Bien l'bonjour !
Histoire de donner un petit signe de vie de temps en temps - entre la fac le mémoire le cosplay et la vie personnelle il m'arrive parfois de faire autre chose que buller et jouer aux Sims, voici du nouveau et du moins nouveau !
Tout d'abord, je m'apprête à vous reproposer À quoi bon mais à tout prix, un OS du recueil Salade Niçoise Plutôt Grecque que j'ai décidé de dupliquer. Cet OS s'insère en effet parfaitement dans le canon de Laissez-moi écrire, bien que le registre employé ici ne sera probablement pas celui que j'emploierai pour l'écriture finale de la fanfic. Je viens aussi d'écrire un autre petit texte qui s'insère dans la suite directe de cet épisode envisagé, que vous trouverez au chapitre suivant. Il s'agit d'un morceau de texte écrit au fil de la plume. En espérant que tout ceci vous plaise !
Je vous souhaite une agréable lecture !
Informations :
Titre : À quoi bon mais à tout prix
Rating : T
Contexte : Post-Bataille du Sanctuaire
Genre : Angst, drama, major character death (oui bon c'est un tag AO3 et alors ? XD), rt si c trist
Personnages : Saga, Kanon, mention de Mû
Bonne lecture !
Il n'entendait plus que le doux bruit des flots. Déjà Mû s'était éloigné, le laissant ici avec l'accord d'Athéna pour qu'enfin il pût lui parler. Il avait attendu d'être à l'extrême-crépuscule de sa vie pour se décider à revenir là. Les paupières closes, assis contre la pierre froide et humide, il attendait la mort, tout le récit de sa courte existence sous ses paupières, et le regret au bout des lèvres, regret qui prenait un goût salé au fur et à mesure que l'eau venait l'engloutir. Désormais, il était là, de retour en ces lieux maudits après treize ans de passage sous silence et encore bien plus d'années de mensonge par omission.
« Ô Dieux… Ecoutez ma dernière prière… Que la mer… Que la mer emporte le parjure que je suis dans son flux, et que dans son reflux elle rende à la terre le véritable bienfaiteur de ma fratrie… J-jetez-moi donc dans le Styx… Que je paie doublement le tribut de nos actes… Je suis prêt… Je renonce à ma vie… »
Il s'accrocha aux barreaux glacés face à lui, sentant son corps dépourvu de force basculer en avant. Le peu qu'il lui restait d'énergie fut alors mobilisé pour serrer ces barres de fer dans ses grandes mains tâchées de son propre sang, et pour prononcer ce nom qu'il n'avait pu supporter jusqu'alors.
« K… Kanon…
« L'eau de mes larmes s'est tant de fois mélangée à la mer qui embrasse le Sanctuaire, jamais mes prières n'ont hélas pu venir jusqu'à toi… P… Pardonne moi, Kanon… En voulant te protéger de ma folie naissante je n'ai fait que l'amplifier et te la faire subir plus lourdement encore…
« Ô mon frère, lequel de nous deux était le plus mauvais entre celui qui aimait son frère mais haïssait les dieux, et celui… Celui qui s'est aveuglé d'amour pour le Sanctuaire et en a négligé son propre sang… ? Si tu savais comme je… Comme je regrette… Ô combien nombreuses sont les fois où j'ai voulu te chercher… Te sauver… Mais Il m'en a empêché… Comme Il m'a empêché de t'aimer, comme Il m'a empêché de mourir pour te rejoindre, en m'envoyant l'amour, le plus tentateur de tous les diables… Je me suis battu jusqu'au bout, Kanon, mais à quoi bon… »
Saga se sentit s'affaisser et glisser sur le sable alors que l'eau lui arrivait dès lors jusqu'à la taille. Tout laissait à croire que les mots qu'il avait prononcés seraient les derniers. Il se rappela alors, étrangement, de ses premiers mots, en bas-âge. Déjà ils étaient adressés à son frère cadet.
Dans la brume opaque que ses yeux pâles et à peine ouverts peinaient déjà à percevoir, il vit quelques taches de couleur qui grossissaient, comme si quelque chose s'approchait de lui. Peu, non, plus rien ne lui importait, désormais. Il laissa son corps tomber complètement dans l'eau et son esprit sombrer comme une épave dans le tourbillon de ses derniers songes.
Il rêva alors que quelqu'un l'avait retenu par l'avant-bras, et il sentit presque un regard posé sur lui. Sa pensée à l'agonie émit alors une dernière prière.
Ô Destinée, lâche cette emprise que tu as sur moi, et coupe le fil de ma vie, coupe la dernière fibre de mon cœur pour la nouer avec la fibre morte de celle de mon frère… Qu'enfin dans la mort nos cœurs puissent battre à l'unisson, qu'enfin nous puissions être deux… Cesse de me séparer de lui, aie pitié d'un mortel écrasé par le poids des enjeux humains… Mon cœur est rongé et cessera de battre, oublie-le…
« K… Ka… Kanon… »
« Saga… »
Il sentit son frère comme tout près de lui, alors que le liquide salé de la mer l'enveloppait comme, fut un temps, le liquide amniotique qu'ils avaient partagé ensemble. Tout n'était plus que chaleur, quiétude, leurs deux âmes s'étaient enfin retrouvées et plus rien ne pourrait les séparer. Saga était mort. Saga était Kanon.
Il n'entendait plus que le doux bruit des flots. Et pourtant, quelques heures auparavant, il avait entendu depuis son pilier même des cris, des explosions de cosmos, des bruits de déflagrations. Une bulle de mensonges avait éclaté à la surface de l'eau, et il avait accouru là sans réfléchir pour jouir du spectacle que lui offriraient les conséquences de cette bataille qu'il avait perçu dans le Sanctuaire d'Athéna. Des cosmos avaient disparu, bien qu'il ne pût en savoir davantage du fait de la barrière érigée autour du domaine sacré de cette Déesse qu'il exécrait.
« Ô tyrans qui vous faites appeler dieux ! Écoutez donc ma première prière ! Abattez les foudres sur les survivants, donnez-leur l'élan de s'entretuer encore une fois ! Qu'il ne reste plus un seul de ces ruffians, de ces hypocrites, de ces menteurs, de ces lâches ! Qu'il ne reste plus que ceux qui sont dignes de vous ! Provoquez le déluge ! Si vous ne le faites pas, c'est moi qui m'en chargerai. »
Il descendit du rocher sur lequel il était perché, une fois assuré qu'il n'y eût personne dans les environs. Ses pas le guidèrent vers un cachot creusé dans la roche, mais s'interrompirent avant de l'atteindre, car déjà sa taille était immergée dans l'eau salée.
« Car ma colère est sourde comme les damnés et comme vos oreilles devant mes prières désespérées ! Car ma haine est profonde comme le Tonneau des Danaïdes ! Vous m'avez trouvé mauvais et pernicieux, mais n'avez daigné reconnaître que vous m'avez fait ainsi, et êtes les seuls responsables de ma folie ! S'il est jugé fou de vouloir vivre à tout prix, d'être libre et de prendre son frère par la main pour le faire courir dans le vent et jouer dans l'herbe, alors je suis le plus fou d'entre nous tous ! Mais si je suis fou, alors je ne peux pas m'arrêter, et pas même vous m'empêcherez de parvenir à mes fins ! Je ne renoncerai pas à la vie, alors tremblez ! »
Il sentit quelque chose buter contre ses pieds et observa une chevelure bleue flotter à la surface de l'eau. Plus curieux qu'inquiet, il retourna ce corps, et son cœur s'arrêta. Quand celui-ci se remit à battre, Kanon avait déjà le sang de son frère sur les mains, posées à l'endroit de la poitrine presque inerte où le cosmos d'Athéna laissait encore une sensation de brûlante chaleur.
« K… Ka… Kanon… »
« Saga… »
Il se sentit s'affaisser, entraîné par la lourdeur de ce qu'il portait dans ses bras.
« Saga… Pardonne-moi… Pardonne-moi de m'être éloigné de toi… Je pensais qu'ainsi il serait possible de mieux t'atteindre… Pardonne-moi car je n'ai pas su te protéger du Sanctuaire, du malheur que la lumière que tu étais n'aurait pas du connaître, de notre propre vice. Je n'ai pas pu te sauver, pourtant rien ne m'empêchait de le faire.
« Mais je me battrai jusqu'au bout, car j'ai toujours des idéaux… Nous serons ensemble pour l'éternité… Pour toi, Saga, je dois gagner, je dois gagner à tout prix… »
La quiétude investit son âme jadis tourmentée quand il serra le corps sans vie de son frère dans ses bras. Malgré le froid qui avait mordu sa peau cireuse, le cadet sentit une douce chaleur les envelopper tous les deux. Kanon se permit alors d'espérer. Il se voyait déjà victorieux, peut être mort, mais libre, complet, doublement débarrassé de ses regrets et de ceux de son aîné. Il gagnerait au nom de Saga. Il serait Saga. Enfin ils seraient tous les deux, enfin ils ne seraient plus qu'un.
