Chapitre 7 : La cabane hurlante
Les semaines s'étaient écoulées sans encombre. Le morose novembre était déjà là. Modifiant le paysage par les feuilles mortes et son usuelle brume matinale.
Le temps était sinistre, les journées plus courtes et froides. Les élèves portaient déjà leurs vêtements chauds. D'ailleurs, ces derniers commençaient déjà à fatiguer. Les vacances approchaient peu à peu, les agitant au grand malheur de leurs professeurs. En cours, Hermione et son collègue devaient être toujours aux aguets. Le maître-mot étant la discipline. Les adolescents ne devaient pas se relâcher. Les deux adultes n'avaient pas vraiment le temps d'interagir ensembles. Les rondes de nuit s'étant intensifiées, ils n'avaient pas eu l'occasion de se revoir dans la salle d'études. Quelques soirs, ils se croisaient avant de partir ou revenir d'une ronde.
Sans même s'en rendre comptent, ils se cherchaient mutuellement du regard, parfois observait l'autre discrètement sans se faire remarquer.
Le moment que Vitaly affectionnait le plus, pour son observation, était lors des cours. Parfois il la laissait diriger, il se mettait en retrait. Souvent au dernier rang, généralement inoccupé. De cet endroit il avait une vue parfaite sur elle. Cette jeune femme derrière son bureau, les cheveux pris dans une tresse lorsqu'elle veillait à la cuisson d'une potion. Ces cheveux bruns, avec des reflets cuivrés contrastant avec la clarté de sa peau. Ces moments lui plaisaient plus qu'il ne le voulait. Elle faisait tout ce qu'elle entreprenait avec sérieux et passion. Ses lèvres pleines qui se retroussaient, dévoilant ses dents lorsqu'elle souriait à l'intervention d'un élève. Ses poignets graciles... Malgré lui Vitaly ne pouvait échapper à ces détails qui lui provoquaient une sensation étrange dans la poitrine. Qu'il tentait toujours d'ignorer. Cependant, ce qu'il ignorait c'est qu'Hemione aussi le regardait.
Elle aussi l'observait lorsqu'il était occupé. Elle aimait particulièrement le regarder quand il s'activait derrière un chaudron. Ses longs cheveux noirs qui retombaient sur ses larges épaules, étaient attachés en un chignon fait avec les mèches qui habituellement tombaient dans ses yeux noirs. Il avait le nez aquilin, une mâchoire bien marquée sous sa barbe. Il était très fin. Hermione pouvait l'affirmer même s'il portait des capes épaisses et qui tourbillonnaient autour de lui. Qui lui rappelait le professeur Snape.
De temps à autre l'un comme l'autre semblait ressentir un regard braqué sur eux, mais jamais ils ne parvenaient à soutenir ces regards, malgré cette évidence. Depuis la soirée qu'ils avaient partagée, ils avaient tous deux évité le moindre contact, ne le restreignant qu'au travail.
Hermione venait de finir sa ronde. Quelques membres de l'équipe de Quidditch s'étaient réunis dans les escaliers d'une tour. La jeune femme s'était approchée à pas de loup pour les surprendre. Bouches béantes par la surprise l'un d'eux se décida à défendre leur cause.
-Miss Granger, nous sommes vraiment désolés... Vous voyez, demain, c'est un match pour se qualifier à la ligue de Quidditch des Écoles de Sorcellerie. C'est la première LQES. Poudlard doit la gagner !
-Bien que je comprenne votre intérêt jeune homme, vous ne pouvez pas discuter une stratégie à deux heures du matin.
-Mais...
-Où sont les autres ?
-Ils dorment Miss.
-Eh bien, voilà vous avez votre réponse à votre objection. Les futurs champions dorment. Maintenant filez à vos dortoirs !
Ils s'étaient éloignés sans même protester. Passant devant les tableaux Hermione s'excusa de la gêne occasionnée et leur souhaita une bonne nuit. Elle se dirigea vers les cachots pour rentrer, mais elle se souvint qu'elle avait oublié le livre que Vitaly lui avait prêté quelques semaines plus tôt. Le livre n'avait plus de secrets pour elle, demain, elle lui rendrait. La professeure songea qu'il se terrait dans ses appartements comme une bête sauvage le fait dans sa tanière. Et qu'elle aurait donc moins de chance de le croiser. Elle poussa la lourde porte grinçante et alla à son bureau. Le livre était dans un tiroir. Miss Granger l'attrapa et posa ses yeux sur le bureau à côté du sien. Celui du professeur Snape. Penser à lui, fendait son cœur déjà fragilisé par la guerre. Il était mort seul.
*******************FLASHBACK*******************
Cabane hurlante. Mai 1998.
Les derniers instants d'un des acteurs principaux de cette guerre. À mi-chemin entre les ténèbres et la clarté. Le seigneur des ténèbres s'était retiré avec Nagini après qu'il eut froidement ordonné en fourchelangue au reptile de le tuer. Harry s'était d'abord introduit dans le tunnel de la cabane hurlante suivit par Hermione et Ron. À cette vision, son cœur manqua un battement. Par terre gisait un corps convulsant dont on devinait la botte par l'entrebâillement de la porte. Hermione s'était précipitée à ses côtés. La jeune femme estomaquée avait laissé Harry lui parler. Severus l'avait brutalement saisit par le col, émettant des gargouillements alors qu'il tentait de parler. Un liquide d'un bleu argenté s'écoulait de ses yeux déjà mis-clos. Ce n'était pas du sang.
- Prenez-les... Prenez...les.
Harry savait de quoi il s'agissait mais ne savait comment s'y prendre. C'est Hermione qui lui tendit une flasque. À l'aide de sa baguette il la rempli jusqu'à ce que le ruissellement de ce liquide s'arrête.
-Regardez-... Moi... Murmura l'homme.
Le professeur Snape plongea alors son regard noir dans celui d'Harry. Cette fois-ci la lueur inquiétante qui caractérisait son regard avait fait place à un regard fixe, terne et vide.
Un frisson parcouru le long de la colonne vertébrale d'Harry. Il pouvait entendre cette voix stridente et glacée. Harry se leva et parcouru la pièce machinalement, écoutant le discours infâme du Lord noir qui résonnait dans l'habitacle comme s'il était là.
Hermione prit alors sa place aux côtés du professeur agonisant. C'était la première fois de sa vie qu'il avait été aussi proche d'elle. La première et dernière fois ; l'élève avait rapidement estimé que sa survie était impossible. Sa main avait agrippé la sienne. Son regard à lui s'assombrissait.
-Partez... Arrêtez-le tant que vous le pouvez. Ne vous... Inquiétez pas. Vous êtes restée... Plus longtemps près de moi... Mourant... Que d'autres... L'ont fait... Quand je vivais...
Cette phrase lui fendit le cœur. Elle l'avait profondément remercié et lui avait soufflé qu'elle ne voulait pas qu'il meure. D'un revers de la main elle essuya une larme qui tomba sur le cou déchiqueté de Severus Snape. Pour une dernière fois, elle allait obéir à ses consignes strictes. La chute du seigneur des ténèbres avait commencé. Les trois jeunes gens s'engouffraient dans le tunnel pour retourner au château. Hermione se retourna une dernière fois sur le corps inanimé de son professeur, une larme roulant le long de sa joue.
**********************Dans le présent********************
La nuit s'était installée sur Poudlard dont la plupart des habitants dormaient. Ramassant une fiole, Vitaly se pressa hors de la pièce. Il avait entendu un bruit et personne n'avait le droit de pénétrer dans le laboratoire la nuit. Dégainant sa baguette, il donna un coup de pied dans la porte et surgit de la pénombre pointant sa baguette.
- Avez-vous oublié que vous avez une collègue ? Fit-elle en riant doucement.
-Non. Pardon. Je suis juste méfiant. C'est normal. Qu'est-ce que vous faites ici, à une heure pareille ?
-Vous êtes bien curieux. Je vous retourne la question.
-J'avais besoin d'une fiole. Je suis venu la prendre. Vous ?
En réponse, elle lui tendit le livre qu'il lui avait prêté, en expliquant qu'elle l'avait rapidement fini. Elle le remercia et ajouta malgré elle :
-Vous savez… Votre bureau est celui de mon ancien professeur… Un grand homme... Il ne méritait pas cette vie... Je regrette de n'avoir rien pu faire pour lui... Comment dire… La salle est toujours marquée par sa présence. Son odeur flotte encore dans l'air... Je le perçois toujours... Pardon, je dois avoir l'air folle.
Un silence pesa dans la pièce. Vitaly ne trouvait aucun mot à lui dire. Sa gorge se noua, il fut pris d'un malaise étrange. Une sensation qu'il n'avait que rarement éprouvé. Ce sentiment il l'avait ressenti deux fois dans sa vie. Son cœur se serra. Il ne pouvait lui répondre, tenter de l'apaiser. Le jeune homme s'éloigna, la laissant larmoyante.
Flashback
Une demi-décennie plus tôt, à l'agonie Severus Snape se laissait aller vers sa mort. Sans opposer une quelconque résistance. Il s'était juste laissé faire pour queHarry récolte ses pensées. Le sang coulait sans s'arrêter, en embaumant l'air d'une odeur métallique. Et le froid caractéristique de la mort s'emparait de son corps, le faisant greloter. Sa vie défilait sous ses yeux. Et quelle vie. Une vie à jouer dans les deux camps. Tantôt membre de l'ordre, tantôt mangemort. Et il avait vécu cette tragédie pour protéger l'enfant de la seule femme qu'il avait aimée. Réparer les erreurs de son passé, sa faute, qui lui avait enlevé son seul amour. Avoir été agent double pour un mage noir ayant recours à son serpent, il savait qu'il devait avoir un antidote à proximité au cas où. Nagini avait malheureusement pour lui pris de la puissance ces dernières années grâce aux sortilèges de son propriétaire. Il savait que ça ne marcherait probablement pas, mais que cela atténuera cette souffrance qui aurait raison de lui.
Étendu sur le sol de la cabane hurlante il tentait de réunir ses dernières forces. Harry, Ron et Hermione étaient déjà au loin dans le tunnel, on pouvait encore entendre leurs voix. Avec les dernières forces qui lui restaient, aussi faible qu'une bougie qui s'était quasiment consumée et allait s'éteindre, il but la fiole d'un Snape était un génie des potions. Même si son souhait était d'enseigner les forces du mal, la potion de secours qu'il avait concocté, une potion qui requiert une expertise presque inatteignable pour une vaste majorité de sorciers, était réussie. Toutefois il ignorait le risque auquel il allait s'exposer.
Il reprit son souffle qui lui brûla la poitrine et poussa un cri. Comme un nouveau-né qui arrive au monde. La première réflexion qui le frappa était que pendant la mort tout le monde autour du défunt était triste. Et pendant l'arrivée d'un enfant tout le monde est plein de joie pendant que l'enfant crie et pleure. La joie et la tristesse. La mort et la vie. La vie. Si précieuse. Jamais il ne s'était sentit aussi vivant. Chaque goulée d'air qu'il inspirait gonflait sa poitrine. Dans chaque veine, le sang affluait, réchauffant son corps du froid mortuaire qui l'avait pris avant d'avoir bu la fiole. Il était à présent capable de ressentir chacune de ses fonctions vitales. Ce qui semblait des détails pour lui était en fait des miracles. Et il vivait un miracle en ce moment-même : celui d'avoir survécu au Lord Voldemort. Aujourd'hui, il ne pouvait être pleinement vivant. Désormais Severus Snape était mort, et c'était un nouvel homme qui prenait vie dans la crasse et le sang maculant la cabane hurlante. Un revenant.
De son côté Hermione était restée quelques instants dans la salle après que Vitaly soit partit. Les quelques larmes qui perlaient de ses yeux lui donnait une vision floue. Comment pouvait-il se rapprocher d'elle puis s'éloigner lorsqu'elle lui faisait ses aveux concernant la mort de Severus Snape. Trop de proximité d'un coup. Ou alors il ne s'en préoccupait pas. Hermione se sentit stupide de s'être attendue à une attention de sa part. Surtout pour une personne qu'il ne connaissait pas et aurait pu entendre des rumeurs déplaisantes à son sujet.
Mais Hermione, même si elle ne le manifestait pas, avait une profonde considération pour ce qu'il était réellement. Et sa mort l'avait rendue profondément triste. C'était la mort qui l'avait la plus marquée. Mourir seul. Jamais il n'aurait voulu qu'elle soit là lorsqu'il agonisait.
Balayant de son visage ses larmes Hermione se dirigeait vers ses appartements. Pour tenter de se changer les idées. Elle passa d'abord dans la salle d'étude pour y choisir un livre. Lorsqu'elle se saisit d'un ouvrage, elle entendit une porte s'ouvrir.
Elle se retourna pour lui faire face. Les yeux encore humides, le teint rougi. Vitaly s'éclaircit la voix avant de lui dire à voix basse :
- Je voulais vous souhaiter la bonne nuit.
-Merci... À vous aussi.
Sa fragilité l'avait atteint en plein cœur. Ce dernier manqua de transpercer sa poitrine lorsque qu'il avait franchi la distance entre eux pour la serrer dans ses bras. Il n'avait pas calculé cet acte et fut lui-même surpris.
Hermione sursauta lorsqu'elle sentit autour de ses frêles épaules les bras puissants de son collègue. Elle put sentir son odeur épicée et brute, la douceur de son étreinte qui pourtant n'avait duré qu'un instant très court.
Il s'était rapidement éloigné, lui murmurant encore bonne nuit et retourna à ses appartements.
Et voilà pour la réécriture de ce chapitre qui n'a vraiment pas été simple. Merci à mes rares lecteurs de me lire encore.
