Les vacances étaient enfin là. Nous étions samedi et L'équipe de Quidditch allait disputer un deuxième match pour se qualifier. L'ambiance était à la fête et à la détente pour tous les élèves. La plupart d'entre eux allaient retourner chez leurs familles pour les congés et il en était de même pour les enseignants.
Une aubaine pour Vitaly qui appréciait le calme du grand château. Depuis les aveux d'Hermione, lorsqu'elle lui avait confié sa tristesse et qu'il l'avait enlacé, il avait pris ses distances. Évitant de la croiser en dehors de leurs cours.
Ainsi après ses rondes au lieu de rentrer directement, il sortait prendre l'air. En cette saison, le froid était déjà mordant mais cela ne le dérangeait pas. Son lieu de prédilection était la plus haute tour de l'édifice. Un petit balcon en faisait le tour. Il s'installait les jambes dans le vide, son regard dérivant souvent vers le sol, à des mètres en contrebas de son perchoir. Il s'enveloppait de sa cape et tentait de méditer. Aucun tracas vis-à-vis des cours ne venait le perturber. Son organisation était parfaite, il n'avait aucune raison de se préoccuper des cours. Il était de nature imperturbable. Rien n'agitait ses méninges en dehors des potions. Rien, sauf elle.
Il soupira et extirpa de sa poche un paquet de cigarette, habitude moldu qu'il avait pris adolescent. D'un coup de baguette il en alluma une, gardant sa baguette en main, la faisant tournoyer entre ses doigts. La manche de sa veste remonta sur son avant-bras dévoilant une de ses nombreuses cicatrices. Vitaly passa l'un de ses doigts sur cette marque. Celle-ci était bien plus douloureuse que les autres qui zébraient sa peau. La dite cicatrice, elle, marquait au fer son histoire, son esprit, toute sa vie finalement. La porter lui avait conféré un certain pouvoir. Mais elle s'était avérée novice pour sa vie. La douleur régulière des appels de cette marque, la douleur de la torture qu'il subissait durant des années. Et ce fardeau. Celui d'avoir été punis de la sorte, d'être au service du mal. Plutôt à sa merci, vu toutes ces traces de punitions physiques qui marquaient sa chaire. Avec le temps il s'était forcé à y être indifférent pour mieux s'en protéger.
Malgré cette fois-ci un tout autre type de torture, Granger hantait son esprit.
Et il n'aurait jamais cru que cette torture pouvait être si douce. Lorsque par exemple, il attendait malgré lui les cours pour enfin la croiser. Durant ces moments, il sentait s'étirer ses lèvres en un sourire qu'il voulait le plus discret. C'était plus fort que lui, il ne pouvait pas la chasser de son esprit, lui qui pourtant savait parfaitement se contrôler. Et Merlin, comme il aurait voulu avoir un contrôle sur cette situation si intense. Vitaly était obsédé par cette jeune femme.
Hermione montait justement les marches menant à la plus haute tour du château. Le vent frais annonciateur de l'hiver s'engouffrait dans ses cheveux. Sentant la présence de Vitaly elle se stoppa net. Cela faisait quelques semaines déjà qu'elle cherchait tantôt à l'observer tantôt à l'éviter. Poudlard n'était sûrement pas un lieu pour des amourettes.
Pour les adolescents sans doute oui. Mais Hermione elle, était adulte. Avec des responsabilités et tout ce que ça implique. Son intérêt pour son collègue était bien plus fort qu'elle. Ils ne communiquaient pas énormément, mais dès qu'ils le faisaient, ils appréciaient ces moments fugaces.
Alors elle se contenta de l'observer quelques instants, à la dérobée. Elle le voyait assis sur un rebord de pierre, une volute de fumée s'élevait au-dessus de lui. Il fumait ? Elle ne l'aurait jamais cru. À quoi pouvait-il songer ? Hermione aurait voulu le savoir mais elle n'aurait jamais pu lui demander.
Avec regret, elle s'éloigna.
Seulement des interactions par rapport aux cours. Rien de plus. Songeait-elle.
Le jour s'était enfin levé, réveillant les élèves. Après avoir petit déjeuné, ils préparèrent leurs malles pour retourner chez eux. L'équipe s'échauffait sur le terrain avec à distance l'équipe d'une toute nouvelle école de sorciers. Ils avaient l'air redoutables…
Le match débuta à treize heures trente. Le coup d'envoi fut lancé par la voix grésillante du commentateur dans les haut-parleurs. Les adolescents agitaient leurs banderoles en scandant des encouragements et des chants pour leur équipe. Dans les airs, l'équipe adverse avait l'avantage. Un Serpentard perdit le contrôle de son balai et s'écrasa dans une des tribunes. Alertée par l'agitation, Hermione se rendit en courant sur les lieux. Le pauvre Théodore s'était déboîté la hanche. Il hurlait de douleur. Avec des mots doux et apaisants, Hermione le rassurait.
-Je ne pourrais même pas participer au championnat, fit-il larmoyant.
-Ne dis pas ça, tu vas te rétablir. Je vais immobiliser ton corps et on va aller à l'infirmerie le plus vite possible. Tu me fais confiance ?
-Oui Miss… Lui répondit-il en balayant d'un revers ses larmes.
Avec précaution, elle lança un sort pour immobiliser le joueur. Le problème qui se posait maintenant, c'est qu'il fallait le porter jusqu'à l'infirmerie provisoire à l'extérieur de l'enceinte du stade. Hésitante, elle essaya de le soulever avec un sort, mais le jeune homme ne voulait pas léviter.
-Laissez-moi faire Miss Granger. Je ne pense pas que votre stature vous permet de soulever un jeune homme plus grand et plus lourd que vous.
Vitaly était apparu entre deux autres professeurs. Il avait été un peu taquin avec elle, mais il avait raison. Elle ne faisait qu'une petite cinquantaine de kilos. Il félicita son élève pour sa combativité sur le terrain et le souleva d'une facilité déconcertante. La jeune femme le fixait estomaquée. À cet instant précis, Hermione ne put s'empêcher de trouver son collègue sexy. Elle s'en voulait d'avoir une réaction aussi immature mais un déferlement d'hormone empêchait ses neurones de fonctionner correctement.
Dans la tente qui abritait l'infirmerie Hermione se retrouva une fois de plus soufflée par les capacités de Vitaly. Cette fois-ci pas pour sa force, mais par son talent de potioniste. Il prit une fiole qu'il mélangea à un baume qu'il fit chauffer entre ses mains préalablement gantées avant de d'étaler cette mixture sur les deux poignets du jeune homme.
-Ceci voyez-vous est pour que l'anesthésiant pénètre plus vite dans votre corps. Ainsi, nous allons vous remettre la hanche en place très rapidement.
Sa collègue apprenait quelque chose aujourd'hui. Dans le monde moldu il arrivait d'utiliser un patch ou faire une intraveineuse ou intramusculaire. Même chez les médicomages elle n'avait jamais vu une façon pareille d'administrer un anesthésiant. Cette technique se révéla très efficace puisqu'en l'espace d'une minute l'étudiant ne sentait plus aucune douleur.
Hermione prit le relais et avec un geste précis elle lui remit sa hanche en place, lui appliqua un baume cicatrisant sur les quelques plaies qu'il s'était fait. Avec grande surprise l'équipe de Poudlard fut qualifiée en toute fin du match.
Lorsqu'on lui annonça que son équipe avait gagné l'élève, se mit un peu à délirer sur l'effet des produits qu'on lui avait administré et chantait la chanson scandée dans les tribunes. Les deux soigneurs d'un jour se retenaient d'exploser de rire tant le délire du Serpentard était hilarant.
-Dans quelques heures, les effets se dissiperont. Je vous laisse deux fioles pour la semaine. Buvez-en trois cuillères par jour jusqu'à ce qu'il ne reste rien.
-Cui Cui Cui CUILLÈRE cria le jeune homme sous l'effet du délire.
Hermione ne put s'empêcher de rire. Vitaly l'entendit et s'avoua pour lui-même que c'était le plus beau rire qu'il avait entendu. Sa collègue crue qu'il était embarrassé et s'éloigna en expliquant qu'elle devait faire un bilan des soins procurés à l'entraîneur de Quidditch. En parlant de celui-ci, il fut ravi que son joueur puisse reprendre les entraînements très vite. Le professeur McGonagall la remercia aussi et lui avoua qu'elle était bien plus rassurée d'avoir une équipe de personnes formées en soins magiques. Les élèves étaient bien plus en sécurité qu'avant. Et elles évoquèrent ensemble les divers accidents de quidditch lorsque Hermione était étudiante.
Le soir venu, les élèves prirent leurs malles et furent escortés par leurs préfets et Hagrid. Une fois tous montés à bord du Poudlard express, le train s'éloigna avec le soleil couchant qui rougissait le ciel ainsi que le paysage. Ravis, ils allaient enfin se détendre chez eux sans subir les règles strictes du château.
Ils n'étaient pas les seuls à être ravis. Les professeurs eux aussi allaient profiter de ces congés en rentrant chez eux. Au château, il ne restait qu'une partie de l'équipe de Quidditch et des enfants orphelins à cause de la guerre. Une vingtaine à tout casser. Du côté du corps enseignant, Minerva McGonagall était restée comme chaque jour depuis qu'elle enseignait à Poudlard.
Dans la salle de potions Vitaly avait fini sa préparation qu'il but rapidement. Sa main devint fluorescente et un chiffre s'afficha dans la paume de sa main. 25. Il souffla de satisfaction. La progression était freinée, tant mieux.
Seul, dans la salle d'étude, il savourait l'instant. Pas de rondes de nuit à faire. Les stocks de l'infirmerie étaient suffisants, ses copies déjà corrigées. Il ne s'attendait pas à voir sa collègue s'installer dans la pièce, à l'opposé de là où il avait pris place. Il la dévisagea un instant avant de replonger dans son livre. Ses mains commençaient à devenir moites, le gênant.
-Cela vous dérange que je sois là ? Lui lança Hermione s'étant aperçue de son regard fugace sur elle.
-Non.
-Bien, parce que je compte rester pendant mes vacances. Attendez-vous à me voir souvent.
Une petite bouffée de joie traversa le jeune homme. Il remonta son livre pour cacher la partie inférieure de son visage. Un rictus avait étiré ses lèvres. Il souriait. C'était rare. Hermione se rendit compte de cette expression qu'il affichait sur son visage. Elle ne voyait pas ses lèvres, mais ses yeux étaient illuminés d'une lueur particulière. Un sourire étira ses propres lèvres à la pensée qu'elle allait le voir plus souvent à présent. Cette proximité naissante l'enchantait tout en l'effrayant.
