5 – Le sang de la mère
Harry posa lourdement sa malle dans le séjour de la maison de Milton End.
– Bonsoir Enid, lança-t-il au tableau.
– Bonsoir Harry, répondit-elle. Comment s'est passé ta première année ?
Il déposa la cage de Nyx sur le guéridon et la fit sortir pour la nuit. Il se laissa ensuite tomber dans un fauteuil.
– J'ai plein de choses à te raconter, poursuivit-il.
Harry commença le récit détaillé de son année, qu'il ponctua de grands gestes, de démonstrations de magie et de la lecture de notes qu'il avait pris sur de nombreux sujets. Au crépuscule il s'arrêta pour allumer les bougies puis il sortit de sa malle le dîner qu'il avait acheté à Londres.
– Je suis protégé par le sang de ma mère, expliqua-t-il entre deux bouchées. Mais d'après ce que j'ai lu, cette protection n'est possible que tant que je reste sous le même toit que ma tante. Et je ne veux pas dépendre de ma tante pour ça et j'aimerais que cette protection soit perpétuelle.
– Je peux t'apprendre à ancrer cette protection sur un autre lieu, comme sur cette maison, proposa Enid. As-tu trouvé un moyen de rattacher ta baguette aux enchantements de la maison.
– Oui.
– Très bien, tu vas commencer par ça, et une fois que ce sera fait, tu rajouteras le nouvel enchantement basé sur la protection du sang de ta mère.
– Comment je dois m'y prendre ?
– Tu auras juste besoin du sang de ta tante. Les instructions sont dans le chapitre Claustra sanguinis.
– D'accord, mais je me demandais s'il était possible de renforcer la protection en moi.
– Je ne sais pas comment faire pour renforcer la protection en toi, mais ce doit être possible, tu va devoir expérimenter un peu, peut-être en modifiant Vis in sanguine.
Des livres étaient éparpillés dans le salon. Harry les avaient sortis au fur et à mesure des explication données par Enid. A présent il faisait nuit noire. Il était beaucoup trop tard pour retourner chez les Dursley et Harry voulait profiter de ses derniers instants de liberté. Sa tante ne lui aurait sûrement pas pardonné d'avoir envouté Vernon et son été risquait d'être infernal. Harry éteignit les bougies d'un mouvement de baguette, s'allongea sur le canapé et ferma les yeux.
Le lendemain matin, il sortit dans le jardin, appela Nyx et lui tendit la lettre qu'il venait de rédiger.
– Apporte cette lettre à Edward Whitley, expliqua Harry. Je ne connais pas son adresse mais tu le trouveras sûrement dans l'Allée des Embrumes.
Nyx émit un hululement d'approbation et prit son envol. Harry retourna dans la maison et prit son carnet de notes. Il avait passé de nombreuses soirées à la bibliothèque de Poudlard à essayer de comprendre comment il pouvait modifier l'enchantement qui protégeait la maison. Ses recherches avaient porté leurs fruits et il avait listé l'ensemble des sortilèges, dix-sept étapes et quatre-vingt six mouvements de baguette.
Harry épongea son front couvert de sueur d'un revers de manche. Il avait respecté chaque instruction à la lettre. Il était temps de tester son travail. Il quitta le jardin et referma le portail derrière lui. Il vint ensuite poser le bout de sa baguette sur la serrure et en un déclic, la porte s'ouvrit.
Harry occupa le reste de sa journée à mettre au point une stratégie qui lui permettrait d'obtenir le sang de sa tante sans que personne ne s'en rende compte. Ensuite il lista les potions qu'il allait lui falloir préparer et il sortit ramasser les ingrédients nécessaires. Il entendit un hululement et Nyx vint se poser sur son épaule. Harry détacha le morceau de parchemin attaché à sa patte et le déroula. La réponse du vampire était concise.
Ce soir, la Goule Rieuse.
E. W.
Harry marchait d'un pas décidé dans l'Allée des Embrumes, Minuit à ses côtés. La Goule Rieuse était une taverne très fréquentée, d'autant plus à cette heure. Harry pouvait déjà entendre les éclats de voix qui s'échappaient par la porte ouverte de l'établissement. Un homme fortement éméché sortit, tituba, évita Harry de justesse et s'avachit sur un mur voisin en grommelant une série de jurons inintelligibles. La taverne était bruyante sombre et enfumée. Harry entra, s'arrêta et balaya lentement la salle du regard. Le silence tomba brusquement et les clients présents posèrent des regards méfiants sur le garçon et sur l'inferus. Quelques murmures s'élevèrent. Les yeux de Harry se posèrent sur le vampire. Ce dernier était assis à l'écart, seul à une table qui occupait une petite alcôve éclairée par une unique bougie. Le garçon s'approcha du comptoir.
– Une bièraubeurre et une coupe de sang pour mon invité, demanda-t-il au tavernier en déposant quelques pièces sur le comptoir.
– Tout de suite, répondit-il.
Les clients s'étaient désintéressés de Harry et avaient repris leurs conversations. Le garçon se détourna et alla rejoindre le vampire. Il fit rentrer Minuit dans la poche de sa cape avant de s'assoir en face de son interlocuteur.
– Bonsoir Edward, le salua-t-il.
– Nécromancien, répondit le vampire avec un signe de tête. Je ne m'attendais à ce que tu m'écrives. Pour quelle raison voulais-tu me rencontrer ?
– Je veux des renseignements sur quelqu'un, répondit Harry.
Le tavernier s'approcha et ils se turent. Il déposa leurs consommations sur la table et s'éloigna.
– Sur qui ? demanda Edward lorsque l'homme se fut suffisamment éloigné.
– Severus Rogue, répondit Harry.
Le vampire observa son interlocuteur d'un air pensif.
– Pourquoi t'intéresses-tu à lui ? demanda le vampire.
– J'ai mes raisons, éluda Harry.
– C'est un mage noir et un Mangemort. Il est Maître des Potions et enseigne actuellement à Poudlard. Il était l'apprenti de Maître Stutton, son laboratoire était un peu plus loin dans l'Allée. Je croisais régulièrement Rogue à cette époque, il fréquentait la Goule Rieuse, le plus souvent avec d'autres Mangemorts. Avery et Mulciber l'accompagnaient le plus souvent mais parfois Malfoy se joignait à eux. Rogue a ensuite obtenu un poste à Poudlard sûrement sur ordre du Seigneur des Ténèbres. Il devait vouloir garder un œil sur Dumbledore. Après la chute de Tu-Sais-Qui, il a été envoyé à Azkaban jusqu'à ce que Dumbledore témoigne en sa faveur et le fasse libérer.
– Quoi ? Mais pourquoi Dumbledore l'aurait fait libéré s'il était un Mangemort ?
– Dumbledore a affirmé qu'il s'était retourné et était devenu son espion.
– Et tu penses que c'est vrai ?
– Je ne sais pas, Rogue a toujours été particulièrement difficile à cerner.
– Mais ça voudrait dire qu'il aurait réussi à tromper Voldemort.
– Tu prononce le nom du Seigneur des Ténèbres ? demanda Edward une expression de surprise sur le visage.
– Oui, répondit Harry sur un ton de défi.
Il s'attendait à une remarque supplémentaire mais le vampire se contenta de l'observer en silence et de boire une gorgée de sang.
– Est-ce que tu t'es battu pour lui ? finit par demander Harry.
– Non, répondit Edward. Mais certains jours je me demande si je n'aurais pas mieux fait de le rejoindre.
– Pourquoi ?
– Il m'aurait donné une baguette.
Pendant un instant Harry avait oublié que le Ministère avait interdit aux vampires d'utiliser une baguette.
– Est-ce que tu te battras pour lui s'il reprend le pouvoir ? demanda le garçon.
– Je te retourne la question, répliqua Edward avec un léger sourire.
– Non, je le tuerais, murmura Harry pour n'être entendu que du vampire.
Edward se figea un court instant puis il éclata de rire. Quelques clients se retournèrent alors et observèrent brièvement leur table. Le rire du vampire s'arrêta aussi rapidement qu'il était apparut et il jeta de rapides coups d'œil vers les tables voisines.
– Finis ta bièraubeurre, poursuivit-il en avalant le contenu de sa coupe en une longue gorgée. Ce n'est pas un endroit pour avoir ce genre de conversation.
Edward se leva et se dirigea calmement vers la sortie de la taverne. Harry le suivit du regard jusqu'à ce qu'il quitte l'établissement puis il but la fin de son verre et se leva à son tour. Il retrouva le vampire à l'extérieur, adossé contre la devanture d'une boutique fermée, les bras croisés sur son torse. Le garçon s'arrêta un instant. Etait-il réellement prudent de suivre Edward dans un endroit plus isolé ? La soif du vampire pouvait être étanchée pour le moment, il n'en demeurait pas moins qu'il restait une créature dangereuse. Cependant, leur conversation restait inachevée et Harry ne put résister à la curiosité d'entendre ce qu'Edward avait à dire qui ne pouvait être dit dans la taverne. Il prit une profonde inspiration et s'approcha d'Edward. Ce dernier se redressa et fit un pas en avant.
– Allons-y, dit simplement le vampire.
Harry voulut lui demander où ils allaient mais il n'en eut pas le temps. Edward le saisit par le bras et l'Allée des Embrumes sembla tourner autour d'eux. Harry se sentit aspiré et l'air fut chassé de ses poumons alors qu'il sentit la bièraubeurre remuer dangereusement dans son estomac. Puis, une fraction de seconde plus tard la sensation de malaise et d'asphyxie s'arrêta. La main d'Edward relâcha sa prise et Harry tituba. Le garçon manqua de tomber mais il parvint de justesse à rester sur ses pieds. La rafale de vent iodé qui lui fouetta le visage lui fit alors reprendre esprits. Harry saisit sa baguette et la pointer sur le vampire. Ce dernier fit un pas en arrière et lui montra ses deux mains ouvertes en un signe d'apaisement.
– N'aies crainte, Nécromancien, je nous ai juste amenés à un endroit où nous pourrons parler librement, expliqua Edward. Tu peux ranger ta baguette.
Harry prit alors le temps d'étudier les alentours. Le soleil avait disparu sous l'horizon mais il restait une lueur suffisante pour distinguer les environs ainsi que son interlocuteur. Le sol sous ses pieds était sablonneux et il se tourna en direction du bruit régulier des vagues. La mer reflétait le ciel teinté de rose et d'orange, et le vent chargé d'embruns fit battre les pans de sa cape. Heureusement l'enchantement posé sur sa capuche était suffisamment puissant pour la maintenir en place. Edward s'assit au sommet de la dune face au large. Harry resta encore un instant à repenser à ce qu'il venait de se passer et une question venait de naître dans esprit. Le garçon rangea sa baguette et s'assit à son tour.
– Est-ce qu'il existe un moyen de te procurer une baguette malgré la loi ? demanda Harry.
– Aucun fabricant n'acceptera de me vendre une baguette, expliqua Edward. Et ceux qui accepteraient me demanderaient un prix bien trop élevé en échange de leur silence.
– Est-ce qu'il y aurait un autre moyen ?
– Peut-être, mais même pour un vampire, Azkaban n'est pas un endroit agréable.
– Mmh...
– Et je n'ai pas besoin de baguette pour transplaner, finit par expliquer Edward avec un sourire.
– Tu n'as pas répondu à ma question, rappela Harry. Est-ce que tu te battras pour Voldemort s'il reprend le pouvoir ?
– Non, je ne pense pas.
– Et pourquoi ?
– Premièrement, parce que j'ai peut-être en face de moi le prochain Seigneur des Ténèbres, répondit le vampire.
– Et deuxièmement ? demanda Harry.
– Je sais des choses sur lui. Je me souviens de lui lorsqu'il était jeune, avant qu'il ne se fasse connaître de tous sous le nom de Voldemort.
– Comment ça ? Quel genre de choses ?
– Ces informations valent plus qu'une coupe de sang.
– D'accord, pour en revenir à notre premier sujet, qu'est-ce qu'a fait Rogue après sa sortie de prison ?
– Il a repris son poste à Poudlard comme s'il ne s'était rien passé. Il fréquente toujours l'Allée des Embrumes mais je le vois moins souvent à la Goule Rieuse. Cependant il lui arrive de venir y retrouver Avery et Mulciber.
– Est-ce que tu penses que Rogue est toujours fidèle à Voldemort ?
– Je ne sais pas, Mais si tu veux connaître le fond de ma pensée, je crois qu'il est devenu Mangemort pour l'ascension sociale que cela pouvait représenter lorsque le Seigneur des Ténèbres serait parvenu à prendre le pouvoir. Après tout Rogue est de Sang-mêlé. Et ensuite il a trouvé un moyen de sauver sa peau et d'échapper à Azkaban en entrant au service de Dumbledore. Il est toujours plus intéressant d'être dans le camp des vainqueurs. Peut-être même qu'il te suivra si tu es suffisamment convainquant.
Harry réfléchit un instant à ce qu'il venait d'apprendre. S'il avait voulu avoir cette conversation avec Edward c'était pour savoir s'il devait garder un œil sur Rogue à Poudlard et s'il devait s'attendre à une attaque de sa part. Mais Edward semblait plus intéressé de lui dire qu'il y aurait un moyen de le recruter si jamais il souhaitait devenir le prochain Seigneur des Ténèbres.
– Et il aurait réussi à tromper Dumbledore ? demanda Harry.
– Je ne sais pas, répondit Edward. Mais si je dois te donner un conseil, c'est de te méfier de Dumbledore et de tous ceux qui pourraient être sous ses ordres. Il a beaucoup agit pour maintenir les Nécromanciens dans l'illégalité.
– Je sais.
Harry savait pertinemment que Dumbledore serait la personne qu'il devrait éliminer une fois qu'il aurait tué Voldemort. Mais pour le moment il ne pouvait rien faire et il ne pouvait rien dire à Edward concernant ses plans pour l'avenir. Il ne savait pas s'il pouvait faire confiance au vampire, mais ce dernier pouvait lui donner des informations, si seulement il savait quoi lui offrir en échange. Cependant, Harry avait une dernière question qu'il souhaiter poser.
– Qu'est-ce que tu sais sur Quirinus Quirrell ? demanda-t-il.
– Je sais juste ce qui a été écrit à son sujet dans le journal, répondit Edward.
– Dans le journal ?
– La Gazette du Sorcier a publié un article sur lui juste après sa mort. Le poste de professeur de Défense contre les Forces du Mal a encore fait une victime. Mais je dois admettre qu'ils ne donnaient pas de détails sur la façon avec laquelle il a été tué.
– Je ne cherche pas à savoir comment il a été tué. Je voulais savoir s'il était un Mage Noir ou un Mangemort.
– Non, il n'était ni l'un ni l'autre.
– Tu es sûr ?
– Oui, sa mort a fait parlé mais il n'était connu de personne dans l'Allée.
Harry réfléchit un instant. Soudain il releva l'une des dernières phrases du vampire.
– Qu'est-ce que tu as voulu dire par « le poste de professeur de Défense contre les Forces du Mal a encore fait une victime » ? demanda-t-il.
– Je pense que le poste est maudit, répondit Edward.
– Maudit ?
– Oui, et je ne suis pas le seul à le penser. Ca fait longtemps qu'aucun des professeurs ne reste en poste plus d'un an. La plupart du temps ils partent d'eux même mais parfois ils disparaissent ou ils meurent.
– Et ça a toujours été comme ça ?
– Oh, non, à mon époque le poste n'était pas maudit. Je dirais que ça fait une trentaine d'années que ça dure. Tous les ans il y a la même petite annonce dans la Gazette du Sorcier pour rechercher un nouveau professeur.
Harry demeura silencieux. Il avait espéré obtenir des renseignements utiles sur Quirrell mais cette piste ne semblait mener nulle part pour le moment.
– Qu'est-ce qui pourrait valoir le prix des informations que tu détiens sur Voldemort ? demanda le garçon.
Le vampire resta un moment silencieux, les yeux immobiles fixés sur l'horizon.
– J'aurais besoin d'une potion, finit-il par répondre. Elle a été classée dans la catégorie Nécromancie par le Ministère et sa fabrication a été interdite.
– Et tu ne peux pas la faire toi-même ? demanda Harry.
– Non malheureusement, cette potion comprend un ingrédient que je ne peux pas me procurer.
– Comment s'appelle cette potion ?
– Lux tenebris, et j'en veux un chaudron entier.
– Et si je te donne cette potion tu me révèleras les secrets de Voldemort.
– Oui.
– Je t'écrirais quand la potion sera prête.
Harry ne connaissait pas cette potion et pour le moment il n'arrivait pas à se souvenir si les instructions étaient dans l'un des livres de Milton End. Mais il trouverait bien une solution.
Harry trouva les instructions pour Lux tenebris dans un petit livre qui portait le titre de Traité de l'utilisation de la Nécromancie dans la conception de remèdes. Il balaya rapidement la page des yeux. La potion était complexe et elle demandait un mois de préparation. Elle avait pour but de permettre aux vampires de supporter la lumière de soleil et comme Harry l'avait présupposé, elle demandait l'ajout du sang de la personne qui préparait la potion. Il parcourut la liste des ingrédients du regard et ses yeux se posèrent sur celui qu'Edward ne pouvait pas se procurer : la lumière du soleil capturée à son zénith.
– Enid, comment tu fais pour incorporer la lumière du soleil dans une potion ? demanda Harry en tournant la tête vers le portrait.
– Avec un concentrateur solaire, répondit-elle. Il y en a un dans l'armoire. C'est le dispositif en verre sur l'étagère du bas.
Harry se dirigea vers l'armoire et en sortit le concentrateur solaire. Il s'agissait d'une large lentille de verre à laquelle était reliée une ampoule de verre.
– Et comment ça marche ? demanda-t-il.
– Tu dirige la lentille vers le soleil et la lumière se concentre dans l'ampoule, expliqua Enid. Ensuite il ne reste qu'à dévisser l'ampoule et à verser son contenu dans la potion. Mais tu n'as que quelques minutes pour le faire avant que la lumière ne se dissipe.
Harry prit la direction de Privet Drive le lendemain midi. Il avait laissé sa malle à Milton End et avait juste emporté quelques vêtements dans son sac à dos. Il poussa la porte d'entrée et se dirigea vers le salon. Les Dursley y étaient tous les trois assis face à la télévision.
– Je suis rentré, lança-t-il.
L'oncle Vernon émit un grognement alors la tante Pétunia tourna la tête vers son neveu et le fixa d'un regard mauvais. Harry fit volte face et monta dans sa chambre. Quelques instants plus tard, sa tante apparut dans l'encadrement de la porte.
– Où est le reste de tes affaires ? lui lança-t-elle sèchement.
– Je ne suis pas rentré avec, répondit simplement Harry.
– Ce n'est pas plus mal. Maintenant écoute moi-bien. Tu n'as pas intérêt à utiliser ta magie sur nous, c'est compris.
– Et qu'est-ce que tu comptes faire sinon ?
– Sinon, tu pourras faire tes valises pour de bon.
– Tu sais que ce ne sera pas une punition pour moi ?
– Tu te retrouverais à la rue.
Pour toute réponse, Harry haussa les épaules.
– Tu devrais faire preuve d'un peu plus de reconnaissance, continua la tante Pétunia.
– Tu sais, j'ai appris beaucoup de choses depuis l'année dernière, répliqua Harry. Je sais comment vous faire oublier. Lorsque j'utiliserai la magie sur vous, vous n'en garderez aucun souvenir.
La tante Pétunia se figea, livide et observa son neveu une expression de terreur sur le visage.
– Le…le déjeuner est bientôt prêt, poursuivit-elle d'une voix tremblante. A partir de maintenant, tu n'as plus besoin de nous faire le petit-déjeuner.
Harry l'observa tourner les talons et quitter la chambre. Finalement, cet été serait peut-être supportable.
Harry était allongé sur son lit et observait le plafond de sa chambre. Son été se déroulait à merveille. Son oncle et sa tante l'ignoraient totalement et ne lui donnaient plus aucun travail à faire dans la maison ou dans le jardin. Ils ne lui posaient pas de question non plus lorsque Harry passait ses journées hors de la maison.
Harry avait mis au point un plan pour obtenir le sang de Pétunia et il était temps de le mettre à exécution. L'oncle Vernon était à son bureau et Dudley était chez Piers ce qui signifiait que Harry était seul avec la tante Pétunia pour l'après-midi. Cette dernière prenait son thé tous les jours à la même heure. Harry avait été à l'épicerie et avait acheté un thé identique à celui que buvait habituellement sa tante. Ensuite il avait imbibé les feuilles d'un puissant somnifère et il avait remplacé la boîte de thé rangée dans le placard de la cuisine par celle-ci. Cette dernière étape n'avait pas été facile depuis que sa tante l'avait banni de la cuisine.
Il regarda sa montre et se leva. Il prit son sac à dos et descendit silencieusement l'escalier, puis il s'arrêta dans le salon et observa sa tante. Celle-ci était assise dans un fauteuil, un magazine ouvert sur ses genoux. Elle but une gorgée de son thé et reposa sa tasse sur la table basse. Harry se dirigea vers la fenêtre du salon et ferma les rideaux. Mieux valait ne pas être vu par les voisins. Sa tante le remarqua alors. Elle se redressa et ouvrit la bouche mais aucun son n'en sortit. Ses yeux fixés sur Harry se fermèrent progressivement et elle s'avachit mollement sur son siège. Une fois que Harry fut sûr que la tante Pétunia était bien inconsciente, il s'approcha d'elle.
Il vida son sac à dos et posa sur la table basse sa dague, quelques fioles vides et trois bouteilles de potions. Il s'accroupit et lui saisit le bras. Il releva sa manche jusqu'au coude et prit la dague. Harry effectua une incision et vint récupérer le sang qui s'écoulait de la plaie dans plusieurs fioles vides. Lorsqu'il eut récolté suffisamment de sang, il prit la fiole de teinture de dictame et déposa quelques gouttes dans la blessure. Une fumée noirâtre s'en éleva et en quelques instants les bords de l'entaille se ressoudèrent sans laisser de traces. Il saisit une deuxième fiole de potion. Celle-ci avait pour but de palier à la perte de sang et elle avait été la potion la plus difficile et la plus longue à préparer. Il la vida dans la bouche entrouverte de sa tante. Il prit la tasse de thé de la table basse et vida son contenu dans l'évier avant d'échangea les boîtes de thé. Enfin il prit la troisième fiole qui contenait une potion d'amnésie. Les instructions avaient été trouvées dans son manuel de Potions de première année. Il jeta un coup d'œil à sa montre et fit tomber quelques gouttes dans la bouche de sa tante. Il n'avait besoin que d'effacer les quinze dernières minutes. Il rassembla son matériel et le mit dans son sac. Enfin il ouvrit les rideaux et quitta la maison.
Une fois arrivé dans la maison de Milton End, il salua Enid et sortit les fioles de sang de son sac. Une seule servirait pour le rituel qu'il s'apprêtait à réaliser. Les autres fioles étaient destinées aux expérimentations qu'il voulait mener. Harry s'accroupit dans l'entrée et commença à dessiner des runes avec le sang de sa tante. Il sortit dans le jardin et longea le mur d'enceinte en récitant l'incantation.
– Cum sanguine matris domum protego, répéta-t-il en faisant d'amples mouvements avec sa baguette.
Lorsqu'il revint à son point de départ le long du mur, un dôme lumineux apparut, englobant la maison et le jardin. Le dôme brilla quelques instants avant de devenir invisible.
Harry avait quitté le 4 Privet Drive au lever du soleil. Il voulait avoir le temps de réaliser les premières étapes de Lux tenebris avant que le soleil n'atteigne son zénith. Il rejoignit Milton End, entra dans la maison, salua Enid et s'installa dans le laboratoire. Il prépara les ingrédients puis il pointa sa baguette vers la fenêtre.
– Fenestram occulto, dit-il.
La fenêtre rétrécit jusqu'à entièrement disparaître et être remplacée par un mur. A présent la seule lumière dans la pièce était celle diffusée par les bougies. En effet la potion devait être préparée à l'abris de la lumière du soleil. Après plusieurs heures de travail, Harry remua une dernière fois la potion, éteignit le feu sous le chaudron et posa un couvercle sur celui-ci. Il prit le concentrateur solaire qu'il avait couvert d'un morceau de tissu sombre et sortit dans le jardin. Le ciel était dégagé et le temps était idéal pour ce que Harry devait faire. Ce dernier observa sa montre. Il était en avance, le soleil n'atteindrait son zénith que dans le longue minutes. Harry s'assit dans les hautes herbes et il entendit alors le hululement de Nyx. La chouette déposa une lettre sur les genoux du garçon et alla se percher dans un arbre voisin. Harry reconnut immédiatement l'écriture d'Hermione. Il lut la lettre et ne put s'empêcher de sourire. Hermione venait de rentrer de son voyage en Italie avec ses parents et elle lui rendrait visite le lendemain.
Harry jeta un coup d'œil à sa montre une nouvelle fois et glissa la lettre dans la poche de son pantalon. L'heure était arrivée. Il se leva, retira le linge qui couvrait l'appareil et maintint le concentrateur sous le soleil. La lumière coula progressivement de la lentille à l'ampoule et lorsque cette dernière se retrouva remplie, Harry retourna rapidement dans le laboratoire. Il ralluma le feu sous le chaudron, souleva le couvercle, dévissa l'ampoule et versa la lumière dans sa potion. Celle-ci illumina la pièce d'une lueur dorée et Harry la tourna huit fois dans le sens des aiguilles d'une montre avant de saisir la dague et de s'entailler l'avant bras. Le sang coula dans le chaudron et la potion changea instantanément de couleur et vira au rouge vif. Harry la tourna alors cinq fois dans le sens des aiguilles d'une montre puis sept fois dans le sens contraire jusqu'à ce qu'elle reprenne sa couleur dorée. Il posa le couvercle sur le chaudron. Il devait attendre une semaine avant d'ajouter de nouveau son sang à la préparation.
Le lendemain matin Harry se rendit à Oak Lane où il avait donné rendez-vous à Hermione. Il y eut un craquement et le Magicobus apparut dans la rue. Hermione descendit du véhicule et il lui fit un signe de la main auquel elle répondit par un grand sourire. Le Magicobus disparut alors dans un nouveau craquement.
– Est-ce que c'est ici ? demanda-t-elle d'une voix suffisamment forte pour couvrir le bruit des voitures qui roulaient sur la voie rapide.
– Non, répondit Harry. Mais ce n'est pas loin.
Une fois dans Milton End, ils s'arrêtèrent devant le portail et Harry sortit sa baguette. Le garçon l'approcha de la serrure lorsqu'Hermione l'interrompit.
– Stop ! cria-t-elle. Harry, on n'a pas le droit de faire de la magie en dehors de Poudlard.
– Ne t'en fais pas, répliqua-t-il avec un sourire. Je ne vais pas lancer de sortilège. Je veux juste que la rune qui est sur la serrure reconnaisse ma baguette.
Il illustra son explication en posant l'extrémité de sa baguette sur la serrure. Il y eut un déclic et le portail s'ouvrit. Il fit signe à Hermione d'entrer, la suivit et referma le portail derrière eux
– Maintenant on peut faire de la magie, poursuivit-il.
– Tu es sûr ? demanda-t-elle.
– Absolument, les enchantements de protection sont trop puissants, le Ministère ne peut pas nous détecter ici.
Ils marchèrent en silence jusqu'à la porte d'entrée et Harry guida Hermione jusqu'au salon.
– Voilà, annonça-t-il. Je te présente Enid Akenham. Enid, voici Hermione Granger.
– Bonjour madame, répondit la jeune fille.
– Bonjour Hermione, répondit le tableau. Appelle-moi Enid. Harry m'a beaucoup parlé de toi, il m'a dit que tu était une très bonne élève et je t'avoue que je suis ravie de pouvoir t'apprendre mon Art.
Hermione rougit et jeta un regard en coin à Harry.
– J'ai hâte de commencer, répondit-elle. Je ne peux pas croire que la Nécromancie soit une matière interdite à Poudlard. C'est un sujet tellement intéressant.
A ce moment-là ses yeux se posèrent sur Minuit qui était lové dans un fauteuil.
– Oh, s'exclama-t-elle. Est-ce que c'est un inferus ?
– Oui, répondit Harry. Je l'ai appelé Minuit.
– Harry c'est génial. Il faut que vous m'appreniez à le faire, dit-elle à Enid alors que le chat se redressa, s'étira et miaula.
– Ce n'est pas bien difficile, répondit le portrait. Il te suffiras de suivre les instructions du livre.
– Harry, est-ce que c'est toi qui lui fait faire ça, demanda Hermione alors que Minuit se frottait à sa jambe.
– En ce moment je veux juste qu'il se comporte comme un chat, mais je peux aussi lui donner des ordres et lui faire faire toutes sortes de choses. Il y a même un rituel supplémentaire qui permet de voir à travers ses yeux, mais le sortilège est assez complexe et j'ai du mal à maintenir la connexion très longtemps.
– Tu pourras me montrer le livre ? demanda Hermione.
– Il est dans le laboratoire, répondit Harry. C'est plus facile avec un petit animal au début. Je peux envoyer Minuit si tu veux.
– Je crois que j'aimerais bien quelque chose qui vole, dit Hermione.
Il n'avait pas fallu longtemps à Minuit pour revenir avec sa proie dans sa gueule et à présent Hermione observait avec un sourire satisfait le grand corbeau noir se remettre sur ses pattes. L'inferus déploya ses ailes et pris son envol, obligeant Harry et Hermione à se baisser. L'oiseau frôla le plafond du laboratoire et vint se percher sur le rebord d'un chaudron.
– C'est génial, s'exclama-t-elle. J'aimerais beaucoup essayer ce rituel qui permet de voir à travers ses yeux : Per oculos carnis morticinae. J'ai hâte de pouvoir observer le monde à partir du ciel.
– Tu peux voir le monde du ciel quand tu es sur un balai, tu sais ? demanda Harry en fronçant les sourcils.
– Tu sais très bien que je n'aime pas être sur un balai, répliqua-t-elle. Mais là je n'ai rien à craindre puisque mes pieds ne quittent pas le sol.
Hermione tourna quelques pages de Les Secrets de la Magie la plus noire et saisit la dague. Le rituel de départ n'était pas difficile. Elle utilisa son sang pour tracer une rune sur la tête du corbeau et une autre sur chacune de ses paupière. Elle récita la formule et les runes s'illuminèrent brièvement avant de disparaître. Hermione pointa sa baguette sur le corbeau.
– Per inferum video, dit-elle.
Maintenir la connexion était difficile et Harry et Hermione s'entraînèrent pendant une partie de la matinée. Puis Hermione explora l'ensemble des livres qui couvraient les étagères dans le séjour ainsi que dans le salon. Après le déjeuner, ils firent chacun leur sélection de livres et s'installèrent dans les fauteuils.
– Dis-moi, finit par dire Hermione. Est-ce que tu as avancé dans tes recherches pour découvrir comment Voldemort n'est pas totalement mort.
– J'ai trouvé un rituel qui s'appelle Animæ ligare, répondit Harry en relevant le nez de son livre. Ca permet de lier son âme à une autre personne. Si jamais tu meurs, ton âme ne passe pas au-delà du voile mais vient se raccrocher cette personne. Voldemort aurait lié son âme à l'un de ses Mangemorts et quand son corps est mort, son âme est venue le posséder.
– C'est une théorie intéressante, mais j'ai trouvé quelque chose.
– Qu'est-ce que c'est ?
– Ca s'appelle un Horcruxe. Le rituel consiste à séparer son âme en plusieurs parties et à en fixer une partie dans un objet ou une personne.
Harry ferma son livre et vint lire par-dessus l'épaule d'Hermione. Cette dernière ouvrit son carnet et commença à prendre des notes sur le sujet.
– J'espère que ce qu'Edward me révèlera sur Voldemort nous aidera à départager nos théories, finit par dire Harry.
– Tu as besoin d'aide pour la potion ? demanda Hermione.
– Non, je dois ajouter une nouvelle fois mon sang la semaine prochaine.
– D'ailleurs la semaine prochaine c'est ton anniversaire. Est-ce que tu as prévu quelque chose ?
Harry fronça les sourcils. Son été avait été particulièrement rempli et son anniversaire avait été sa dernière préoccupation. D'autant plus qu'il n'avait jamais eut personne avec qui le fêter.
– Je t'apporterai un gâteau, poursuivit Hermione lorsqu'elle remarqua l'incertitude de son interlocuteur.
– Un gâteau ? Tu veux venir pour mon anniversaire ? demanda Harry étonné.
– Oui, à moins que tu ne veuilles pas… répondit-elle doucement.
– Non ! Enfin oui ! Tu peux venir, se rattrapa-t-il.
– D'accord, je viendrais.
– Mais, tes parents, ça ne les dérange pas que tu viennes ici ?
– Oh non, tu sais ils ont beaucoup de travail et je passe la plupart de mes journées seule à la maison à lire pendant les vacances. Et puis ils n'arrêtent pas de me répéter que je devrais sortir plus souvent pour rencontrer des jeunes de mon âge. Et ils veulent te rencontrer, j'avais pensé qu'on pourrait aller ensemble sur le Chemin de Traverse quand on recevra la liste de livres.
– D'accord.
Harry était allongé sur son lit, au 4 Privet Drive, sa tête reposant sur ses mains croisées, et les yeux fixés sur le plafond. Il ne parvenait pas à faire disparaître le sourire qui étirait ses lèvres lorsqu'il repensait à la journée qu'il venait de passer. Comme convenu Hermione lui avait rendu visite pour son anniversaire. Ils avaient partagé le gâteau qu'elle avait apporté et elle lui avait offert un livre de duel. Ils s'étaient entraînés puis avaient passé le reste de l'après-midi, sous le soleil, assis dans les herbes folles du jardin de Milton End.
Hermione avait été la seule personne à lui avoir souhaité son anniversaire, et même la seule personne à lui écrire de tout l'été. Mais Harry ne s'en plaignait pas, personne ne lui avait jamais souhaité avant. Il se leva, ouvrit l'armoire et en sortit une ancienne bande dessinée de Dudley. Il s'installa sur le lit et commença à lire.
Pop
Harry sursauta. Il releva la tête et se retrouva nez à nez avec un elfe de maison. La créature resta un instant à l'observer de ses grands yeux globuleux puis elle s'inclina et son nez pointu toucha presque le sol.
– Harry Potter ? demanda l'elfe d'une voix aiguë. Il y a si longtemps que Dobby rêvait de faire votre connaissance. C'est un si grand honneur.
– Heu… hésita Harry. Qu'est-ce que tu fais ici ? Pourquoi est-ce que ton maître t'a envoyé ?
– Le maître ne sait pas que Dobby est ici, Harry Potter, couina l'elfe en frissonnant. Dobby va devoir se punir sévèrement maintenant pour être venu vous voir.
– Tu devrais retourner auprès de ton maître alors.
– Mais Dobby doit prévenir Harry Potter.
– Me prévenir de quoi ?
– C'est difficile… commença l'elfe. Dobby est venu protéger Harry Potter. Harry Potter ne doit pas retourner à Poudlard.
– Qu'est-ce que tu racontes ? lança vivement Harry en se levant brusquement du lit.
L'elfe sursauta et recula de quelques pas.
– Si Harry Potter retourne à Poudlard, il courra un danger mortel, continua Dobby.
– J'ai déjà couru un danger mortel l'année dernière et j'ai survécu, rétorqua le garçon.
– Mais ce qui se prépare sera terrible.
– Plus terrible qu'affronter Voldemort ?
– Ne prononcez pas son nom, gémit l'elfe en plaquant ses mains sur ses oreilles.
– J'ai dû affronter Voldemort une deuxième fois il y a quelques mois, répliqua Harry.
– Mais ce sera horrible, et Harry Potter ne doit pas être à Poudlard lorsque ces choses se produiront.
– Qu'est-ce qu'il va se passer ?
– Dobby ne peut pas parler… gémit l'elfe en commençant à sangloter.
– Chut, coupa Harry. Les Moldus vont t'entendre.
– Harry Potter doit promettre à Dobby qu'il n'ira pas à Poudlard.
– Je ne te promettrais rien du tout et si tu ne peux pas parler de ce qu'il se prépare, vas-t-en et laisse-moi tranquille.
Harry se rassit sur le lit, et reprit sa lecture. Il attendit quelques minutes avant de releva le nez de sa bande dessinée. L'elfe n'avait toujours pas bougé. Le garçon reprit sa lecture. Après plusieurs minutes, Harry ferma l'album d'un geste sec.
– Tu sais tu ne pourras pas rester là indéfiniment, dit Harry. Ton maître finiras par remarquer ton absence à tu seras obligé de t'expliquer. Et puis tu es un elfe de maison tu dois servir ton maître. S'il ne t'a pas envoyé me voir alors tu n'as rien à faire ici.
L'elfe se figea alors et une expression de terreur traversa son visage.
– Non, dit l'elfe en se ressaisissant. Harry Potter doit promettre à Dobby qu'il ne retournera pas à Poudlard.
– Je ne changerai pas d'avis, soupira Harry.
– Mais pourquoi Harry Potter veut tant retourner à Poudlard ?
– Pourquoi ? Parce qu'ici ce n'est pas chez moi, et que ça ne le sera jamais. Et puis il n'y a qu'à Poudlard que j'ai des amis.
– Des amis qui n'écrivent pas à Harry Potter ?
– Comment…?
A ce moment-même, Dobby sortit une liasse de lettres de la taie d'oreiller qui lui servait de vêtement. Harry reconnu alors l'écriture de Terry sur l'une d'elle. Puis il réfléchit. Comment l'elfe pouvait avoir son courrier alors qu'il avait échangé des lettres avec Hermione depuis le début des vacances. La solution lui vint alors à l'esprit. Dobby n'interceptait que les lettres qui arrivaient à Privet Drive, il ne pouvait pas intercepter celles qui arrivaient à la maison de Milton End. Son secret n'était donc pas compromis, c'était un soulagement. L'elfe devait rester dans l'ignorance ce qui signifiait que Harry ne pouvait pas utiliser Minuit pour récupérer ses lettres. Ou bien il pourrait utiliser Minuit pour se débarrasser définitivement de Dobby.
L'été de Harry avait pourtant très bien commencé mais maintenant les choses se gâtaient. Le garçon poussa un soupir. Peut-être que s'il ignorait totalement l'elfe, les choses rentreraient dans l'ordre. Il rouvrit sa bande dessinée. Après quelques minutes il y eut un pop et Dobby avait disparu, emportant avec lui la liasse de lettres.
Le lendemain matin Harry se leva de bonne heure et avala un rapide petit déjeuner Il ne voulait pas prendre le risque d'être suivi et ce fut à ce moment-là qu'il apprécia pleinement l'idée qu'il avait eut de toujours garder sa cape d'invisibilité dans son sac à dos. Il quitta la maison, invisible, avant le réveil de son oncle et de sa tante et il observa les alentours. Dobby était-il caché quelque part à intercepter chaque hibou qui s'approchait de la maison. Harry prit la direction de Lower Woodside et il ne vit toujours aucune trace de l'elfe. Il ne retira sa cape qu'une fois qu'il fut arrivé à destination et qu'il eut refermé le portail derrière lui. Il se précipita dans la maison et s'empressa de raconter à Enid sa rencontre avec Dobby.
– C'est très étrange, commenta Enid. Les elfes de maison ne se comportent pas comme ça normalement.
– Pendant un instant j'ai pensé que ça pouvait simplement être une mauvaise farce de quelqu'un de Poudlard, proposa-t-il. Mais ça me paraît un peu gros. Si seulement j'avais trouvé un moyen de lui faire dire ce qu'il va se passer à Poudlard.
– Ca n'aurait pas fonctionné s'il l'elfe tient cette information de son maître. La magie qui lie les elfes à leurs maîtres est trop puissante et elle les empêche de révéler les secrets de la famille qu'ils servent.
– Qu'est-ce que je dois faire alors ?
– Rien.
– Mais…s'indigna Harry.
– Je t'assure il n'y a rien à faire pour le moment, affirma le portrait. Tu ne peux pas prendre le risque d'utiliser la magie en dehors de cette maison et l'elfe doit continuer à ignorer cet endroit. Tant que c'est le cas, tu as l'avantage.
– D'accord, concéda Harry. Et je continuerai d'utiliser la cape pour venir ici, c'est plus prudent. Je dois absolument écrire à Hermione pour lui raconter.
Hermione continua à rendre visite à Harry durant l'été. De façon surprenante, sa lettre de Poudlard n'avait pas été interceptée par l'elfe et quelques jours plus tard il avait retrouvé Hermione et ses parents sur le Chemin de Traverse. Ils avaient croisé Terry chez Madame Guipure et Harry avait dû lui expliquer pourquoi il n'avait pas pu répondre à ses lettres.
A présent, Harry versait le contenu de son chaudron dans plusieurs fioles. La préparation de Lux tenebris était achevée et la potion avait pris une couleur rouge sombre qui émettait une faible lueur. Le garçon scella les bouteilles et les mis dans la poche de sa cape avec Minuit et partit pour Londres.
Edward attendait Harry adossé à la même devanture et le salua d'un signe de tête. Le garçon s'apprêta à lui répondre lorsque son regard fut attiré par deux sorciers qui se dirigeaient vers l'entrée de la Goule Rieuse. Il reconnut immédiatement Rogue. L'homme qui l'accompagnait lui était inconnu. Rogue balaya du regard le garçon et le vampire avant de disparaître dans la taverne.
– On ne peux pas avoir cette conversation dans la taverne, lui dit Harry.
– Non, en effet, répondit Edward en lui présentant son bras.
Harry prit une profonde inspiration et saisit le bras du vampire. L'Allée des Embrumes tourna autour d'eux et Harry se sentit aspiré. Il reprit son souffle lorsque ses pieds s'ancrèrent fermement dans le sol sablonneux. Edward venait de les transporter au même endroit que la dernière fois, cependant, ce soir-là il guida Harry sur l'étroit sentier qui serpentait entre deux dunes.
– Qui était le sorcier qui accompagnait Rogue ? demanda Harry.
– Mulciber, répondit Edward. Il a un certain don pour l'Imperius, et pour échapper à Azkaban.
– Mmh…
– Mais ne t'en fais pas, tu n'es pas son genre. Il préfère les jeunes filles.
Le chemin serpentait et déboucha sur la plage. Ils s'installèrent sur des rochers et Harry sortit un bocal dans lequel il avait enfermé une flamme afin de les éclairer.
– La potion d'abord, annonça Edward.
Harry sortit une première bouteille de sa poche et la tendit au vampire. Ce dernier la saisit et en examina attentivement le contenu. Il hocha la tête avec satisfaction et rangea la bouteille dans sa poche. Il fit de même avec les autres bouteilles que Harry lui donna.
– Maintenant dis-moi tout ce que tu sais sur Voldemort, dit Harry.
– Par quoi veux-tu que je commence ? demanda Edward. Par notre première rencontre ? son véritable nom, ou peut-être veux-tu savoir ce qui me fait réfléchir à deux fois avant de rejoindre son camp ?
– Commence par le début.
– J'ai rencontré Tom en 1945, commença Edward.
– Tom ? l'interrompit Harry.
– Tom Jedusor.
– Jedusor ?
– Oui, et comme tu viens de t'en rendre compte, ce n'est pas un nom sorcier.
– Mais, Voldemort n'était pas un Sang-Pur ?
– Tu comprends pourquoi il a choisi de se faire appeler Voldemort et tient à garder le secret sur son véritable nom. A l'époque je faisais de la contrebande. C'était la fin de la guerre et les échanges avec le continent étaient redevenus plus faciles. Certains pays ont des lois beaucoup plus permissives concernant la vente d'objets de magie noire. Je faisais principalement affaire avec Barjow et Beurk. Et il se trouve que cette année-là ils venaient d'embaucher Tom. Il venait de quitter Poudlard, il s'intéressait beaucoup aux objets historiques, et il était très charismatique et très séduisant, ce qu'il utilisait pour conclure ses marchés. Et puis un jour il a disparu.
– Disparu ?
– Il est parti à l'étranger. Et ce, juste après avoir échoué à récupérer certains objets. Ou tout du moins c'est ce que pense Barjow.
– Mais ?
– Barjow avait envoyé Tom chez la vieille Hepziba Smith, qu'il pensait détenir de nombreux objets de valeur qui auraient appartenus à Helga Poufsouffle. Mrs Smith était sa dernière descendante directe. Enfin soit, Tom informe Barjow que Mrs Smith refuse de lui vendre cet objet et quelques jours plus tard, Tom disparaît et la vieille sorcière est retrouvée morte chez elle. Un accident d'après la Gazette du Sorcier. Tom reste hors du pays pendant dix ans. J'ai eu vent de ses voyages en Europe par mes contacts sur le continent. Il se fait appeler Voldemort et quand il rentre en Grande-Bretagne il rassemble ses Mangemorts. Il est méconnaissable et personne ne fait alors le rapprochement entre lui et Tom, le garçon qu'il était avant.
– Mais toi tu l'as reconnu ?
– Je suis un vampire, je l'ai immédiatement reconnu bien qu'il ne fut quasiment plus humain.
– Comment ça plus humain ?
– C'est difficile à expliquer, je pouvais sentir qu'il lui manquait comme une partie d'humanité. Il n'était pas un vampire ou une autre créature, ça j'en suis certain. Je pouvais déjà le sentir lorsque je l'ai rencontré en 1945 mais cette fois-ci c'était plus prononcé, et surtout c'était visible.
– Et après ?
– Après il recrute des sorciers et des sorcières influents au niveau politique, les rangs de ses Magemorts grossissent et ensuite il commence sa politique de terreur pour faire plier ceux qui lui résistent. En ce qui me concerne, j'obtiens un emploi en Roumanie en 1969. Le Seigneur des Ténèbres envoyait des émissaires sur le continent pour recruter loups-garous et vampires. Cet emploi était une occasion que je ne pouvais pas laisser passer, alors je suis resté en Roumanie. Mon contrat n'a pas été renouvelé et j'ai été contraint de rentrer en 1980. Je suis approché par un vampire du nom de Stein qui me propose de rejoindre le Seigneur des Ténèbres. Mon choix a été rapidement fait. Je ne me suis jamais battu pour lui. Et ensuite la mort de Tu-Sais-Qui est annoncée dans tous les journaux, défait par un bébé d'un an du nom de Harry Potter.
Harry était occupé à rassembler ses vêtements et à les faire rentrer dans son sac à dos. Il était attendu pour le déjeuner chez Mr et Mrs Granger et il devait encore aller à Milton End chercher sa malle et Nyx avant de prendre le Magicobus pour Londres. Les parents d'Hermione n'avaient pas hésité à inviter Harry à passer les deux derniers jours des vacances chez eux lorsqu'ils s'étaient rencontrés sur le Chemin de Traverse.
Harry ferma son sac lorsqu'il entendit un pop. Il vit volte-face et vit Dobby qui venait d'apparaître au centre de pièce. Harry pensait ne plus revoir l'elfe lorsque celui-ci ne revint jamais le trouver durant le mois d'août. Le garçon laissa échapper un soupir. Dobby ne venait vraiment pas le trouver au bon moment.
– Dobby est revenu voir Harry Potter, dit-il en s'inclinant.
– Qu'est-ce que tu veux encore ? demanda Harry d'un ton las.
– Harry Potter doit promettre de ne pas retourner à Poudlard.
– Je ne promettrais rien du tout, répliqua Harry en s'asseyant sur son lit. Tu comptes rester combien de temps aujourd'hui.
– Mais c'est important que Harry Potter reste loin de Poudlard, le danger sera terrible.
– Tu me l'as déjà dit. Tu n'as qu'à me dire ce que c'est. Et le seul vrai danger, c'est l'inconnu. Dis-moi ce qu'il va se passer.
– Il…Il y a un complot…
Et sur ce dernier mot l'elfe éclata en sanglot. Il attrapa la lampe de chevet et se frappa violemment avec sur la tête. Des bruits de pas précipités se firent entendre dans le couloir et la porte s'ouvrit à la volée. La tante Pétunia poussa un cri strident lorsqu'elle vit l'elfe. Ce dernier se figea, lâcha la lampe et disparut en un pop.
– Harry ! hurla sa tante. Comment as-tu osé ramener une horreur pareille sous mon toit ?
– Je n'y suis pour rien, répondit-il. Il est juste apparu dans ma chambre
– Disparaît, rugit-elle.
– On se revoit l'été prochain.
Il était dix heures trente lorsque Harry et les Granger arrivèrent devant l'entrée de la voie 9 ¾. Ils s'arrêtèrent sur le côté et laissèrent passer un groupe qui disparut à travers la barrière.
– Nous avons été ravis de faire ta connaissance, Harry, dit Mrs Granger avec un sourire.
– Merci de m'avoir reçu, répondit-il. Au revoir Mrs Granger, Mr Granger.
– Au revoir Harry.
Harry attendit qu'Hermione dise au revoir à ses parents puis il poussa son chariot vers la barrière. Il jeta un coup d'œil derrière son épaule et vit qu'Hermione s'était arrêtée pour faire un dernier signe de la main à ses parents. Il regarda de nouveau devant lui… et avec un fracas assourdissant, le chariot heurta violemment la barrière.
