« Kandahar, le 10 avril
Merlin,
Je doute que tu aies déjà reçu mon précédent courrier, mais cela m'est égal. Je ne me fais aucune illusion. Si déjà tu les lis, ce sera une victoire. Je n'attends aucune réponse de ta part. Juste de te donner des nouvelles. Juste te dire que je suis vivant. Tu semblais si persuadé que j'allais mourir en réintégrant les drapeaux après ma permission, et c'est sans doute bête, mais je veux te prouver que tu as tort.
La vie va bien, ici. J'ai eu un peu de mal à me réhabituer à la température. L'hiver au pays de Galles, je ne vais pas te l'apprendre, c'est juste humide et froid. Ici, c'est différent. Heureusement que je ne suis pas revenu en plein été. J'aurais probablement étouffé.
Nous n'avons pas grand-chose à faire. Nous ne sommes pas directement sur les lieux de combats, juste une arrière base que nous devons tenir. Pour l'instant, ce n'est pas trop compliqué.
On s'entraîne, on se maintient en forme, on fait des sorties de reconnaissance mais c'est tout.
J'ai du temps libre pour penser à toi et t'écrire.
Tu me manques, d'une certaine manière. Je n'ai jamais vécu seul, et j'ai toujours aimé partager ma chambre, mes affaires avec mes camarades d'armes. Depuis que je suis revenu, je réalise à quel point j'aimais la vie que nous menions. Ça n'a que trop peu duré, mais je m'étais habitué à avoir une présence tout en ayant de l'espace. Tu savais me donner cela, et je n'avais pas conscience de ma chance. Je t'en remercie aujourd'hui.
J'essaye de me réhabituer à la présence de huit à dix gars en permanence dans mes pieds.
Ce n'est pas facile.
Je t'embrasse,
Arthur »
