« Kandahar, le 29 juillet,

Merlin,

Te poser des questions ? Je ne sais par où commencer. J'ai l'impression d'en avoir des milliers au bout de mes lèvres, mais je suis incapable de les formuler. Il y a encore trop de choses que je ne comprends pas, qui me font peur, en lesquelles je ne suis pas sûr de croire tout en y croyant profondément, aussi absurde que cela sonne.

Il y en a aussi d'autres qui me font peur, non pas à poser, mais à cause de la réponse que tu pourrais me faire. Celles-là, je ne suis pas sûr que j'aurai le courage de te les poser un jour.

Je vais essayer de mieux appréhender tout ce que tu me dis, mieux comprendre ce monde qui se révèle à moi, que tu as l'air de si bien connaître, que j'ai gouverné selon tes dires, et dont je n'ai que des bribes.

Combien de temps ai-je gouverné ? Qu'ai-je fait de si spectaculaire ? Qu'est-il arrivé après ma mort ? Pourquoi suis-je « réincarné » (je n'arrive pas à croire que je viens d'écrire ce mot, cela me paraît si irréel !) ? Les autres aussi, ils sont réincarnés ? Devons-nous les chercher ? Mon père était-il vraiment mon père ? Et si toi, tu es immortel comme tu le dis, comment ta mère pourrait être ta mère ? Quel âge as-tu ?

(Finalement, cela paraît plus simple quand on commence. J'espère que tu pourras me répondre.)

Tu me manques terriblement. J'ai la sensation d'être une barque au milieu de l'océan en furie. Et de chercher désespérément le phare que tu es, la lumière dont tu irradies. Je ne raturerai pas ces mots malgré mon envie folle de le faire. Je passe sans doute pour une idiote de midinette, mais c'est l'image prégnante qui m'est restée en tête quand je me suis réveillé ce matin, et j'écris juste après mon petit-déjeuner. Je ne me souviens pas vraiment des images qui me sont revenues cette nuit. Juste de cette sensation, à la fois horrible et merveilleuse, que je devais me diriger vers toi, vers ta lumière, et que je ne pouvais vivre sans toi pour m'éclairer le chemin.

Je t'embrasse,

Arthur »