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"softly, softly
know me"
ultraviolet - fka twigs
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6. les fleurs
Draco adorait voir les gens mourir de l'intérieur.
Il aimait assister à l'avant, lorsque la victime insoupçonnée se dirigeait droit dans la gueule du loup sans même hésiter. Il aimait être là pour l'après et constater avec délectation l'ampleur des dommages collatéraux. Mais ce qu'il préférait par-dessus tout, c'était observer l'instant T où tout virait au désastre complet. Véritablement son passe-temps favori. Sa télé-réalité en temps réel. Et chez Johnsons & Johnson, il y avait de quoi être servi.
« Bête » n'était pas l'adjectif qui qualifierait Monahan. Quelqu'un de bête n'aurait jamais fait remporter un contrat de quatre millions à la boîte par le simple pouvoir de ses canines chirurgicalement blanchies et d'un bac plus six. Il fallait le voir défiler dans les couloirs depuis, le torse bien bombé dans son costard sur-mesure, surtout lorsque Granger était dans les parages. Il soutenait même Draco du regard, maintenant, ce qui était une grande première.
Donc, non. Il n'était pas bête. Arrogant, peut-être. Hâtif. Un poil trop sûr de lui. Légèrement naïf.
Donc, oui. Bête.
Draco récupéra son expresso, y glissa deux cubes de sucres et souffla tout doucement par-dessus la fumée, les yeux rivés sur la vitre. De son perchoir, il pouvait observer la silhouette de Monahan passer les tourniquets de l'entrée et traverser le hall de sa démarche de coq fier, un splendide bouquet à la main. Des roses blanches, des véroniques mauves, du feuillage. Des orchidées.
Draco sourit.
« On est de très bonne humeur ce matin, dis donc. » constata Blaise en entrant dans la cuisine, sa tasse en main.
Draco cessa de sourire.
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L'avant, c'était Monahan qui vidait sans ménagement les fleurs du personnel floral de Johnsons & Johnson pour y planter son propre bouquet. C'était ses déambulations inutiles et m'as-tu-vu-esques entre les bureaux, son vase en main tel un trophée. C'était son sourire de mâle satisfait à chaque 'ooh !', 'aah !' et 'wow, c'est pour qui ?' de ses collègues. C'était Granger qui arrivait cinq minutes plus tard, toujours ponctuelle, toujours pimpante, et qui se dirigeait en toute innocence vers son bureau. C'était les regards excités de connivence qui s'échangeaient et celui infiniment goguenard de Monahan.
« C'est… qu'est-ce que… qui a mis des — kof kof kof — des orchidées dans mon bureau ? » suffoqua Hermione lorsqu'elle réapparut trois minutes plus tard, yeux rougis et joues en feu.
Et l'instant T, l'instant de grâce, c'était la décomposition lente et complète jusqu'à la pâleur cadavérique du visage de Monahan sous les oeillades médusées de ses collègues. Un spectacle d'une rare beauté. Dix sur dix. Draco étouffa un rire dans son café. Car il fallait réellement être aveugle pour ignorer le subtil plissement de nez de Granger au contact du parfum à l'orchidée de Maître McGonagall. Il fallait être inconscient pour ne pas, en deux longues années de côtoiement chez Johnsons & Johnson, avoir deviné son évidente allergie à cette fleur spécifique. Il fallait être bête pour miser ses plus grosses cartes sur la Saint Valentin. Avec Granger, qui plus est.
Incroyable.
Dans le couloir, Granger toussait toujours à en recracher un poumon par terre, trois de ses collègues l'encerclant d'un air soucieux. Monahan s'était de son côté silencieusement terré dans sa chaise et fixait la scène avec des yeux ronds d'écolier réprimandé. Blaise rentra en coup de vent dans la cuisine pour remplir un verre d'eau et sortit aussitôt le porter à une Granger de plus en plus agonisante.
Draco froissa son gobelet de café et fit un dunk avec dans la poubelle.
Quel magnifique début de journée.
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Toute l'histoire est écrite (shocking, i know) mais j'ai décidé de poster une partie par jour jusqu'à la Saint Valentin car, pourquoi pas ! En espérant que ce petit début vous plaise. :)
xo.
