Vitaly va-t-il continuer à fuir ? Bonne lecture ;)
Hermione venait tout juste de se relever. Elle avait passé de longues minutes assise devant la cheminée. Elle ne savait plus quoi penser. Jamais elle n'aurait cru qu'un jour elle se trouverait dans une telle situation. Sur son lit elle se prit la tête entre les mains en se recroquevillant. Son ancien professeur. Son collègue avec qui elle avait partagé de moments si particuliers. En si peu de temps. D'abord leur proximité qui s'était installée pendant les vacances. Connaissant sa nature elle ne pensait pas qu'elle allait partager de tels moments avec lui. Mais elle avait été de plus en plus surprise à chaque fois. Jusqu'au jour où elle avait posé ses lèvres sur les siennes. Ça avait été une certitude.
Elle se résigna. Demain, elle donnait cours. Il était mieux pour elle, qu'elle se repose. Une potion de sommeil sans rêve lui serait de la plus grande aide. Roulant sur son flanc, elle tendit le bras pour ouvrir le tiroir de sa table de chevet. À tâtons sa main cherchait la forme particulière de la fiole de potion. Rien. Il devait en avoir dans la réserve. Les couloirs étaient froids, alors elle enfila un gilet.
Dans un grincement strident la porte de la réserve s'ouvrit. Hermione était bien chanceuse, il restait qu'une seule fiole. Pourtant lors du dernier inventaire elle se souvenait d'en avoir dénombré une dizaine. Il était étrange qu'un si grand nombre de potions ai été consommées en si peu de temps. Elle haussa les épaules et ferma la porte. Ses muscles raidis lui faisaient mal. Elle décida donc de prendre un bain. Cela ne ferait pas de miracles, mais au moins la soulagerait. L'eau chaude coula à flot et de la vapeur se dégagea de la baignoire. Hermione glissa un pied dans l'eau pour en vérifier la température. C'était brûlant mais elle pouvait le supporter. Enfin submergée elle poussa un soupir de satisfaction. Sa tête lui faisait mal, elle se massa un bon moment en appliquant son shampooing. Pour le rincer elle plongea la tête sous l'eau. Un bruit sourd retentit. D'un coup elle se redressa. Elle resta un bon moment à l'affût du moindre bruit. Rien. Sans doute l'avait-elle imaginé. Après s'être lavée et habillée elle se dirigea vers l'étagère en face de son lit. En attendant que la potion fasse son effet, elle lirait. Au hasard, elle choisit un livre qu'elle avait déjà lu comme les autres et elle le lança sur son lit. La fiole de potion de sommeil sans rêve était posée sur sa table de chevet. Le tiroir était encore ouvert. Un morceau de parchemin en dépassait légèrement. Hermione ne se souvenait pas d'avoir mis un parchemin dans son tiroir, elle s'en saisit surprise et pleine d'appréhension.
Miss Granger,
Je tenais à vous remercier pour tout ce que vous avez fait pour moi. Venir à mon secours. Alors que je n'en suis pas digne. Je ne le mérite pas. Et je ne veux pas être un poids pour vous. Je dois partir, disparaître à tout jamais. Le fait que j'ai survécu était une erreur. Je ne veux pas faire votre malheur.
Hermione avait peiné à lire ses derniers mots. Un mélange de colère et d'incompréhension la prenait. Pourquoi devrait-il fuir ? Tout ce qu'il disait à son propos était faux. Il n'avait jamais fait son malheur. Pas une seule fois. Elle avait vu ses souvenirs, et elle savait ce qu'il méritait. D'un trait elle avala la potion. Elle fut envahie d'un flot ininterrompu de pensées jusqu'à ce qu'elle tombe de sommeil.
Quand Hermione se réveilla,elle se sentit dans un état encore pire que la veille. Ses oreilles bourdonnaient d'une manière stridente à lui en donner un mal de tête de bon matin. Ses gestes étaient engourdis. Elle se sentait vide. Se lever. Faire cours. Rien ne lui donnait l'envie. La jeune femme était presque dégoutée. Quelque chose lui manquait. Ou plutôt quelqu'un. Mais il n'était plus là. D'une manière ou d'une autre elle devait faire avec. Après tout, qui d'autre dispenserait les cours de potions si elle ne le faisait plus ? À cette réflexion, elle se redressa. L'horloge lui faisait face affichait neuf heures et dix minutes. Dans un fracas, elle bondit hors de son lit, retirant son pyjama. Elle était en retard de dix minutes. Jamais elle n'était en retard. Merlin, la potion qu'elle avait bue l'avait plongé dans un sommeil bien trop long. Intérieurement elle se maudissait. Les premières année qu'elle avait ce matin n'allait sûrement pas attendre sagement. Habillée à la va vite, elle prit la direction de sa salle de classe.
À son grand étonnement, elle n'entendit pas la cohue du groupe d'élèves. Le couloir était plongé dans le calme. Il n'y avait personne. Hermione se flagella mentalement. Jamais elle n'avait été absente une seule fois. Elle était juste en retard, et voilà que ses élèves manquaient à l'appel. Face à la porte, elle posa sa main, qui fit s'entrebailler celle-ci. Il y avait ses élèves, elle pouvait entendre des voix. Plus franchement, elle poussa la porte et une vingtaine de pairs d'yeux se retournèrent vers elle. Vingt-et-une, en comptant celles qui l'avaient fixée brièvement avant de continuer à faire l'appel. Elle balbutia sous l'effet de la surprise. Il était là. Assis à son bureau, comme il en avait l'habitude. Ses joues semblaient encore plus creusées. Vitaly appelait sèchement les élèves en complétant le registre. Elle s'excusa de son retard puis le rejoignit.
Les élèves se dissipèrent un instant, profitant d'un court instant de silence pour bavarder et il tonna de sa grave voix. Immédiatement ils se turent. Vitaly se leva et distribua le matériel pour la leçon du jour.
Il revint à son bureau, l'expression toujours aussi fermée. Hermione elle le regardait par intermittence. Elle n'y croyait pas. Il était revenu. Il avait sans doute reconsidéré ce qu'il avait dit et avait décidé de revenir.
Mais lui, ne l'avait pas regardée une seule fois. Il s'affairait à corriger des copies, répondre sèchement aux questions des élèves. Il avait l'air excédé. Alors elle s'approcha des élèves pour les aider tandis qu'il griffonnait un parchemin.
De temps à autre elle relevait la tête vers lui. Espérant ne serait-ce qu'un regard de sa part. Pas une seule fois il ne la regarda. Impassible comme à son habitude. Excédée Hermione décida de se concentrer sur le cours. Elle venait en aide à ses élèves avec joie. Leur expliquant plus amplement la fonction d'un ingrédient, aidant à mieux mélanger la préparation. Ses élèves le lui rendaient bien.
L'heure de la pause déjeuner était arrivée bien rapidement. À peine la cloche sonna les onze heures, que Vitaly avait déjà quitté la salle de classe. Hermione ne s'en était même pas rendu compte, elle aidait encore ses élèves à ce même moment.
Dans un murmure, une voix grave lança un mot de passe. La porte s'ouvrit, et dans un bruit distinctif, l'escalier tourna. Ce bruit interpella l'occupante du bureau.
La directrice était assise à son bureau quand elle reçut de la visite. Ce n'était pas prévu aujourd'hui, elle se leva avec surprise pour saluer ce visiteur. D'ailleurs cela faisait deux semaines qu'elle ne l'avait pas vu.
- Bonjour Mme Mcgonagall. Ne vous en faites pas, asseyez-vous, je ne serais pas long.
La vieille femme fronça un sourcil puis se réinstalla. Elle remit brièvement de l'ordre sur son bureau, puis joint ses mains, et attendit que Vitaly commence.
Ce dernier passa une main dans ses cheveux en expirant.
- Je voulais... Vous annoncer mon départ.
- Votre départ ? C'est une plaisanterie ? Fit-elle sévère.
- J'aurai préféré que cela le soit.
- Puis-je connaître vos raisons ?
- Disons. Que mes problèmes de santé pourraient être un poids, pour ma collègue.
- Vos emplois du temps sont aménagés. Pourquoi ne pas vous arranger avec elle ?
- Je ne peux pas.
Contrariée la directrice réajusta ses lunettes. Elle était abasourdie par la déclaration de son jeune collègue. À vrai dire, elle ne comprenait pas grand-chose. Il y a deux semaines elle avait reçu une lettre de Vitaly dans laquelle il s'était excusé d'être absent pour raison médicale. Elle l'avait accepté, la femme favorisait la santé de ses employés avant tout. Mais cela n'était pas logique.
- J'aurai préféré que vous preniez un congé pour vous rétablir. Votre travail avec Miss Granger me ravit.
Vitaly marchait dans la pièce, les mains derrière le dos. Il semblait vraiment préoccupé. Nerveusement il se repassait la main dans sa chevelure de jais. Il semblait qu'il n'avait pas entendu ce que la directrice lui avait dit. Alors cette dernière ajouta d'une voix plus affirmée et forte.
- Je peux comprendre. Cependant, je vous donne trois jours pour y réfléchir. Ce sont les règles de l'établissement.
- Je n'ai pas besoin de réfléchir, lui avait-il répondu presque irrité par ce délai.
- Pourtant il le faudra. Revenez me voir dans trois jours. Si votre décision reste inchangée, nous signerons les documents relatifs à votre démission.
- Très bien. Je reviendrai. Bonne journée.
Sur ces mots le jeune homme s'était éloigné dans un mouvement de cape. La directrice le regarda disparaître dans les escaliers.
Fort heureusement, elle n'avait pas pu entendre le cri de rage que Vitaly avait poussé. Les émotions ne faisaient que s'ajouter et lui faire perdre la raison. Il n'arrivait plus à penser normalement. Tout était de sa faute. Absolument tout. Mais prendre cette décision lui était difficile. Non, il ne le voulait pas. Mais avait-il le choix ? Hermione n'avait que trop endurer par sa faute. Il se reprocha sa froideur à son égard. Mais aussi cette proximité qu'il avait partagée avec elle le soir de Noël. Son étreinte, la plus douce qu'il ait connu. Et ce baiser.
C'en était trop. Trop de choses s'étaient passées et il était allé trop loin. Elle avait dû être répugnée lorsqu'elle a su qui il était et qu'elle l'avait embrassé. Personne, ne l'avait embrassé ainsi. Il était plein de honte et de rancœur. Résigné il se décida à se terrer dans ses appartements en attendant que les cours reprennent.
Après un rapide repas et un tour à la bibliothèque, Hermione arrivait à sa salle de classe. Avant d'y pénétrer elle tenta de se concentrer. Elle savait qu'il avait l'habitude d'être là une bonne demi-heure avant le début des cours. La jeune femme voulait lui parler. Mais elle ne savait pas quoi dire. Mentalement elle tenta d'élaborer un dialogue pour être plus à l'aise en face de lui. Elle n'y arrivait pas.
Lorsqu'elle entra, il était à son bureau comme toujours plongé dans des copies. Ses cheveux étaient lâchés et retombaient sur ses yeux. Peut-être ne l'avait-il pas vue, alors elle se signala ;
- Bonjour...
Elle n'eut pas le plaisir d'entendre sa voix. Il ne lui répondait pas. La jeune femme s'installa et sortit un livre du tiroir de son bureau. Elle n'arriverait pas à le lire, mais ne voulait pas rester sans rien faire. Elle était prise d'un tumulte de pensées et de questions. Pourquoi diable ne lui répondait-il pas ? Elle passa de longues minutes à réfléchir à ce qu'elle lui avait fait de mal. Elle avait douté de lui, cela l'avait sans doute blessé. Ce n'était pas son intention mais elle en regretta amèrement ce qu'elle pensait en être la conséquence.
Pendant toute la durée des cours de l'après-midi elle restait presque muette. Sa voix était faible, les élèves peinaient à l'entendre. Elle était presque recroquevillée sur elle-même.
Vitaly, même s'il tentait de ne pas la regarder ne pouvait s'en empêcher.
Cela ne fit que redoubler sa haine envers lui-même. Hermione lui paraissait apeurée. Comme s'il n'était qu'un monstre cruel et sanguinaire. Il se haïssait de la faire se sentir ainsi. Jamais il n'avait eu de mauvaises intentions envers elle. Il n'avait voulu que la protéger du mieux qu'il pouvait de sa vérité. Et celle-ci avait éclaté au grand jour. Soufflant tout sur son passage, comme une bombe. Hermione était la sinistrée de ce désastre. Et il le voyait. Son cœur se serrait de plus en plus dans sa poitrine. La sonnerie de la fin des cours mit également fin à la torture d'être près de celle qu'il faisait souffrir. Il allait pouvoir fuir.
Hermione avait tranquillement ramassé ses affaires avant de quitter la salle. Ces cours lui avaient semblé durer une éternité. Un profond malaise l'avait pris. Vitaly l'intimidait plus que jamais. Et son indifférence la faisait se sentir mal. Elle avait pris l'habitude récemment d'être proche de lui, aussi bien en cours, qu'à l'extérieur. Et tout ça était fini, comme évaporé. Pour tenter de s'occuper elle se rendit à la grande salle pour aider les élèves dans leurs devoirs.
Hermione s'était installée sur un banc, près d'une jeune fille. Elle expliquait à cette élève un diagramme dans son devoir d'arithmancie quand elle sentit une main se poser sur son épaule. C'était la directrice. À son regard elle comprit que c'était quelque chose de sérieux et s'excusa auprès de son élève. McGonagall l'avait emmenée à l'écart.
- Bien. J'avais à vous parler Miss Granger. Comment se passent vos cours en ce moment ?
- Tout se passe pour le mieux... Mais ce n'est pas qu'à propos de ça ? N'est-ce pas ?
- Effectivement. C'est à propos d'autre chose.
- Eh bien ?
- Il se peut que vous occuperez seule le poste de maître des potions.
Son propos résonna dans la tête d'Hermione avant que tout se brise comme du verre. Elle resta stupéfaite, sans pouvoir émettre le moindre mot. Un tintement lointain faisait bourdonner ses oreilles. Pendant un instant le court du temps s'était brièvement suspendu. Laissant la jeune femme choquée. Son aînée se racla la gorge avant de reprendre :
- Ce n'est pas souhaitable effectivement, mais il m'a confirmé sa détermination.
La cage thoracique d'Hermione se distendit, lui permettant d'inspirer fortement. Une boule se formait dans sa gorge. Elle pouvait sentir sa mâchoire se crisper. D'un mouvement brusque, elle s'éloigna de la directrice et commença à courir. Pendant tout son trajet elle fut incapable de penser. Elle n'entendait plus rien. Ne voyait même pas autour d'elle les quelques élèves surpris. Machinalement elle allait là où sa folle course l'emmènerait. Arrivée à destination elle tambourina avec violence à la porte. On ne lui répondit pas. Le sang lui montait à la tête faisant gonfler ses tempes. Avant qu'elle ne soit prise d'une colère incontrôlable, la porte s'ouvrit lentement. Quand elle vit une malle dans l'entrebâillement son cœur battait encore plus fort, plus désespérément.
La mine grave, il la toisait de toute sa hauteur. Il ne semblait guère étonné de la voir. Vitaly l'invita même à entrer d'un geste de la main. Comme si c'était naturel, qu'elle si elle avait toujours eu le droit d'entrée dans son intimité.
Sur un fauteuil en cuir il avait pris place se servant un verre de whisky pur feu. Hermione était restée longtemps sur le pas de la porte tétanisée. S'armant de courage elle entra, fermant derrière elle la porte.
Vitaly avait déjà finis son verre d'un trait. Il la fuyait toujours du regard.
- Vous allez partir. C'est ce que la directrice m'a dit.
Aucune réponse. Il se servait un autre verre qu'il remplit à ras bord.
- Vous allez fuir.
- Oui je vais fuir. Comme ce fuyard que j'ai toujours été n'est-ce pas.
- Face à la mort vous n'avez pas fui. Et c'est ça qui terrifie toute la race humaine. Vous n'avez pas eu peur. Pourquoi ?
Dans un bruissement il releva sa manche de chemise.
- Voilà. Vous l'avez votre réponse. Parce que j'ai plus côtoyé la mort que... Avait-il lâché en dévoilant la marque des ténèbres.
La fin de sa phrase s'était mue en un silence. Et ce silence voulait dire bien plus que le mot qu'il allait lui dire.
- J'ai lu la lettre que vous m'avez laissé. Pourquoi être revenu ?
- Pour faire mes valises.
Ces mots étaient pour Hermione un coup fatal pour son cœur. Vaincue, à bout de force elle sortit. Sans lui adresser ne serait-ce qu'un regard. Arrivée dans sa chambre elle se laissa tomber sur son lit. Son ventre était noué. Elle voulait disparaître, ne plus avoir à sentir tout ce mélange d'émotion. Elle devait prendre une pause. Ce mois avait été bien trop intense pour elle. Et ce soir c'était trop. La décision ne fut pas difficile à prendre. Il lui serait bien trop dur de faire cours demain. Elle enverrait une lettre à Mme McGongall pour s'excuser de son absence. Voir son meilleur ami lui ferait le plus grand bien. Draco était de bon conseil. Elle fit un passage à la salle de bain pour se passer de l'eau froide au visage. Sa tête lui semblait brûlante, sa peau était même rouge. Une fois prête, elle prit place dans la cheminée avant de lancer la poudre et de disparaître dans un tourbillon de flammes vertes.
