avait pas envie de passer du temps avec lui. Mais c'était différent.

Pourquoi fallait-il que Pino ait ses humeurs ce soir ?

Horo Horo aurait voulu faire un geste vers son colocataire mais son visage s'était fermé. Le regard dur, il lui tourna le dos et se mit à tourner ostensiblement les pages de son livre.

Pendant plusieurs dizaines de minutes, Horo Horo fit mine d'être très occupé pour cacher qu'il ne savait pas vraiment quoi faire et qu'il n'arrivait pas à penser à autre chose.

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