Disclaimer : Shaman King appartient à Hiroyuki Takei.
Note : Ceci n'est pas la fin. Juste la fin d'un "arc". Ils ont encore quelques mois à tirer avant la fin de l'année. Et y a le ballet. (OUI, cette fic est un monstre, il reste encore l'équivalent de 96 pages Word XD)
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LVI
Rideau
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Horo Horo savait que Ren n'attendait qu'une chose : se retrouver seul avec lui. Mais il avait tout de même quelque chose à faire avant. Cela lui paraissait important. Aussi, il attendait, trépidant d'impatience, dans un coin sombre près de la scène. Il pouvait voir le directeur et Hao discuter, séparés par Nichrom qui se dandinait d'un pied sur l'autre, incertain de ce qu'il devait faire. Le garçon triturait sa tresse refaite, un sourire ébloui et crispé aux lèvres, tandis que son regard alternait entre les deux protagonistes, sans qu'il parvienne à s'immiscer dans la conversation.
Horo Horo commença à se ronger les ongles. Curieusement la discussion entre les deux adultes paraissait houleuse, pas tant dans sa forme que dans les regards qui s'échangeaient. Il eut presque l'impression de voir M. Maxwell se positionner devant Nichrom. Mais au même moment, la main de Hao se posa sur l'épaule du garçon, en un geste protecteur, assuré, et surtout, possessif.
Un sentiment de fébrilité l'envahit.
Soudain, Hao reprit la parole. À son allure, Horo Horo devina que Nichrom était congédié. Pour le moment. Cela valait d'ailleurs mieux : il devait avoir froid, toujours costumé, même en cache-cœur. Horo Horo vit Nichrom revenir dans sa direction et le héla discrètement.
Il crut l'espace d'un instant que le Pache allait l'ignorer mais, après une hésitation, il finit par le rejoindre.
– Oui ? demanda Nichrom un peu froidement.
– Je voulais, commença Horo Horo.
Stupidement, il dut retrouver le cours de ses mots.
– Je voulais juste te féliciter, dit-il enfin.
La tension de Nichrom retomba.
– Oh.
Il esquissa une sorte sourire.
– Merci.
Que c'était gênant ! Pourquoi avait-il voulu faire ça ? Mais non, il ne fallait pas se défiler. Ils avaient besoin de cette conversation.
– Je suis désolé, soupira Horo Horo. Que ça se soit si mal passé entre nous, je veux dire.
– Bah, euh ouais, marmonna Nichrom avec embarras.
– Ce n'était pas dans mon intention de te blesser. Vraiment pas.
– C'est bon, j'ai compris. Je sais.
Son visage se radoucit légèrement.
– Je t'en veux… un peu moins.
Horo Horo sourit à demi. Au moins, c'était dit avec humour.
– Tu es content, quand même ?
Le jeune Pache tourna la tête, songeur.
– Oui, avoua-t-il. Franchement, oui. Aussi content que ce que j'imaginais au début de l'année. Bien sûr, je serai triste de partir… un peu… ça va être difficile de ne plus voir Reoseb, même de ne plus avoir les profs sur le dos. Mais je n'ai pas trop peur, ça va. J'ai même hâte. Je vais avoir un grand appartement, je ferai ce que je veux toute la journée, je sortirai tous les soirs ! Ça va être trop cool !
Horo Horo approuva de la tête.
– C'est bien, c'est bien, répéta-t-il bêtement, incapable de ne pas s'imaginer à sa place.
Avant qu'il n'y ait Ren, Horo Horo s'y serait bien vu. Il en avait un peu rêvé les années précédentes. Surtout par curiosité pour ce milieu si éloigné du sien. Désir d'exotisme, sans doute, et d'une vie plus facile. Mais l'année passant, il avait fini par comprendre que ça aurait été terrible pour lui : il s'en serait lassé immédiatement.
– Je stresse un peu quand même, achevait Nichrom. Mais ça va être formidable. Ma famille sera tellement fière.
– Elle peut, renchérit Horo Horo. Je t'ai regardé danser. C'était… Waw.
Nichrom rosit légèrement.
– Tu n'étais pas mal non plus !
Ils se fixèrent, sourires vaguement gênés à la bouche. Un instant de flottement s'installa, de ceux où l'on reste face à face même en sachant que l'on n'a plus rien à se dire. Horo Horo détestait ces moments. Il le rompit le premier.
– Je vais te laisser aller te changer.
– Merci.
Le Pache allait pour passer devant lui et s'arrêta soudain.
– Tu sais, dit-il, pris d'une inspiration subite. Au fond, c'est moi qui devrais te remercier. Ça aurait été horrible si j'avais été pris alors que toi et moi…
– Oui, fit Horo Horo. Horrible.
– Mais comme ça, c'est mieux. Je vous débarrasse le plancher.
Une main glacée se referma sur son estomac.
– Ce n'était pas du tout ce que je pensais ! Je…
– Oh si, fit Nichrom avec un sourire triste. Mais ce n'est pas grave. Moi aussi je suis soulagé de ne pas vous avoir sous les yeux jusqu'à la fin de l'année.
Il lui adressa un dernier sourire, empli d'innocence enfantine, et s'en fut.
Horo Horo resta sur place, un peu hébété.
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Lorsqu'il rejoignit Ren, il choisit de ne pas lui parler de cette conversation. Il eut d'abord du mal à le trouver, puis devina où il était passé.
Le premier étage était vide, envahit par l'obscurité. On entendait à peine le bruit de la fête qui avait lieu en bas. De temps en temps, les voix des élèves qui montaient se coucher passaient en coup de vent avant de disparaître dans les étages. Horo Horo se dirigea vers la bibliothèque, là où se trouvait une large fenêtre ronde et une banquette de velours.
Ren y était assis, le visage tourné vers l'extérieur. Par la vitre, on ne voyait que la nuit avec parfois la forme un peu plus sombre d'un arbre du parc.
– Salut, fit Horo Horo en s'approchant.
Ren ne tourna même pas la tête. Il tapota la place à côté de lui d'un geste impatient.
– Si quelqu'un est dehors, il nous verra par la fenêtre, objecta Horo Horo.
– C'est le cadet de mes soucis, rétorqua Ren en le dévisageant enfin.
Avec un sourire mince, Horo Horo vint s'asseoir. Sitôt qu'il fut à ses côtés, le bras de Ren entoura ses épaules et l'attira contre lui. La tête d'Horo Horo vint se nicher sous son menton, contre sa poitrine, et lui rendit son étreinte.
– Tu as eu peur ? demanda-t-il.
Ren ne répondit pas. Il demanda :
– Pas toi ?
– N'y pensons plus. Tout est bien qui finit bien. Non ?
Comme son ami resserrait la fermeté de sa prise, l'amusement regagna Horo Horo. Il se redressa, chercha son regard et posa un minuscule baiser sur ses lèvres.
– Ne t'inquiète pas, c'est terminé, maintenant.
Mais à la façon dont Ren s'accrocha à lui, il n'en avait pas fini avec l'angoisse rétrospective. Horo Horo finit par oublier qu'on pouvait peut-être les voir, oublier que des gens pouvaient passer, oublier même qu'il y avait d'autres êtres humains qu'eux, dans cette stupide école.
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