Bonjour mes petits visons ! Encore et toujours, merci d'être fidèle à cette histoire ! Aujourd'hui, fin de la partie 2, eh oui, déjà, le temps file...
Bonne lecture ! :)
Chapitre 9
Le dîner se déroula normalement. Merlin avait fait des merveilles aux fourneaux, comme d'habitude. Arthur avait tellement pris l'habitude d'être nourri qu'il n'avait pas progressé d'un iota, et qu'il était parfaitement incapable de trouver les épices ou le sucre dans sa propre cuisine. Il fallait aussi reconnaître que c'était Merlin qui avait tout rangé et il avait un sens de l'organisation plutôt particulier.
Quand Morgan vint les embrasser, vêtu de son pyjama rouge, et leur souhaiter bonne nuit parce qu'il allait se coucher et non, il ne voulait pas d'histoire, merci, Arthur y vit sa chance. Enfin seul avec Merlin, une fois que les pas de l'enfant se furent évanouis dans l'escalier, il n'hésita pas, et vint aussitôt enlacer la taille de son amant, le ramener contre lui, le presser contre son corps.
Il inspira profondément l'odeur de son cou, s'apprêtait à laisser ses lèvres se refermer sur la peau tendre de la jugulaire quand le froid le prit.
Merlin avait quitté ses bras, par la force, et il dardait sur Arthur, de l'autre bout de la cuisine dans laquelle ils étaient bêtement plantés, un regard empli de fureur.
– Non, siffla Merlin.
– Qu-quoi ?
– J'ai dit non. Je n'aurais pas dû laisser hier arriver. C'était une erreur, et cela ne se reproduira plus.
Il n'y avait aucune excuse, aucune douceur. Simplement de la froideur et une détermination sans faille.
Et dans ses prunelles, il y avait la douleur. Celle qu'Arthur avait tant voulu éradiquer. Qu'il avait cru éradiquer. Et qui n'avait que momentanément disparu pour mieux revenir avec force, plus grande, plus puissante, submergeant le jeune homme tout entier. La douleur avait une telle intensité qu'Arthur se demandait même comment Merlin faisait pour rester debout avec un tel poids sur ses épaules, une telle souffrance chevillée à son âme.
Merlin souffrait, et Arthur se surprit à souffrir avec lui, son cœur parcouru d'une onde désagréable lui coupant le souffle un instant.
– Une erreur ? murmura-t-il. Mais pourquoi ?
– POUR ÇA ! lui hurla Merlin.
Sa douleur, un bref instant, fut remplacée par de la colère, tandis qu'il jetait au visage d'Arthur un bout de papier. À peine le jeune homme l'eut reçu que les émotions de Merlin refluèrent, et son visage déformé par la fureur redevint neutre, seules ses pupilles continuaient de hurler en silence son mal-être.
Surpris, Arthur regarda le papier qu'il avait rattrapé, et n'eut nul besoin de le lire pour savoir immédiatement de quoi il s'agissait. Après tout, c'était à lui. Il n'avait jamais cherché à le cacher, et ne pouvait accuser Merlin d'avoir fouillé dans ses affaires, mais il avait également toujours fait très attention à ne pas le laisser traîner n'importe où.
Ce n'était pas qu'il s'en cachait. Mais cela ne faisait pas partie des choses dont ils parlaient. Le passé d'Arthur, sa vie avant son arrivée au village pour prendre possession de son héritage, ne faisait pas vraiment partie de leurs sujets de conversation favoris. Arthur n'avait même aucune certitude de si Merlin savait ce qu'il faisait dans la vie. Il soupçonnait que oui, mais n'en avait jamais eu la confirmation.
Enfin, maintenant qu'il avait vu la lettre, il savait, assurément.
– Merlin, ça ne changera rien, je...
Il s'arrêta de lui-même au milieu de sa phrase. Il savait que cela n'avait pas de sens de la continuer. En un sens, cela changeait tout, et il le savait.
– Ça ne change rien ? siffla Merlin.
Sa voix était si froide, glacée, comme s'il s'adressait à un parfait étranger qu'il tentait de faire souffrir, et non pas l'homme dont il avait murmuré le prénom comme une litanie magique la veille au soir.
– Je t'ai déjà regardé mourir une fois, Arthur, et je ne recommencerai pas. Retournes-y, persuade-toi que cela ne change rien, mais ne me demande pas de te regarder mourir sur un champ de bataille. Je refuse d'en passer par là encore une fois.
Arthur secoua la tête, son esprit se refusant à relever les incohérences du discours de Merlin, ne souhaitant rien d'autre que le sentir proche de lui, encore une fois. Il avança lentement.
– Je ne vais pas nécessairement mourir, ne sois pas stupide, contra-t-il.
– Oh si. Tu ne peux que mourir, répliqua Merlin. Et de toute manière, ce n'est même pas l'important. Une semaine et demie. Vraiment ? Et tu ne comptais pas m'en parler ? Tu arrives à la fin de ta parenthèse.
Cette fois, les mots de Merlin furent suffisamment forts pour l'arrêter de sa tentative de câlin et de réconciliation.
– Parce que c'est bien de cela dont il s'agit, Arthur. Une parenthèse. Trois mois de permission dans ta vie pour te permettre de remettre de l'ordre dans tes affaires et celles de ton père suite au décès de ce dernier. Trois mois de permission, et puis tu retournes en Afghanistan, retrouver tes collègues militaires. Sur le terrain. À croire que tu peux sauver le monde ainsi. Mais tu sais quoi, Arthur ? Tu ne peux pas le sauver. Pas plus que tu ne peux te sauver toi-même, ni même essayer de me sauver, moi. Mais tu vas essayer. Dans une semaine et demie, tu seras reparti, de retour là-bas, à gérer ton complexe du héros, et tu ne comptais pas m'en parler.
Les mots étaient un poison, de l'acide sur une plaie béante et ouverte. Arthur avait toujours fait de son mieux pour ne pas penser à son retour dans l'armée. Pour ne pas penser à ce que ces trois mois de permission signifiaient. Il avait juste voulu vivre, vivre avec Merlin, avec Morgan, remplir cette sensation de vide et se sentir vivant, libre, enfin, de nouveau.
À la base, il aurait dû passer trois mois à vendre à peu près tout, ou bien trouver quelqu'un pour s'occuper de la maison en son absence, ou bien la mettre en location pour en faire des chambres d'hôte, ou n'importe quoi de ce genre, et il ne l'avait pas fait. Il avait géré tout ce qui avait trait à la succession pour tout ce qui concernait son patrimoine immatériel, et le reste de ses possessions immobilières à travers le monde, mais il avait été incapable de se préoccuper du sort du cœur de tout cela, le Manoir de son enfance. Le Manoir qui avait trouvé une nouvelle jeunesse sous l'innocence de Morgan, qui leur avait créé un cocon protecteur à tous les trois, un cocon dont Arthur aurait voulu ne jamais s'extraire.
– Depuis quand sais-tu... ? demanda-t-il, incertain de la fin de sa propre phrase.
– Que tu es militaire en permission ? À peu près la seconde où je t'ai vu. Que ta permission prenait fin dans une semaine ? Je pensais qu'elle était illimitée. Je n'ai appris que ce matin que le temps t'était compté… de manière si brève.
Arthur ne répondit rien. Il n'y avait rien à dire. Merlin avait toujours su qu'il était militaire. Qu'il était destiné à repartir, même si cela aurait pu être à très long terme. D'une certaine manière, il comprenait un peu mieux les résistances de son amant à lui céder, sa peur de le laisser faire, de se livrer dans cette relation qui n'en méritait même pas le nom, avec un homme qui était destiné à repartir sur un champ de bataille.
Il aurait voulu s'excuser, le prier de lui pardonner, mais aucun mot ne parvint à sortir de sa bouche. La souffrance que Merlin gardait au fond de lui venait d'enfin exploser et le submerger, et ses yeux d'un bleu si pur brillaient douloureusement dans la vive clarté de la pièce. Les traînées humides sur ses joues étincelaient par éclat, et Arthur avait la sensation de voir des diamants au coin de ses paupières. Il ne l'avait jamais trouvé aussi beau. Il n'avait jamais été aussi perdu de toute sa vie.
Merlin ne lui laissa pas le temps de dire quoi que ce soit. Il le bouscula, le dépassa, et s'enfuit de la cuisine. Arthur entendit ses pas feutrés dans l'immense escalier de la maison, preuve qu'il rejoignait sa chambre, malgré l'heure prématurée pour aller se coucher.
Arthur n'attendit pas d'entendre claquer la porte de sa chambre pour s'effondrer sur le sol de la cuisine.
À compter de cet instant, la maison compta quatre habitants. Arthur, Merlin, Morgan, et le silence. Un silence furieux, blessé, agressif, douloureux, qui naissait dès que les deux hommes se retrouvaient dans la même pièce.
Morgan ne fit aucun commentaire, du moins pas devant Arthur. Le maître de maison l'entendit bien, une fois ou deux, se disputer avec Merlin dans sa chambre ou dans la salle de bains, portes closes, mais cette fois il n'espionna rien. Il n'en avait plus la moindre envie.
Durant le peu de temps qui leur était encore alloué, Arthur ne tenta rien, se contentant de supporter lentement et tristement la situation en préparant vaguement son retour. Il avait reçu depuis plusieurs jours son ordre de rapatriement, au départ de Londres, et il avait acheté le billet de train qui lui assurerait le retour à la capitale.
Le soir où Merlin était rentré et l'avait trouvé, les cheveux fraîchement coupés pour de nouveau arborer sa coupe militaire, alors qu'il avait laissé librement pousser ses cheveux durant ces trois derniers mois, le regard que ce dernier posa sur lui fut si lourd à endurer qu'Arthur se sentit incapable de respirer durant un instant. Merlin disparut presque aussitôt dans sa chambre, et n'en réapparut pas de la soirée. Arthur commanda des pizzas pour lui et Morgan, devant la télé. À part que, comme Merlin l'avait prédit il y avait si longtemps que cela paraissait être une autre vie, elles mirent des heures à arriver, l'enfant et l'adulte échoué dans un canapé firent de leur mieux pour les apprécier.
La situation était d'autant plus difficile à supporter que parallèlement à tout cela, la porte de la chambre d'Arthur s'ouvrait toutes les nuits, quand Morgan dormait profondément. Merlin venait, et sans un mot, embrassait et prenait possession du corps bien trop consentant d'Arthur. Cela leur faisait assurément du mal à tous les deux, mais ils en avaient désespérément besoin, et si c'était la seule chose qu'Arthur pouvait espérer obtenir, alors il la prenait entièrement.
Ils faisaient l'amour sans un mot, sans tendresse, avec colère et fureur, leurs corps se cognant plus que s'étreignant, brûlant d'une intensité indescriptible. Parfois, dans des élans de faiblesse, Merlin ouvrait les yeux durant l'orgasme, et Arthur pouvait alors voir la douleur refluer au profit d'un bonheur inouï. Puis il refermait des paupières et la vision disparaissait.
Arthur faisait ensuite de son mieux pour s'endormir rapidement. Pour ne pas voir Merlin repartir sans un mot. Il ne savait pas si le jeune homme se reposait un peu avec lui avant de rejoindre son lit ou non, et il ne voulait pas le savoir. Tout ce qu'il savait, c'était que Merlin, durant tout le temps qui les sépara de son départ, toutes ces nuits qu'ils partagèrent, accrochant leurs deux vies l'une à l'autre avec tant de brutalité qu'elles s'entrechoquaient douloureusement, ne cauchemarda plus jamais.
Il n'y eut aucune différence, ce matin-là. Merlin était parti à la boutique. Morgan était à l'école. Et Arthur avait un sac plein sur l'épaule et un train à prendre dans moins d'une heure. Ils n'en avaient pas discuté. Ils n'avaient pas fait leurs au revoir. Arthur savait que Merlin savait que c'était aujourd'hui. Ils n'en avaient pas parlé. Ils n'avaient même pas évoqué la maison. Alors Arthur avait simplement laissé un mot sur la table de la cuisine précisant que lui et Morgan pouvaient rester aussi longtemps qu'ils le voulaient. Après tout, le Manoir appartenait à Arthur, et tout était payé. Les frais étaient prélevés directement sur ce compte, celui avec tous les zéros qui s'alignaient depuis son héritage. Autant que la grande baraque vive, soit habitée, vivante.
Il préférait y savoir Merlin et son frère dedans, plutôt que sombre, vide et silencieuse. Même s'il se doutait que les deux frères auraient bien du mal, pour des raisons bien différentes, à se remettre de son départ. Il avait été incapable de dire quoi que ce soit au garçonnet parti pour l'école ce matin-là. Il adorait Morgan, et l'enfant ne lui rendait bien. Il n'avait pas pu affronter l'idée de la conversation, et avait fui, lâchement.
Arthur rejoignit la gare à pied. Une ligne droite. Son Manoir d'un côté de la ville, la gare de l'autre, c'était ainsi que s'organisait le village. Pour cela, il fut obligé de passer devant la librairie de Merlin. Il résista vaillamment à l'envie de jeter un coup d'œil à travers la vitrine. Il refusa de l'apercevoir à la volée à travers une vitre. Son dernier souvenir, ce serait celui de son corps entre ses bras qui cédait au plaisir. Ce corps qui s'était toujours refusé à se dévoiler en entier. Arthur avait fini par deviner, au toucher, que Merlin cachait des cicatrices sur son torse (de plus, il en avait déjà aperçu une, une nuit de cauchemar), raison pour laquelle il refusait d'ôter son T-shirt, mais Arthur n'avait évidemment pas été autorisé à demander de quoi il s'agissait.
De toute manière, poser des questions à Merlin lui était prohibé depuis les premières minutes de leur colocation improvisée.
En soupirant, Arthur releva le regard vers le panneau d'affichage lumineux de la gare. Son train arrivait dans moins d'une dizaine de minutes. Il était seul sur le quai, comme la dernière fois.
Au fond de lui, il fit taire le traître espoir que Merlin viendrait lui faire ses adieux. Il l'avait dit. Il ne viendrait pas. Il ne viendrait pas le regarder partir pour mourir.
– Arthur...
Une voix le fit se retourner brutalement. Mais il l'avait reconnue avant de le voir apparaître. Ce n'était pas Merlin. C'était Morgan.
– Bonhomme, tu n'as rien à faire là ! lui reprocha Arthur. T'as cinq ans ! Tu devrais être à l'école ! Comment tu es arrivé là tout seul ?
Morgan leva un sourcil sceptique. Arthur était mal placé pour lui faire la leçon. Et tout le monde était habitué, au village, à voir le petit garçon se déplacer tout seul. Tout le monde les connaissait, lui et Merlin. Avant qu'Arthur n'arrive, il descendait tout seul du bus de ramassage scolaire, et il allait seul rejoindre son frère à la librairie. D'une certaine manière, le village entier était ses baby-sitters. Quand ils avaient emménagé au Manoir, la seule chose qui avait changé était que Morgan rejoignait Arthur après l'école plutôt que traîner à la librairie, mais il s'était toujours débrouillé seul, malgré son très jeune âge.
– Il ne faut pas en vouloir à Merlin, répondit l'enfant en ignorant complètement l'intervention de l'adulte. Il essaye simplement de préserver le peu qui lui reste.
– Je ne comprends pas.
– C'est normal. Tu ne peux pas comprendre. Tu ne te souviens pas. Tu ne peux pas te souvenir, tu n'es pas comme nous.
Arthur était de plus en plus perplexe. Il avait toujours su que Morgan était un peu trop avancé pour son âge, mais à parler ainsi sans ciller, ses yeux d'un bleu vert étincelant rivés dans ceux d'Arthur, il avait l'impression que le môme avait plus vingt ans que cinq. C'était très perturbant. Un instant, son esprit superposa une autre image à celle de l'enfant. Une tâche de couleur verte, une cape au vent. Un éclat rouge qui devenait noir. Et toujours ses yeux, incroyablement différents de ceux de Merlin et qui pourtant le ramenaient au jeune homme.
– Merlin a été faible. Il a commencé le processus. Parce qu'il souffrait. Mais il n'a pas été capable d'aller jusqu'au bout. J'étais contre. C'était trop dangereux, que tu te souviennes. Mais maintenant c'est trop tard. Au fond de toi, tu sais, n'est-ce pas ?
Non. Arthur ne savait rien. Ni ce dont parlait l'enfant, ni ce qui se passait. Un signal sonore retentit. Le train arrivait en gare.
– Si, tu sais. Ou bien tu sauras. Tu sauras, parce que je vais finir ce que Merlin n'a pas été capable de finir, pétri par ses souvenirs et sa douleur et ses sentiments à ton égard. Mais pour ça, il faut que tu me demandes mon nom.
– Ton nom... ? répéta Arthur, définitivement perdu.
En face de lui, le visage de l'humain miniature n'avait plus rien de celui d'un enfant. Un sourire étrange déchira ses traits, et un éclair lumineux doré traversa ses pupilles.
– Eh bien voilà, je m'appelle Mordred.
Le train siffla de nouveau. Arthur ne dit rien, cessa de réfléchir, sauta dedans. Et sans un mot, sans un regard et sans une explication, le wagon s'ébranla et il quitta le village de Moltaec, où il avait grandi, où il avait aimé, où il avait tout perdu.
FIN DE LA PARTIE 2
Vous croyiez que ça allait s'arranger ? Faut pas déconner non plus !
Pause de presque deux semaines... Prochaine chapitre le DIMANCHE 7 AVRIL (et pas le mercredi, vous comprendrez) pour la partie 3... La séparation !
Review, si le coeur vous en dit ? :)
