Ce chapitre est un peu triste, je m'en excuse d'avance, mais il explore encore un peu plus les sentiments d'Harry

J'espère que ça vous plaira :)


Chapitre 23

Lily hurlait dans le bureau de Dumbledore depuis des lustres et la migraine qui battait les tempes d'Harry ne faisait que renforcer son énervement latent. Depuis les événements d'hier, il se sentait à fleur de peau et son entourage ne faisait rien pour empêcher cela, au contraire…

En sortant du bureau du directeur la veille au soir, il était allé directement à son dortoir où il s'était effondré sur le lit. Il aurait presque pu dire qu'il avait bien dormi avant que Drago, Hermione et Ron ne le réveillent en sursaut en s'agaçant sur le fait qu'il n'était pas venu les voir au dortoir et que personne ne leur avait expliqué ce qu'il se passait. Ce réveil l'avait particulièrement énervé, déjà parce qu'il dormait bien, qu'il avait presque réussi à oublier l'entrevue dans le bureau de Dumbledore et qu'il n'avait sûrement pas envie d'en parler à qui que ce soit. Il avait alors essayé gentiment de leur dire qu'ils en parleraient plus tard, mais c'était sans compter leur inquiétude et leur curiosité. Alors, pour la première fois de sa vie, Harry s'était énervé contre ses amis, il leur avait dit des choses qu'il regrettait et pourtant il ne pouvait pas oublier la satisfaction qu'il avait ressenti en laissant échapper cette violence de son corps et le soulagement quand ils avaient tous quittés la pièce.

Il pensait pouvoir se rendormir tranquillement et continuer d'oublier les atrocités des jours passés, mais on l'avait de nouveau réveillé. C'était Mme Chourave, la directrice de sa maison qui le sortit de son sommeil en douceur.

« Harry, je suis désolée de vous réveiller comme ça, mais vos parents vous attendent dans le bureau du professeur Dumbledore ».

« Ah… mes parents… logique. » avait pensé Harry. Dumbledore avait dû les appeler, après tout un élève était mort hier et il était une des pièces maîtresses de ce désastre. Alors, il s'était habillé consciencieusement, avait lissé sa chemise, mis sa cravate jaune et noir et avait traversé Poudlard pour se rendre à la tour du directeur. Seulement, il ne s'était pas attendu à ce débordement de passions lors de son passage dans les couloirs. Les autres élèves s'écartaient de lui comme s'ils avaient peur d'attraper une maladie. Il les entendait murmurer, il sentait leurs doigts pointés vers lui comme s'il était un pestiféré. Au départ, il avait pris ça comme une curiosité locale, ils avaient entendus des rumeurs sur la Chambre et savait qu'Harry en avait pris part, aussi, ils élaboraient des théories farfelues. Mais, le chemin qu'il parcourut pour se rendre au bureau de Dumbledore, lui fit comprendre que ce n'était pas le cas : ils avaient peur de lui. Ils étaient terrifiés, même. Ils croyaient que d'une certaine façon, il avait tué Neville, l'élu. Et Harry ne pouvait pas leur donner entièrement tord.

Lorsqu'il avait frappé à la porte du bureau du directeur, celle-ci s'était ouverte avec une telle rapidité qu'il avait failli tomber à la renverse. Sa mère s'était jeté sur lui et l'avait pris dans ses bras en lui murmurant des « ça va aller mon chéri, ça va aller ». Harry n'était plus un enfant et il savait très bien que ces mots étaient creux et ne servaient qu'à le rassurer, mais surtout qu'à la rassurer elle, sa mère. Aussi, il la laissa déverser son affection et capta le regard de son père qui n'était pas dupe. Après avoir tapoté son dos pendant un petit moment, Lily Potter finit par lâcher son fils et le faire entrer dans la pièce. Trois chaises étaient disposées devant l'imposant bureau du directeur de Poudlard, Harry choisit celle du milieu et s'installa à la droite de son père. En face de lui, il retrouva Dumbledore dans sa position préférée, les doigts joints devant son visage et son regard scrutateur caché derrière ses lunettes en demi-lune. Sa mère s'assit à côté de lui et Dumbledore commença à raconter les événements de ses dernières semaines. Il fut rapidement coupé par l'incrédulité des parents d'Harry face à l'atrocité de ce qui s'était déroulé à Poudlard. Lily passa rapidement de l'incrédulité à la colère devant les risques auxquels son enfant avait été exposé. Quand Dumbledore en vint à l'histoire de la cicatrice et de l'élu, elle poussa un hurlement si strident que cela réveilla Fumseck qui somnolait paisiblement sur son perchoir. La rousse se leva et inonda Dumbledore d'insultes, James tenta désespérément de la calmer et d'éviter le scandale, mais aucun mot ne pouvait faire cesser le débit de paroles de Lily Potter. Elle traita Dumbledore d'incapable et d'égoïste, l'accusa de profiter de sa situation pour gagner la guerre sans penser à la vie des enfants, et Dumbledore ne réagissait pas. La colère de Lily semblait glisser sur lui, aussi bien que l'énervement d'Harry la veille. Et Harry comprit pourquoi. Lily avait raison et Dumbledore le savait. Il en était parfaitement conscient. Bien sûr, il n'aurait pas jeter de plein gré Harry devant Vous-Savez-Qui, mais Harry était l'élu et c'était lui qui devrait affronter le Seigneur des Ténèbres. Un vide froid et lugubre s'ouvrit à l'intérieur d'Harry et il sut exactement ce qu'il était devenu la veille : un pion. Rien qu'un pion minuscule mais essentiel dans la lutte entre Dumbledore et Vous-Savez-Qui et il n'y avait rien qu'il ne puisse faire pour empêcher cela. A partir de ce moment, Harry sut que sa vie ne lui appartenait plus.

« Et si je n'ai pas envie d'être l'élu ? »

Dumbledore tourna vers lui ses yeux bleus, son père lui lança un regard perdu et sa mère mit quelques secondes à stopper sa litanie de paroles avant de le regarder.

« Et si je n'ai pas envie d'être l'élu ? répéta t-il sur le même ton las

- Ce n'est pas un choix Harry, expliqua Dumbledore sur ton monotone

- Si ça l'est. C'est vous qui avait choisi de croire cette prophétie et de croire que j'étais l'élu. Qui me dit que cette prophétie est juste ? Rien d'autre à part vous.

- Tu sous-entends que tu n'as pas confiance en moi Harry ?

- Oui, tout à fait. Après tout, vous vous êtes bien trompé une fois. »

Ses parents froncèrent les sourcils et Dumbledore accusa le coup, au fond, Harry pouvait très bien voir qu'il l'avait réellement blessé, que la perte de Neville était plus qu'une perte stratégique et militaire. Et pourtant, il ne cessait de penser que Dumbledore l'avait mérité.

« Harry, mon chéri, je sais que cette situation est affreuse et que je ne suis pas forcément d'accord avec le professeur Dumbledore sur comment la gérer, mais je sais une chose, c'est que s'il dit que tu es l'élu, c'est malheureusement que tu l'es ». Lily s'était approché d'Harry pour déclamer ces paroles, elle s'était rassise sur sa chaise, l'avait approché de celle de son fils et avait posé sa main sur son épaule comme pour le réconforter. Mais Harry n'avait pas besoin d'être réconforté, il était vide et il n'avait qu'une envie, la même qu'hier : oublier tout ça, se coucher et dormir pour ne plus jamais se réveiller. Alors, il haussa les épaules, se leva et quitta le bureau du directeur devant le regard inquiet de ses parents. Il descendit les marches de la rampe d'accès et retraversa le couloir immense qui menait aux dortoirs des Poufsouffles. S'il s'était retourné, il aurait vu Drago monter les marches quatre à quatre pour frapper vigoureusement à la porte du bureau de Dumbledore. Il aurait vu les émotions transparaître sur son visage, l'inquiétude, l'incompréhension, l'amour aussi, tandis qu'il s'énervait pour que cette fichu porte s'ouvre. Mais Harry ne vit rien, n'entendit rien, parce qu'au fond, il n'en avait plus rien à foutre.


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