« Moltaec, le 29 juin,

Arthur,

Comprends bien qu'il s'agit de la lettre la plus difficile qu'il m'a été donné d'écrire. Je vais essayer d'être le plus clair possible.

Il y a des millénaires, quand le monde était différent d'aujourd'hui, quand existaient encore ce que nous nommons aujourd'hui légendes et mythes, la Nature, Terre nourricière de notre monde, a offert un présent au monde. Ce présent se nommait Arthur Pendragon, et je suis né pour le servir. Arthur était né, TU étais né pour unifier les mondes et les peuples, et le chant de la Terre chantait tes louanges depuis ma naissance. Je savais que j'étais né pour te servir, pour l'éternité. Tu étais aussi, et je suis navré de te le dire, un sacré crétin. Une vraie tête de cuillère. Pourtant, pas un instant, je n'ai renoncé à mon rôle, à ma vie, dans le seul but de te voir devenir ce que tu étais censé être. Tu as unifié les peuples et apporté la paix et la stabilité à tout un royaume. J'étais là, à chaque instant, à chaque pas de ton règne, comme je devais l'être. Je t'ai vu conquérir Albion, le pacifier, obtenir Excalibur, épouser Gwen, et devenir ce futur que je rêvais de connaître.

Mes faiblesses et mes erreurs, ce sont Morgana et Mordred. Par ma faute, par mon incapacité à les arrêter quand j'en avais l'occasion, je leur ai offert la possibilité de t'atteindre. Tu es mort par ma faute, et sans moi, qui étais ton double et qui suis né pour toi, et je ne peux plus mourir, désormais.

Je ne peux plus mourir, et j'ai dû attendre de voir passer les millénaires, avant de te voir revenir. Je ne m'attendais pas à te trouver dans cette vie. Ni que tu sois si semblable à mon Roi Éternel.

Mais cela fait tellement longtemps que je t'attends... la Magie n'a presque plus de prise, dans notre monde. Elle s'est lentement évaporée au fil des années, et le peu que je conserve encore au fond de moi ne sert qu'à me permettre de recommencer mes cycles. Je n'étais pas sûr d'avoir la force pour endurer tout cela. D'avoir assez de magie pour libérer ta mémoire. Pour ensuite voir dans ton regard la colère et la trahison, celle de t'avoir caché ma nature, de t'avoir laissé mourir. J'avais peur de ne pas savoir quoi faire de cette vie, désormais.

Mais par faiblesse, par culpabilité, par un désir que je n'aurais pas dû pas avoir, j'ai commencé à t'ouvrir au lien, à pratiquer la magie. D'abord quand tu es entré dans ta chambre d'enfant pour la première fois. Ensuite à chaque fois que je m'oubliais dans tes bras.

Mais c'était mal, douloureux, et cela pompait dans mon énergie vitale. Je vais mourir. Ma magie se meurt. Je vais mourir avec elle. Je suis le dernier représentant de mon espèce, du merveilleux que Notre Dame la Nature n'a pas été capable de préserver, lorsqu'elle a offert notre monde à la folie des hommes.

La magie de Morgan n'est pas et ne sera jamais ce qu'elle a été. Lui aussi est réincarné. Moi, j'ai ma magie originelle. Et quand je mourrai, la Magie s'éteindra avec moi, et à ce moment, encore plus qu'au jour de ta mort, j'aurai échoué.

Merlin »