Bonjour mes petits lamas dodus ! J'ai un peu de retard pour la publication, j'en suis désolée ! Merci pour vos retours, cela me fait chaud au cœur !
Bonne lecture !
Chapitre 7
À compter de cet événement, et très rapidement, les deux hommes devinrent plus proches, physiquement parlant. Plus tactiles. C'était parfaitement inconscient, mais s'ils passaient l'un devant l'autre, ils le faisaient en pénétrant sans le moindre problème dans le périmètre d'intimité de l'autre. S'ils se passaient le sel, leurs doigts s'effleuraient un peu trop longtemps pour que cela soit innocent. S'ils étaient tous les deux sur le canapé, ils n'avaient plus aucun problème pour poser leurs pieds sur les genoux de l'autre en s'allongeant.
L'air entre eux brûlait de quelque chose qu'ils ne maîtrisaient pas. Et qu'ils refusaient de voir et d'affronter. Morgan, en revanche, en était furieux. Il avait voulu ce rapprochement entre leur bienfaiteur qui les logeait, et son grand frère, mais il avait suffisamment ressenti la situation pour deviner certaines choses qui ne le rendaient absolument pas heureux. Et il ne se privait pas de le faire savoir à son aîné, de préférence quand Arthur n'était pas dans les parages pour les entendre s'engueuler.
– Merlin, tu dois faire attention ! Tu as senti... Ce que tu as fait ? Je n'étais pas dans la pièce, et pourtant, je...
– Tais-toi.
L'enfant, sous le regard attentif de son frère, devait faire ses devoirs, mais Morgan n'avait aucune envie de se concentrer sur les exercices de mathématiques.
– Personne ne doit savoir. J'ai su ça avant de savoir marcher. Avant de savoir parler. Avant de savoir même ce que j'étais. Ce que nous étions. C'est le mantra de notre vie, de nos vies. Tu n'as eu de cesse de me le répéter. Pourquoi... Pourquoi tu risques tout ainsi ?
– Tu le fais toutes les nuits !
– Pour empêcher tes cauchemars ! s'insurgea l'enfant, abasourdi. Il n'y a pas d'autres choix !
– Mes rêves ne sont pas ta responsabilité !
– Ils sont la sienne, peut-être ?
– D'une certaine manière, oui.
– Mais il ne peut pas t'aider. Pas te comprendre. Il ne peut PAS savoir. Personne ne doit savoir.
– C'est Arthur. C'est différent.
– Parce que c'est lui, c'est différent ?
– Oui. Tu ne peux pas le comprendre. Ta mémoire...
Morgan braqua ses yeux trop clairs et trop perçants dans ceux de son grand frère, laissant peu à peu leur magnifique couleur bleue refluer au profit d'une autre.
– Arrête ça immédiatement, siffla Merlin.
– Personne ne peut le sentir à part toi, lui tint tête l'enfant. Quelle importance ? Je veux juste que tu saches que ma mémoire ne sera jamais la tienne, mais je n'oublie pas. Je n'oublierai jamais, Emrys. Je ne te pardonnerai jamais.
Le bleu des yeux de Merlin disparut brusquement, puis, dans un clignement de paupière, il s'exhorta au calme. Quand il rouvrit les yeux, ses iris étaient de leur couleur cyan habituelle, et Morgan le regardait toujours avec défi.
– Je sais. Tu ne pourras jamais oublier. Je n'oublierai jamais non plus. Quant à pardonner, il y a bien longtemps que ce n'est plus de notre ressort, ni à moi, ni à toi. Finis tes exercices.
Merlin quitta la pièce sans un regard en arrière. Dans son dos, il pouvait sentir le regard brûlant de Morgan peser sur lui. Il n'était pas dans sa nature de claquer des portes ou exprimer sa colère à grands renforts de pas pesants et de bruits disproportionnés, aussi préféra-t-il s'enfuir rapidement dans l'escalier, ruminant tout ce qui se dressait de plus en plus entre lui et l'enfant. Le fait qu'il grandissait beaucoup trop vite n'aidait en rien.
– Waoh. Je crois que je ne t'ai jamais vu aussi énervé de toute ma vie.
Merlin sursauta. Perdu dans ses pensées, il n'avait pas vu qu'Arthur était là, avec son visage souriant et son sourcil moqueur alors qu'il taquinait son ami, inconscient de ce qu'il venait de dire. En un instant, Merlin avait affiché son large sourire de façade, assurant que ce n'était rien et qu'il allait très bien. Arthur ne parut pas y croire une seule seconde, mais ne répondit rien.
En son for intérieur, le jeune homme se morigéna. Lui et Morgan s'étaient montrés imprudents, persuadés qu'Arthur était sorti et ne pouvait les entendre, mais ils n'avaient pas réalisé qu'il était déjà rentré à la maison. Par habitude et excès de précaution, ils ne prononçaient jamais les mots, mais il n'en restait pas moins que la situation aurait pu être dangereuse.
– Merlin ? Je peux te poser une question ?
L'interpellé releva les yeux de son livre pour faire face à ceux d'Arthur. Comme souvent et machinalement, ils étaient installés dans l'immense salon du rez-de-chaussée, et occupaient tranquillement leur soirée sans chercher à forcément rompre le silence entre eux. Morgan était couché et dormait depuis un certain temps. Merlin était appuyé sur quatre coussins rouges et or, et ses pieds reposaient sur les genoux d'Arthur, sous une couverture. Arthur, en retour, massait épisodiquement les voûtes plantaires sans même s'en rendre compte, en fonction de son intérêt pour l'intrigue de la série qu'il regardait.
Mais depuis, l'épisode était fini, le générique défilait et la publicité n'allait pas tarder à commencer.
Arthur avait l'air bizarrement sérieux, et Merlin posa son livre en repliant les jambes, pour mieux s'approcher de son ami.
– Bien sûr.
– Tu ne veux pas retourner chez toi ?
Le cœur de Merlin se brisa presque instantanément dans sa poitrine, et il sentit ses entrailles se geler, ses poumons se vider de tout l'oxygène qu'ils contenaient. Instinctivement, son corps recula, s'éloigna de celui d'Arthur. Pourtant habitué à maîtriser ses émotions, il ne put s'empêcher de laisser transparaître un bref instant sur son visage la pure douleur ressentie. Une seule seconde, mais ce fut suffisant pour qu'Arthur la détecte. Et bondisse vers lui, s'approchant bien plus que ce que Merlin avait reculé.
– Je ne te chasse pas ! Au contraire ! Je suis heureux que tu sois ici ! rectifia aussitôt le maître des lieux.
Merlin se détendit. La sincérité d'Arthur n'était que trop lisible dans ses prunelles.
– Mais je trouve juste que tes relations avec Morgan se sont beaucoup dégradées ces derniers temps, et tu peux nier tout ce que tu veux, mais je sais que c'est en partie ma faute.
Merlin ouvrit la bouche pour parler, pour réfuter, mais Arthur l'arrêta aussitôt en levant la main.
– Non. Ne dis rien. Je sais qu'il m'aime bien. Je l'adore aussi. Il était ce qu'il fallait dans cette maison, et j'ai l'impression de me revoir à son âge, dans cette grande baraque pleine de recoins. Et je suis super heureux d'être le compagnon de jeu que je rêvais d'avoir quand j'avais son âge et de faire douze mille bêtises avec lui, et que tu nous engueules en rentrant le soir. Il m'aime bien, je l'aime bien. Mais je sais, je sens qu'il y a quelque chose entre vous qui se tend, ou se détend, ou je ne sais pas quoi, je ne suis pas doué pour ça, mais qui est lié à moi. Et c'est ton frère. C'est ton sang. La famille... C'est tout ce qui importe. Morgan... Morgan est ta famille. Tu ne dois pas te disputer avec lui à cause de moi.
Pour Arthur, dont l'expression et l'analyse des sentiments étaient quelque chose de compliqué à faire face, il était au maximum de ses capacités. Et toujours beaucoup plus proche physiquement de Merlin qu'il n'aurait dû.
– Ah ça pour ne pas être doué avec les sentiments, je confirme, tu as la capacité émotionnelle d'une petite cuillère, tête de cuillère !
La taquinerie de Merlin, pour cacher ses larmes et son émotion, fonctionna à merveille, et Arthur fit mine de s'insurger.
– Tu oses me traiter comme si j'étais aussi dépourvu de subtilité que Ron Weasley ? s'amusa-t-il en lui tirant la langue.
– Oh non. Même lui est PLUS subtil que toi ! répliqua Merlin. Tête de cuillère !
Ils rirent de bon cœur tous les deux, un peu forcés, un peu heureux d'atténuer la lourdeur de leur conversation. Arthur, sans comprendre pourquoi, voyait bien à quel point l'évocation de la famille et de Morgan était un sujet douloureux pour Merlin. Il ne mentionnait jamais leur mère, décédée depuis si peu de temps, et son frère était tout ce qui lui restait. Il l'aimait au-delà des mots, et cela se voyait. Pourtant, lorsqu'ils avaient leur drôle de conversation incompréhensible, Arthur ressentait aussi distinctement une violente tension qui glaçait l'atmosphère.
– Sérieusement, Merlin, reprit Arthur quand leur hilarité fut passée. J'apprends de mes erreurs depuis le décès de mon père. J'apprends à lui pardonner. Et je réalise à quel point la famille, c'est important, maintenant que je n'en ai plus.
Merlin marmonna quelque chose sur la famille qui restait à Arthur, mais cela n'avait aucun sens : il savait objectivement qu'il n'avait plus aucun membre de sa famille en vie. L'arbre généalogique peint sur les murs de l'immense salle de réception du troisième étage s'éteindrait avec Arthur.
– Morgan... recommença-t-il en voyait que son ami ne disait rien.
– Morgan n'est pas mon frère, l'interrompit brusquement Merlin. Il n'est pas de mon sang.
La révélation laissa Arthur coi un bref instant. Puis il se souvint de ce qu'avait dit son ami il y a ce qu'il lui semblait une éternité, mais qui ne datait en réalité que de quelques semaines. « Morgan est mon frère. Du moins c'est ce qu'il croit ».
– Mais je croyais... qu'il était de ta famille ?
Le regard de Merlin se voila, dans un de ces moments où il partait si loin que cela serrait le cœur d'Arthur de voir danser tant de brume dans les prunelles de son ami. Là où Merlin disparaissait, il n'avait pas le pouvoir de le suivre. Juste de poser une main sur son avant-bras et de serrer fort. "Je suis là et je serai toujours là quand tu décideras de revenir du monde où tu t'es perdu", disait cette simple pression.
Arthur toléra doucement, dans le silence feutré de la pièce, les quelques secondes qui parurent l'éternité où Merlin fut absent.
– Oui. Il est de ma famille. D'un certain côté, il est de ma famille. Mais officiellement... Enfin, officiellement, n'est pas le bon terme, mais en fait, il est surtout ton fils putatif, hein.
Il y eut un instant de silence. Très long. Durant lequel Arthur pâlissait à vue d'œil.
– MON. QUOI ?
– Chut ! Tu vas le réveiller !
– TU. AS. DIT. QUOI ?
Arthur n'avait pas l'air de s'en remettre.
– Je pensais que tu le savais, enfin ! Ton père ne t'a pas écrit à ce sujet ? Il a déjà cinq ans, quand même !
– Cinq ans, murmura Arthur. Ça fait depuis que j'ai quitté la maison. Oh mon Dieu. Non. Je... Non. C'est pas possible. Il ne me ressemble même pas ! Il n'est pas blond !
Merlin leva un sourcil mi-moqueur, mi-interrogateur.
– Parce que tu ressemblais à ton père, peut-être ? Et qu'il était blond ?
Arthur laissa échapper un son plaintif ressemblant vaguement à un gémissement de douleur. Parce qu'il ne ressemblait évidemment pas à Uther, lequel n'était pas blond le moins du monde. Du peu qu'il en savait, Arthur était le portrait craché de sa mère, de ses yeux bleus à ses cheveux blonds désormais bien plus longs qu'en arrivant, et qui avaient fait sa fierté et sa meilleure technique de drague au lycée.
– Allez, calme-toi, l'enjoignit gentiment Merlin, frottant doucement son avant-bras, à son tour, pour l'apaiser. J'ai dit ton fils putatif. Pas ton fils.
– Et c'est censé vouloir dire quoi ? gémit Arthur.
Merlin lui sourit doucement, haussant les épaules.
– Que juste après ton départ, quand ton père n'avait aucune nouvelle de toi, une jeune femme est venue frapper à la porte d'ici. Elle affirmait porter ton enfant. Et voulait que ton père l'aide dans la fin de sa grossesse et pour le petit...
Arthur ouvrait de grands yeux. Jamais il n'avait entendu parler d'une telle histoire ! Il fallait cependant reconnaître que juste après son départ de la maison, avec perte et fracas, il avait fait beaucoup d'efforts pour que son père n'ait aucun moyen de le contacter !
– Ton père l'a mise à la porte sans ménagement ! Il a refusé de croire que cet enfant puisse être le tien ! Ma mère, en revanche, a refusé de laisser errer cette pauvre fille. Elle l'a recueillie, l'a aidée à accoucher à la maison, et a même adopté officiellement l'enfant ! Morgan est devenu mon frère... Ma mère était comme ça. Après tout, c'est déjà comme ça qu'elle m'a eu : en m'adoptant après m'avoir trouvé sur le pas de sa porte un matin...
C'était la première fois que Merlin évoquait un sujet aussi intime, et ses relations avec sa mère, et il fut abasourdi. Finalement, ni Merlin ni Morgan n'étaient les enfants biologiques d'Hunith, et pourtant ils avaient bien plus de respect pour elle et son décès qu'Arthur n'en avait eu pour Uther, pourtant son géniteur !
Pudiquement, pour respecter le regard détourné de Merlin en évoquant son adoption, Arthur préféra en revenir à l'épineux sujet de Morgan. Et de sa potentielle paternité.
– Mais... qu'est-ce qui empêche cet enfant d'être le mien, alors ?
Merlin lui jeta un regard désabusé.
– Tu as mis une fille enceinte avant de partir ?
– Pas à ma connaissance, mais...
– Tu as couché avec une fille sans la moindre protection, six ou sept mois avant ton départ ?
– Euh...
Cela faisait si longtemps, et la vie d'Arthur avait tellement changé depuis qu'il en avait oublié, à dix-huit ans, ce qu'il fabriquait. Mais dans ses souvenirs, il n'avait jamais commis l'erreur de s'envoyer en l'air sans préservatif. Jeune et con, d'accord, mais pas inconscient. Il avait eu la peur de sa vie une fois, à cause d'un préservatif mal mis qui avait craqué, mais pas deux. Et il avait quitté le village plus de neuf mois après cet épisode d'angoisse, et était donc sûr que la jeune femme n'était pas enceinte, et encore moins mère d'un enfant qui serait de lui.
– Non, mais bon, les accidents, ça arrive. Il faudrait être sûr... Ne serait-ce que pour lui, pour son équilibre, son développement...
Merlin haussa les épaules.
– Dans son esprit, il a une mère, la mienne. Il a un frère. Il devine que son père n'est pas le même que le mien, mais il s'en fiche. Il est parfaitement équilibré ainsi. Et ce n'est pas ton fils, de toute manière.
– Comment peux-tu être aussi sûr de toi ?
– Parce que j'étais là, quand la fille est venue. Je t'ai dit, la première fois qu'on s'est vus, que je n'aimais pas beaucoup ton père. À l'époque, je faisais du ménage ici en échange d'argent de poche, histoire d'aider ma mère qui venait de démarrer la librairie. J'étais là, et sincèrement, son numéro de fille perdue était un peu trop bien rôdé pour être honnête. Tout y était, le gros ventre, la crise de larmes, la fébrilité, la détresse, la pluie, les vêtements trempés et trop petits... Oscar de la meilleure actrice en vue. Sincèrement, j'ai même cru qu'elle allait simplement réclamer de l'argent et partir, et que la grossesse était fausse, elle aussi, durant un temps. Je pense que ton père n'y a pas cru une seule seconde, et que c'est pour ça qu'il l'a chassée. Il a aussi engagé un détective privé, peu après, qui a confirmé qu'a priori, tu ne la connaissais même pas, et qu'il n'y avait aucune raison que Morgan soit ton fils. Bon, la grossesse était vraie, par contre. Mais elle ne voulait pas, selon ses termes, « gâcher sa vie », et elle a abandonné Morgan sans une hésitation à ma mère...
– Un détective privé ? Comment tu peux savoir ça ?
– Je faisais le ménage ici. Ton père ne se méfiait pas de moi. Pour être honnête, je crois qu'il ne se doutait même pas que je pouvais savoir lire. Il me prenait pour un idiot. Je voyais des trucs traîner.
Arthur eut un sourire espiègle.
– Dis plutôt que tu fouinais un peu.
Merlin répondit à son sourire chaleureux, faisant subitement bégayer leurs cœurs.
– Possible. J'aime bien fouiner.
– Alors Morgan n'est pas mon fils.
– Je suis convaincu que non. Même sans toutes ces raisons, je SAIS qu'il n'est pas ton fils.
Merlin avait dit cela tranquillement, lentement, sans détacher ses yeux d'Arthur et sans ciller. Et Arthur devina, au-delà de la simple phrase, les non-dits et les secrets de Merlin, tout ce qu'il taisait de sa bouche, et que pourtant, ses yeux hurlaient ces secrets qui attiraient Arthur comme la flamme attire le papillon. Ces secrets qui étaient tellement Merlin.
Ils étaient toujours sur le canapé, bien trop proches l'un de l'autre, les yeux rivés dans ceux de l'autre, leurs cœurs battant à l'unisson une symphonie désynchronisée et pourtant si harmonieuse.
Pourquoi ce soir-là plus qu'un autre ? Pourquoi aujourd'hui plus que demain ? Ils n'avaient pas la réponse à cela. Mais dans un même souffle, ils fermèrent les yeux et comblèrent la distance qui séparaient leurs lèvres avides.
Moi, sadique ? Si vous n'étiez pas déjà au courant, c'est que vous ne connaissiez pas assez, maintenant c'est chose faite :D
Prochain chapitre Me 20 mars ! Reviews, si le cœur vous en dit ? :)
