–Bonsoir, salua-t-elle le soir suivant, sortant à sa rencontre tout revêtue de France : robe, parfum, maquillage.
Il sourit avant d'acquiescer :
–Bonsoir.
Ils étaient chez elle, cette fois-ci, et même si la femme avait plusieurs cas à lui consulter, et plusieurs livres à le lire, elle ne put pas se retenir.
–Donc les enfants en parlent ?
Il sembla amusé.
–Un peu. La plupart d'eux choisissent matières plus… pragmatiques.
–Tu les enseignes.
–Oui.
–Et Père ?
–S'il en parle, je ne l'ai jamais su.
Elle sembla surprise.
–Mais comment l'as-tu…?
–Appris ?
Elle acquiesça.
–On a eu un résident français. Un prêtre. L'existence d'une âme dans un être comme moi lui a fasciné. Il m'a enseigné tout ce qu'il savait. Du latin, même. De théologie. Il est parti chez son Maître peu après.
Un silence se suive. Catherine essaya d'imaginer un jeune Vincent suivant des études propres du séminaire.
–Il t'a beaucoup influencé.
–J'ai appris de lui le silence, la contemplation. Et parfois...
Il ne compléta pas la phrase. Ses yeux paraissaient plus claires que jamais.
La note suivante, cachée dans un sandwich, porta la lettre élégante de l'homme formant mots presque exotiques.
Désormais, ils tombèrent sur l'usage du français souvent, même si la courtoisie les forçait à retourner à la langue des autres en se trouvant entr'eux. Les enfants l'ont découvert très tôt : ils ont repéré un exemplaire de Le Fantôme de l'Opéra dans la main de leur professeur un jour, lorsqu'il retournait avec sa compagne de la cascade, où il l'avait lu pour elle. Les regards curieuses l'ont fait démander, après:
–Vincent, lesquels d'entre eux parlent le français.
–La plupart des enfants choisissent matières plus… pragmatiques. Entre les langues, ils préfèrent l'espagnol. Plusieurs de nos amis en parlent.
–Donc?
–Michel a été le derniére à choisir le français.
Elle regarda dans ses yeux. Vincent semblait amusé, même si c'était difficile de l'assurer.
–Tu pourrais m'avoir dit que nous sommes les seules à en parler dans les tunnels.
–Je ne sais pas pour les adultes.
–Quand même!
Avoir une langue quasi-secret pour eux seules le donnait à peu près cette euphorie enfantin qu'elle pourrait trouver aussi dans la connaissance de l'entrée secret de son basement.
