Bonjour mes petits écureuils qui cherchez des indices comme vous chercheriez des glands ! ;p Je vous remercie de continuer d'être fidèle à cette petite fic, et de vous creuser la tête ;p
On continue cette semaine avec le réveil Merlin-Arthur dans le même lit... vous vouliez des explications et des grandes discussions... C'est si mal me connaître et les connaître :D
Bonne lecture !
Chapitre 6
Parce qu'un malheur n'arrive jamais seul, il fallut que le lendemain matin soit un dimanche. Un de ces jours où Morgan aimait se réveiller tôt, et aller chercher son frère pour le tirer du lit à grands renforts de chatouilles, de câlins, et de cris de joie, comme l'enfant qu'il était parfois.
Ce jour-là ne fit pas exception. Empêchant donc Arthur de se réveiller naturellement, rougir, et filer dans sa propre chambre à l'anglaise, comme une conquête d'une nuit s'éclipse avant l'arrivée de la femme officielle.
Au lieu de cela, l'enfant se glissa silencieusement dans la chambre de son aîné, escalada le lit, s'installa confortablement au bout, à moitié sur les quatre pieds sous les draps.
Et cria :
– BOUH !
Réveillés en sursaut (et à une heure beaucoup trop matinale), Arthur et Merlin s'agitèrent, se redressèrent, se découvrirent l'un contre l'autre, et n'eurent pas le temps d'assimiler la situation ou de dire quoi que ce soit, avant que l'enfant ne leur assène le coup de grâce :
– Pourquoi vous dormez ensemble comme des amoureux ?
Merlin s'empourpra jusqu'à la racine des cheveux. Arthur devint blanc comme un linge. Ils n'étaient pas prêts de se sortir de cette drôle de situation !
À compter de là, Morgan les regarda tous les deux avec des regards en coin amusés, tout le temps. Arthur finissait par se demander sérieusement l'âge mental de ce môme, et songeait que Merlin devait le faire tester de toute urgence pour déterminer son QI, parce que franchement, il était flippant pour un gamin. Mais les regards rieurs de Morgan et ses grimaces enfantines n'étaient rien comparés à ceux, furieux, de Merlin. Ils n'avaient pas discuté. Arthur avait habilement utilisé l'enfant pour fuir la conversation. Et depuis, ils n'en avaient pas reparlé. Il fallait dire qu'Arthur était très mal à l'aise, et jamais il n'aurait abordé le sujet de lui-même. Quant à Merlin, le courage d'affronter la discussion semblait l'avoir quitté depuis, et il préférait se contenter de regards sombres dardés sur Arthur.
Ce qui leur allait bien, finalement. Entre deux froncements de sourcils, ils vivaient normalement, et c'était bien mieux ainsi.
La seule bizarrerie dont Arthur fut témoin, après cet épisode, fut une discussion entre les deux frères. Arthur savait qu'il aurait dû partir, ou manifester sa présence, mais il fut incapable de sortir de derrière la porte, tandis que Merlin et Morgan s'engueulaient dans la salle de bains. Il y en avait deux, au premier étage qu'ils occupaient tous les trois, l'une dévolue à Arthur, l'autre pour les deux frères, et c'était un truc stupide, du genre un manque de shampooing, qui avait amené le propriétaire des lieux à un endroit de la maison où il n'aurait jamais mis les pieds en temps normal, raison pour laquelle Morgan et Merlin croyaient pouvoir discuter tranquilles.
– Pourquoi tu n'es pas venu ? siffla Merlin, voix amère et pleine de reproches.
Arthur ne pouvait pas voir leurs visages, caché derrière sa porte, mais il les connaissait déjà suffisamment pour deviner à quoi ils ressemblaient.
– Tu ne m'as pas appelé ! répliqua l'enfant, de cette voix anormale pour son âge, trop mature.
Arthur devait se rappeler, quand il avait ce ton-là, qu'il avait bientôt six ans, et pas seize ou vingt.
– Je...
– Tu l'as appelé, lui.
– Je n'ai pas fait ça, répliqua Merlin, dents serrées.
– Tu ne m'as pas appelé. Je n'ai rien entendu. Je suis venu. Il était déjà là. Je ne pouvais rien faire.
– Mais...
– Je ne pouvais rien faire, Merlin. Pourquoi n'acceptes-tu pas...
– Tais-toi.
Le ton glacial était sans appel. Morgan n'insista pas, dans un premier temps.
– Je suis là si tu as besoin de moi.
La voix de l'enfant était douce et tendre, mais fêlée de craquelures et de douleur. Arthur ne savait pas ce qu'ils voulaient dire, quels secrets nichaient au creux de leurs êtres. Merlin n'appelait pas expressément son frère, durant ses cauchemars. Pas plus que cette nuit-là, il avait appelé Arthur. La conversation n'avait pas tellement de sens pour lui, et pressentant qu'il serait mauvais pour lui d'être découvert à espionner, il préféra partir rapidement, sur la pointe des pieds.
Le lendemain, quand les cris déchirants de Merlin réveillèrent la maisonnée, Morgan était aux côtés de son aîné quand Arthur vint dans la chambre.
Ils n'en reparlèrent jamais.
Par la suite, il arriva cependant que le phénomène inexpliqué des acouphènes mystères d'Arthur se reproduise : il entendait alors crier Merlin dans son esprit, avant même que la bouche de celui-ci ne produise le moindre son dans la réalité. Il avait cessé de chercher une explication. Il se rendait simplement dans la chambre de Merlin, s'asseyait sur une chaise à ses côtés, et caressait ses cheveux et son visage en lui murmurant des bêtises, le temps que passent les ombres de la nuit. Généralement, une heure suffisait, et puis le sommeil troublé de Merlin s'apaisait. Arthur regagnait alors sa chambre, et finissait sa nuit tranquillement.
Il faisait une sieste dans l'après-midi pour compenser les heures de sommeil qu'il perdait, et tout allait très bien.
Leur cohabitation durait désormais depuis presque deux mois. À l'échelle d'une vie, cela était si peu, et pourtant Arthur avait la sensation d'avoir toujours vécu ainsi. Ils s'étaient tous les trois habitués à la présence des autres sans aucune difficulté.
Jamais Arthur n'avait posé de questions à Merlin, honorant sa promesse, même si parfois elles se bousculaient sur ses lèvres, tambourinaient dans son cœur, tournoyaient dans son esprit.
Merlin, en retour, n'avait jamais évoqué le fait de rentrer chez eux. La fuite d'eau avait été, parait-il, réparée, non pas que ça intéresse quiconque. Morgan aimait avoir sa chambre. Il aimait le grenier qu'il avait vidé des soldats de plomb et des déguisements de chevaliers d'Arthur. Il aimait le long couloir sombre avec les portraits des ancêtres d'Arthur. Il aimait les recoins et les cachettes de la maison biscornue. Il aimait l'immense télé écran plat. Il aimait l'immense salle de bal, faute d'un meilleur terme, au deuxième étage, dans laquelle il pouvait courir, crier, régner, trôner, combattre des géants et des dragons, jouer au sorcier et au roi. Il aimait la bibliothèque et ses trois cheminées dans laquelle Arthur entretenait régulièrement des feux ronflants. Il aimait les couloirs alambiqués du sous-sol, qui contenaient les caves, et qui étaient si sombres, juste ce qu'il fallait pour tester le courage d'un petit garçon qui grandissait, et qui parfois, se perdaient dans les souvenirs tristes de la mère qu'il avait perdue, et qui avait besoin de se distraire.
Arthur, qui détestait la maison de son enfance pour tous les souvenirs qu'elle contenait, aimait la présence des deux garçons. Morgan lui faisait tout revoir sous un autre angle. Grâce à lui, il avait pu entrer dans la chambre de son père, et faire le tri dans ses affaires, découvrant à sa grande tristesse qu'il n'y avait pas grand-chose. Il avait trouvé une pochette, qui contenait des tas de lettres, celles d'Ygerne à Uther, celles d'Uther à Ygerne, et Arthur avait refusé de plonger dans l'intimité de l'amour de ses parents. Cela ne l'avait pas empêché de pleurer deux heures durant. Il pleurait encore, ce soir-là, quand Merlin était rentré de la librairie.
Merlin aussi devait, au moins un minimum, apprécier leur colocation. C'était cependant celui qui râlait le plus. Tout le temps, en fait.
Il râlait parce qu'il préparait à manger tous les soirs. Parce qu'il faisait les courses. Parce qu'il prévoyait les menus. Parce qu'il faisait les lessives. Parce qu'il faisait la quête du linge sale, poursuivant Arthur pour lui faire comprendre l'utilité de la panière de linge sale. Parce qu'il courait après les chaussettes esseulées. Parce qu'il s'arrachait les cheveux sur toutes les chaussettes désespérément noires et blanches d'eux trois, mais toutes subtilement différentes les uns des autres, et bon courage pour reconstituer les paires, hein. Parce qu'il remplissait et vidait le lave-vaisselle. Parce qu'il nettoyait la salle de bains et les toilettes. Parce qu'il attrapait les araignées qui avaient le tort de s'installer chez eux, et les remettait dehors. Parce qu'il nettoyait toute l'immense baraque. Parce qu'il rangeait tous les jouets de Morgan dans le salon, parce qu'il aidait son frère à ranger ses affaires. Parce qu'il savait toujours où Arthur avait bien pu cacher le chargeur de son téléphone, de son ordinateur, de sa tablette, de sa liseuse. Parce qu'il pliait le linge propre. Parce qu'il refaisait les lits. Parce qu'il pensait à racheter du café et du chocolat. Parce qu'il changeait les draps.
Il passait même la tondeuse dans le jardin. Le tout en ouvrant sa librairie plusieurs heures par jour.
À la réflexion, Merlin avait sans doute des bonnes raisons de râler, en fait. Il en avait même tellement qu'Arthur trouvait incompréhensible qu'il ne soit pas déjà parti en rendant son tablier. Même si, au final, c'était Merlin qui s'imposait de faire tout ça : quand Arthur ou même Morgan essayaient de l'aider, ils ne faisaient jamais rien de assez bien pour le perfectionniste et maniaque Merlin. Alors ils avaient abandonné la guerre, se contentant de peu, et attendaient, patiemment, le jour où Merlin cesserait de vouloir la perfection et accepterait de l'aide.
Mais il ne l'avait pas fait. Alors c'était sans doute arrogant de sa part, mais Arthur espérait que si Merlin endurait tout cela, c'était pour une bonne raison, et que la raison en question était qu'il était heureux, avec lui, avec eux, à vivre dans cette grande maison comme une famille, à y rechercher la perfection.
Le village s'était rapidement habitué à leur colocation. Arthur sortait peu, mais suffisamment pour savoir ce qui se disait sur le marché, sur la place et dans les commerces. Leur monde était si petit, tout le monde connaissait tout le monde. Merlin et Morgan, surtout depuis la mort de leur mère, y étaient très appréciés.
La librairie du jeune homme n'était pas très fournie, mais elle répondait aux exacts besoins de la population : pour tous les touristes qui allaient et venaient, visitaient les fortifications et le reste des lieux historiques, il y avait les guides et les ouvrages historiques, soit très précis pour les aficionados, soit généraliste pour les touristes de passage.
Pour tous les gens qui vivaient ici à demeure, il y avait le dernier volume d'une série romantique pour la pré-adolescente qui s'appelait Katia et vivait près de la gare. Pour la femme du boucher, Merlin commandait les dernières nouveautés de polar susceptibles de lui plaire. Pour monsieur le notaire, à l'immense surprise d'Arthur, c'était de l'héroic-fantasy. Mrs James préférait les romans d'anticipation, et Mr Andrew ceux historiques. Pour Henry, Carla et Mickael, Merlin prévoyait les dernières sorties mangas les plus populaires, et susceptibles de leur plaire.
Le stock de Merlin était très peu fourni. Il envoyait les commandes spéciales de ses clients, mais c'était surtout la connaissance parfaite de ses clients, et la manière qu'il avait de leur dénicher régulièrement à chacun un volume qui les ravissait, tel un magicien, qui faisait son succès.
Ses clients, habitués à voir le petit Morgan dans les pieds de son grand frère, dans les rayons ou derrière la caisse, s'étaient rapidement inquiétés de son absence. Le jour où Merlin, distraitement, avait répondu « Ah non, il est avec Arthur, on vit en coloc, il s'occupe de mon frère quand je travaille » à Mrs James qui lui demandait des nouvelles du garçonnet, il avait découvert la bombe qu'il avait lâchée.
Merlin avait subi un interrogatoire en règle sur « Monsieur Arthur », comme tous les habitants du village l'appelaient par pur habitude, comme ils avaient toujours appelé Uther « Sir », de son titre de noblesse. Le retour du fils prodigue après la mort du père avait été vivement commenté sur les étals et derrière les comptoirs de commérages en ragots, mais nul n'était vraiment informé des projets du jeune héritier.
Dans les faits, Arthur faisait plus que simplement posséder la grande maison au bout de la rue qui dominait entièrement leur micro-monde. Il était l'actionnaire (et donc le propriétaire) principal de la moitié des commerces, et les trois quarts des appartements loués dans la ville lui appartenaient également.
Si l'envie lui en prenait, il pouvait tout aussi bien faire vivre leur bourgade que tout stopper du jour au lendemain, et peu pouvait s'arroger la connaissance des projets du jeune héritier. Merlin n'avait jamais réalisé, avant ce jour-là, à quel point Arthur était connu, respecté, aimé dans la ville, sans jamais n'avoir rien fait de spécial.
Les gens l'aimaient. Comme ils avaient toujours aimé le soleil.
Bien sûr, les ragots allèrent également bon train sur leur relation, mais celle-ci était purement platonique, si dénuée d'ambiguïté, et Morgan, quand il venait rendre visite à son frère à la librairie, ne faisait que raconter à quel point Arthur était un super baby-sitter, et les on-dit s'arrêtèrent d'eux-mêmes.
Les on-dit ne savaient rien de ce qui se passait, une fois franchis les murs blancs de l'immense maison biscornue. Personne ne savait à quel point les deux hommes riaient ensemble, le soir. À quel point Merlin faisait tout dans la maison, râlant tout ce qu'il savait, mais un sourire jusqu'aux oreilles lorsqu'il faisait sauter des crêpes dans l'immense cuisine chaleureuse, sous les applaudissements enthousiastes des deux autres. À quel point les soirées passées ensemble, même dans le silence le plus complet, chacun occupé par une tâche quelconque, satisfaisaient l'âme d'Arthur.
Personne ne savait les longs regards qui glissaient sur les deux hommes. Personne ne savait leurs sourires, leurs taquineries, leurs vies mêlées l'une à l'autre, si facilement en neuf semaines à peine depuis ce jour où ils s'étaient croisés dans un cimetière, chacun perdu dans un deuil si différent et pourtant si semblable.
Personne ne savait, personne ne voyait, et surtout pas les deux intéressés. Personne ne se rendait compte de rien, à part Morgan.
L'enfant, pour rapprocher les deux adultes qui paraissaient tour à tour douloureusement conscients de ce qui les liaient, puis subitement complètement innocents de la tension entre eux, avait mis au point un plan tout simple. Qui se résumait en une seule phrase, prononcée avec le ton le plus plaintif et le plus geignard de sa collection :
– Maiiiiiiis pourquoiiiii je peux pas aller lààààààà ?
Arthur, officiellement, ne lui interdisait aucun endroit de la maison. Morgan était mieux traité qu'un Prince dans son château. Quand Merlin était absent, à gérer la librairie, il avait le droit à à peu près toutes les bêtises du monde, et il suffisait de quelques secondes de pupilles suppliantes et mouillées de fausses larmes pour obtenir ce qu'il voulait. L'immense maison était devenue son terrain de jeu, tout comme le terrain et ses dépendances, du moins quand il ne pleuvait pas.
Il ne restait qu'une porte qui restait obstinément fermée, une seule pièce dont le propriétaire des lieux interdisait l'accès au garçonnet. Une pièce dans laquelle il réclamait d'entrer depuis bientôt une semaine, de manière constante et régulière, avec des trémolos dans la voix.
Selon ses prévisions, Arthur était arrivé au bout de sa patience. Par nature, la patience n'était pas une vertu du jeune homme, et c'était encore pire quand il entendait Morgan se plaindre. Il avait tenu bon à propos de cette pièce, du fait des souvenirs enfermés dedans, mais une semaine complète, pour Arthur, c'était beaucoup.
Morgan était relativement fier de lui. On était dimanche. Merlin était là. Morgan pleurnichait. Arthur était excédé.
Un peu de persuasion supplémentaire, en utilisant le maximum de ses talents, même ceux que Merlin réprouverait, et Arthur, conformément au plus merveilleux des timings prévu par l'enfant, ouvrit la porte avec violence et colère au moment précis où Merlin arrivait dans le couloir.
– VOILÀ ! TU ES CONTENT ? CE N'EST QU'UNE CHAMBRE ! TU PEUX ARRÊTER DE PLEURER ! IL N'Y A RIEN ICI QUI...
La voix d'Arthur, initialement furieuse et glaciale, se mit à bégayer sur les derniers mots, avant de purement et simplement s'arrêter, la bouche encore ouverte, béant comme un poisson, les mots comme bloqués dans sa gorge.
– MORDR... MORGAN !
La voix qui venait de crier était celle de Merlin, qui n'avait rien loupé de la scène, ni du désarroi soudain d'Arthur, ni du sourire victorieux du jeune garçon. Il en lâcha presque aussitôt la panière de linge qu'il tenait contre sa hanche et qu'il montait pour le ranger. Dans ses yeux furieux, Morgan vit aussitôt qu'il avait compris à quel point l'enfant avait usé de ses dons et de sa manipulation pour en arriver là. Et Merlin, à juste titre, en était furieux. Morgan, cependant, refusait de s'en sentir désolé. Il soutint le regard sombre de son frère aîné, bien trop longtemps. Si Arthur n'avait pas été aussi perturbé, il aurait senti l'échange muet qui se déroulait entre les quatre prunelles.
– File d'ici, ordonna Merlin de sa voix la plus glacée, celle qui faisait plier la Terre et la Nature elles-mêmes.
Morgan n'avait aucune velléité d'y désobéir. Il arracha ses yeux de ceux de Merlin, sans les baisser totalement, refusant de lui concéder cette victoire, et fila dans la direction opposée. Merlin ne chercha pas à le retenir, ni à savoir où il allait. Il s'en moquait. Seul comptait Arthur. Arthur, toujours figé sur le seuil de la pièce. Arthur, dont la douleur exsudait tellement qu'il était douloureux de rester à ses côtés. Arthur, qui contemplait le mausolée qu'était devenu sa chambre d'enfant.
– Arthur... chuchota Merlin en s'approchant doucement de lui, le linge posé n'importe où et complètement oublié désormais. Je suis désolé. Ce n'est qu'un enfant. Il n'a pas compris. Il ne voulait pas être cruel.
C'était entièrement faux, mais cela Arthur n'avait pas besoin de le savoir, et surtout pas maintenant.
– Je... Je crois que j'avais peur de ce que j'allais trouver si j'ouvrais la porte.
– Qu'est-ce que tu avais peur de trouver ? demanda doucement Merlin de sa voix tendre, calme, presque hypnotique.
Cette voix qui pouvait plonger Arthur dans un état presque cathartique, le ramenant à des temps immémoriaux, et lui donnant presque l'illusion qu'il se souvenait de la voix de sa mère, penchée sur son berceau, pendant l'année merveilleuse et douloureuse où elle avait lutté contre la maladie. Contre l'infection contractée lors de la naissance d'Arthur. Contre la bactérie pernicieuse qui, un an après que son fils avait vu le jour, l'emportait définitivement.
– Je... murmura Arthur.
Ils étaient toujours sur le pas de la porte, mais Merlin ne faisait pas mine de le pousser dans un sens ou un autre. Il était là. Il restait là, aux côtés d'Arthur. Présence silencieuse, presque fantomatique. Et pourtant tellement rassurante. Prête à faire ce qui devait être fait. Consoler. Chérir. Étreindre. Caresser. Protéger. Défendre. Argumenter. Raisonner.
Il est là comme il a toujours été là, pensa absurdement Arthur. Il ne le connaissait que depuis deux mois.
Mais Merlin ne disait toujours rien, ne le poussait pas. Arthur gardait son regard fixé sur la chambre, et ne regardait pas Merlin, mais il sentait le regard si bleu le brûler et la chaleur de son corps irradier contre son flanc, alors même qu'il ne le touchait pas. Bizarrement, ce fut ce silence qui l'aida à poursuivre.
– Je crois que j'avais peur autant de toutes les solutions. Qu'il y ait tout, comme s'il avait attendu en vain mon retour. Ou qu'il n'y ait rien, comme s'il avait tiré une croix définitive sur moi, sur sa descendance, sur notre héritage antédiluvien, comme il l'avait affirmé.
– D'accord, c'est ce dont tu avais peur. Mais au fond de toi, y avait-il une solution qui te faisait plus mal que l'autre ? Pas peur. Mal. Que tu trouvais plus douloureuse. Plus difficile.
Les mots de Merlin étaient une caresse sur sa peau. Il n'était pas beaucoup plus petit qu'Arthur. Voire pas du tout [1], mais son apparence plus fluette le faisait paraître plus petit. Mais Arthur sentait distinctement son souffle chaud sur sa joue, plus proche de lui qu'il ne l'avait cru.
Lentement, Arthur avança, pénétra dans ce qui avait été la pièce la plus belle, la plus grande, la plus lumineuse de toute la maison. Sa chambre. Son domaine. Qui n'avait pas changé d'un millimètre, poussière mise à part. Et la poussière, ils pouvaient facilement s'en rendre compte, ne datait que de quelques mois, pas de quelques années. Prouvant ainsi que durant tout le temps où Uther avait été vivant, et Arthur absent, le père entretenait la pièce dans l'espoir d'un hypothétique retour d'un enfant dont il n'avait pas la moindre nouvelle, à peine s'il était vivant ou mort.
C'était la même chambre qu'Arthur avait quittée, plus de quatre ans auparavant. À quelques détails près. Le lit, autrefois fait avec des draps bleus, avait été changé, probablement régulièrement, et c'était les rouge et or, aux couleurs de leur ridicule blason de famille (oui, ils étaient le genre de famille avec des armoiries, un truc compliqué avec un dragon, et Arthur avait subi assez de moqueries dans sa vie à ce sujet, entre Lannister/Targaryen et Gryffondor d'Harry Potter). La peinture de son bureau, qui s'écaillait, avait été refaite. La poignée de la porte de son armoire avait été revissée. Le bazar sur le bureau avait été rangé.
Mais ce n'étaient que des détails. Des détails qui prouvaient qu'une présence était passée par là.
Pour le reste, c'était le royaume d'Arthur dans sa globalité qui s'offrait devant ses yeux. L'adolescent qu'il était en partant avait accroché des posters de groupe de musique d'un goût douteux aux murs, mais avait conservé une petite peluche (de dragon, on ne se refaisait pas) sur sa table de nuit en souvenir de son enfance. Le bureau était celui d'un ado, avec des stylos, des papiers, des notices de jeux vidéo, mais il y avait toujours les étoiles phosphorescentes au plafond, qui dessinaient avec une certaine précision leur galaxie. D'ailleurs, sa veilleuse qui projetait la voie lactée sur le mur était toujours là aussi, parce qu'Arthur, de tout âge, s'était passionné pour les astres, et qu'il trouvait l'objet trop joli pour être jeté, quand bien même il n'avait plus eu besoin de lumière pour dormir.
Derrière chaque objet, chaque motif, chaque meuble, il y avait une histoire, un souvenir qui surgissait dans sa mémoire, s'installait dans son ventre, le lacérait de l'intérieur, sans qu'il sût dire si c'était de la joie ou non.
Derrière lui, dans chacun de ses pas, Merlin avançait avec lui.
– Je crois que ça m'aurait fait encore plus mal s'il m'avait rayé de son existence, prononça-t-il lentement.
– Pourquoi ?
Arthur continua d'avancer. Sa main caressa le couvre-lit rouge, toussa légèrement quand la poussière s'envola et scintilla à travers le rayon de soleil en provenance des grandes baies vitrées.
Même sur la grande bibliothèque, il y avait ce parfait mélange de son enfance et son adolescence, par tous les stades. Il ne se souvenait pas parfaitement de chaque volume rangé là, mais il était sûr que certains livres, trop bébés ou enfantins, n'y étaient pas quand il était parti : son père avait dû les ramener après, les sortant de leur mort programmée au grenier. Il ne fut pas surpris de voir qu'il s'agissait de ceux qu'il avait le plus aimés étant enfant. Son livre de comptines préférées, celui qui contenait « Twinkle twinkle star », était là, et il se rappela avec une violente nostalgie à quel point il aimait que son père la lui chante le soir avant de s'endormir, avant de contempler la voie lactée en s'endormant. Son père n'avait pas toujours été l'être absent, froid, ferme, qui ne pensait qu'à son héritier, à son domaine, à leur nom, à leur lignée, qu'il était devenu, et tout dans cette pièce le hurlait.
– Parce qu'il en aurait eu toutes les raisons du monde, répondit Arthur en en prenant conscience lui-même. Au fond de moi, je SAIS qu'il aurait eu raison de m'effacer de sa vie. C'est pour ça que ça m'aurait fait mal, le plus mal, qu'il le fasse. Parce qu'il aurait eu raison de le faire.
– Et aujourd'hui ? Que penses-tu ?
La réponse ne fut, une nouvelle fois, pas évidente à trouver, et Arthur poursuivit son avancée dans la pièce, caressant ses souvenirs, ayant l'impression de rajeunir à travers le lieu, et se redécouvrant également à travers les yeux de son père par là-même. Dieu qu'il avait été stupide, jeune con arrogant, se targuant de tout connaître du simple fait de sa jeunesse, de sa beauté, de la vie facile qu'il menait !
Il s'effondra subitement de douleur en plein milieu de la pièce, ne cherchant plus à retenir les larmes qui baignaient ses yeux depuis bien trop longtemps, celles-ci dévalant brutalement ses joues traçant leurs lits brûlants jusqu'à son menton, s'écrasant au sol en silence.
Il tomba par terre, et pourtant sans la moindre surprise, il ne heurta pas le sol comme toutes les larmes traitresses qu'il laissait couler. Merlin l'avait retenu, attrapé, accompagné, et ils échouèrent sur le plancher cirée et d'époque qui avait fait la fierté d'Uther (et qu'Arthur avait pris tant de plaisir à rayer avec les pieds de sa chaise en se balançant dessus avec stupidité !) tranquillement et en douceur, serrés l'un contre l'autre, Merlin dans le dos d'Arthur, sans jamais le lâcher, entamant presque aussitôt une lente mélopée dépourvue de sens, dans cette langue étrange que Morgan parlait la nuit durant les cauchemars de son frère.
– Rydw i yma Arthur. Ni fyddaf byth yn gadael eto. Ni fyddwch byth yn unig ar eich pen eich hun. Rwy'n addo ichi. Nid yw'r mileniwm byth wedi newid unrhyw beth. Chi yw fy ngherall arall i mi. Mae dwy ochr yr un darn arian. Chi yw fy mrenin tragwyddol. Rydych chi erioed wedi bod. Etholwyd yr holl bobl. Y brenin unwaith ac yn y dyfodol. Mae Duw Albion yn gwaethygu'n llwyr. FY mrenin [2]
Et Arthur se laissait bercer par ses mots dont il ne comprenait pas le sens, mais qui transpirait un amour énorme, délirant, intangible et pourtant si puissant que le recevoir en était douloureux, faisant ployer ses genoux, trembler ses mains, et s'affoler son cœur dans sa poitrine.
– Y brenin unwaith ac yn y dyfodol. Fy mrenin[3], répéta Merlin.
– Aujourd'hui, je suis heureux qu'il n'ait pas pris cette décision. Heureux qu'il ne m'ait pas effacé. Heureux d'être là. Je pleure son absence. Et je glorifie sa mémoire. Comme tu l'avais prédit.
Il répondait à une question posée bien plus tôt, bien avant sa crise de larmes, bien avant de sentir les bras de Merlin resserrés contre lui, de sentir l'humidité sur ses joues, dans son dos, preuve que Merlin pleurait aussi, mais une question à laquelle il se devait de répondre, enfin. Et de pardonner à son père. Et d'enfin, le pleurer. De concert avec un homme qu'il ne connaissait pas deux mois auparavant, qui n'aimait pas son père et qui, il l'apprenait aujourd'hui, il aimait beaucoup trop pour son propre bien.
[1] En fait, d'après Wikipedia, les deux acteurs font exactement la même taille, 1.83m. Est-ce que quelqu'un d'autre que moi en a quelque chose à faire ? Probablement pas.
[2] Je suis là, Arthur. Je ne partirai plus jamais. Tu ne seras plus jamais seul. Je te le promets. Les millénaires n'y ont jamais rien changé. Tu es mon autre moi. Les deux faces d'une même pièce. Tu es mon roi éternel. Tu l'as toujours été. L'élu de tout un peuple. L'élu de tout un monde. L'élu de tous les peuples. Le roi qui a été et qui sera. Le Dieu pacificateur d'Albion tout entière. MON roi.
[3] Le roi qui a été et qui sera. Mon roi
Tous les mots de Merlin sont en gallois, selon google trad. J'utilise simplement cette langue légèrement barbare, qu'ils sont censés connaître puisque l'action se passe au pays de Galles, pour retranscrire les mots de magie de Merlin, vu que je trouve que ça sonne bien pour ressembler à la langue utilisée dans la série ^^
C'est qu'il s'en passe, des choses, lentement mais sûrement... ;)
Prochain chapitre le Me 13 mars !
Review, si le coeur vous en dit ? :)
