Bonjour mes petits pangolins à écailles ! Bon retour sur la partie 2 de la vie de Merlin, Morgan et Arthur ! Les choses vont avancer.. Un peu. Ou pas. Ou alors pas dans le bon sens, comme toujours xD

Bonne lecture ! :)

Chapitre 5

Sans aucune surprise, le plus enthousiaste à leur cohabitation fut Morgan. Il avait manifestement une admiration totale et éperdue pour Arthur, et vivre sous le même toit que lui lui paraissait être la plus merveilleuse des grandes aventures. Sans compter que la maison recelait de cachettes et de secrets. Elle était peut-être à la pointe de la modernité, wi-fi partout, lumières LED qu'Arthur pouvait commander de son smartphone, écran plat et autres gadgets technologiques, mais c'était aussi une vieille maison en pierre, avec un escalier en colimaçon, des recoins sombres, un immense grenier, des passages « secrets », et des mystères à percer. Et puis cela le détournait de l'appartement où ils avaient vécu avec Merlin et leur mère, et qui lui rappelait douloureusement la perte de sa figure maternelle.

Morgan était enchanté par la grande bâtisse. L'enfant passait ses journées à l'école, et rentrait ensuite avec une bonne humeur évidente pour retrouver Arthur, et percer les secrets de la maison.

Rapidement, et le fait fut confirmé par Merlin, Arthur réalisa à quel point l'enfant n'avait pas besoin de lui. Son émerveillement et sa joie pour un rien étaient symptomatiques de son âge enfantin, mais il était suffisamment mature, à un point effrayant et Arthur ne s'inquiétait pas s'il le voyait disparaître. La maison était grande, et l'enfant aimait la découvrir. Il n'avait pas besoin qu'on le surveille.

Le maître des lieux aimait savoir la présence du petit Morgan dans ses murs. Cela l'apaisait. Quand il entendait un grattement, un éclat de rire, un bruit sourd, il n'imaginait pas un cambrioleur, une souris ou un drame, mais savait simplement que le gamin s'amusait.

Merlin, en revanche, s'en inquiétait beaucoup plus.

– Tu vas finir prématurément ridé, si tu n'arrêtes pas de stresser pour tout et pour rien tout le temps comme ça, le taquina Arthur un soir.

La télévision diffusait une série qu'Arthur ne suivait pas vraiment. Merlin compulsait un énorme volume ancien et poussiéreux déterré de l'antique bibliothèque ancestrale d'Arthur, et ils vivaient un de ces moments précieux de leur drôle de colocation, où le silence était roi et qu'ils l'appréciaient à sa juste valeur.

– Je ne m'inquiète pas, répliqua Merlin sans lever les yeux de son livre.

– À d'autres ! se moqua Arthur. Depuis que Morgan est allé se coucher, tu as levé les yeux vers le plafond au moins dix fois en mordillant et torturant tes lèvres, qui, franchement, ne méritent pas ça ! Cesse de stresser à propos de ce pauvre môme !

Merlin releva les yeux, le regard amusé.

– Parce que tu regardes mes lèvres et tu t'intéresses à leur sort ? blagua-t-il.

La plaisanterie n'était pas franchement nouvelle. Mais elle avait toujours le don de mettre Arthur mal à l'aise. Il ne savait pas trop quoi répondre à ça.

– Je te parle de Morgan, préféra-t-il insister.

– Je m'inquiète pour Morgan, c'est vrai, reconnut Merlin en redevant sérieux, étendant ses jambes sur le canapé.

Il était adossé à un accoudoir, et ses orteils touchaient presque Arthur, à l'autre bout.

– Eh bien tu ne devrais pas, répondit Arthur en essayant d'éviter de penser que Merlin avait les pieds nus, et il avait beau faire chaud dans la maison, malgré la saison glaciale au dehors, ce n'était pas raisonnable !

– Si. Il fait des choses... qu'il ne devrait pas faire.

Merlin avait froncé les sourcils, et n'avait pas l'air de vraiment voir Arthur.

– Comme sortir des bouquins de la bibliothèque qui ne sont pas de son âge et les lire ? Tu ne peux pas lutter contre son intelligence et sa précocité.

Cela faisait seulement trois semaines que Merlin et Morgan étaient là, et c'était un fait établi. L'enfant avait clairement des facilités et des capacités largement supérieures à son âge.

– Oui ça, d'accord, balaya Merlin de la main. Mais...

Ses yeux s'envolèrent de nouveau vers le plafond, là où se trouvait la chambre du garçonnet. Il avait bien pris ses marques, désormais, et ses jouets traînaient dans la pièce, ses livres sur la table de chevet, et ses vêtements dans l'armoire.

– Mais il fait des choses qu'il ne devrait pas faire du genre venir consoler son grand frère toutes les nuits ou presque ? attaqua Arthur.

Le regard de Merlin revint immédiatement sur lui. Dur, froid, et en colère. Ce qui tombait plutôt bien. Arthur n'avait plus aucune velléité à suivre le film (ou la série, ou bien était-ce une série de films ? Dans tous les cas, c'était mauvais), et il ne supportait déjà plus cet arrangement entre eux, ne pas poser de questions.

Il fallait reconnaître que selon ses propres critères, il avait été du genre très patient. En temps normal, il exigeait et obtenait. Il savait que c'était un très mauvais trait de caractère, mais pour sa défense, il avait été élevé ainsi. Son père l'avait éduqué dans le mantra de son excellence et de sa magnificence. Officiellement, ils n'avaient plus aucun titre de noblesse, mais Uther s'était toujours comporté comme un châtelain sur son royaume. Il était anobli, pour des raisons qui restaient très obscures à Arthur, et la plupart des gens du village l'appelaient Sir Uther. Depuis son plus jeune âge, Arthur avait eu l'habitude d'être vouvoyé, appelé « Monsieur Arthur » et traité comme s'il était une petite chose fragile, délicate, précieuse, à laquelle il fallait obéir absolument et immédiatement. Ils avaient eu une cuisinière, une femme de ménage, et un précepteur particulier durant ses premières années.

Sa maison avait un couloir dévolu aux portraits peints à l'huile de ses ancêtres ! Sa mère et son père avaient même leur toile, présentant un Arthur tout bébé, quelques mois après sa naissance, et avant le décès de sa mère.

On ne lui avait jamais inculqué les vertus de la patience, et même la politesse n'avait pas été son fort pendant très longtemps. Alors cette situation ne lui convenait pas du tout.

Parce que Merlin continuait de cauchemarder toutes les nuits. Il gémissait, criait, murmurait aléatoirement, et pleurait systématiquement. Et Morgan, toutes les nuits, se réveillait, se glissait dans la chambre de son grand frère, et murmurait des paroles réconfortantes jusqu'à chasser les mauvais rêves. Ce n'était pas une vie pour le gamin. Ni pour Merlin, d'ailleurs. Mais ce dernier restait fermé comme une huître à ce sujet.

La seule information dont Arthur disposait, c'était Morgan qui avait consenti à la donner, et si elle témoignait de la maturité de l'enfant, elle n'expliquait rien du tout : « Parce que Merlin attend qu'on lui rende son cœur et son âme. En attendant, il ne peut pas être complet ».

Arthur avait trouvé cela tellement sibyllin qu'il se demandait même si le gamin ne l'avait pas lu quelque part et ressorti tel quel.

– Tu n'es pas en droit de poser ce genre de questions, répliqua Merlin, glacial, refermant d'un coup sec le livre qu'il lisait.

– Je ne pose pas la question. Je fais une remarque. Tu trouves ça juste de le réveiller toutes les nuits ?

– Je ne le fais pas exprès.

– Au moins dis-lui de retourner se coucher, de me laisser gérer ça ! C'est moi l'adulte, ici !

Merlin laissa échapper un rire amer et moqueur.

– Adulte, vraiment Arthur ? Morgan n'est pas celui derrière lequel je dois courir pour récupérer son linge sale pour faire tourner une machine.

Avec toute la mauvaise foi du monde, Arthur balaya l'argument sans répondre, de son air le plus détaché. Il n'était pas du tout bordélique, et c'était absolument faux que ses chaussettes après une machine étaient toujours dépareillées.

– Sérieusement. Je peux gérer ça, non ? Morgan ferait les nuits complètes nécessaires à sa croissance.

– Sa croissance !

De nouveau, Merlin fit un bruit bizarre, à mi-chemin entre l'étranglement et le rire. C'était bizarre. Comme à peu près quatre-vingt-dix-pour-cent des mimiques de Merlin. C'était aussi bizarrement adorable, la plupart du temps.

– Et non, Arthur, tu ne peux pas gérer ça. Je t'assure. Seul Mord... Morgan le peut. Il sait faire. Laisse-le.

– Je ne suis pas d'accord !

– Et tu proposes quoi ? Me veiller toute la nuit ? Dormir sur une chaise au pied de mon lit ? Te rouler en boule sur le tapis ? Tu ne peux pas sauver tout le monde, Arthur. Ton complexe du héros ne peut rien pour moi. Tu ne peux pas me sauver.

Les mots suivants ne furent pas prononcés à voix haute, mais de toute évidence, Merlin ignorait qu'Arthur savait lire sur les lèvres : « Je suis déjà mort ». Il ne savait pas ce qui avait brisé le cœur de Merlin, mais de toute évidence, il avait subi plus qu'une énième déception sentimentale avec une fille. Mais il ne voulait pas trop y penser. La souffrance de Merlin, celle qui parfois s'échappait de lui sans qu'il la retienne, semblait trop immense pour qu'il puisse la comprendre, et cela l'effrayait un peu, parfois.

– Je n'ai pas de complexe du héros ! s'insurgea celui qui avait, précisément, un complexe du héros.

Le regard de pitié que lui renvoya Merlin était si vexant qu'Arthur eut le réflexe immédiat de croiser les bras sur sa poitrine dans un air boudeur.

– Sérieusement ? Tu nous as accueillis ici simplement sur la base d'une affirmation d'une fuite. Et t'as refusé de nous laisser partir. Complexe du héros.

– Même pas vrai !

– Et je ne parle même pas du reste !

Arthur n'osa pas demander « quel reste ? ». Merlin et lui pouvaient avoir des discussions intenses, passionnées et passionnantes, mais il y avait des sujets qu'ils évitaient entièrement : Hunith, la mère de Merlin. Uther, le père d'Arthur. Et le boulot d'Arthur.

Il ne doutait pas que Merlin avait deviné tout seul qu'il était militaire. En permission pour trois mois, et pas une seconde de plus pour gérer le décès de son père, l'héritage et la succession. Il était en mission en Afghanistan quand la lettre était arrivée. Elle avait fait du chemin, et mit le temps pour arriver. Le temps qu'Arthur en prenne connaissance, son père était enterré depuis longtemps. Il était revenu le plus rapidement possible, le temps que l'armée valide son congé et trouve un remplaçant ad interim pour son poste de Lieutenant.

Complexe du héros, torturé par l'envie d'aller mourir pour des inconnus ? Entièrement. Cela, Merlin le savait sans doute pertinemment.

Ils restèrent un instant dans le silence, regardant vaguement la lumière bleutée de la télévision qui continuait d'émettre.

– Merlin... Tu ne veux vraiment pas me dire pourquoi ?

– C'est une question ? Tu n'as pas le droit aux questions.

– C'est une supplique.

– À laquelle je vais donc devoir résister.

– Je n'aime pas savoir que tu souffres, osa Arthur.

Cela lui semblait moins grave, dit dans la douceur de la nuit, seuls sur un canapé, comme aveu.

– Je ne souffre pas, lui répondit Merlin dans un murmure. Je ne peux plus souffrir. Cela fait longtemps que j'ai atteint mon seuil maximal. Les cauchemars, après tout... c'est un bien faible prix à payer pour se souvenir. Les souvenirs, c'est tout ce qu'il me reste. Et eux aussi commencent à disparaître.

Il avait l'air tellement effrayé, misérable, et paniqué en disant cela qu'Arthur ne put s'empêcher de bondir de sa place et de répondre à son instinct, prenant son ami dans ses bras, et le serrant fort.

Si au début, il sentit distinctement Merlin se raidir à son contact, cela ne dura pas, et le jeune homme devint rapidement poupée de chiffon entre ses bras, se laissant bercer comme un enfant.

Arthur en conclut la supposition que les cauchemars de Merlin, que seul son frère pouvait apaiser, étaient liés à sa mère et sa mort prématurée, et il s'abandonnait dans cette étreinte comme dans celle qu'il ne pouvait plus recevoir de sa mère. C'était une explication comme une autre. Et ça lui évitait de s'attarder sur les battements déraisonnés de son cœur, et celui de Merlin, alors qu'ils s'accrochaient l'un à l'autre sur le canapé, comme les derniers survivants d'un naufrage.


Ce fut trois nuits plus tard que la dynamique des choses changea subtilement. C'était pourtant une nuit comme toutes les autres. Arthur fut tiré du sommeil par un léger geignement, ce qui ne le surprit pas outre mesure. Sa chambre était à côté de celle de Merlin (puisqu'il était toujours aussi incapable de rentrer dans celle de son père ou sa chambre d'enfance. Les deux portes fermées attisaient d'ailleurs la curiosité du petit Morgan autant que celle de la pièce interdite dans le conte de Barbe Bleue), et il se réveillait désormais presque instinctivement, dès les premiers bruits. Alors cela ne l'étonna pas. Pourtant, quand il battit des paupières pour ouvrir les yeux, et qu'il tendit l'oreille, il n'entendit rien. Seulement le silence de la nuit. L'esprit encore embrumé par le sommeil auquel il venait d'être arraché, il ne perçut pas tout de suite l'incongruité de la situation. Il avait été réveillé par le bruit, mais n'entendait plus rien. Pourtant, quand il fermait les yeux, il l'entendait encore.

Cela n'avait aucun sens, et l'esprit rationnel et ensommeillé d'Arthur n'arriva à produire qu'un « hein ?», qui résumait bien sa pensée actuelle.

Puis il referma les yeux, se concentra, et réalisa, en dépit de tout le bon sens et la logique, que même les yeux fermés, ses oreilles n'entendaient rien, en fait. La maison était parfaitement silencieuse. Mais dans sa tête, il y avait un bruit. Et son cerveau, pour pallier ce phénomène inexplicable, lui envoyait un signal contradictoire de bruit reçu par ses oreilles, alors que son ouïe n'était pas le moins du monde impliquée dans l'histoire.

Il entendait gémir Merlin dans sa tête. C'était absurde.

Il entendait gémir Merlin dans sa tête. Cela n'avait aucun sens.

Il entendait gémir Merlin dans sa tête. C'était physiquement impossible.

Il entendait gémir Merlin dans sa tête. Arthur était un homme rationnel et sensé.

Il entendait gémir Merlin dans sa tête. La logique n'aurait pas dû permettre un tel événement.

Mais bordel, il entendait gémir Merlin dans sa tête et il ne pouvait plus l'ignorer. Il savait que certains jumeaux, de manière inexplicable, pouvaient se comprendre sans parler, ou ressentir ce que vivait l'autre à distance. Certains mentalistes se targuaient de lire dans l'esprit des gens. La plupart des magiciens faisaient mine de deviner vos pensées en découvrant une carte choisie dans un tas aléatoire.

Et même si certains phénomènes étaient simulés, et qu'Arthur croyait modérément aux autres, jamais au grand jamais il n'avait entendu parler d'un phénomène suffisamment précis pour ENTENDRE distinctement un mot. Parce que c'était bien ce qui venait de se produire. Merlin venait de murmurer un « non » déchirant, directement dans la tête d'Arthur. Bien sûr, son subconscient aurait pu l'inventer. Après tout, il entendait Merlin toutes les nuits depuis des semaines, cela n'aurait pas été très compliqué à générer. Mais pourtant, Arthur réfutait cette idée, et faisait fi de toute logique, rejeta violemment ses couvertures, et sauta à bas de son lit. Il réalisa à peine qu'il ratait ses chaussons et n'attrapait pas sa robe de chambre, et se précipita dans le couloir pour atteindre la porte suivante, qu'il ouvrit sans la moindre parcelle d'hésitation. Pour se retrouver confronté à un phénomène troublant : Merlin dormait.

Il dormait profondément. Normalement. Sans s'agiter, sans hurler, sans sangloter, sans pleurer, sans émettre de sons déchirants de douleur.

Il ne dormait pas sereinement pour autant. Son visage, visible grâce à la lune pleine, belle et blanche, était marqué par la souffrance. Sa bouche se tordait dans une grimace crispée. Son front se garnissait de rides d'anxiété. Mais il ne pleurait pas, du moins pas encore, et ne gémissait pas davantage.

Arthur s'approcha lentement, fasciné par le phénomène inexplicable. Puis la bouche s'ouvrit, les lèvres s'incurvèrent délicatement, et Arthur sut instinctivement le « Noooon » que Merlin s'apprêtait à prononcer.

Alors mû par un instinct fou, il traversa la pièce à grands pas, et attrapa les épaules de son ami. Il n'avait pas l'intention de le secouer, ou de le réveiller. Juste de le toucher. De le bercer. De lui murmurer des mots apaisants, comme Morgan le faisait toutes les nuits. Alors il se précipita contre lui, fit entrer sa peau en contact avec la sienne, et pencha son front vers le sien, presque à le toucher.

– Je suis là, Merlin, jura-t-il dans un murmure aussi doux qu'un souffle.

Et sa respiration vint s'échouer sur les lèvres de Merlin, au moment précis où ce dernier gémissait, absorbant les bruits du jeune homme endormi.

Cela n'était rien, pas une victoire. Merlin pouvait tout à fait poursuivre sa crise de panique habituelle, repousser inconsciemment la présence d'Arthur, s'agiter, défaire les draps, et finir en sueur. Mais pourtant Arthur s'enorgueillit de ce presque rien. Et pressa, lentement, leurs deux fronts ensemble, s'obligeant à mettre le plus possible de centimètre carré de leurs peaux en contact.

Des larmes pointèrent au coin des yeux de Merlin. Arthur les essuya de son pouce. Il recommença à gémir. Il lui jura de nouveau d'être toujours là. Il avala ses exhalaisons et ses geignements, sécha ses larmes, et ne cessa jamais de lui murmurer des bêtises.

Arthur n'avait jamais compris la langue dans laquelle Morgan s'adressait à son frère durant ses nuits de cauchemars. Au début, il avait cru que le charabia n'avait pas de sens parce qu'il était tard, et qu'il dormait debout, il avait dû mal comprendre. Puis il s'était dit que c'était Morgan qui était mal réveillé, et il racontait n'importe quoi, mélangeait les syllabes. Et puis il avait réalisé qu'en fait, il y avait un schéma cohérent. Des choses qui revenaient des mots, qui se ressemblaient, des structures logiques. Mais il n'en comprenait pas le moindre mot. Et cela ne ressemblait à aucune langue connue.

Sa dernière option en date était qu'il s'agissait d'une langue inventée par les deux frères, ou plus raisonnablement par l'aîné pour avoir un « langage secret » avec son cadet. Connaissant les deux lascars, c'était la meilleure théorie d'Arthur.

Mais il découvrait ce soir-là qu'en fait, comprendre la langue avec laquelle Morgan chuchotait à son frère n'avait aucune espèce d'importance. Tout ce qui comptait, c'était d'être là, et les mots en anglais d'Arthur, murmurés avec dévotion et amitié, valaient bien la langue inconnue empreinte d'amour fraternel de Morgan.

Arthur crut vaguement entendre du bruit derrière lui, mais il ne se retourna pas. Cela ne pouvait être que Morgan, probablement réveillé par l'absence de cris à l'heure habituelle où les cauchemars de Merlin auraient dû agiter toute la maisonnée. Le propriétaire des lieux, toujours penché sur Merlin, serré contre lui, ses pieds glacés sur le bois noble, n'avait pas de temps à consacrer au garçonnet. Seul comptait Merlin, contre lui, qui gémissait doucement et laissait lentement couler des larmes, au lieu de hurler et sangloter à s'en couper le souffle.

La présence derrière Arthur finit par disparaître. Morgan avait dû retourner se coucher après avoir vu son frère en de bonnes mains, et bêtement, le jeune homme s'en félicita intérieurement. C'était la preuve qu'il pouvait prendre soin de Merlin, lui aussi. Être un véritable adulte compétent.

Puis il devint évident que la présence n'était pas suffisante. Merlin tremblait, convulsait presque, et se tendait inconsciemment vers Arthur au-dessus, comme recherchant plus de contact, désespérément.

Demain, Arthur mettrait son comportement sur le coup de la panique, le stress et le manque de sommeil, mais sur le moment, cela lui parut être l'idée la plus lumineuse du monde : il ouvrit les draps, poussa Merlin, et se glissa sous la couette. Avec lui.

L'effet fut immédiat. Merlin arrêta de trembler. Et enroula son long corps fin contre celui d'Arthur, respirant contre lui à grandes bouffées d'air désespérées.

– Les faces d'une même pièce sont toujours reliées. Mais on n'en a jamais été là, murmura Arthur.

Sa phrase n'avait aucun sens. Pourtant, elle lui paraissait essentielle, vitale, profondément vraie, et elle le submergea totalement. Contre lui, il sentit Merlin se détendre. Sans réaliser ce qu'il faisait, il s'endormit profondément aux côtés de son ami.


Pauvre Arthur... Il ne comprend rien et presque tout ce qu'il pense, suppose, croit deviner, imagine, est faux. C'est drôle non ? x)

Prochain chapitre le Me 6 mars !

Review, si le coeur vous en dit ? :)