Chapitre 6 : Fleur de figuier
Ce matin là, la brume était déjà épaisse aux alentours de Poudlard. Drapant la forêt de son voile cotonneux. Le froid commençait à s'installer peu à peu. Vitaly s'était réveillé étonnamment tôt, lui qui pourtant ne dispensait pas de cours ce matin-là. La basse température de sa chambre le poussa à serrer ses couvertures contre lui en se recroquevillant. Malgré avoir tenté de se rendormir, n'y parvenant pas il alla prendre une douche. Après s'être habillé il attendit que l'heure du début des cours passe pour se rendre au laboratoire privé des professeurs de potions. À vrai dire il cherchait quelque peu à éviter sa collègue. La proximité de la veille lui semblait l'avoir dévoilé. Il devait s'imposer une distance, pour elle comme pour lui. Vitaly songea qu'il ne devait pas oublier la raison qui l'avait amené ici, avant de se rendre au laboratoire.
De son côté Hermione faisait déjà passer une évaluation à ses élèves en préparation à l'école de médicomagie. Ils étaient toujours studieux et n'avait pas rechigné à faire cette interrogation si prématurée étant donné que les cours venaient de commencer il y'a à peine un mois.
L'heure de la pause déjeuner arriva bien vite. Les élèves trépignant d'impatience et le ventre gargouillant affluaient dans la grande salle. Les dépassant de toute sa taille, Vitaly se rendait au déjeuner, pestant à chaque bousculade. Lorsqu'un élève le percuta en courant il haussa la voix.
- 50 POINTS EN MOINS POUR SERDAIGLE.
Le garçon de première année se calma instantanément et n'osa pas se plaindre de sa sanction. Il était trop effrayé et se plaça en rang avec les autres élèves, baissant les yeux et tremblant.
La puissance de la voix de Vitaly s'était fait entendre dans tout le périmètre de la Grande Salle et dès lors, le silence régnait. La directrice fît alors son apparition entre les élèves, s'avançant vers le jeune potioniste.
- Merci à vous, fit-elle. Un peu de discipline ne fait de mal à personne.
- Je vous en prie directrice MacGonagall. Il est de mon devoir de faire respecter le règlement.
Elle pivota sur ses talons et avant d'entrer dans la Grande Salle, elle se retourna et lança à l'élève fauteur de trouble :
- Quant-à vous jeune homme, j'espère que cette sanction vous aura appris à ne plus chahuter.
Tout le monde s'installa dans le calme sans se presser. Vitaly regardait toujours les élèves par intermittence pour les surveiller. Il ne tolérait que très mal le bruit et sa matinée de recherches l'avait épuisé au point de lui infliger un horrible mal de crâne. Il manquait qu'une personne à la table, c'était Hermione. Vitaly s'empressa de déjeuner, il avait rendez-vous et voulait avoir le temps de vérifier la concoction qu'il avait préparé plus tôt.
De son côté, la jeune femme s'était pressée à la bibliothèque pour tenter d'obtenir le livre qu'elle avait demandé à la bibliothécaire. Celle-ci était occupée alors elle feuilleta une nouvelle édition de L'Histoire de Poudlard. Cela faisait pourtant des années qu'elle l'avait lu et relu mais elle ne se lassait pas de cet ouvrage. Il lui était si familier, elle connaissait la suite de chaque phrase, toutes les références des propos illustrés. Mais elle se laissait aller à la nostalgie qui s'emparait peu à peu d'elle. Hermione soupira d'aise, finalement être de retour à Poudlard n'était pas une mauvaise chose. Elle était ici chez elle, connaissait l'histoire de ces murs et ses habitants. Enfin, tous sauf Vitaly. Énigmatique. Mais elle repensa à la veille et souri en songeant au compliment indirect qu'il lui avait fait. Son impression sur lui commençait à changer et ses craintes vis à vis de son comportement à se dissiper.
Vitaly arrivait à ce moment même au niveau de la bibliothèque pour rencontrer le préfet qui devait arriver d'une minute à l'autre. Après avoir fini son repas il somma au jeune de se dépêcher de le rejoindre près de la bibliothèque. Il traversait les couloirs d'un pas déterminé quand il commença à ralentir.
Une voix familière s'élevait rompant le calme studieux de la pièce. Pris de curiosité il continua à s'approcher de la bibliothèque cette fois-ci lentement pout mieux entendre ce qu'il se disait.
C'était elle qui parlait à la jeune bibliothécaire. Il ne put entendre clairement ce qu'elle disait, mais il entendit son interlocutrice lui répondre :.
-Je suis désolée Miss Granger, je ne suis pas parvenue à vous avoir cet ouvrage, le dernier a été édité et vendu dans les années 70. C'est rarissime de trouver un livre écrit par un moldu sur les étagères des sorciers. Je suis vraiment désolée…
-Il n'y a pas de mal, je consulterais d'autres ouvrages, merci Mathilda.
Hermione se retourna puis se dirigea vers une étagère pour ranger l'exemplaire de «L'histoire de Poudlard» qu'elle avait pris avant de parler à la bibliothècaire. Elle était quelque peu déçue de ne pas avoir réussi à s'approprier le livre qu'elle désirait.
Calculant qu'elle allait sortir de la pièce, Vitaly se cacha derrière un mur de pierre en plaquant son dos et ne bougeait plus. Elle ne devait pas le surprendre. Elle penserait qu'il voulait l'espionner. Espionner sa collègue semblait douteux et indélicat. De plus il s'était pourtant mentalement imposé une distance à respecter avec elle et ne voulait pas qu'elle pense qu'il la cherchait. Après s'être assuré qu'elle était partie, il sorti de sa cachette. En fait il ne faisait que retarder le moment où il allait la revoir. Il ne savait pas réellement la raison, ou plutôt il ne désirait pas la connaître. Quelques instants plus tard Peterson le préfet arriva à sa hauteur.
- Me voilà, désolé si je vous ai fait attendre Professeur Anatoliévitch , fit le jeune homme en s'approchant de son directeur de maison.
- Non, vous êtes à l'heure.
- Bien, la directice m'a demandé de vous prévenir des sélections de quidditch pour la nouvelle équipe.
- Je suis professeur de potions, pas d'éducation physique magique, voyez cela avec le coach siffla le potionniste en croisant les bras sur son torse.
- Non, ce n'est pas pour la sélection mais pour vous avertir qu'il y aura des absents et que l'école participera à des tournois face aux autres écoles de sorcellerie.
-D'où vient cette idée ?
-De la directrice McGonagall et d'autres chefs d'établissement sorciers. J'ai donc pris connaissance du nouveau nombre de joueurs à savoir huit. Toutes les maisons peuvent participer vous voyez ?
-Poursuivez, lui répondit l'austère professeur.
-La sélection débute cet après-midi. 10 élèves de chaque maison y passeront. Ils ont été présélectionnés. Certains ne pourront donc pas se rendre à votre cours.
Et il lui présenta la liste des absents. Aucun nom d'enfants de mangemorts ou de sympathisants. Il fut rassuré. Cette vermine avait donc cessé de se reproduire. Il signa la liste pour donner son accord.
-Vous pouvez disposer.
Hermione venait de terminer son déjeuner. L'efle Winky lui avait préparé son déjeuner et lui avait apporté dans la salle de cours. La jeune femme avait remercié l'elfe puis engloutis son repas tout en corrigeant une partie des évaluations qu'elle avait fait passer le matin.
Hermione commençait à faire l'appel. Le cours venait de reprendre et son collègue n'était toujours pas là. Ce n'est que quelques instants plus tard qu'il fit son apparition. Il ne prit même pas la peine de la saluer et se dirigea directement vers les réserves de la classe pour chercher le matériel. Hermione était confuse mais se concentra pour dispenser son cours.
La leçon du jour des troisième année portait sur l'utilisation des figuedor dans les potions. Chaque élève disposait d'une fleur et d'une racine. Ils avaient pour consigne de découper et ensuite dessiner ce qu'ils voyaient pour les représenter dans leur livre de cours. C'était Vitaly qui remontait dans les rangs pour aider les élèves tandis que son homologue expliquait les diverses propriétés de la fleur.
-Cette fleur, provient d'une plante originaire d'Abyssinie, commença-t-elle avant de répondre à un élève qui avait la main levée.
- Miss Granger, où est l'Abyssinie ?
- C'est une bonne question, c'est en Éthiopie. La figue a donc besoin d'un climat chaud pour pousser et il faut accorder un soin particulier à sa conservation, sinon elle perd toutes ses propriétés. Et d'ailleurs ses racines sont tenaces et peuvent être utilisées en très faible quantité.
Pour illustrer ses propos elle demanda à ses élèves de déposer une goutte d'un acide sur une racine que Vitaly leur avait distribué.
Ils s'exécutèrent avec étonnement.
- Cette plante peut donc pousser dans presque n'importe quel type de sol. Bien, à présent passons aux propriétés de la figuedor.
La jeune femme expliquait avec passions toutes les propriétés magiques et médicinales de cet ingrédient. Vitaly debout à l'opposé de la salle détaillait malgré lui sa collègue.
Les élèves avaient fini de représenter le sujet du jour et procédé à la conservation des ingrédients. Un à un, ils rangèrent les bocaux et leur matériel.
- Bien, nous reprendrons au prochain cour les figuedors en les utilisant pour la potion de ratatinage.
Voyant qu'il restait encore du temps après l'interclasse, pour passer le temps d'une manière ludique, elle expliqua une des autres utilisations de cette plante
- On peut aussi produire une odeur délicate avec la fleur. On en produit de l'huile essentielle pour l'incorporer à un parfum.
Elle prépara de l'huile essentielle pour souligner ses dires. Elle passa dans les rangs avec une fiole remplit de la délicate huile de figue, pour la faire sentir aux élèves ayants terminés leur travail. Ils semblaient tous ravis par l'odeur qu'émanait la fiole. Le dernier à la sentir fut Vitaly. En sortant de la salle, il ouvrit la porte pour sa collègue étant donné qu'elle peinait à l'ouvrir, ses bras chargés de copies. Elle était plus petite que lui et lorsqu'elle passa tout près, il eut le privilège de sentir son odeur. Hermione sentait le frais et la fleur de figuier.
C'était une odeur sublime. Cela lui fit penser à la tiédeur d'une soirée d'été. Son odeur lui semblait si intime, si proche. Il dévia son regard lorsqu'elle se tenait près de là, elle s'écarta pour le laisser fermer. Elle était belle, il le savait, mais ne devait sous aucun prétexte s'autoriser à la regarder.
-Je suis soulagée de votre retour. Les cours d'aujourd'hui se sont très bien passés... Merci.
Vitaly ne daigna pas lui répondre et tourna les talons, la laissant seule devant la porte de la salle de cours. Il décida de se rendre à ses appartements pour corriger ses copies et se doucher.
De son côté, la jeune femme qui avait pris suffisamment d'avance sur ses corrections, s'était rendue au stade pour regarder les sélections pour l'équipe de Quidditch. Histoire de se détendre et penser à autre chose qu'à son collègue.
Sur le terrain, le coach était accompagné de son assistant, un étudiant de Gryffondor en dernière année qui était le meilleur batteur depuis qu'il avait intégré l'équipe. L'entraîneur se prénommait Sean Andrews. C'était un joueur retraité suite à une blessure. Il avait intégré l'équipe pédagogique il y a un an et s'était porté volontaire pour mener la toute nouvelle équipe de Poudlard United GSHR à la victoire. Le nom lui était venu lors de la dernière réunion lorsqu'il avait dû se rendre à une taverne londonienne pour préparer la saison. C'était le sigle des maisons de Poulard ; Gryffondor , Slytherin , Hufflepuff , Ravenclaw. Rien de trop cherché.
À la fin de la sélection, il s'approcha des tribunes pour saluer l'ancienne élève de Gryffondor.
-Mes hommages Miss Granger. Je souhaitais vous remercier de m'avoir remplacé pour ma ronde de nuit. C'était un grand service.
-Je vous en prie M. Andrews. À ce propos, pouvez-vous me remplacer pour ma ronde cette nuit ?
-Quelle heure ?
-Ce n'est pas tard, de vingt-deux heures trente à vingt-trois heures cinquante.
-Bien. Cela ne me dérange pas... Puis après tout nous devons nous entraider entre collègues.
Il s'éloigna en lui faisait un clin d'œil. Cela paraissait ridicule pour Hermione qui lui fasse un clin d'œil. Elle ne se laissait approcher par aucun homme. En revanche elle serait convaincue par l'idée d'une proximité, de partager de son temps et de ses connaissances avec une personne qui lui apporterait les mêmes choses.
Au dîner, Hermione était presque seule. Les autres professeurs étaient en train de se réunir pour choisir les sélectionnés en fonction de leurs résultats scolaires des années précédentes. Cela ne la concernait pas. Anatolievitch non plus, mais comme à son habitude, il désertait. Ça ne l'étonnait même plus.
À vingt-et-une heure quarante-cinq la jeune femme pu enfin se rendre aux cachots pour récupérer de cette nouvelle journée. Après avoir fait une tasse de thé elle s'installa dans la salle d'études. L'éclairage était parfait et le lieu très confortable et spacieux. Dans le fauteuil où s'était assis la veille Vitaly elle prit place. C'était apaisant. Quelques instants plus tard, il apparaissait comme toujours de cette manière fantomatique qui lui était propre.
-Vous n'étiez pas présente ce midi dans la Grande Salle, commença-t-il.
-Une habitude qui vous est propre, non ? Je suis allée au repas de ce soir, vous n'y étiez pas. Et vous n'avez même pas pris la peine de me saluer aujourd'hui.
-J'y étais ce midi. Je m'attendais à vous voir.
Elle fut un peu surprise de sa déclaration et lui expliqua qu'elle était allée en fait à la bibliothèque et elle avait déjeuné rapidement avant de reprendre les cours.
Soudainement, il lui tendit un livre.
-Tenez.
C'était exactement le livre qu'elle convoitait et n'avait pas pu avoir plus tôt dans la matinée.
-Je... Je ne sais pas quoi vous dire vraiment... Il est si rare…Et…
-Un simple merci me suffira, il lui souffla.
Le livre avait presque l'air neuf. Pourtant, il datait bien de trente ans. Comment diable se l'était-il procuré. Surtout, comment avait-il su qu'elle voulait ce livre en particulier ? Avant qu'elle n'ouvre la bouche pour répliquer afin de trouver les réponses aux questions qui agitaient son esprit, il s'éloigna en lui lançant un «bonne nuit» un peu moins froid que d'habitude.
Échec et mat, il avait réussi à perturber cette brillante jeune femme. Et il la trouvait particulièrement belle quand elle était confuse. Cette beauté l'avait aussi troublé , elle avait remporté la partie. Dans sa vie, il avait dû développer des talents incroyables pour ne jamais rien avoir en tête. C'était bien la première fois. Cette nuit, il ne dormirait pas facilement.
Heureuse d'avoir en sa possession ce livre, Hermione le feuilleta puis s'endormit dans son grand lit, ravie de cette attention..
Alors que pensez-vous de ce chapitre ?
