« Kandahar, le 15 avril
Merlin,
Tu as dû recevoir ma première lettre, désormais. J'attends tous les jours une réponse utopique qui, je le sais, ne viendra jamais. Mais manifestement, ça doit se voir un peu trop, parce que mes camarades se moquent de moi.
Ils se moquent aussi de moi quand je t'écris. Manifestement, ça prend toujours beaucoup de temps à leurs yeux, parce que je pèse chacun de mes mots et je prends le temps de former chaque phrase. Tu te moquerais de moi si tu savais le nombre de brouillons que je fais pour quelques phrases.
Mais je me moque de leurs moqueries. Je ne suis pas le seul à écrire, de toute manière. Il y a Matt, qui écrit chaque jour à sa fille et sa femme. Elle a trois ans. Sa fille, pas sa femme, bien sûr. Je suis persuadé que j'aurais dû réfléchir avant d'écrire ça, je ne peux plus l'effacer, et tu dois probablement mentalement me traiter de crétin, et tu aurais raison. Je ne fais pas de brouillons de cent pour cent de mes phrases. Je devrais peut-être.
Matt ne fait pas de brouillons, et ça lui prend moins de temps que moi pour écrire, mais c'est plus facile pour lui : tous les jours, il écrit à sa fille ce qu'il a fait le jour même. Vu que la vie sur la base n'est pas franchement passionnante, ça va vite. Il veut juste qu'elle ne l'oublie pas. Et qu'elle ait des souvenirs de lui, s'il doit ne jamais revenir... On y pense tous, forcément. Au moins un peu. Mais pas moi. Je t'ai promis de ne pas mourir. Alors je ne mourrai pas.
Il y a John, aussi, qui écrit. Il vient d'arriver sur la base, il suit la formation de médecine sur le terrain. Il est encore plus jeune que moi. Il est en formation auprès de notre médecin-chef, qui ne tarit pas d'éloges sur lui. Et manifestement, il a laissé quelqu'un de très important derrière lui. Il lui écrit souvent. Mais d'après les gars (il est arrivé durant ma permission, alors je ne le connais pas encore très bien), il a très peu de réponses, ou bien elles le mettent en colère ou très triste. Il a l'air engagé dans un drôle de truc.[1]
Moi, je n'attends aucune réponse. C'est plus simple.
J'espère que tu vas bien.
Je t'embrasse, ainsi que Morgan.
Arthur »
[1] Est-ce que je viens de faire une auto-réf à une fic JohnLock que je n'ai même pas encore écrite ? Oui, totalement. Et j'assume.
