Merci beaucoup pour les reviews ! C'est encourageant 😊
Bonne lecture
Le résultat du test était sans appel : j'étais bel et bien une Audacieuse. On a ça dans le sang. Les paroles d'Hayley me revinrent comme un boomerang et je commençais à me dire qu'effectivement j'étais bien plus capable que je ne le pensais.
En réalité, j'étais soulagée que le test confirme mon appartenance à ma faction d'origine car même s'il était parfaitement exclu que je quitte les Audacieux, c'était rassurant de savoir que jen avais officiellement le profil.
Tandis que je regagnais le hall du bâtiment ou Uriah devait sûrement m'attendre, quelqu'un saisit ma manche et m'attira dans un couloir isolé.
« Hayley ! », m'exclamais-je. Oh la vache, la trouille !
Les yeux verts de ma sœur brillaient d'excitation, « alors ? quel est le résultat ? », je la fixais comme si elle avait définitivement perdu la tête.
« Audacieuse », fis-je en secouant la tête, « tu t'es introduite ici par effraction pour me demander ça ?! ça ne pouvait pas attendre ce soir ? ».
Hayley leva exagérément les yeux au ciel, « je ne me suis pas introduite ici par effraction, je te rappelle que notre père est le grand sachem des Audacieux, ça confère quelques avantages ».
« Mais tu pensais que le test allait donner quoi ? Tu ne m'as pas dit que j'avais ça dans le sang ? » Non parce qu'il faudrait savoir…
« Je veux juste être sûre que tu ne vas pas nous faire une Joette », fit-elle en accentuant le terme « joette ».
« La confiance règne », je pris une petite moue boudeuse et triste comme lorsque j'étais plus jeune.
« Oh ma Joey, je veux être sûre de garder ma petite sœur près de moi », fit-elle en me prenant dans ses bras.
J'adorais ma sœur, elle était ma seconde mère et ma meilleure amie. Elle pouvait être dure et forte tout en étant si protectrice par moment. L'idée de la quitter était tout simplement impossible et c'était une des raisons qui faisait qu'il était inconcevable de quitter cette faction.
« Viens avec moi », murmura-t-elle en me prenant la main et en m'entrainant dans les couloirs.
« Uriah m'attend », dis-je en essayant de la ralentir.
« Il attendra, je dois te montrer un truc », elle tourna la tête et me fit un clin d'œil.
Hayley m'entraîna à l'arrière du bâtiment avant de se mettre en courir en direction de l'ancien port de Chicago sur les bords du lac Michigan. En arrivant sur place, l'endroit était absolument désert et le vent froid et humide qui soufflait sans discontinuer faisait voler nos cheveux.
« Tu te souviens ? C'est ici que je t'ai appris à nager », fit-elle avant de s'avancer vers un ponton moisi et à moitié écroulé.
« Tu veux dire quand tu m'as jetée à l'eau en espérant que je remonte à la surface par l'opération du Saint Esprit ? », lui lançais-je sur un ton sarcastique.
« Tu sais nager, c'est tout ce qui compte », elle retira ses bottes de cuir et enleva sa veste.
« Tu vois la bouée là-bas ? », je regardais au loin, à environ 300 mètres de la jetée se trouvait une bouée jusqu'à laquelle on avait l'habitude de nager lorsque nous étions plus jeunes, « j'y ai accroché le collier de maman le dernier jour de ma formation, quand j'ai été admise ». Hein?!
« Le collier en argent que tu avais perdu pendant ta formation ? », je la fixais incrédule.
« Tu l'adorais alors je me suis dit que quand tu intègrerais les Audacieux, je te le donnerais », elle parlait doucement, d'une voix presqu'inaudible.
« Je n'ai pas encore commencé ma formation, je n'ai même pas été à la Cérémonie », donc techniquement je ne suis pas une Audacieuse.
« Alors disons que c'est une avance sur ta future réussite », Hayley pivota sur ses talons et me fit face, son visage était grave et ses yeux tristes, « Maman avait terminé première de sa formation tu sais », ma gorge se noua en entendant Hayley parler de notre mère. Ce qui est bien c'est qu'il n'y a aucune pression familiale chez les Marshall.
« Et c'est ce qui avait séduit papa », je connaissais l'histoire par cœur, c'était la favorite de notre père.
Hayley hocha la tête et en une demi-seconde son regard émeraude redevint malicieux, « on va aller le chercher ensemble! ». Heu jamais de la vie.
« Hayley, l'eau est glacée », mais c'était peine perdue, Hayley s'était élancée sur le ponton.
« Si tu le veux, il faut venir le chercher ! », me lança-t-elle par-dessus son épaule. On aurait pas pu se contenter de boire un verre et de discuter de tout ça à tête reposée.
Tout en enlevant mes chaussures et ma veste, je suivis ma sœur en essayant d'ignorer les craquements du ponton. Une fois au bout de ce dernier, Hayley sauta à l'eau et je suivis juste derrière tout en poussant un soupir d'agacement.
L'eau était si froide que je crus un moment qu'un étau s'était refermé sur ma poitrine lorsque mon corps tout entier fut immergé. J'ouvris les yeux et regardais un instant autour de moi. L'eau était claire et les rayons du soleil éclairait le fond couvert de galets et d'algues.
En quelques battements de jambes j'atteignis la surface avant de commencer à nager énergiquement derrière Hayley qui me devançait déjà.
Mon corps s'habitua rapidement à la température de l'eau, je pouvais voir la silhouette d'Hayley à une dizaine de mètres de moi et je décidais de redoubler d'effort pour la rattraper. J'avais toujours été une bien meilleure nageuse qu'elle, du mois quand on était en surface.
Une fois la bouée atteinte je regardais Hayley avec une mine déconfite en attendant d'elle qu'elle me donne de plus amples explications.
« Le collier se trouve au pied de la chaîne qui est accrochée à la bouée », elle pointa la chaine de son index parfaitement manucuré, « il faut que tu plonges ». Merci du cadeau.
« Il y a au moins 70 mètres jusqu'au fond », constatais-je avec effroi tout en dirigeant instinctivement mon regard en direction du fond mais l'eau était sombre, inquiétante.
« Si tu n'es pas capable de plonger à 70 mètres pour récupérer le seul souvenir de notre mère, tu ne réussiras pas l'initiation », et revoilà la guerrière dure et sans pitié.
Je savais qu'elle avait raison et je la détestais pour cela. De ma main droite je saisis la chaîne rouillée et couverte d'un duvet d'algues gluant et glissant. Je pris une profonde inspiration avant de plonger et de commencer ma descente tout en fermant les yeux, ne me guidant ainsi qu'en suivant la chaine. Plus je descendais, plus l'eau était froide et oppressante. Hayley et moi faisions régulièrement des concours d'apnée lorsque nous étions plus jeunes et je savais qu'il fallait que je contrôle ma respiration. Elle devait être régulière et lente. La pression se faisait de plus en plus forte et je devais lutter pour ne pas ouvrir les yeux ou céder à mon instinct qui me hurlait de remonter au plus vite.
La descente me semblait interminable quand enfin ma main droite finit par heurter le sol dur. Je me mis à toucher et gratter frénétiquement la base de la chaine jusqu'à sentir un objet fin et délicat qui dansait au rythme du courant. Mon poing se referma sur le médaillon et d'un geste rapide je l'arrachais à la vieille chaîne avant d'utiliser le fond du lac pour me propulser vers la surface. Durant toute la remontée, je ne desserrais pas la main. Alors que j'amorçais la fin de mon ascension, l'air commençait à me manquer et j'accélérais autant que possible.
Une main attrapa mon avant-bras et me hissa à la surface. A cours d'oxygène, j'aspirais l'air à plein poumon avant de fixer Hayley qui affichait un air de profonde satisfaction.
« Tu l'as eu ? », je fis signe de la tête que oui avant de regarder l'objet que j'avais été chercher. Le médaillon sur lequel était gravé les initiales de ma mère était accroché au bout d'une chainette que j'avais dû casser.
« Tu es une grande malade ! Qu'est ce qui t'a pris d'aller mettre ça au fond ! », j'étais à bout de souffle.
Ma sœur se contenta de sourire mystèrieusement et de nager en direction du bord. Faction de tarés ! Je la suivis lentement, la descente en apnée était un exercice fatigant surtout par ces températures.
Notre petite escapade "nostalgique" avait durée plus de deux heures et en arrivant au QG des Audacieux, c'est Quatre qui nous accueillit avec une mine fermée. Beau comme un Dieu mais avec le poids du monde sur les épaules, dommage.
Il me salua rapidement d'un signe de la tête sans décrocher un sourire avant de reporter toute son attention sur Hayley « on a besoin de toi en salle de contrôle », c'est alors que ses yeux scrutèrent les vêtements de ma sœur, « tu es trempée ! on peut savoir ce qui t'es arrivé ? ». Ah bah comme œil de lynx, lui.
« Je me change et j'arrive », Quatre et Hayley échangèrent un regard entendu et il fit demi-tour avant de nous laisser. J'ai loupé un truc là non.
« On se voit demain après la Cérémonie, bonne chance ! », me lança-t-elle tout en s'éloignant à son tour de moi.
Ce n'était pas une surprise de savoir que j'irai seule à la Cérémonie. C'était le lot de beaucoup de natifs de notre faction dont la sentimentalité était légendaire.
Je soupirais avant de sortir le médaillon de ma poche et de l'observer. Je n'avais aucun souvenir de ma mère en train de le porter mais je savais combien il était précieux pour ma sœur et me le transmettre était assez significatif.
En regagnant ma chambre, je sortis le médaillon argenté de ma poche pour la nettoyer. Au fur et à mesure que le savon faisait son œuvre, l'inscription au dos devenait lisible : « le courage surpasse tout ». C'était la devise de ma mère et celle de ma sœur et elle risquait de prendre une dimension assez réelle dans moins de 24h.
Le lendemain matin, la Cérémonie se passa comme prévu et plus le temps passait moins j'avais hâte de commencer la formation.
« T'as vu la tête des transferts ? Je crois que le fraternel à ta gauche va tomber dans les pommes », Uriah me montra le jeune garçon du doigt.
« En même temps on ne peut pas le blâmer quand on sait ce qui l'attend », fis-je en imaginant ce que ce devait être que de tout quitter et de débarquer dans une faction comme la nôtre.
« Tu m'étonnes, d'autant qu'Eric et Quatre vont s'occuper de leur formation cette année », en entendant le prénom du jeune leader, mon corps tout entier sembla se raidir. Self-control : zéro !
En voyant ma tête, Uriah poursuivit, « tu aurais aimé qu'Eric soit notre instructeur ? », l'idée de me faire humilier devant Eric plusieurs fois par jour suffit à répondre à cette question.
« Tu plaisantes ? C'est un vrai tortionnaire », murmurais-je tandis que la Cérémonie touchait à sa fin. Uriah me dévisagea avec un sourire moqueur mais n'ajouta rien.
Une fois hors du bâtiment, le bruit du train attira mon attention et sans une hésitation, le groupe des Audacieux se mit à courir afin de l'attraper en route. Ma condition physique, même si elle était moins bonne que beaucoup chez nous, restait tout de même meilleure que celle de la plupart des transferts et c'est en voyant le fraternel terrorisé et essoufflé s'affaler sur le sol du train que je m'en rendis compte. Marlene avait juste eu le temps de le tirer dans le train tandis qu'un jeune Erudit n'avait quant à lui jamais réussi à grimper sur la voie.
En approchant du QG des Audacieux, je réalisais péniblement qu'ils allaient nous obliger à sauter directement sur le toit depuis le train en route ce que nous ne faisions jamais.
« C'est une blague, ils veulent nous tuer dès le premier jour ? », Marlene n'avait pas pour habitude de critiquer les décisions de nos leaders et sa remarque me fit pleinement prendre conscience de la difficulté et de l'aberration de notre formation. Uriah sauta juste avant moi en poussant un cri de joie. Lui, il a clairement une case en moins. Je pris mon élan et fis de même avant d'atterrir sur les genoux.
Marlene m'aida à me relever et je constatais que son visage affichait une drôle d'expression.
« Ça va ? », demandais-je tout en apercevant Eric et deux autres membres s'approcher de notre groupe de novices.
« Tu imagines la suite si ce n'est que le début », je hochais la tête sans commenter outre mesure. Après tout, on y était pour de bon cette fois et la perspective de finir sans-faction me glaçait le sang.
Le leader nous fixa de son regard glacial et hautain pendant que nous nous rassemblions autour de lui. Son regard croisa le mien et je baissais les yeux, incapable de soutenir autant de froideur et de mépris. Je me détestais d'être si faible face à lui tout en ayant terriblement qu'il me remarque.
« Maintenant, vous allez devoir sauter dans ce trou pour rejoindre notre repère », la voix menaçante d'Eric me sortit de ma contemplation. Il faut sauter dans quoi ?!
Par curiosité, je m'avançais afin de regarder ce qu'il y avait au fond du trou en question. C'est possible un trou sans fond…Nan… Peut-être…
« Qu'est ce qu'il y a Marshall, tu veux te lancer la première ? », Eric s'était dangereusement rapproché de moi. Je pouvais sentir son odeur. Un mélange d'eau de Cologne, de tabac et sûrement d'alcool. Ses yeux bleus me dévisageaient avec un mélange de curiosité et de dédain.
J'étais prise au piège : si je refusais je serais d'emblée taxée de poule mouillée et cela, clairement, c'était impossible et si je sautais, j'allais sûrement mourir.
Le courage surpasse tout. Instinctivement, je touchais le médaillon de ma mère que j'avais attaché à un lacet de cuir que je portais en collier de chien. Eric m'observa et il saisit à son tour le médaillon entre ses doigts avant de le lâcher d'afficher son habituel rictus arrogant. Je suis maso en fait, je suis amoureuse d'un grand malade.
« C'est pour aujourd'hui ou pour demain, Marshall ! » Vociféra-t-il tout en se retournant vers ses acolytes qui imitèrent son rire cruel.
Je grimpais sur le rebord en repensant à la plongée en apnée de la veille. Je pris une profonde inspiration, je fermais les yeux avant de me laisser tomber.
Ma chute dura quelques secondes, peut-être moins, j'atterris finalement dans ce qui semblait être un filet avant de rebondir plusieurs fois.
« Premier sauteur, Joséphine Marshall ! », ces mots furent prononcés par quelqu'un que je connaissais bien : Quatre.
« Félicitations Jo », murmura-t-il en m'aidant à descendre tandis qu'une deuxième personne vint à son tour s'écraser dans le filet.
