Réponses aux reviews :

Suu-kuni : Merci beaucoup pour ta review ! La première sur cette histoire ahah ! Reiner est également mon personnage favori, contente de partager cette même préférence avec quelqu'un ! Je suis très heureuse de voir que cette histoire te plaise, et de voir que ma description de Reiner te semble également fidèle ! Et au passage, merci de m'avoir prévenue pour le chapitre 3, j'ai corrigé cela et tu peux à présent aller le lire ! :)

Je te souhaite une très bonne lecture ! Pour information, les chapitres sortent toutes les deux semaines, le jeudi. J'ai hâte d'avoir ton avis sur la suite, malgré ton appréhension de la fin ahah !


Marcel avait toujours été le grand-frère de tout le monde. Peu lui importait son propre sort, tant qu'il pouvait aider les autres. Le brun était celui sur lequel s'appuyaient guerriers et supérieurs, soldats et eldiens, humains et titans. Reiner l'avait longtemps admiré pour son altruisme sans faille, et sa dévotion envers ceux qu'il aimait. Combien de fois avait-il séparé ces combats désespérés entre Reiner et son petit frère ? Combien de fois s'était-il excusé pour le comportement de Porco ? Combien de fois l'avait-il soutenu dans son souhait d'être un guerrier ? Le soldat n'arrivait plus à les compter.

Reiner, je suis désolé...

Le blond se souvenait du regret qui dansait frénétiquement dans ses prunelles brunes. Il n'avait pas compris pourquoi leur leader s'excusait, sur le moment. Le feu crépitait dans la nuit ténébreuse, reflétant l'éclat des flammes sur les visages des quatre enfants. Les braises frémissantes étaient le seul bruit qui couvrait le silence du paradis.

En vérité, tu n'aurais pas dû être choisi... Je me suis arrangé pour que tu sois pris, à la place de Porco...

Quelques larmes roulèrent le long des joues du guerrier doré, et il eut du mal à inspirer convenablement. C'était comme si un grand vide avait remplacé sa fierté d'avoir été l'élu. Il voyait cette scène, autour du brasier rassurant, comme s'il n'était qu'un spectateur. À ses côtés, Berthold et Annie semblaient gênés par la révélation de l'aîné Galliard. Celui-ci reniflait face aux remords qui l'étreignaient.

Je voulais mettre mon petit frère à l'abri... Pardon, Reiner...

Ainsi, il n'avait pas vraiment gagné, hein ? Il n'avait pas été meilleur que Porco... Ce n'était qu'un mensonge. Reiner n'avait pas été choisi pour être un guerrier. Il ne serait jamais un héros, il ne compléterait jamais sa mission. Puisqu'il n'avait pas été choisi, finalement, hein ?

Un guerrier de substitution. Sa détermination et son labeur acharné n'avaient donc pas suffi... Le cuirassé par défaut, le sacrifice d'un grand frère, voilà ce qu'il avait été. L'enfant s'était levé, légèrement tremblant. Non, il était le guerrier que mère patrie avait choisi pour hériter du titan cuirassé. C'était le mensonge qu'il se répétait en boucle, si bien qu'il n'avait pas entendu les grognements plaintifs qui avaient fusé, derrière lui. Puis, lorsque le blond se retourna, il était déjà trop tard. Ses pieds étaient vissés dans la boue visqueuse, et le regard vide du titan convoitait déjà sa chair infantile.

Marcel le poussa violemment, et l'enfant aux yeux d'or s'enfonça dans la terre humide. Il fixa le visage effrayé de son sauveur, emprisonné dans cette main squelettique. Braun ne comprenait pas. La terreur balaya ses questions et ses capacités de raisonnement. Il aperçut les dents géantes qui se refermaient sur le corps de son ami, et son esprit lui hurla de fuir. L'adrénaline se déversa dans ses veines comme une cascade violente, et il partit en courant. Il oublia Annie, Berthold et Marcel. Il oublia son tragique sort et celui de son sauveur. Il oublia sa mission et son pouvoir de titan. Reiner prit la fuite et oublia tout.

Le fuyard finit par s'arrêter, au bout d'un moment. Quelques minutes ou quelques heures plus tard, il ne savait pas très bien. Il avait mal aux jambes, et avait l'impression de cracher ses poumons, tant il manquait d'air. Seul contre cet arbre, l'enfant surplombait la clairière déserte. Dans son ombre, les affres de ses regrets dansaient de manière diabolique.

Il allait mourir ici.

Marcel avait été bouffé par sa faute... Qu'était-il arrivé à ses deux autres amis ? Avaient-ils été dévorés, eux aussi ? Il ne se souvenait pas de ça, son esprit était vide... Que devait-il faire ? Reiner ne devait pas rester là, il allait finir par être tué, lui aussi...

Quelque chose frappa violemment son ventre, et il poussa un cri de douleur en roulant sur le côté. Le blessé redressa la tête et aperçut le visage trempé de sueur d'Annie, suivie de près par Berthold. La respiration de la jeune fille sifflait. Le blond ne les avait même pas entendus...

Pas mal. C'est la première fois que tu me bats à la course.

Le détenteur du titan colossal tomba sur les genoux. Reiner sentait ses abdominaux le brûler, mais il arriva néanmoins à retenir le haut-le-cœur qui souhaitait passer la barrière de ses lèvres. Le guerrier appuyait ses bras sur son ventre, comme si la chaleur de ceux-ci apaisait sa douleur.

Si l'on s'était occupés immédiatement du titan qui a mangé Marcel... On n'aurait pas perdu le titan mâchoire... Mais vous êtes tous les deux partis en courant... Et je ne savais pas quoi faire... Putain, Marcel ne reviendra pas...

Braun tentait de faire fonctionner les quelques neurones qui daignaient encore réaliser leur tâche. Comment auraient-ils pu savoir qu'un titan agirait ? Après tout, on leur avait dit qu'il n'y aurait pas de titans, vu qu'ils se regroupaient près des murs... Berthold lui répondit que rien n'était garanti. En effet, on leur avait appris que les titans se comportaient parfois de manière imprévisible... Reiner se sentait hors de son corps. Lorsqu'Annie proposa de retrouver le mâchoire et de rentrer au port, le visage serein de sa mère prit toute la place derrière ses prunelles dorées.

Je sais que tu seras capable de réussir ta mission... Et je suis sûre que ton père prie pour ton succès, lui aussi.

Ses deux amis lui tournaient déjà le dos. Ils étaient résolus à quitter cet endroit, à abandonner la mission... Comment allait réagir sa mère ? Les autorités Mahr ? Reiner avait plus peur de rentrer que d'affronter les obstacles le séparant de sa mission.

C'est vrai, Reiner, tu ne peux pas y retourner comme ça. Si tu retournes à Revelio, tu te feras dévorer par le prochain guerrier. Ils t'enlèveront le cuirassé, vu ce que tu as fait.

Il ne pouvait pas les laisser partir. Pas juste pour lui... Il ne serait pas le seul responsable de leurs trois fuites. Les trois camarades n'étaient que des démons à leurs yeux, tout était un bon prétexte pour les éliminer. Et le titan mâchoire était le plus rapide, il n'aurait aucun mal à les semer... Peu leur importait leur choix ; s'ils s'épuisaient à poursuivre l'assassin de leur ami, ils finiraient dévorés par les autres titans. S'ils rentraient à Mahr en racontant tout ce bordel, leur sort ne serait pas agréable non plus... S'ils voulaient rentrer, ils devaient avoir des résultats... Ils ne pouvaient pas revenir sans l'originel. À ces mots, la combattante lui reprocha de ne pas avoir tenu ce raisonnement quelques instants plus tôt. Il les menaçait pour se protéger, et dans les yeux d'Annie dansaient des relents de colère.

Alors tu expliqueras tout ça à Magath ! Tu lui diras « tout est ma faute » !

La tête du cuirassé partit vers l'arrière sous la puissance du coup de son amie. La douleur fut telle qu'il se mordit la langue, et son sang chaud aveugla ses yeux humides. Elle profita de sa chute pour le ruer de coups de pied. Le talon en cuir de sa chaussure faisait craquer sa maxillaire et ouvrait sa peau blanche.

« Des mahrs d'honneur » ?! « Des guerriers choisis » ?! Peu importe ! Mahr, Eldia, ils peuvent tous aller en enfer ! Ce sont tous des menteurs, tous autant qu'ils sont ! Ils ne pensent qu'à eux-mêmes ! Et je suis pareille, je dois rentrer vivante !

Son sang rentrait dans son nez, étouffant Reiner dans ses regrets et sa douleur. Le liquide garance se mélangeait avec la boue. L'enfant doré avait l'impression d'être une immense plaie béante. Chaque parcelle de son corps meurtri était semblable à une myriade de flammes qui le brûlait intérieurement, à mille piques qui s'enfonçaient dans sa chair.

Tu sais que tu étais sensé mourir il y a une minute ?! Si tu te sens mal, alors crève ! Prends tes responsabilités et crève !

Au bout d'un certain temps, Annie cessa d'user la semelle de ses chaussures sur le visage du guerrier. Reiner demeura immobile sur le sol. Sa respiration sifflait. Ses os avaient tant craqué que cette mélodie résonnait sempiternellement au sein de son crâne. Avait-il encore ses dents ? Malgré la douleur, le blessé se redressa. Il se jeta sur son assaillante qui lui tournait le dos et, au sol, passa son avant-bras contre sa gorge. La blonde se débattait pendant qu'il renforçait sa prise sur les tissus mous de son cou. L'ensanglanté sentait les veines de la plus petite pulser contre son muscle, quémandant l'espace suffisant pour accomplir leur traversée.

Reiner est mort. Si vous avez besoin de Marcel... Alors je serai Marcel. C'est le seul moyen... Rentrons tous ensemble à la maison.

La suite du voyage était floue. Il se souvenait de la fatigue d'Annie et des titans qui les rattrapaient. Il se souvenait de sa transformation et du sauvetage de Berthold, après qu'il ait brisé l'immense porte en pierres. Il se souvenait de son escalade et de ce moment où le mur Maria s'effritait sur ses épaules.

Je voulais devenir un guerrier, car je pensais réaliser ainsi le rêve de ma mère et nous permettre de vivre avec mon père... Néanmoins, mon géniteur n'a jamais souhaité la même chose. Ma mère a toujours rêvé d'une chose qui n'arriverait jamais... Je n'étais pas sensé être un guerrier, et je n'étais même pas sensé vivre au-delà d'aujourd'hui.

Pourquoi Marcel s'est-il excusé ? Pourquoi a-t-il sauvé quelqu'un comme moi ? Je ne veux pas que tout se termine maintenant... Je n'ai encore rien changé !

La vision de l'homme s'acheva par l'étreinte qu'il offrait à ses deux compagnons d'infortune, alors qu'ils s'étaient réfugiés au sein du mur Rose. Il leur promit, à voix basse, d'être un véritable guerrier.

Le vice-capitaine Braun rouvrit les yeux dans cet espace clos et isolé. Le Karabiner 98K était toujours sur ses cuisses, comme si c'était sa véritable place. S'il était mort ce jour-là... Ils auraient peut-être été capables de ramener Eren. Si Porco Galliard avait été le cuirassé, jamais ils n'auraient perdu le mâchoire... Si Reiner n'était jamais né, ils n'auraient pas tant souffert. Tous ces soldats et tous ces guerriers...

L'adulte doré poussa un dernier soupir, et se pencha sur le côté pour saisir une bouteille en verre. À l'intérieur de celle-ci, un liquide rougeâtre dégageait une odeur aseptisée, et il devait se retenir de respirer pour pouvoir en ingurgiter quelques gorgées.

À la vôtre, mes frères et sœurs d'arme.

Son œsophage brûla sous l'alcool qui glissait jusqu'à son estomac, et le guerrier fit une grimace de dégoût lorsqu'il avala les dernières gouttes amères. Une étouffante chaleur monta le long de son système nerveux, et frappa sa tête de plein fouet, la faisant tourner légèrement. Il déposa le contenant sur la table, éclaboussant au passage le bois usé, et posa ses yeux sur son fusil.

Le soldat prit sa lame-chargeur de cinq cartouches dans le creux de sa main, et l'inséra directement dans la chambre du Kar98k. La balle finale émit un bruit sec lorsqu'elle s'enfonça plus profondément dans la chambre. Le fusil était paré à tuer.

La main du guerrier se mit à trembler inexorablement, et il maudit cette satanée terreur qui l'assiégeait dès qu'il songeait à ce qu'il s'apprêtait à faire. Qu'importe s'il était sobre ou ivre, le résultat était le même : face à son implacable fin, Reiner oscillait toujours.

Ne prenez pas la peine de prier pour moi. Il n'y a aucun ange, là où je vais.