Je tiens vraiment à remercier chaque personne qui prend le temps de me lire et de laisser une petite review 😊
J'ai vraiment du mal à reprendre cette fiction et j'écris un peu comme cela vient. J'ai du mal à remettre le pied à l'étrier d'où les chapitres courts et un peu brouillon. J'espère que c'est tout de même lisible.
Bonne lecture !
Cela faisait déjà plusieurs minutes que j'étais allongée dans la salle de radiologie, le regard fixé sur le plafond. Après vingt jours passés à l'infirmerie, je n'aspirais qu'à une chose : rentrer chez moi. Hayley m'avait proposé de rester chez elle quelques temps une fois sortie d'ici mais j'avais décliné l'offre pour des raisons évidentes. Je n'avais pas eu l'occasion de parler à Quatre et même si j'étais décidée à ignorer complètement le fait que tout ceci était sa faute, nous n'allions pas être les meilleurs amis du monde pour autant.
« Mademoiselle Marshall, j'ai de très bonnes nouvelles », le médecin, un érudit d'une quarantaine d'années, s'approcha de moi avec un sourire béat placardé sur son visage. Il accrocha les radios au mur et pointa les différents clichés du doigt comme si c'était une évidence.
« Comme vous pouvez le voir, votre genou est complètement remis », c'est mon genou ça !
J'acquiesçais sans dire un mot, le laissant poursuivre son laïus sur les nouveaux traitements mis en place par sa faction.
« Votre clavicule est également bien remise, vous pourrez sortir aujourd'hui et je vais vous donner une liste de consignes pour la rééducation », l'infirmière m'aida à me rhabiller et avec un peu d'aide de sa part, je parvins à me tenir sur mes deux jambes.
« Je vous souhaite une bonne continuation », le médecin me serra la main et s'empressa de se rendre à son prochain rendez-vous.
« Je vais faire appeler votre père afin qu'il vienne vous chercher », me dit la jeune femme tout en m'accompagnant jusqu'à ma chambre.
Machinalement, je commençais à jeter le peu d'affaires que j'avais à disposition dans un sac laissé par Hayley en vue de mon retour au domicile familial. Cette perspective, aussi réjouissante soit-elle, me terrifiait. Mon retour ne se passait pas comme je l'avais imaginé et j'avais le sentiment d'être une étrangère au sein de ma propre faction. Uriah et Marlene étaient venus me rendre visite plusieurs fois mais il y avait une distance entre nous et je pouvais palper leur malaise en ma présence. Eric n'était pas revenu me voir ce qui n'était pas non plus une surprise. Même Hayley était plus distante, comme si notre conversation lui avait ôté un poids et qu'après avoir fait amende honorable, elle pouvait vaquer à ses activités.
En boitillant, je marchais lentement vers la petite salle de bain privée attenante à ma chambre d'hôpital et j'ôtais mon pyjama avant d'entrer dans la cabine et de laisser l'eau chaude ruisseler le long de mon corps comme pour me purifier. L'odeur de fleurs d'oranger du shampoing laisser par Hayley à mon attention raviva une multitude de souvenirs de ma vie d'avant et sans me retenir je laissais échapper quelques sanglots avant de fondre complètement en larmes. Il s'agissait de larmes de tristesse, de soulagement, de colère… Toutes les émotions retenues durant ces deux années passées auprès de Mendes pouvaient enfin sortir. Je me sentais en sécurité dans cette cabine étroite, enveloppée d'une épaisse vapeur parfumée.
Je ne sais pas combien de temps je restais sous la douche mais lorsque j'en sortis, Jay se tenait debout au milieu de ma chambre, droit comme un i. Je n'avais pas revu le garde depuis mon enlèvement et visiblement il était toujours à la botte de mon père.
« Où est mon père ? », demandais-je en connaissant parfaitement la réponse. Pas là de toute évidence.
« Les Leaders sans exception sont en train de mener de vastes opérations avec les soldats à l'ouest du mur, la faction est quasi déserte », en entendant le mot leaders, un seul visage me vint à l'esprit et ce n'était pas celui de mon père. Je sens que ça va être long et pénible la réinsertion.
« Bon bah je suppose qu'on peut y aller », Voilà, on ne va pas camper là, bonne initiative, Jo ! Jay s'empressa de prendre mon sac et d'ouvrir la porte et je passais devant lui tout en redoutant de me retrouver dans ces couloirs qui m'avaient été jadis si familiers.
L'infirmerie se trouvait à une dizaine de minutes de marche du quartier des Leaders où ces derniers bénéficiaient tous de grands appartements situés dans les étages supérieurs du complexe. J'avais le sentiment de voir ces couloirs pour la première fois et tout en marchant, je fis glisser mes doigts le long des murs de béton froid. C'était comme si je découvrais les lieux pour la première fois.
En passant la porte du loft de mon père, j'eus le sentiment de me retrouver transportée deux ans auparavant, le matin de la Cérémonie du Choix, la dernière fois où je m'étais trouvée entre ces murs. Rien n'avait changé. Ou presque. En rentrant dans ma chambre, la vision de mon lit fait et de mes habits parfaitement pliés posés dessus me brisa le cœur. Je saisis le premier vêtement au-dessus de la pile. Il s'agissait d'un pull à capuche que je portais durant mon initiation. Je regardais autour de moi et je constatais qu'à part le lit fait, rien n'avait été touché. Sans réfléchir, j'enfilais difficilement mon pull trop grand désormais avant de me glisser sous les draps et de me mettre en boule en espérant que tout ceci ne soit qu'un mauvais rêve et que j'allais me réveiller entourée de ma famille et de mes amis.
Lorsque j'ouvris les yeux, il faisait déjà nuit, je m'étirais, l'esprit encore embrumé avant de regarder l'horloge au mur qui indiquait presque 2h00 du matin.
Je me rendis dans la cuisine où je trouvais mon père était assis au bar, un verre de whiskey à la main. Il portait encore sa tenue de combat et de là où je me trouvais je pouvais imaginer sa mine grave et fatiguée.
« Salut », fis-je en faisant un signe de la main.
« Tu as bien dormi ? », me demanda-t-il avant de pousser un plat de bacon froid devant moi et de me servir un verre de whiskey comme si c'était la chose la plus normale du monde.
« Il faut que l'on parle », et merde. Je pris une gorgée du liquide ambrée avant de reporter toute mon attention sur mon géniteur.
« Demain, tu seras interrogée par Max et Eric sur ce qui s'est passé ces deux dernières années, je ne serai pas présent étant donné mon implication personnelle », je restais impassible mais au fond de moins mon esprit tirait la sonnette d'alarme.
« Et si je ne veux pas », rétorquais-je.
« Ce n'est pas une option, Jo, tu as passé deux ans chez l'ennemi et c'est un miracle si tu es encore en vie, » lâcha-t-il en finissant son verre d'une traite.
« Tu penses sincèrement ce que tu dis ? Tu pensais vraiment que j'étais morte ?», je le fusillais du regard, espérant en vain déclencher une réaction chez lui mais rien.
« Oui », lâcha-t-il froidement avant de se lever et de se diriger vers ses appartements.
Je finis mon verre cul-sec et je ne sais pas si c'était l'effet de l'alcool mais j'avais besoin de voir Eric et de lui parler avant de devoir répondre à leur interrogatoire. J'avais toujours su que j'allais devoir passer par là et je savais que dans la mesure où Eric était un leader, c'est lui qui conduirait mon interrogatoire mais c'était trop tôt, je n'étais pas prête à répondre à ses questions.
Sans même prendre la peine d'enfiler une paire de chaussures, je pris la direction de son appartement qui se trouvaient à quelques mètres du notre.
Une fois en face de sa porte, je pris une profonde inspiration avant de frapper. J'attendis de longues secondes avant qu'Eric ne daigne m'ouvrir, vêtu uniquement d'un pantalon de jogging. Pendant l'espace d'une demi-seconde, je crus le voir déstabiliser par ma présence mais il retrouva rapidement son visage froid et impassible propre aux Leaders de cette faction de cinglés.
« Il faut qu'on parle », fis-je le plus naturellement du monde alors que de le voir torse nu devant moi me donnait envie de faire tout autre chose que de parler.
« Non », ils se sont passé le mot pour s'accorder sur leur réponse ou je deviens parano.
« Eric, je dois te parler à propose de demain, c'est important », quelque chose clochait, il semblait mal à l'aise et c'est alors que cela me frappa comme un uppercut bien envoyé, « tu n'es pas seul n'est-ce pas ? ».
Coulter soupira et passa sa main sur le visage, il était sur le point de dire quelque chose lorsqu'une plantureuse métisse que je ne connaissais pas apparue derrière lui. C'est marrant, mais c'est bien plus douloureux qu'un doigt sectionné.
« On se voit demain », crachais-je sèchement. Eric n'ajouta rien, il recula d'un pas et claqua la porte. J'entendis la fille glousser puis plus rien.
Honteuse, frustrée et très en colère, je pris la direction de mon appartement en me repassant la scène en boucle. Ce serait mentir que de dire que j'étais surprise. Eric avait toujours aimé collectionner les filles dans son lit et c'est ce qui faisait de lui l'archétype du mâle alpha de notre section. Peut-être que je l'avais idéalisé, peut-être que j'avais largement exagéré dans mon imaginaire les sentiments qu'il pouvait avoir à mon égard. Paradoxalement, ce petit interlude me permis de dédramatiser l'interrogatoire que j'étais sur le point de subir. Mon problème principal était de me mettre à nue, métaphoriquement bien sûre, devant Eric autant dire que désormais, ce qu'il pensait de moi était le cadet de mes soucis.
Mon petit stage intensif chez Mendes avait eu un avantage : il m'avait prouvé que rien ne peut me tuer. Le leader des sans-factions m'avait tout fait subir et rien ne m'avait été épargné. Certes, le retour chez les Audacieux était un peu moins facile que prévu mais qu'importe. Je devais montrer à Max et mon père que ce serait une erreur que de ne pas m'intégrer au sein de cette faction.
Le lendemain matin, Jay me conduisit dans la salle d'interrogatoire. A en croire la chaise semblable à celles utilisées pour le test s'aptitude ainsi que les différents produits disposés sur une table, il ne s'agissait pas d'une simple discussion.
Max, Hayley et bien sûre Eric étaient déjà présents. Je pouvais sentir le regard de Coulter sur moi mais je l'ignorais soigneusement.
« On ne va pas faire de rond de jambes, Marshall, comme ton père a dû te l'expliquer, avant de retrouver nos rangs, il va falloir montrer patte blanche », Max avait le sens des métaphores, « prends place ».
Je m'installais aussi confortablement que possible, cherchant ma sœur du regard. Derrière moi, deux grands écrans s'allumèrent. Je sens qu'on va se marrer.
« ça va bien se passer, Jo », murmura ma sœur tout en prenant mon bras et en soulevant ma manche.
« Je sais », murmurais-je à moi-même.
Hayley passa un coton humide sur mon avant-bras et injecta le sérum. L'effet fut rapide et au loin, je pouvais entendre la voix de Max. Les questions étaient inaudibles mais mon cerveau sembla y répondre.
Je me retrouvais à nouveau à l'arrière du camion, je pouvais sentir l'odeur de Sean Mendes, je pouvais sentir mon cœur s'emballer, je revivais cette scène atroce où tout avait commencé. Je tombais dans un trou sans fin avant de me retrouver enchainée par les poignets et la voix de Mendes retentit dans mes oreilles, Ils ont arrêté de te chercher, ta famille t'a abandonnée, tu es à moi désormais, tu n'es plus une Marshall, petit oiseau » je revivais la scène sans pouvoir fuir, j'arrivais à peine à articuler un non lorsque le couteau de Sean sectionna mon doigt. Tu seras une grande guerrière.
La douleur était tellement réelle, la haine aussi, les images de bagarres, de coups se succédaient dans mon esprit jusqu'à s'arrêter au moment ou je me revoyais planter un couteau dans la cuisse d'un des hommes de Mendes avant de le ruer de coups tel un animal puis la fierté de Mendes, il semblerait que mon petit oiseau soit devenu une vraie guerrière. Puis Liam apparut devant mes yeux, sa violence, son regard lubrique, ses attouchements, ses viols. Dans cette semi-réalité, je lui suppliais d'arrêter mais rien. Enfin je parvenais à prendre le dessus et à le tuer. Je me sentais soulagée mais souillée. Je me revoyais une arme à la main, les entrainements, la fierté presque paternelle de Mendes et je me réveillais.
Lorsque j'ouvris les yeux, mon corps entier était couvert de sueurs, quelque chose ruisselait le long de ma bouche, le gout métallique ne trompait pas, c'était du sang. Je regardais autour de moi, lHayley évitait mon regard et Max se tenait debout à un mètre de moi, il me fixait avec un mélange de pitié et d'admiration.
« Tu peux aller te reposer, c'est terminé », c'était bien la première fois que Max me parlait avec autant de compassion. Je cherchais Eric du regard mais il avait disparu.
« Est-ce que vous avez vu ce que vous vouliez voir ? », demandais-je froidement.
« Oui, et bien plus encore », lâcha-t-il en se dirigeant vers la sortie l'air grave.
