Bonjour !
Voici l'OS du jour (assez vieux à vrai dire, l'un des premiers de cette série que j'ai écris, oupsie), avec Magnus Wilkes et Walden Macnair. Une certaine Capucine Rosier est brièvement citée, c'est l'amoureuse de ce cher Mag. J'ai basé tout ceci sur la légende irlandaise des Banshees.
Bonne lecture !
Cris de vie, cris de mort.
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The Irish beautiful death-messenger.
« 'Tis said the cry of the banshee is a brief loud shrill screech
That into the depths of the soul seem to reach
And those who have heard it will never forget
That loud ear piercing scream 'til the day of their death »
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D'une solennelle quiétude ; ainsi pouvait-on décrire n'importe quelle plaine éloignée en Irlande. La silencieuse campagne aux alentours de Galway n'avait pas beaucoup de distraction à offrir pour un jeune homme comme Magnus Wilkes, mais au moins, il pouvait compter sur son cousin Walden Macnair pour lui rendre visite de temps en temps et passer un peu de temps à deux, en famille. Leur complicité et leur amitié n'étaient plus à refaire. Lui aussi était irlandais, ils avaient grandi ensemble sous la protection de leur grand-père commun. Et c'est ainsi que seul des éclats de rire se faisaient entendre dans les couloirs résonnants du Manoir Wilkes. Les deux jeunes hommes célébraient leur diplôme, qu'ils avaient obtenu quelques semaines plus tôt à peine. Enfin, ils étaient débarrassés de Poudlard et de ses stupides règles et restrictions. Cela venait avec un prix, évidement, car Walden et lui ne pourraient plus voir aussi souvent les deux femmes qu'ils portaient respectivement dans leur cœur. Mais peut-être était-ce pour le mieux, se disaient-il. La concentration était de mise lorsqu'on servait le Seigneur des Ténèbres. Maintenant qu'ils exerçaient leur magie pour la Cause seulement, ils n'avaient plus le droit à l'erreur. Pourtant, tout aussi humains qu'ils étaient, un peu de détente était parfois de rigueur pour les deux jeunes adultes qu'ils étaient.
« - Arrête de boire, ou tu ne pourras même plus transplaner, Wal' !
- Parle pour toi, mauviette ! répliqua Walden en se saisissant d'un autre petit verre, qu'il but d'une traite. Je n'aurais même pas de gueule de bois demain matin, ne rêve pas… Mais je t'aiderai à tenir debout, ne t'inquiète pas ! »
Magnus leva les yeux au ciel, non sans un regard amusé. Son cousin poussa alors un verre vide devant lui, qui se retrouva alors rempli de Whisky Pur Feu en un seul coup de baguette magique de la part de ce dernier. Il fallait avouer que Walden pouvait se montrer très convaincant, bien plus qu'il ne le serait jamais lui-même. Manipuler les esprits, convaincre … Voilà quelles étaient les spécialités de ce dernier. Et Magnus adorait cela, lui qui ne pouvait pas feindre des sentiments ni dissimuler ce qu'il ressentait. La peur que cela ne le mène à sa perte le hantait chaque jour. Trop explosif, il avait tendance à convaincre par les coups de baguette et de poing plutôt que par les mots. Il adorait laisser son cousin le faire céder, sachant qu'il avait seulement des bonnes intentions envers lui. Après tous, ils étaient comme des frères et s'étaient toujours mutuellement aidés et soutenus. Même lorsque l'un deux se retrouvait dans un pétrin indescriptible, l'autre était là pour l'aider et garder des secrets compromettants. Il était évident que Walden était l'une des seules personnes en ce bas monde à savoir ce qu'il se passait entre Capucine Rosier et Magnus ils s'aimaient d'un amour interdit, passionnel et dangereux. Lui qui était un « vulgaire Sang-Mêlé » ne pouvait décemment pas se retrouver avec une Sang-Pur de son rang. Le père de Capucine ne l'accepterait jamais… Alors ils se voyaient en secret dès qu'ils le pouvaient.
« - Allez, fête, profite, vis un peu. Cela ne te ressemble pas de te limiter en alcool et en amusement. Célèbre, Mag, célèbre notre liberté. Tu regretteras plus tard ton ivresse, pas le temps pour les rêveries !
- Tu crois vraiment que je vais regretter quoi que ce soit ? répliqua alors Magnus d'un ton espiègle. »
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De nouveau, ce silence perçant, si éclatant que Magnus se réveilla en sursaut, affalé sur l'un des somptueux canapés de son salon. L'ambiance avait changé, le manque de bruit avait maintenant un effet paradoxalement oppressant et perturbant. Son regard balaya alors la pièce, cherchant à comprendre quel bruit avait bien pu l'arracher à son sommeil de la sorte. Mais il n'y avait personne d'autre que Walden, qui dormait toujours sur un autre des canapés et une bouteille à moitié vide encore dans la main. Il avait l'air complètement assommé par l'alcool. Peut-être les deux jeunes hommes avaient-ils un peu trop abusé du Whisky Pur Feu… Il en fallait pourtant tellement pour les rendre ivres. Personne ne pouvait nier que les deux irlandais s'étaient sacrément entraînés à tenir l'alcool.
Seulement, il avait encore tous ses sens. Un vent froid balaya alors la pièce. D'où venait-il ? Magnus n'aurait pas su l'expliquer et semblait être le seul à l'avoir senti, car Walden ne bougea pas ni ne frissonna. Il se leva alors du canapé, non sans jeter un coup d'œil à son cousin profondément endormi, et s'approcha de la très large et luxueuse cheminée, avec un air intrigué. Son dos faisait face à la porte, tandis que son regard restait fixé vers les cendres dans la cavité au sol, indubitablement attiré par celle-ci sans qu'il ne puisse l'expliquer. Et soudain, un sursaut. Une silhouette élancée apparut alors devant lui, toute vêtue de vert. Bien que présente et visible, elle semblait lointaine, comme abstraite. Un frisson provoqué par sa présence parcourut alors l'échine du Mangemort, mais il fit de son mieux pour ne rien laisser paraître. L'aura de la femme, qui semblait être dans sa trentaine malgré son visage triste et fermé qui la vieillissait un peu, était à la fois rassurante et angoissante.
« - Êtes-vous un fantôme ? Une hallucination ? Je crois que j'ai encore trop forcé sur les mélanges…
- Je ne suis ni l'un ni l'autre, Magnus. Je suis un présage.
- Vous connaissez mon nom ?! demanda-t-il en fronçant les sourcils, sur ses gardes. »
Magnus réfléchit à toute allure. Étrangement, la femme lui rappelait quelqu'un sans qu'il ne puisse pour autant mettre un nom précis sur son visage. Était-ce quelqu'un de sa famille ? La ressemblance, notamment grâce à ses traits faciaux, étaient frappantes, à n'en pas douter. Ses yeux présentaient une teinte bleutée similaire à celle des prunelles de Walden plutôt qu'aux siennes, mais ses longs cheveux d'un blond vénitien intense lui étaient uniques. La réponse le frappa avec la vitesse d'un Éruptif en pleine course... C'était Brianna Wilkes, née d'un père du même nom de famille et d'une mère Macnair, une irlandaise des plus typiques grâce à ses deux parents, avec l'accent et l'attitude qui allaient de pair. Elle était l'arrière-arrière-arrière-grand-tante de Magnus et même de Walden. Cela expliquait son air accablé, elle qui avait tragiquement perdu son fils de façon précoce. Mais comment cette femme pouvait-elle donc se retrouver face à lui de cette façon, alors même qu'il ne connaissait, à l'origine, que son portrait et les histoires de famille que l'on racontait sur elle ?
Le jeune homme fit un pas vers elle, après avoir pris une grande inspiration pour rassembler son courage. Mais lorsqu'il voulut en faire un deuxième, une force invisible l'en empêcha et noua un peu plus sa gorge. L'air sembla se montrer plus rare à mesure que l'atmosphère de la pièce devenait plus austère et plus oppressante. Magnus s'étonna même que Walden ne se réveille pas. Ce dernier semblait comme pétrifié dans son sommeil. Sans pour autant être mort, sa cage thoracique ne se soulevait plus qu'à peine, comme si le temps s'était figé autour d'eux.
« - Qu'est-ce que vous êtes alors ? Que faites-vous là ? demanda-t-il d'une voix pressante en reculant alors à sa place originelle. Pourquoi moi, pourquoi maintenant ? Vous êtes Brianna Wilkes ! Enfin, je veux dire Rosier… Vous êtes morte depuis longtemps, un siècle nous sépare… »
Elle ne répondit pas tout de suite. Le visage du jeune irlandais se ferma alors un peu plus, tandis qu'il serrait les poings. Il n'était pas tant en colère, mais plutôt frustré de ne pas tout comprendre. « L'alcool me monte sûrement à la tête », se disait-il. Mais pourtant, la scène semblait si vraie, si réaliste. Au lieu de ressentir cette douce chaleur que lui procurait habituellement le whisky, un froid vicieux s'insinuait doucement à travers le tissu de ses vêtements. Il ne s'était même pas changé pour dormir, comme à chaque fois qu'il passait du temps avec Walden jusqu'à s'endormir sous l'ivresse. Puis sans prévenir, face à un Magnus stupéfait, elle se mit à pleurer et à chanter en gaélique irlandais, langue que Magnus avait fort heureusement dû apprendre lorsqu'il n'était encore qu'un enfant, comme le voulait la tradition familiale.
« - C'est ton amour pour elle qui la perdra, c'est son amour pour toi qui te perdra… Dès que Yule viendra, jamais plus tu ne seras…
- Qu'est-ce que… commença-t-il, d'une voix basse.»
Brianna sanglotait à chaudes larmes, les mains légèrement relevées de chaque côté de son corps. Elle avait les yeux grands ouverts, plongés dans ceux du jeune homme qui était paralysé d'effroi. Il ne comprenait absolument rien à ce qui se déroulait sous ses yeux. Horrifié, Magnus constata qu'une lâche de sang s'agrandissait de plus en plus au niveau du ventre de la femme, sur ses vêtements qui perdaient également de plus en plus d'éclat. Il recula prestement un peu plus tandis qu'elle continuait sa sinistre litanie sur un air des plus accablants.
« - Avec un enfant elle partira, et faire son deuil tout le monde devra… Le silence sera leur redevance, et devant telle instance ils perdront leur influence… Telle sera leur déchéance, car ils n'auront plus de descendance…
- STOP ! hurla Magnus, qui cherchait sa baguette à tâtons dans ses poches, sans succès. »
Mais avant qu'il n'ait pu faire quoi que ce soit d'autre, le jeune homme abandonna l'idée de trouver son arme et plaqua ses mains sur ses oreilles : Brianna avait cessé ses sanglots pour les remplacer par un long cri aigu et perçant. Si celui-ci n'avait pas été uniquement destiné à Magnus, il aurait été discerné jusque dans plusieurs villages des alentours. Le Mangemort ne put s'empêcher de tomber à genoux, tandis qu'il ferma rapidement les yeux pour rassembler ses idées. Tous ses membres tremblaient et sa tête lui tournait vivement. Un mauvais pressentiment le saisit, comme si le but de son ancêtre était de le prévenir de quelque chose. Un présage, avait-elle dit. Une sensation d'impuissance s'insinua alors doucement en lui tandis qu'il comprenait soudainement la nature de l'entité qui s'était présentée à lui. La logique de la scène frappa le sorcier, car Brianna était l'un des symboles de leur famille, l'une des femmes ayant connu une mort sans paix à cause de sa douloureuse vie.
« -Une Banshee… Non… Vous…»
Il était à terre. Sa voix, d'ordinaire si imposante et masculine, n'était plus qu'un souffle saccadé. Ses prunelles bleutées se firent humides et sa vue se troubla, et pourtant, il jura avoir vu le visage de l'apparition changer. Pendant un instant, seulement une fraction de seconde, il aperçut les traits de Miles Avery devant lui avant que le visage de Brianna Rosier ne revienne… Celui à qui on avait promis d'offrir la main de celle qu'il aimait.
« - Je te la prendrais… Je l'arracherai à tes bras… asséna la fausse silhouette de son ami sous ses yeux, avant de disparaître. »
Le doute s'insinua doucement en Magnus, qui la regarda alors l'entité disparaître tout comme elle était arrivée : dans un nuage de fumée semblable à des cendres dispersées par le vent. Était-ce vraiment une Banshee ? Elle semblait bien l'avoir prévenu de la perte de quelqu'un, mais d'ordinaire, les Banshee ne prenaient pas l'apparence de celui-ci qui arrachait l'être aimé. Quelle sourde malédiction que d'être irlandais dans ce genre de situation. Et s'il avait aussi entraperçu une Leanan sìdhe ? Celle qui venait vers les gens pour leur arracher l'être aimé, qui avait souvent la forme d'une jeune femme. Son esprit avait dû lui jouer des tours, à n'en pas douter. Il en avait entendu parler par son grand-père Alistair, fervent passionné du folklore magique de la famille Wilkes, qui s'efforçait toujours de transmettre à son petit-fils tout ce qu'il savait sur leur grande et très ancienne famille celte, descendante directe de druides païens. Si c'était bien cette créature, pourquoi prendre les traits de Miles à la place d'une innocence vierge qui serait venue le séduire ? Après tout, peut-être que sa Leanan était Capucine, celle qui le mènerait à sa perte sans qu'il ne s'en soucie. Mais surtout, comment savoir si tout cela était vrai ou simplement un pur produit de son imagination ? Il ne pouvait décemment pas en parler avec son grand-père sans évoquer le nom de son amante.
Plongé dans ses pensées les plus sordides pendant un court temps qui lui parut être une éternité, Magnus n'entendit ni ne vit pas son cousin se lever du fauteuil, réveillé par le cri d'effroi qu'il avait pu pousser lorsque l'entité s'était envolée. Walden ne semblait pas perturbé le moins du monde, ce qui laissait penser qu'il n'avait pas assisté à la scène. Et Magnus avait raison de penser cela, car il ne se doutait de rien.
« - Magnus, hého ? Mag ? Par Morgane, qu'est-ce qu'il s'est passé ? Tu nous fais une crise de quoi là… ? »
Walden serra un peu plus sa main sur l'épaule de son cousin, non sans se mordre la lèvre. Il l'aida alors à se relever et à se rasseoir sur le canapé, préférant ne pas poser trop de question pour le moment. Magnus avait l'air bien trop perturbé pour cela, alors il se contenta d'appeler Praline, l'elfe de maison des Wilkes, pour avoir un verre d'eau à lui servir.
« - Mec, t'as trop bu ?
- Capucine… murmura alors Magnus avec un air absent mais terrifié. »
Voilà !
A la prochaine.
