«Kandahar, le 04 juillet,

Merlin,

J'ai lu ta lettre plusieurs fois. En boucle, en fait. Mes camarades se moquent de moi. Ils sont persuadés que j'ai reçu une bête lettre d'amour et que je la relis comme une midinette. Du coup, ils ne cessent de me demander comment s'appelle l'heureuse élue qui m'attend au pays (et qui va me tromper dans trois jours, d'après leurs prévisions, l'humour sur le camp, que veux-tu...), mais ils sont tellement loin du compte.

Moi-même, je peine à y croire, et pourtant, j'ai relu tes mots des dizaines et des dizaines de fois, et je ne suis toujours pas sûr d'avoir tout compris.

Quand je disais que c'était une vie antérieure, je n'étais pas vraiment sérieux, en fait. J'espérais, j'aspirais à une explication logique et rationnelle. Ou au moins un peu moins abracadabrante. Toi, tu me parles réincarnation, magie, légendes ? C'est tellement difficile à avaler.

Et pourtant je me surprends à vouloir y croire, de toutes les fibres de mon être. Mais cela n'a pas de fondement. La magie n'existe pas. La science existe.

De ce que j'ai compris de ta lettre :

- Je suis réincarné, Morgan aussi, mais toi tu vis éternellement.

- Ma vie antérieure s'appelait Arthur Pendragon, comme dans le Roi Arthur Pendragon, qui cherchait le Graal.

- Une sorte de dieu (ou de déesse) a gouverné nos destins et t'a fait naître pour moi.

Ça n'a pas de sens. Je veux y croire. Toute mon âme veut y croire. Mais je n'y arrive pas, Merlin, c'est trop délirant. La magie n'existe pas. La réincarnation est une croyance des religions, mais je suis athée. La vie éternelle est impossible. Je ne crois pas en un quelconque dieu.

J'aimerais te croire, mais je ne suis pas sûr d'y arriver.

Arthur. »