Bonjour mes petits chinchillas ! On arrive déjà à la fin de la partie 1, eh oui ! J'espère que cela vous plaira et je vous remercie du fond du coeur pour vos reviews et votre accueil !
Bonne lecture ! :)
Chapitre 4
Quand Merlin débarqua dans la cuisine, le lendemain matin, il était en T-shirt et boxer, et il avait l'air de marcher comme un zombie. Arthur le regarda faire, vaguement amusé, se demandant par quel miracle il avait réussi à descendre le magnifique escalier de pierre et de marbre en colimaçon (Arthur soupçonnait que l'un de ses ancêtres avait eu un fantasme d'un double escalier en hélice comme dans un de ces châteaux français dont il avait étudié l'architecture) sans tomber.
– Désolé. Je n'ai pas de café.
Le mot parut réveiller Merlin, qui battit des paupières, un peu plus fort.
– Quuuoiii ? demanda-t-il dans un bâillement.
– Du café, répéta Arthur charitablement. Tu as l'air d'un zombie cherchant une dose de caféine, et je suis au regret de te dire que je n'en possède pas. Pas du tout.
Cette fois, le jeune homme avait l'air parfaitement réveillé, et glacé d'horreur. Il posait sur Arthur un regard aussi effrayé que s'il avait été un psychopathe armé d'un couteau.
– Pas. De. Café ? Comment est-ce possible, ça ? Ce n'est humainement pas possible.
Arthur haussa les épaules.
– Je suis arrivé hier soir et je n'ai pas fait les courses, tu te souviens ? C'est toi qui a vidé le contenu de ton frigo dans le mien. Et tu n'avais prévu que le poulet rôti et les haricots verts. Pas le café, le jus de fruit et le thé. Et je n'ai rien de tout ça. Au moins, on a de l'eau chaude... Il doit y avoir des plantes aromatiques du genre verveine ou menthe, dans le jardin. Si tu veux improviser une infusion. Je suis allé chercher des viennoiseries...
De la main, Arthur balaya la table sur laquelle étaient disposés les sachets de la boulangerie. Comme il n'avait pas fermé l'œil de la nuit, il avait pu se lever tôt, et se rendre au magasin, mais rien d'autre n'était ouvert et il n'avait pas pu acheter du thé, du café ou autres boissons pour le petit déjeuner. Mais au moins, ils avaient à manger.
Merlin considéra la table de la cuisine d'un œil critique, puis Arthur, attablé à celle-ci, derrière son ordinateur branché, et semblait vérifier les dernières nouvelles dans le monde. La maison devait avoir le wifi, a priori.
Puis il revint à la table, puis encore à Arthur, bouche bée.
– Vous êtes allés à la boulangerie ? balbutia-t-il.
Arthur fronça les sourcils.
– Vous ?
Jusqu'à maintenant, le jeune homme et lui s'étaient naturellement tutoyés, comme entre tous jeunes du même âge. Pourtant, il y avait soudain une révérence et un étonnement sincère dans la voix de Merlin, et c'était bizarre à entendre. À la fois bizarre, et pas désagréable, et un frisson parcourut Arthur.
– Tu es allé à la boulangerie, se corrigea Merlin. Pardon. Matin. Pas réveillé, sans café.
– Je vois ça, se moqua Arthur en désignant sa tenue qui ne cachait pas grand-chose.
Son boxer était un peu trop petit, et son T-Shirt bâillait, laissant apercevoir son cou et ses clavicules. Une forme sombre semblait d'ailleurs se dessiner sur la poitrine du jeune homme, et Arthur fronça les sourcils derechef. Il n'eut pas le temps d'y réfléchir plus longtemps, puisque son invité avait reculé, paniqué et rougissant, et foutrement adorable. Un spectacle particulièrement drôle à observer.
– Oh mon Dieu. Pardon. Désolé. J'avais oublié, ce matin... Pas du matin... J'ai oublié... Où j'étais... Suis venu par réflexe... Pardon.
Il semblait brusquement réaliser qu'il était à moitié nu dans la cuisine d'un étranger, parfaitement habillé, lui.
– Oh mon Dieu, Morgan ! L'école ! Je... aller le réveiller ! Je... Pardon !
– Calme-toi, lui ordonna Arthur en se redressant. Nous sommes samedi. Morgan n'a pas école. Le petit déjeuner est servi. Va t'habiller, et laisse ce môme dormir !
Sa voix n'admettait pas la réplique, et Merlin le défia du regard. Avant de répondre, sur un ton parfaitement normal.
– Je dois ouvrir la librairie. Je vais m'habiller et ramener Morgan chez nous. Merci pour le petit-déj, mais...
– Mais rien du tout. Va réveiller ton frère. Habille-toi. Et viens manger un truc avant de partir travailler. Je peux le garder, si tu veux. Je n'ai rien de mieux à faire. Il sera mieux ici que tout seul chez toi avec la fuite, non ?
Sa proposition n'était pas entièrement désintéressée. Cela lui donnait une occasion de revoir Merlin. Et de mieux comprendre ce drôle de garçon.
– Pourquoi... vous... toi... et Morgan ?
Arthur haussa les épaules.
– Il a cinq ans, il ne porte pas de couche, et il ne faut pas lui donner de biberon, pas vrai ? Je devrais m'en sortir. Si tu n'as pas peur de me le confier, bien sûr.
Et là-dessus, Merlin éclata de rire. Un immense rire, bruyant, à gorge déployée, et des larmes perlant au coin de ses yeux.
Un rire durant lequel il marmonnait des phrases inintelligibles. Arthur ne comprit que quelques mots, et cela avait encore moins de sens : « plutôt lui que j'aurais peur » et « vous confierai ma vie » et « aujourd'hui et hier » et « pour toujours et à jamais ».
– M'rlin ?
Le petit Morgan, pieds nus, les yeux ensommeillés, se frottant les paupières, se trouvait sur le pas de la porte.
– Salut petit druide, le salua Merlin, dans la continuité de sa bonne humeur.
Merlin se figea soudainement. Morgan lui-même cessa de bouger et de se frotter les yeux. Les deux frères se regardèrent soudain dans les yeux, bleu contre bleu, dans une conversation muette fraternelle dont était exclu Arthur.
– Tu aimerais rester ici pour la journée, Morgan ? demanda doucement Merlin une fois leur conversation de pupilles finie. Pendant que je travaille ?
– Je dois avoir plein de jouets au grenier, ajouta Arthur.
La simple mention du mot grenier avait fait briller les yeux de l'enfant. Merlin n'avait pas le cœur de refuser quoi que ce soit au petit. En moins de temps qu'il ne faut pour le dire, ce fut entendu. Le temps que Merlin s'habille, son frère, assis sur une chaise rehaussée d'un coussin, dévorait un croissant en buvant un simili thé à la verveine (c'est-à-dire de l'eau chaude et de la verveine du jardin, donc de l'eau chaude vaguement parfumée), et le jeune homme partit sans un regard en arrière, un croissant en coin de la bouche, et le cœur léger. Merlin ne doutait pas une seule seconde que Morgan serait heureux de sa journée avec Arthur.
Quand la porte claqua derrière son grand frère, Morgan parut un instant perdu, l'humeur assombrie, vaguement inquiet.
– Tu veux aller visiter le grenier ? lui demanda Arthur avec un air de conspirateur.
Le visage de l'enfant s'éclaira. Et Arthur songea que ce petit bonhomme était la meilleure nouvelle de sa journée. Après tout, il était là pour ça, pour trier sa maison, faire l'inventaire de ses nouvelles possessions, reprendre ses marques dans ce lieu où flottait le spectre de son père et de leurs disputes, et savoir quoi décider pour la suite. Et quoi de mieux pour cela qu'un enfant innocent qui ne voulait rien d'autre que jouer à l'archéologue, aux pirates ou aux chercheurs de trésors ?
Arthur lui rendit son sourire. Les grands yeux clairs de Morgan étaient tellement vivants, transperçant son cœur et son âme.
Quand Merlin rentra ce soir-là, le salon et la salle à manger d'Arthur étaient un champ de bataille. Littéralement. Un fort en coussins se dressait dans une pièce, un deuxième dans l'autre, et les deux grandes portes battantes étaient ouvertes. Chacun retranché dans leurs positions, les chefs de guerre Morgan et Arthur passaient en revue leurs possibilités et leurs armes. Dans le grand espace entre eux, il y avait des peluches et des coussins, des munitions en tout genre, des armes en plastiques abandonnées, des épées en mousse et des lance-pierres.
Merlin, amusé, fit un pas en direction du champ de bataille. Il avait eu le temps de s'inquiéter pour Morgan, au cours de la journée, mais de toute évidence, c'était en vain.
Il savait aussi qu'ils n'avaient pas fait que jouer. Morgan connaissait par cœur le numéro de portable de son frère aîné, et Merlin avait donc eu la joie de recevoir dans la journée le SMS suivant « c'est Arthur. On va faire des courses. Qu'est-ce que tu veux préparer à manger ce soir ? Et j'achète du café pour ton petit déj demain ;) »
Ce qui avait eu le don de le laisser extrêmement perplexe pendant très longtemps. Il n'avait rien osé y répondre. Il n'était pas sûr de savoir comment appréhender cette invitation déguisée à rester dîner et dormir, une nuit de plus. Après avoir passé la journée à garder son cadet par-dessus le marché.
Il s'apprêtait à signaler sa présence aux deux combattants qui, de toute évidence, n'avaient rien remarqué de son arrivée, retranchés qu'ils étaient dans leurs fiefs, quand Arthur se mit à parler.
– Nous règlerons ça par l'épée, Seigneur Morgan ! C'est notre dernière option !
– D'accord, Seigneur Arthur !
Et les deux combattants bondirent de leurs positions, épées factices à la main, se lançant en courant vers l'autre, et cri de guerre à la bouche :
– Pour Avalon !
– Pour Camlann !
Morgan avait choisi le nom de la librairie de son grand frère comme cri de ralliement. Arthur avait laissé parler son inconscient.
Et Merlin, au milieu de tout ça, sentit son sang geler dans ses veines, et son souffle se bloqua dans sa gorge, incapable de respirer.
– Non... murmura-t-il.
La dernière chose qu'il vit avant de s'évanouir fut les quatre yeux bleus de Morgan et Arthur, tournés vers lui, étonnés d'être ainsi dérangés dans leur assaut final. Puis ce fut le trou noir.
Arthur, dans un réflexe inouï, rattrapa le corps de Merlin qui tombait. Son épée en mousse fut abandonnée dans le même instant. Il cria, mais de toute évidence, c'était trop tard. Le jeune homme ne l'entendit pas.
Morgan, figé dans son assaut, le poing toujours tendu, semblait perdu. Entendre crier son frère dans son sommeil était une chose. Le voir s'évanouir en était une autre. Il resta tétanisé.
– Mord... Mordr... marmonna Merlin.
– Il est dans le salon, répondit aussitôt la voix d'Arthur, en se précipitant au chevet de son nouvel ami.
Après avoir ordonné à Morgan de rester au chaud dans le salon, il n'avait qu'à regarder la télé sur l'immense et magnifique écran plat (ils avaient Dieu savait combien de chaînes, dont un certain nombre ne diffusant en continu que des dessins animés pour enfants), Arthur avait amené Merlin dans la chambre qu'il avait occupé la veille, et était resté à ses côtés en attendant qu'il se réveille. Ce qui n'avait pas pris trop de temps. Morgan ne devait même pas avoir fini le premier épisode de la saga avec des Dragons pour laquelle il s'était enchanté. Il ne risquait pas de venir voir de sitôt ce qui se tramait. Ce qui en faisait un excellent moment pour qu'Arthur interroge Merlin. Et vice-versa.
– Tu vas mieux ? demanda-t-il doucement tandis que Merlin se redressait et papillonnait des yeux.
– Oui... Merci. Désolé. Je... Où est Morgan ?
– En bas. Il regarde la télé, ne t'inquiète pas. Il va très bien.
– 'M'inquiète pas pour lui. 'M'inquiète pour toi, crétin royal, marmotta Merlin.
– Quoi ?
Arthur n'était pas sûr d'avoir bien compris.
– Rien, soupira Merlin en se relevant. Laisse tomber. Je vais bien. Désolé de t'avoir inquiété. Je...
– Tu rien du tout, décréta Arthur. Tu sais ce que tu vas faire ? Tu vas rentrer chez toi. Couper l'eau. Mettre des bassines sous les fuites. Prendre deux grosses valises et les bourrer de vêtements pour toi et Morgan. Vider ton frigo et tes placards. Et ramener tes cliques, tes claques et les affaires de ton frère chez moi. Vous vous installez ici, à durée indéterminée. Je n'ai pas de boulot. Je ne sais pas ce que tu fais de Morgan quand tu travailles, mais j'imagine que soit il reste seul, soit il est à la librairie avec toi. Alors c'est niet, fini. Je m'occupe de lui en rentrant de l'école. Il va m'obliger à passer en revue chaque recoin de cette immense baraque trop grande. Et tu feras à manger, et t'auras du café le matin, promis. Alors va chercher tes affaires, et reviens vite. Parce que c'est un ordre. Et c'est non négociable.
Arthur était très sérieux. Il en avait sans doute un peu trop fait, se laissant emporter par des images qu'ils ne maîtrisaient pas, mais l'air amusé de Merlin était trop adorable pour vouloir s'en exonérer.
– Et si je refuse ? s'amusa le jeune homme.
– Pas une option. Tu n'as pas le choix.
Les yeux bleus de Merlin pétillaient.
– Très bien. Disons que j'accepte à une condition. D'accord ?
– Tout ce que tu veux, affirma Arthur, se rengorgeant de fierté comme un paon de la réussite de son plan.
Le regard trop amusé de son vis-à-vis aurait dû l'inquiéter sur la nature de cette condition, mais il n'y vit que du feu.
– Je ne répondrai à aucune question. Aucune question. Tu n'es rien autorisé à demander. Jamais. Rien du tout. C'est ma condition.
Son ton s'était fait sérieux, et Arthur le fixa intensément.
– Qu'est-ce que tu veux dire ? Quelles questions ?
– Je suis sûr que tu le sais très bien.
– Des questions du genre « pourquoi tu hurles dans tes cauchemars ? », c'est ça ?
– Exactement, répondit Merlin d'un ton placide.
Et là, Arthur comprit qu'il s'était entièrement fait avoir.
– C'est injuste ! J'ai quand même le droit de savoir pourquoi tu hurles dans la baraque durant la nuit comme si on t'écartelait !
– Tu es en droit de poser la question, mais dans ce cas, je ne m'installe pas ici avec Morgan. Et au demeurant, que tu sois en droit de poser la question ou non, je suis en droit de te refuser la réponse de certaines choses... personnelles.
Arthur comprit qu'il avait perdu. Il ne pourrait pas faire céder la résolution qu'il lisait dans les iris bleues. Alors il acquiesça.
– Ça marche. Tu t'installes ici. Et je ne demande rien.
Il ignorait à quel point sa promesse serait dure à tenir.
FIN DE LA PARTIE 1
C'est pas drôle si la vie est simple pour eux, voyons xD
Prochain chapitre le Me 27 février ! Eh oui, pause de deux semaines pour fin de partie 1 ;)
Review, si le coeur vous en dit ? :)
