Réponses aux reviews :
Suu-kuni : Ahahah tu verras bien la finalité ! Je suis désolée de te faire tant stresser, mai en même temps, je suppose que c'est valorisant ! J'espère que la suite te plaira tout autant et encore merci pour tes commentaires !
Lorsque Porco Galliard pressa ses doigts contre sa paume d'Adam, Reiner eut l'impression que des ronces s'enfonçaient dans son œsophage. Les épines de ses murmures tranchaient les tissus musculaires et les veines, faisant que le blond s'étouffait dans son propre sang. Il ne pouvait pas reculer, puisque le mur insipide de sa chambre lui ôtait tout espoir de fuite.
Si j'avais été choisi pour être le cuirassé, la mission n'aurait pas été un tel échec. Marcel serait vivant. Berthold serait vivant. Et Annie serait revenue auprès de son père.
Les doigts se resserraient, et plus aucun souffle ne passait les barrières de ses lèvres sèches, plus aucun son ne s'échappait de sa gorge rêche. Le guerrier doré ignorait pourquoi Galliard venait toujours, lors de ces nuits sombres et solitaires ; et il ne savait pas pourquoi il continuait d'ouvrir sa porte.
Une vive douleur le fit gémir de souffrance, et il aperçut la bouche ensanglantée de son camarade. Ses prunelles claires débordaient toujours de haine, mais quelques danses de luxure venaient entraîner la colère, réalisant ainsi un ballet inattendu. Son corps chaud se colla avec violence contre le sien, et la main du second guerrier vint soulever son menton, lui laissant ainsi l'occasion d'inspirer. La voix du cadet devenait de plus en plus bourrue, sifflante, chevrotante.
Embrasse-moi, enflure.
Là était donc sa demande éternelle. Chaque soir, ils mélangeaient leurs sueurs et leur haine mutuelle, mais s'il y avait bien une chose que Reiner ne lui donnerait jamais, c'étaient ses lèvres. Pour lui, un baiser était synonyme de bien des choses ; choses qu'il avait réservées à Berthold, des années auparavant. Le blond détourna la tête d'un geste vif, et le visage de Galliard se tordit sous le coup de l'énième rejet qu'il venait d'essuyer. Reiner était prêt à tout abandonner : son corps, son esprit, sa vigilance. Il laisserait Galliard prendre tout ce qu'il souhaite, jusqu'à ce qu'il ne reste plus rien de lui-même ; jusqu'à ce qu'il oublie qui il est et pourquoi il se trouve ici, dans ses bras. Mais il s'était juré, ce jour-là, de ne pas souiller la mémoire de Berthold et de garder ses lèvres pour ses tristes souvenirs.
La main du plus petit quitta son visage et vint se nicher dans les mèches dorées du vice-capitaine, tirant sa tête vers l'arrière pendant que ses doigts parcouraient le reste de son corps.
Si tu n'existais pas, mon frère serait encore en vie...
Ainsi, nuit après nuit, Reiner ouvrait toujours cette porte et laissait entrer Porco. Ainsi, nuit après nuit, ils s'écorchaient l'un l'autre, sans comprendre pourquoi. Les ténèbres laissaient place à la lumière, et ni l'un ni l'autre ne semblaient se souvenir de ce qu'ils avaient fait, quelques heures auparavant. Un voile pudique recouvrait leurs murmures vindicatifs, jusqu'au coucher du soleil.
Pourquoi continues-tu de m'ouvrir, si tu détestes tant cela ?
Reiner se redressa. Le gardien de ses cauchemars le fixait. Celui-ci refusait de partager son lit, et finissait toujours la nuit assis sur une chaise, à côté du blond. Il ne portait qu'un short délavé, et quelques taches de rousseur décoraient sa peau nue, à côté des griffures, des morsures et des hématomes qui étaient les témoins muets de leurs contacts nocturnes.
Je pense que tu es tout ce que je mérite.
Son interlocuteur pesta et se détourna de lui. Son nez retroussé indiquait bel et bien ce qu'il pensait de son amant. Cependant, Reiner ne prit pas la peine de lui demander pourquoi il continuait de venir, s'il détestait tant cela. Il ne voulait pas vraiment savoir sa réponse...
Ainsi, l'ancien soldat se réveillait à ses côtés, à l'aube. Parfois, Peak était également dans sa chambre ou dans le lieu où il s'endormait, et cela le surprenait qu'elle n'ait pas encore posé de questions. Ou peut-être était-ce si évident, qu'il n'y avait rien à demander...
On dirait que tu faisais de beaux rêves. Alors j'ai décidé de ne pas te réveiller.
Il affichait toujours cet air moqueur lorsque l'endormi se redressait, tremblant, dans son lit de fortune. Peu importait s'il était habillé ou non ; la sueur dégoulinait toujours sur son torse comme le sang eut jadis coulé entre ses doigts. À vrai dire, le détenteur du cuirassé n'arrivait à dormir qu'après leurs instants de débauche, si bien que les visions de son ancienne vie l'assaillaient sempiternellement. Il devenait sondé par des iris émeraude, océan ou noirs comme la mort, qui l'observaient tous d'un air dégoûté. Leurs regards étaient plus douloureux que leurs murmures altiers, plus blessants que les coups qu'il se prenait, seul dans le noir.
Depuis son retour à Revelio, le guerrier semblait être tombé dans une fosse remplie de serpents. Lentement, les corps recouverts d'écailles se mouvaient autour de lui, l'enserrant dans une étreinte venimeuse. Le blond tendait la main et quémandait l'aide de ceux qui passaient au-dessus de l'abîme. Galliard l'observait de haut, un sourire sardonique écartant ses lèvres moqueuses, et il l'observait se faire étrangler par les vipères. Il étouffait et suffoquait seul, et tout le monde le voyait, mais personne ne faisait rien. Ils le regardaient juste mourir lentement.
Il comprenait, à présent. Peut-être laissait-il Galliard l'écorcher, car c'était le seul qui le haïssait autant qu'il le faisait. Peut-être espérait-il que ses caresses ne finissent par l'achever, comptant ainsi sur son rival pour réaliser l'acte qu'il n'osait faire.
Encore un cauchemar ?
Tournant dans son lit, encore et encore, Reiner rêvait qu'on l'achevait enfin. Il se projetait, sauveur de ses anciens amis, héros de ses ennemis, s'interposant entre une frappe fatale et les corps chétifs de ceux en qui il avait confiance. Cependant, même cet acte ne pourrait racheter ce qu'il avait fait. Il avait détruit tant de vies, qu'une mort incroyablement lente et douloureuse ne suffirait pas à expier ses pêchés.
Je n'ai pas besoin que tu me sauves ! La prochaine fois, laisse-moi gérer, merde !
Le visage glabre de Berthold était la seule vision qu'il apercevait, dans ce noir. Ses lèvres pincées, ses yeux sombres qui fixaient l'étendue de ses blessures, sa sueur qui coulait le long de sa tempe. Il entendit sa propre voix, grave et tendue, prononcer ces quelques mots qu'il regrettait tant.
Je ne t'ai jamais vu comme quelqu'un de fiable.
Je sais.
Il pouvait détailler chaque parcelle de sa mâchoire longiligne. Chaque mèche de sa chevelure brune. La courbe de ses épaules. La forme de ses bras lorsque ses muscles étaient contractés. Son torse bombé. Ses jambes longilignes. Reiner se souvenait de chaque détail qui composait Berthold Hoover, et il n'arrivait pas à trouver une seule chose qu'il n'aimait pas.
Reiner...
À l'entente de cette voix qu'il ne pouvait oublier, le soldat s'éveilla en sursaut. Il se redressa sur un lit étroit, dans une pièce poussiéreuse et éclairée. Le soleil était déjà haut, dehors. En face de lui, son capitaine le veillait.
Oh, tu es réveillé.
Le blond lui demanda où ils étaient. Ils n'étaient pas seuls, dans cette pièce : derrière Sieg Jäger, Peak fixait le guerrier doré avec une profonde tristesse. Son regard malheureux lui jeta une décharge électrique, lorsqu'il remarqua qui était l'absent, dans cette pièce.
Berthold ! Où est Berthold ?!
Son supérieur prit quelques secondes avant de lui répondre. Il baissa la tête, et le reflet de ses lunettes ne lui permettait pas de voir ses yeux colorés. Sa cage thoracique commençait à écraser ses poumons. Il avait besoin d'air. Pourquoi ne se souvenait-il pas ?
Actuellement, on est dans un endroit proche du mur Maria. Quant à Berthold... Il n'a pas pu être sauvé.
Reiner n'écoutait plus cette voix froide. Il ne voyait plus les yeux remplis de pitié du titan charrette. Il n'y croyait pas. Le blond ne voulait pas y croire. Berthold, plus à ses côtés ? C'était inconcevable. Depuis gamins, ils étaient toujours ensemble... Toujours. Son futur comprenait sa présence, ou ne serait pas.
Hein... ? Qu'est-ce que tu racontes ? Hey, c'est une blague, hein ?
Un sourire crispé vint déformer son visage horrifié, et il posa ses pieds nus sur le sol pour se lever. La couverture glissa, et le jeune homme sentit l'air frais caresser la peau nue de son torse.
Il va bien ? Il doit être quelque part par ici, n'est-ce-pas ? Il doit être dans une autre chambre. Je vais voir comment il va.
Il fit deux pas en direction de la sortie, quand l'aîné Jäger l'interpella.
Reiner. Nous avons perdu. Nous avons perdu contre Eren et les autres, et ils ont Berthold. Il n'y avait rien à faire pour le sauver, alors je t'ai sauvé toi.
La pression sur son cœur redoubla d'intensité, et il se sentit trahi. Lentement, le survivant se retourna vers l'adepte du baseball, et ses prunelles dorées s'écarquillèrent. Jamais Reiner ne s'était permis de pleurer, depuis la mort de Marcel. Jamais. À la place, ses yeux ambrés s'agrandissaient démesurément, mais la sécheresse faisait rage depuis bien longtemps, à l'intérieur de lui.
Tu as abandonné Berthold ?
Les deux hommes se fixèrent, et ce fut Sieg qui baissa les yeux, devant le regard torturé du cuirassé.
Comme je le disais, cela aurait été du suicide de le sauver dans cette situation. Tu étais à peine vivant, et j'avais également atteint mes limites. Tout ce que je pouvais faire, c'était te sauver avec l'aide de Peak... C'était déjà un miracle de t'avoir ramené.
Une rancœur vorace s'écoula soudain dans son cœur, tel un venin agressif. Cette chaleur se déversa dans ses veines comme la haine plongeait dans le Styx, et un torrent de ressentiment libéra l'angoisse qui l'étreignait.
Conneries ! On aurait pu le sauver ensemble ! Avec la vitesse de Peak et notre force, on aurait pu le secourir ! Ce n'était absolument pas impossible !
Il aperçut la concernée tressaillir de surprise face à ses hurlements. Son capitaine restait de marbre, l'observant crier d'un air blasé. Ses yeux froids lui poignardèrent le cœur, et il quitta la pièce en courant. Était-il le seul à se soucier de son camarade ? Reiner enfila ses anciens vêtements de soldat et courut jusqu'au district de Shiganshina. Peu importait s'il restait des titans, ou ses anciens camarades. Il grimpait sur les toits à l'aide de ses dernières réserves de gaz, et enchaînait de rapides foulées sur les tuiles fragilisées des maisons.
Où sont-ils ? Où ? Si je me dépêche, je serais peut-être capable de les trouver... !
Soudain, les clochers firent place à une cavité béante. Tout avait été rasé. Les maisons, les routes, les débris. Dans ce cercle immense, il n'y avait que le néant.
C'est... Ici qu'on a combattus... Mais alors...
Le guerrier observait les ruines d'un air hébété, avant de tourner la tête vers sa droite. Le vent faisait virevolter les courtes mèches de ses cheveux blonds. Sur le toit d'une maison, quelques traces de sang tachaient les planches en bois. Il vit un corps.
Non. C'est impossible... Ça ne peut pas être réel.
Ses sourcils se crispèrent. Lorsqu'il actionna son équipement tridimensionnel pour se poser sur ce toit, il sentit ses doigts trembler. Le guerrier se précipita sur les planches brunes, qui grincèrent sous le poids de son impulsion. Le blond se jeta vers ces restes humains.
Berthold ! Bert-
Reiner tomba à genoux devant ce corps qu'il connaissait bien. C'était son uniforme, ses bras, son torse. C'était sa marque de naissance sur ce qu'il restait de sa nuque blafarde. Du sang séché tachait sa chemise blanche. Telle une gangrène, les tremblements de ses mains touchèrent le reste de son corps, et l'ancien soldat fut pris de nombreuses secousses. Le silence accompagnait sa respiration erratique. Face à ses relents d'horreur, l'homme mit sa main devant sa bouche, et se plia en deux lorsqu'il ne put les retenir plus longtemps. Il vomit une, deux, trois fois. Jusqu'à ce qu'il ne reste plus rien à l'intérieur de lui. Jusqu'à ce qu'il soit vide.
Au-dessus de sa tête, il pouvait voir les insertions sanguinolentes de ses muscles, ainsi que les restes de son fémur sectionné. Les jambes de Berthold, ces jambes qu'il avait tant caressées, n'étaient plus là. Les bras de Berthold, ces bras qui l'avaient tant enlacé, avaient disparu. Le visage de Berthold, ce visage qui le hantait jour et nuit...
Il ne le verrait plus jamais.
Non... Pas comme ça... Berthold est... Berthold est...
Ses yeux, déjà écarquillés de manière horrifiée, se remplirent de larmes. Pour la première fois depuis des années, Reiner ne put retenir ce torrent qui brouillait déjà sa vision. Ses mains vinrent cacher ses pleurs, même s'il n'y avait plus personne pour observer ses sanglots. De son nez, quelques traces salées coulaient en même temps qu'un filet de bave, et il hurla.
Je ne t'ai jamais vu comme quelqu'un de fiable.
Je sais.
Reiner hurla à s'en arracher les cordes vocales. Il hurla, pour se convaincre que ce n'était qu'un mauvais rêve. Que tout cela n'était qu'un immense mensonge. Un mensonge de plus.
Ne me laisse pas... Je t'en supplie... J'ai encore tant de choses à te dire...
Il avait été détestable, avec lui. Il n'avait pas tenu sa promesse. Ils ne rentreraient jamais chez eux, ensemble... Berthold ne reverrait jamais ses parents. Il ne foulerait plus jamais les pavés de Revelio. Il ne l'attendrait plus jamais comme il le faisait, autrefois.
Laisse-moi tenter de te dire... Ce que j'ai toujours voulu te dire... Laisse-moi juste une seconde... Berthold...! Juste une seconde...
Il explosa en sanglots. Sa main se posa sur la poitrine du mort, dans l'espoir d'y sentir une quelconque chaleur. Cependant, ses doigts n'effleurèrent qu'une peau froide et blafarde. Jamais il n'avait eu si mal au cœur. Malgré toutes ses blessures, jamais Reiner n'avait tant souffert.
Je... Je n'ai pas pu te sauver... Berthold... Berthold... Pardonne-moi...
Respiration précipitée. Yeux écarquillés. Plafond froid. Sueur qui dégouline. Regard clair. Galliard. Odeur d'alcool.
Si seulement tout ceci n'était qu'un mauvais rêve.
La voix rauque du possesseur du titan mâchoire le sortit de sa léthargie. Oui, si seulement tout cela n'avait pas existé. Si seulement ils n'avaient jamais existé... Galliard lui reprochait tous les maux du monde, et il avait raison. Si seulement Reiner n'avait été qu'un mauvais rêve.
Face à ses songes, un soupir amusé passa la barrière de ses lèvres. Le guerrier pouvait arranger cela. Il ne suffisait que d'une pression sur la queue de détente pour rendre le monde meilleur... Pour rejoindre Berthold. L'adulte doré prit le corps du fusil entre ses mains et déposa la crosse de celui-ci contre le sol froid et sale. Le canon était dirigé vers le plafond, et l'éclat du cuivre dans ses yeux d'or reflétait ses larmes amères. Il écarta un peu ses jambes et se pencha vers celui-ci. D'une main, il attrapa la partie froide du fusil, pendant que son autre main vint chercher la queue de détente. Il tâtonna le long du corps du K98. Là. La queue était juste sous la pulpe de ses doigts, attendant patiemment de libérer le mécanisme assassin.
La cartouche était déjà dans la chambre, à l'affût de la première déflagration libératrice. L'arme était silencieuse et immobile, mais Reiner ressentit tout de même cette vieille sensation. Ses propres tremblements le surprenaient. Le fusil lui murmura : « Eh bien ? Qu'attends-tu ? Utilise-moi. »
Le guerrier humidifia ses lèvres. Son cœur, au sein de sa large cage thoracique, palpitait. Il ne savait pas vraiment si c'était la peur qui le faisait trembler autant, ou si c'était l'anticipation.
Contre le palais, juste en face de la base du cerveau. Plus de régénération. Plus de douleur.
Fais-le.
