Bonjour à tous, mes petits pingouins, et merci de vos retours, cela me fait très plaisir d'être suivie dans cette nouvelle aventure... et oui, le sadisme habituel qui me caractérise sera au rendez-vous. Attendez vous à sortir vos mouchoirs... héhéhé.
RaR des anonymes :
Mikawaii-chan : Bonjour, et merci de ta review, je suis ravie que cela t'ait plu jusqu'à maintenant ;) Mon résumé de la série est assez de partie pris, j'avoue. Il établit les grandes lignes et le schéma général, et il ne parle que ce dont j'ai besoin comme clé de compréhension pour ma fic, du coup, il est loin d'être exhaustif ;p Mais tant mieux s'il t'a plu xD Quant à la question d'une réincarnation, d'un UA, ou de la suite de la série, je n'y répondrais évidemment pas, puisque tout reste à découvrir et que rien n'est jamais simple... J'espère que la suite te plaira, merci encore pour la review :)
Bonne lecture :)
Chapitre 2
Il tendit sa main, et Arthur la serra par réflexe, surpris de découvrir une étincelle dans sa paume quand sa main toucha celle de l'autre.
– Merlin ? répéta-t-il, un peu amusé.
L'autre se fâcha, son regard s'assombrit, mais il avait l'air plus amusé en essayant de faire semblant d'être fâché que l'inverse.
– Oh ça va, hein. À la grande loterie des prénoms, tu as tiré un meilleur numéro que moi, que veux-tu. Ma mère aimait l'originalité.
Arthur pouffa malgré lui. Inconvenant dans un cimetière, toujours, mais ils n'en étaient plus là depuis longtemps.
– C'est vrai, j'ai eu de la chance. Je crois que ma mère a grandement contribué à me faire porter un prénom normal. Les traditions familiales ont la vie dure.
– Vous avez tous des prénoms des légendes, c'est ça ?
Arthur hocha la tête.
– Des légendes arthuriennes, oui. Mon père n'avait pas franchement tiré un bon numéro avec Uther. J'imagine que m'appeler Arthur devait le rassurer sur mon futur au niveau des moqueries à l'école. J'ai des cousins et des grands-oncles éloignés qui ont eu moins de chance que moi : Bédivère est devenu alcoolique avant même ses vingt ans, et il était mort d'une cirrhose du foie à quarante. Je crois que Pellinor a vécu plus longtemps... Mais il fait encore moins bon être une fille dans notre famille. Autant Viviane est un prénom supportable, autant les jumelles Morgause et Nimueh l'ont toujours eu mauvaise !
Merlin riait désormais, et un sourire naissait sur les lèvres d'Arthur. Il y avait bien longtemps qu'il n'avait pas souri. Qu'il n'avait pas fait rire quelqu'un. Qu'il n'avait pas eu envie de rire. Et il fallait que cela se passe sur la tombe de son père et d'une femme qu'il ne connaissait pas, en compagnie du fils de celle-ci !
– Je préfère mon Merlin, finalement. Au moins c'était donné et porté avec amour !
La douceur de son ton transpira sur son visage, tandis qu'il reportait son regard sur la tombe qu'il avait fleurie.
– Je n'avais pas tant ri depuis son décès, murmura-t-il. Merci beaucoup.
Arthur se sentit mal à l'aise. Mais l'autre avait l'air sincère.
– Je t'en prie. Je... Je vais y aller, te laisser tranquille...
– NON !
La violence dans la voix de Merlin le surprit. Il était déjà en train de se relever, et il chancela sous la puissance du mot crié.
– Je vais partir aussi, de toute manière, décréta Merlin sans s'excuser de son hurlement.
– Tu peux rester...
Il secoua négativement la tête, se relevant à son tour, époussetant son jean plein de terre. Ils devaient présenter un drôle de spectacle, tous les deux, leurs pantalons crasseux au niveau des genoux.
– J'ai des choses à faire. Je reviendrai plus tard. Maman ne m'en voudra sans doute pas.
– Je n'en doute pas, répondit Arthur plus par automatisme que par conviction. Tu vis au village ?
Merlin avait le regard dans le vague.
Arthur reposa sa question. La possibilité que le garçon soit venu en voiture d'un village voisin était existante. Arthur avait entendu dire qu'à part ses ancêtres, dont les tombes tombaient parfois en décrépitude et remplissaient un bon tiers du cimetière, peu de gens venaient se faire enterrer ici. Des concessions réputées en état d'abandon fleurissaient un peu partout, et il était simple et sans doute peu cher d'en obtenir une. Sans doute plus simple et moins cher que d'autres villages à proximité, dont la réputation et la proximité avec Londres les rendaient plus attractifs que leur petite ville fortifiée.
– Oui. Je tiens la librairie.
La réponse avait mis du temps à venir, mais elle était là, et elle surprit Arthur.
– Tu tiens la librairie ? Tu possèdes la librairie ?
Il avait l'air tellement jeune pour cela ! Arthur avait vingt-trois et il en aurait donné dix-huit au maximum à son nouvel ami. Pas l'âge de posséder une boutique.
– Oui. Je le fais seul depuis la mort de ma mère, bien sûr, avant c'était nous deux.
Ah oui, bien sûr, il n'avait pas songé à cela et Arthur se morigéna en silence, se traitant de crétin. Ce n'était pas comme s'il ne savait pas que le garçon avait perdu sa mère depuis maximum trois semaines !
– Ce n'est pas trop dur, tout seul, à ton âge ?
En discutant, ils s'étaient mis à marcher, et avaient rapidement atteint le bord du cimetière et la route de campagne qui les ramènerait au centre du village. Arthur ne pouvait pas observer l'entièreté du visage de son compagnon de route et d'infortune, mais il décela aussitôt l'amusement sur ses traits.
– Quel âge crois-tu que j'ai, au juste ? Seize ans ? se moqua-t-il. J'en ai eu vingt-trois juste après Noël, et c'était moi qui m'occupait de tout depuis toujours, de toute manière. Maman avait une santé fragile. Je m'occupe de la librairie depuis que j'ai dix-huit ans. L'air de la campagne lui avait fait du bien...
Pendant cinq ans, acheva mentalement Arthur. Avant que la maladie ne l'emporte manifestement, juste après le vingt-troisième anniversaire de son fils. Arthur n'avait jamais été très versé dans les célébrations de fin d'année, mais il se surprit à espérer que Merlin et sa mère aient pu profiter d'un dernier Noël heureux ensemble. Ce Noël que lui n'avait pas eu avec son père, et qu'il avait passé loin de chez lui, comme tous les autres depuis cinq ans.
– J'aurai vingt-quatre ans en juin, révéla-t-il. On a le même âge, en fait.
– On a bien plus que cela en commun, murmura Merlin.
Arthur fronça les sourcils. Cette phrase n'avait pas de sens. Ils ne se connaissaient pas. De toute évidence, Hunith avait racheté la librairie peu après la majorité et départ d'Arthur de sa maison. Merlin était arrivé dans le village alors que lui en était parti, et ils ne s'étaient jamais vus. Merlin avait su son nom, mais cela ne voulait rien dire. Son père était connu, dans le micro-monde qui était le leur à l'abri des remparts du village. Lui aussi l'avait été. Le fils prodigue, le fils adorable, le fils charmant, la dernière lignée Ridrachen, de ce drôle de nom de famille qu'ils portaient et qu'Arthur n'avait jamais rencontré chez personne d'autre que lui. Les jeunes n'étaient pas très fréquents au village, et cela ne l'aurait pas étonné qu'on parle de lui après son départ, de sorte que Merlin pouvait parfaitement avoir entendu parler de lui. D'autant plus s'il connaissait son père, comme il l'avait plus ou moins mentionné...
– Tu connaissais bien mon père, au fait ?
Merlin lui coula un bref regard, tout en continuant sa marche en direction du village. Ils ne tarderaient pas à le rejoindre. Ce n'était pas si loin.
– Tout le monde le connaissait.
– Tu as dit que tu ne l'aimais pas beaucoup...
– Et c'était vrai, j'en suis désolé.
Arthur balaya l'excuse d'un revers de la main. Cesser de dire du mal des gens qu'on n'appréciait pas quand ils mourraient au prétexte qu'on ne disait pas du mal des morts l'avait toujours agacé. Il préférait l'honnêteté du garçon, dont il n'était de toute manière pas loin de partager l'opinion. Lui aussi avait détesté son père, fut un temps. Aujourd'hui, il ne savait plus trop quels sentiments l'animaient à son égard, mais il était loin d'être son plus grand fan.
Uther avait toujours été un homme impitoyable, et dur, y compris avec son propre fils. Enfant, Arthur ne l'avait pas trop ressenti. Adolescent, le poids de sa lignée avait pesé trop lourd sur ses épaules et il n'avait jamais compris pourquoi conserver les traditions antiques d'une famille décimée depuis si longtemps. Leur maison elle-même, bien que bénéficiant de tout le confort courant, était l'héritage de leur empire vieillot, avec ses poutres apparentes, le mobilier de bois, et les tableaux de maître représentant ses ancêtres dans les couloirs. Il y en avait même un entièrement dédié à leur arbre généalogique, mais il ne remontait que sur trois cents ans. Au-delà, les documents dont ils disposaient à la cave étaient trop abîmés.
– Cela sous-entend donc que tu le connaissais plus que simplement de réputation, reprit Arthur. Pourquoi tu ne l'aimais pas ?
Merlin poussa un profond soupir.
– Je l'ai bien connu, oui. Et je n'ai jamais aimé son discours. Ce serait trop long de tout t'expliquer. Je n'ai pas très envie de penser à ça. Et je ne suis pas sûr que ce dont tu aies vraiment envie, pour évoquer les souvenirs de ton père disparu, c'est d'en discuter avec des gens qui en diront du mal. Tu ne t'adresses pas à la bonne personne pour glorifier sa mémoire.
Arthur leva un sourcil perplexe. À sa connaissance, son père était sur la fin de sa vie un vieux grincheux (enfin, tout était relatif, il avait cinquante ans à peine, et n'était donc pas franchement vieux, mais grincheux, assurément, et cela le faisait paraître bien plus âgé qu'il ne l'était) qui ne sortait pas franchement de chez lui. Il ne voyait vraiment pas comment Merlin aurait pu « bien le connaître ».
– Et si je n'avais pas envie de glorifier sa mémoire ? répliqua-t-il.
Merlin soupira de nouveau, sans le regarder.
– C'était ton père, Arthur. Tu pleureras son absence et tu glorifieras sa mémoire. Pas forcément aujourd'hui. Mais tu le feras. Je sais que tu le feras.
Sa manière de parler comme s'il connaissait mieux Arthur que lui-même (alors qu'ils s'étaient objectivement rencontrés dans un cimetière il y avait moins d'une heure de cela) surprit une fois de plus le jeune homme.
– Je vais par-là, annonça soudain Merlin, montrant un point sur la droite, dans la grande rue principale, où Arthur distinguait en effet la devanture de la librairie que Merlin avait dit posséder.
Il devait logiquement habiter pas loin. Sans doute dans l'appartement juste au-dessus.
Le Manoir, lui, se situait sur la gauche, pas très loin, au bout de la rue. La nuit était tombée (il faisait déjà bien sombre quand Arthur avait rencontré Merlin dans le cimetière, et le temps qu'ils reviennent au village, il faisait noir) et la bâtisse paraissait lugubre à la lumière des lampadaires.
Arthur grimaça.
– Tu crois que Just Eat fonctionne, par ici ?
Il avait vérifié que la maison avait du chauffage et de l'électricité, mais il n'avait pas ouvert les placards et le frigo... ce qui valait mieux. Quelqu'un avait tendu des draps sur les meubles pour leur éviter de prendre la poussière. Ce même quelqu'un avait dû avoir la prévenance de vider les denrées périssables de la maison. Arthur doutait qu'il y avait quoi que ce soit à manger. Son dernier repas avait été constitué d'un mauvais sandwich dans le train, il n'avait rien avalé depuis et il découvrait qu'il avait faim. Il n'avait pas envie de rentrer chez lui.
– Ça, ça m'étonnerait grandement ! rit Merlin. On n'a déjà pas de livreur de pizza, ou alors il faut le faire venir de Trehafod ! Ça met des plombes ! Il vaut mieux ne pas avoir très faim, et être très patient !
La grimace encore plus prononcée d'Arthur fit s'arrêter le jeune homme dans son hilarité.
– Tu n'as rien à manger chez toi ?
– Je suis arrivé en début d'après-midi. J'ai juste eu le temps de voir le notaire et d'aller...
Il ne finit pas sa phrase. Merlin l'avait croisé au cimetière, il savait bien ce qu'il avait fait de sa journée.
– Tu as le choix. Tu peux encore aller faire les courses chez Joe, ouvert jusqu'à 19h30, le summum du tard dans notre petite bourgade, mais il est réapprovisionné tous les mardis, et nous sommes lundi. Je ne suis pas sûr qu'il reste grand-chose de consommable dans ses rayons. Tu peux aussi aller chez Mina, le seul restaurant du village.
– Si c'est toujours aussi mauvais que dans mon souvenir, je préférerais vraiment éviter, grinça Arthur.
Merlin rit de bon cœur de nouveau.
– Ça l'est. Sinon, tu peux venir manger chez moi. Je m'approvisionne à Trehafod pour tous les produits courants, et à la ferme Hafod Ganol pour tous les fruits, les légumes, les œufs, la viande... Et je suis bon cuisinier.
Il souriait toujours et Arthur fut bouche bée. Ils ne se connaissaient pas. Et Merlin l'invitait ? Avec le sourire, en plus ! C'était si étrange comme comportement ! Si nouveau, pour Arthur, qu'on ait pour lui autant d'attention !
– C'est une invitation ? demanda-t-il d'un air vaguement taquin.
Mais sa blague tomba à l'eau quand le regard de son nouvel ami s'assombrit.
– Pas vraiment. C'est plutôt un guet-apens. Je cuisine peut-être bien, mais je suis mauvais plombier, et il pleut dans mon appartement. Le chauffage est aussi du genre capricieux. Ce n'est pas franchement attirant, en fait.
Arthur eut le cœur qui se serra. C'était absurde. Les problèmes de plomberie et d'isolation d'un mec qu'il ne connaissait ni d'Ève ni d'Adam ne devraient pas le concerner. Ni l'atteindre.
– Alors je te propose un marché. Tu viens cuisiner chez moi. Et on mange ensemble. Il fait chaud et il ne pleut pas chez moi.
L'éclat qui passa dans les prunelles de Merlin, à la lumière blafarde des lampadaires, fut difficile à déchiffrer, mais Arthur sentit distinctement son cœur cogner dans sa cage thoracique à lui en faire mal. Il ne savait pas lire dans les yeux bleus qui lui faisaient face, ils ne se connaissaient pas assez pour qu'il prétende cela, et pourtant, il avait l'impression de savoir, au fond de lui, quelque chose qu'il ne parvenait pas à identifier.
– Hum. C'est tentant. Mais c'est sans compter Morgan, je le crains. Je ne suis pas tout seul. J'aurais peut-être dû te le préciser avant de t'inviter.
Arthur sentit un rougissement intempestif gagner ses joues, heureusement masqué par l'obscurité de la rue. Il n'avait même pas pensé que Merlin pouvait ne pas vivre seul ! Il l'avait bêtement supposé quand Merlin avait mentionné sa mère décédée, et qu'il en avait conclu que le jeune homme vivait avec elle. Mais il n'avait pas pensé à poser la question de la petite amie. Quel idiot il faisait !
Il s'efforça de rester digne. Après tout, il s'était fait un drôle d'ami dans cette ville minuscule, et il n'était pas prêt à le laisser partir après si peu de temps.
– Eh bien tu n'as qu'à venir avec, proposa-t-il. Plus on est de fous, plus on rit ! Ça ne me gêne pas du tout, assura-t-il.
Les pupilles de Merlin brillaient. Il penchait la tête sur le côté comme s'il réfléchissait, et c'était bizarrement attendrissant, comme un spectacle d'un chiot qui faisait les yeux doux. Décidément, le deuil n'aidait en rien Arthur à stopper ses pensées incongrues.
– Si vraiment tu es d'accord. On se retrouve chez toi, alors ?
– Viens quand tu veux, affirma Arthur en lui tendant la main pour le saluer. Mais tu ferais bien d'amener absolument tout ce qu'il faut pour faire le repas, je doute même d'avoir du sel dans les placards !
Ils se quittèrent sur ces entrefaites, Merlin assurant qu'il arrivait d'ici trente minutes (ce n'était pas comme si le trajet était bien long, vu la taille de leur village) et Arthur regarda son nouvel ami partir dans la lumière jaune de l'éclairage public.
Il ne savait pas à quoi il s'était attendu en revenant ici. Signer les papiers, récupérer son héritage ou le refuser, cela il l'avait envisagé. Rencontrer un garçon de son âge et dîner avec lui et sa copine ? Certainement pas. Il avait trois mois avant d'être rappelé. Il n'avait pas forcément prévu de rester ici pendant les trois mois, ni même ce qu'il allait bien pouvoir faire durant cette période, mais bizarrement, il ne l'appréhendait plus autant, désormais. Tant que ce drôle de garçon acceptait de lui parler.
Ils sont mignons, hein ? Et un peu con, dans le cas d'Arthur. Rassurez-vous, ça ne durera pas ! (la mignonnitude. Contre la stupidité d'Arthur, je ne peux rien)
Prochain chapitre le Me 6 février ! Review, si le coeur vous en dit ? :)
