Mais elle ne s'attendait pas du tout au cadeau de Samantha. Même si elle a fait semblant de l'adorer. Après la sortie de la fille, Catherine espera cinq minutes et se tourna. Elle savait que ses yeux étaient assez éloquents: "Allez, sérieux? La Belle et la Bête? Mais qu'ils peuvent être subtils, eux !" Vincent semblait plus amusé par son réponse que par le livre lui-même. Allégé, elle se rend compte de la vraie raison par laquelle elle réagissait ainsi : la peur. Mais si elle rédutait que Vincent soit blessé par le cadeau, elle réalisa avec honte que c'était elle-même qui avait fait le rapprochement, elle qui pourrait lui avoir blessé.
–Ne t'en veut pas –il répondit à son changement d'humeur–. Je suis ce que je suis. Je suis en paix avec moi-même.
–Tu n'as rien d'une bête.
–Il en avait moins –Vincent remarqua, en levant le livre dans ses griffes.
Elle avait déjà baissé les yeux, sachant pertinemment à quoi il faisait référence et ne voulant gère toucher le sujet. Elle se frotta les bras comme souffrant du froid, et soudainement elle sentit la chaleur de son proximité.
–J'aimerais que tu le lises pour moi.
Le regard de Vincent portait tout la sympathie du monde.
La lecture fascine et emporte, mais Catherine n'oublia pas sa faute. Elle évitait les yeux de celui qu'il avait indirectement qualifié de Bête. Elle se faisait tout petit, une voix seulement dans la chambre vide.
–Vois, au moins je n'ai pas de trompe, ni d'écailles, dit-il.
Des yeux verts se haussèrent, stupéfiés, se fixant à l'expression impassible de l'homme. Des secondes se passèrent avant qu'elle n'accepte que cela avait été sa voix, que c'était bien lui qui avait plaisanté au sujet de son apparence. Ce fut elle la première à rire, mais il le fit ensuite, et les rires partagés, rarissimes, remplirent la chambre. Le poids ne pesa plus sur les épaules de la femme. C'était la gratitude qui l'enflammait la poitrine, maintenant. Elle avait une envie folle de lui embrasser, et si elle fut tout ce qu'elle pouvait pour ne pas le faire, elle ne put rien contre les aveux.
–Tu est si beau... Si beau…
–La beauté est dans les yeux qui regardent.
La blonde secoua la tête.
–Ta hauteur, tes yeux, le tout te fait beau, mais c'est ton cœur… C'est ton cœur qui valide le reste.
Une fois de plus son discours véhément trouva une fin abrupte dans le regard intense de l'homme. Tous les compliments du monde, même les honnêtes, ne pourraient jamais rivaliser avec ce regard.
–C'est bon de pouvoir tutoyer sans utiliser des mots anciens, confessa-t-il en l'escortant chez elle.
Cette commentaire, gardé soigneusement pour longtemps, sentait maintenant le bon vin. Il était même un peu enivrant.
–Oui, c'est bon, dit-elle. Je ne sais pas comment l'anglais a perdu le « thou ».
La femme ne lui demanda pas de le lui expliquer, et l'érudit n'essaye pas de le faire.
La cascade fut complice de leur rencontre, la nuit suivante. L'eau paraissait chanter pour eux, encadrant les voix lorsqu'ils se tournaient pour lire :
« Après une heure de conversation sur le même sujet, la Belle, au travers de sa voix épouvantable, distinguait aisément que c'était un ton forcé par les organes, et que la Bête penchait plus vers la stupidité que vers la fureur. Elle lui demanda sans détour si elle voulait la laisser coucher avec elle. » (2)
Catherine se tua, lisant de nouveau les dernières lignes. Vincent se tourna brièvement pour vérifier son état, et c'est là que leurs regards se croisèrent.
–Veux-tu que je continue ?
La femme le passa le livre en silence, rougissant quelque peu. La voix de barytonnant n'hésita pas à lire les lignes suivantes. Catherine se laissa bercer par le ton de la voix, mais elle trouva de plus en plus difficile de suivre l'histoire. Parfois la signification de la dernière phrase avait changé pendant les siècles derniers, mais elle l'avait bouleversé quand même. La blonde s'empressa d'arrêter ses pensées, qui voulaient échapper dans ce sens. Elle aimerait avoir le manque de finesse de la Bête.
La voix s'arrête, et elle ne réagit pas. Le silence confortable, ami, vint bercer tous les deux dans leurs pensées si semblables et si différents.
–Tout serait plus facile si c'était un conte de fées dit-elle.
Il laissa le silence s'attendrir, avant de répondre.
–C'est rare, comment on sorte de soi en parlant une autre langue.
Elle le regarda, prudent. Il continua, le regard se noyant dans l'eau perlé.
–Quelques sujets are si… près de mes rêves… si interdites… que je trouve parfois trop dur d'en parler dans la langue de toujours.
–La langue est parfois refuge.
–Oui, acquieça-t-il avec véhémence, exactement.
Bleu et vert se regardèrent en silence.
