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Il était à peine 6h30 lorsque tout le monde commença à s'agiter dans le dortoir.

« Debout princesse, il faut qu'on soit à 8h00 en salle d'entraînement », la voix d'Uriah m'obligea à ouvrir les yeux. Il se tenait devant moi en tenue de jogging, le front ruisselant de transpiration.

« Tu viens d'où comme ça ? », demandais-je encore à moitié endormie. Pitié, qu'il ne me dise pas qu'il a été courir.

« J'ai été courir », loupé.

« Tu es un grand malade, t'as une idée de la journée qui nous attend ? », il me fit un clin d'œil avant de se diriger sans un mot vers les douches.

J'aurais adoré savoir pourquoi nous étions obligés de dormir dans un dortoir mixte alors que nous avions des chambres, du moins en ce qui concerne les natifs.

Je m'étirais dans mon lit avant de me lever et d'aller chercher mes affaires dans mon casier. Une paire de jeans noire, un débardeur noir et des baskets noires. Au moins on ne perd pas de temps sur le choix des couleurs.

Même si la salle de bain était commune, mixte et particulièrement spartiate, les douches étaient séparées par des parois de bois ne laissant apparaître que nos pieds et nos chevilles. Alors certes, ce n'était pas Byzance mais ce niveau d'intimité était suffisant surtout dans la mesure où les membres de notre factions étaient bien moins pudiques que les autres.

Une fois ma douche prise et après une rapide "mise en beauté", je pris soin d'attacher mes cheveux en une queue de cheval haute avant de filer vers la cafétéria.

En entrant dans le grand hall, l'agitation et la tension du premier jour étaient palpables. Ma sœur était en train de parler avec Tori Wu, c'était elle qui serait en charge de notre formation. Lorsqu'elle m'aperçut, Hayley s'excusa auprès de ma formatrice et se dirigea vers moi.

« Alors, prête ? », me demanda-t-elle avec ce qui ressemblait à un mélange d'excitation et d'inquiétude.

« Tu préfères quoi ? La vérité ou que je te mente ? », fis-je sarcastique.

« Ne dis rien, c'est mieux », elle leva les yeux au ciel et prit une profonde inspiration avant de continuer, « Quatre m'a dit que tu étais la première sauteuse ». Et je n'ai pas le droit à des félicitations?

« Vous passez beaucoup de temps avec Quatre, ou c'est moi qui me fais un film », le visage d'Hayley devint subitement impassible.

« On est affecté aux mêmes missions », tu m'en diras tant.

« Je vois », Hayley me lança un regard qui suffit à me faire taire.

« Je pense que tu as d'autres problèmes sur les bras que mes rapports avec les autres membres », fit-elle d'une voix sèche. Hayley 1, Jo 0.

« Je suis quand même la première sauteuse », lâchais-je en la fixant d'un regard défiant.

« Et j'ai cru comprendre que tu pouvais remercier Eric », murmura-t-elle. Mais comment elle sait! « Jo, il faut que tu sois particulièrement attentive aux conseils de Tori, Eric va superviser la totalité des initiés avec Max et papa leur a donné carte blanche pour éliminer les membres les plus faibles à tout moment ».

« Tu plaisantes ?! Mais Pourquoi il a autorisé un truc pareil ! On a même pas été mis au courant ! », Hayley posa sa main sur ma bouche pour me faire taire.

« C'est une idée d'Eric et papa pouvait difficilement aller contre sans être taxé de favoritisme », elle marqua un temps de pause « A partir de maintenant, tu dois considérer que tu es tout le temps en évaluation », mon cœur commença à battre à toute allure. C'est officiel, je suis dedans jusqu'au cou.

« Hayley, je suis pas prête du tout !», j'étais au bord des larmes.

« Tu vas y arriver mais tu ne dois jamais rien lâcher, Eric t'a à l'œil, il ne t'aime pas et il risque de te faire payer cher certaines erreurs du passé », elle se mordit la lèvre inférieure et elle semblait hésiter sur ce qu'elle allait me dire, « j'ai demandé à Tori et Quatre de veiller sur toi, tu dois absolument les écouter, tu peux y arriver mais tu dois surpasser tes doutes et tes craintes », en écoutant le laïus de ma sœur, la seule chose que j'entendais c'était qu'Eric me détestait et cette perspective m'horrifiait.

J'acquiesçais silencieusement tout en jouant nerveusement avec le pendentif de maman, « le courage surpasse tout », murmurais-je à moi-même.

« Je dois y aller, il ne faut pas qu'on nous voit ensemble, garde courage et tout va bien se passer », elle m'adressa un sourire encourageant avant de me laisser pour rejoindre la table des membres de sa patrouille. Ah bah dans ce cas, courage, fuyons!

Au loin, juché sur une estrade qui surplombait la cafétéria se trouvait une zone réservée aux leaders. Mon père et Max étaient en train de discuter tout en nous observant. Je n'avais pas vu mon père depuis mon test et quelque chose me disait que je ne le verrai pas avant d'avoir terminé mon évaluation.

La salle d'entraînement était un immense hangar vide, sombre et froid. À une vingtaine de mètre de nous, les transferts étaient déjà à l'entraînement avec Quatre. En les voyant taper dans les mannequins de mousse, je ne pus réprimer un petit sourire.

« Tu ferais mieux de ravaler ton sourire tant que tu n'as pas fait tes preuves, Marshall », la voix calme de Tori me fit sursauter.

Le regard impassible de Tori nous fixa calmement. Elle état principalement connue comme l'artiste tatoueuse des Audacieux mais c'était une redoutable guerrière. Ma sœur m'avait raconté qu'elle avait terminé son initiation juste derrière Quatre et Eric qu'elle connaissait depuis toujours pour être aussi issue d'Erudit.

« Elle a l'air nettement moins sympathique que d'habitude mais beaucoup plus sexy », articula Uriah à voix basse sans lâcher Tori du regard.

« Mais tu crois que c'est le moment!», je pris une mine faussement dégoûtée.

« Oh s'il te plait, si Eric était là tu serais déjà en train de virer au cramoisi » j'étais à deux doigts de l'envoyer promener mais Tori prit la parole.

« Vous pensez peut-être avoir un avantage par rapport aux transferts mais soyez certain que nous avons placé la barre très haut!», ma gorge se noua en l'entendant parler, « soyez certain que nous ne garderons que les meilleurs ». Putain, je vais finir sans faction.

La journée démarra doucement par un échauffement avant de commencer à s'entraîner contre des mannequins. Autour de moi, chacun s'adonnait à l'exercice avec énergie, précision et dextérité.

Je ne sentais plus mes mains à force de frapper ce maudit mannequin. Je décidais d'utiliser le revers de mon pied et à la quatrième tentavie, je perdis l'équilibre et manquais de tomber quand deux mains me rattrapèrent au vol. Elles étaient si larges qu'elles pouvaient pratiquement faire le tour de ma taille. Je reconnaissais cette odeur et cette fermeté. Je fermais les yeux une demi-seconde comme transportée par la sensation de ses mains des mains viriles d'Eric soutenant mon corps si fragile comparé au sien.

« Tu vas te faire mal, princesse », malgré son ton mielleux il y avait du mépris dans sa manière de prononcer le surnomque beaucoup ne donnaient.

Il plaça ses mains sur mes hanches tout en me maintenant fermement en place, « tu as des progrès à faire ou tu vas te faire botter ton joli petit cul au premier round ». Je serrais les dents en l'écoutant et malgré les insultes, il y avait quelque chose d'agréable dans sa manière de susurrer ces mots à mon oreille.

« Ton buste doit rester dans l'axe », dit-il avant de me lâcher et de continuer son inspection.

A côté de moi, Marlene me regardait avec une expression que je ne parvenais pas à déchiffrer. Je fis mine de l'ignorer tout en me remettant à l'entrainement.

« Hopkins ! Marshall ! Mettez-vous sur le ring ! », Je sentis mes jambes se liquéfier. Je pivotais lentement afin de faire face au ring. Eric me dévisageait avec un petit sourire sadique. Quel enfoiré.

Molly Hopkins s'exécuta et grimpa sur le ring. Elle était grande, particulièrement forte et elle adorait se battre. Elle m'avait déjà envoyée à l'infirmerie plusieurs fois dans nos jeunes années et je soupçonnais ma sœur de l'avoir menacée ce qui expliquait qu'elle n'avait pas recommencé depuis quelques temps.

Instinctivement je cherchais Tori du regard. La jeune femme me regardait avec la même expression placide. C'est bien d'avoir du soutien quand on en cherche.

Lentement je montais sur le ring à mon tour en montant mes poings au niveau de mon visage. Hopkins affichait un sourire en coin, visiblement ravie d'avoir la possibilité de m'humilier devant le redoutable leader et l'ensemble des initiés.

« Tu dois être plus rapide qu'elle », c'était la voix d'Uriah qui s'était placé juste derrière moi.

Malheureusement pour lui et pour moi, je n'eu pas le temps d'enregistrer l'information que Molly se jeta sur moi et m'expédia au sol à l'aide d'un monstrueux uppercut. Mon corps heurta le tapis dans un bruit sourd. Hopkins qui de là où je me trouvais ressemblait plus à un ours qu'à une jeune fille, m'asséna un violent coup de pied dans les côtes avant de se tourner vers Eric.

« Je peux la finir ? », mon sang ne fit qu'un tour en entendant mon adversaire présumer de sa victoire. Je basculais mon corps endolori sur le côté en lui donnant un violent coup de pied derrière les genoux ce qui la déséquilibra. Molly tomba vers l'avant et je me jetais sur elle par derrière en l'attrapant par la gorge. J'étais en position de force et l'espace d'un instant mon regard croisa les prunelles grises d'Eric et je crus y voir ce qui ressemblait à de la fierté.

Molly parvint à se dégager et roula sur le côté. Sans réfléchir je lui administrais un coup de pied en plein milieu du visage. Hopkins porta ses mains au niveau de son nez tandis que le sang commençait à ruisseler le long de ses doigts épais.

« Assez ! », vociféra Eric, « leçon numéro une : ne jamais présumer de votre victoire sur un adversaire aussi faible soit-il », quel c*****d !

Eric me regarda avec un expression indescriptible placardé sur le visage avant de reporter son attention sur Molly, « vas à l'infirmerie avant de salir le ring ! ».

Le leader tourna les talons et repartit en direction des transferts. Je descendais du ring avec un sentiment de satisfaction. D'une part j'avais réussi, par je ne sais quel prodige, à ne pas me faire humilier devant Eric et d'autre part, je m'étais vengée de Molly.

« Tu sais qu'elle va te le faire payer », me lança Uriah et me tendant une serviette. Merde, j'avais omis ce détail.

« Tu pourrais te contenter de me féliciter », une fois de temps en temps ça ne mange pas de pain.

Uriah soupira, « félicitations Marshall, quelle femme ».

« On peut savoir à quoi tu joues ! », siffla Marlene. Uriah me jeta un regard en coin, visiblement surpris par sa réaction.

« Heu, j'essaie de réussir mon initiation », répondis-je. Et c'est pas une mince affaire.

« Je parle d'Eric, tu crois vraiment que flirter avec un leader qui se vante d'avoir dépucelé ta sœur est une preuve d'intelligence », sa voix tremblait.

« Donc j'ai bien fait de ne pas choisir Erudit », j'essayais de détendre l'atmosphère.

« Je suis sérieuse ! », loupé

« Très honnêtement, je ne vois pas ce que ça peut te foutre ! Je n'ai pas à me justifier de quoique ce soit ! », J'étais beaucoup plus agressive que je ne l'aurais souhaité.

Les larmes montèrent aux yeux de Marlene, « tu es comme ta sœur, tu te fiches de tout et tu profites de la position de ton père sans te soucier des autres ! », la petite blondinette s'éloigne en direction des toilettes. Mais ils ont quoi tous !

« On peut savoir ce qui lui prend ? », demandais-je à Uriah qui regardait Marlene s'éloigner avec le même air dubitatif que moi.

« Elle a peut-être ses règles », oh de grâce !

« Uriah, si c'est pour sortir ça, il fallait mieux la fermer », j'avais très envie de courir après mon amie mais Tori était plantée devant moi.

« Pas mal, Marshall, mais tu as eu beaucoup de chance sur ce coup, ta technique est mauvaise », ça c'est dit.

Tori décida qu'elle en avait assez vu pour aujourd'hui et elle nous renvoya dans le dortoir. Mon altercation avec Marlene me perturbait beaucoup et je sentais qu'il y avait quelque chose qu'elle ne voulait pas me dire.

Comme je le pressentais, la jeune fille était adossée à un mur en train d'observer les membres de notre faction rentrer de leurs patrouilles.

« Tu comptes me dire ce qu'il y a et on s'engueule une bonne fois par toute ou tu préfère m'ignorer jusqu'à la fin de tes jours », fis-je en m'asseyant à côté.

Elle ne dit rien et on resta plusieurs minutes assises l'une à côté de l'autre à observer nos ainés.

« Tu te souviens de la soirée donnée après les funérailles de Claudius », je hochais la tête, c'était il y a quelques mois.

« On avait pas mal bu, tu t'es fait tatouer », j'observais les réactions de Marlene qui semblait se repasser le film de cette soirée.

« Tu sais pourquoi je me suis fait tatouer ? », demanda-t-elle d'une voix triste.

« Tu étais bourrée et c'est ce qu'on fait ici, on se tatoue quand on ne tient plus debout », Marlene secoua la tête.

« C'était pour impressionner quelqu'un», Marlene tressaillit légèrement.

« Eric », murmurais-je comme s'il s'agissait d'une évidence.

« Il m'avait dit que je n'oserais pas, on s'est embrassé, on a flirté et », elle n'ajouta rien.

« Vous avez couché ensemble ! »,Marlene fronça les sourcils.

« Bien sûre que non ! Du moins, j'aurais bien voulu mais il m'a repoussé ! Devant Zekke et Max», Aie. j'aurais dû compatir avec mon amie mais j'étais soulagée qu'il ne se soit rien passé entre eux.

« Pourquoi tu ne m'as rien dit ? », elle pleurait désormais à chaudes larmes et je la pris dans mes bras.

« Parce que j'avais honte, tu t'en fiches toi, aucun mec ne te dirait non mais moi ! Regarde-moi ! », elle repoussa mon étreinte.

« Tu es très jolie et je te signale que j'en connais un qui ne te repousserait jamais », ses yeux s'agrandirent.

« Je ne suis pas jolie », je soupirais en l'entendant pleurnicher.

« Tu veux vraiment que je te passe de la pommade ? Uriah pense que tu es une semi-déesse et Eric est un sombre connard », c'est bien, fais ce que je dis pas ce que je fais.

« Pourtant tu l'aimes bien », Marlene semblait visiblement se calmer.

« Nuance, je le trouve attirant, c'est hormonal », voilà, c'est purement hormonal.