« Kandahar, le 27 août,

Merlin,

Tu ne peux PAS m'écrire des choses pareilles et t'arrêter en plein milieu ! Sais-tu l'effet que me font chacune de tes lettres ? Je n'arrive même pas à le décrire moi-même. Mes camarades ont cessé de rire, à l'heure de distribution du courrier. John est toujours plus énervé à chaque courrier. Matt souffre chaque jour un peu plus de l'absence de sa fille. Et moi... Moi, je ne sais pas. Je souris, je ris, je pleure tout à la fois. Ils disent qu'après avoir lu les lettres que je reçois, j'entre dans une phase de mélancolie profonde, comme si je portais le monde sur mes épaules. D'une certaine manière, ils ont raison. Je ne me souviens de rien, quand je suis réveillé, ou presque. Mais quand je ferme les yeux, je peux me souvenir de mes rêves, et pendant une seconde ou deux, j'éprouve dans chaque centimètre de mon corps, jusque dans mes os, le poids de la couronne, et le soutien inébranlable que tu as représenté durant toutes ces années.

J'imagine qu'un tel sentiment peut rendre mélancolique n'importe qui.

Mais ta dernière lettre a été bien pire encore ! Gwen était enceinte ? Ma FEMME était enceinte de MOI ? Un héritier a vu le jour ? Ma lignée ne s'est pas éteinte ? Il reste des Pendragon encore en vie, depuis tous ces millénaires ? Tu ne peux pas me laisser dans cette incertitude avec simplement ta remarque sur l'espoir brisé !

Je vais devoir attendre ta prochaine lettre pour savoir, et cela me tue et me frustre. Cesse d'être aussi mystérieux. Tu as promis de répondre à mes questions.

Tu dois y répondre. Tu as promis. Je veux savoir ce qui est arrivé à ma femme. Et je veux aussi que tu m'expliques pourquoi la perte de Morgana et de Mordred a été plus douloureuse que celle de Gwaine ? Je ne me souviens pas de tout, Merlin, mais la folie dans les prunelles de celle qui fut ma sœur est bien présente dans mon esprit. Tout comme l'écho du dernier sourire de Mordred, quand ma lame est entrée dans son corps pour le tuer, alors qu'il venait de faire de même et que son épée avait signé mon arrêt de mort. Ils ne méritaient pas qu'on les pleure. Ils ont essayé de nous tuer, et ce plus d'une fois !

Réponds-moi vite. J'ai besoin de savoir.

Arthur »