« Kandahar, le 1er octobre,

Merlin,

Je pleure sans m'arrêter, seul dans mon lit, depuis que j'ai lu ta lettre. Je ne suis pas à l'infirmerie, si cela peut te rassurer. Je ne fais que pleurer. Je n'arrive pas à savoir pour qui je pleure ? Pour cette sœur, perdue dans sa folie contre laquelle je me suis dressé sans même essayer de la comprendre ? Ou pour toi, dont la loyauté à mon égard confinait à la dévotion divine, au point de sacrifier ton âme, ta tranquillité d'esprit, ton esprit ? Qu'ai-je fait pour mériter ta loyauté ? Je ne t'ai jamais mérité, Merlin. J'ai cessé de prendre mes cachets pendant trois jours, et les scènes que j'ai revues ces derniers temps me montrent toutes à quel point j'ordonnais et tu obéissais, et je trouvais cela si normal.

Je ne trouve plus cela normal. Tu as tué pour moi. Plus de fois que tu ne me le diras jamais. Et jamais tu n'as hésité, jamais tu n'as faibli, et je ne t'ai jamais récompensé à la hauteur de ces sacrifices. M'imaginer l'existence que tu as vécu en portant le poids de ces regrets me fait physiquement souffrir.

Morgana est-elle revenue, par la suite ? J'aimerais, elle aussi, la revoir. La prendre dans mes bras et lui demander pardon.

Je ne pense pas être capable de m'arrêter de pleurer de sitôt.

Tu me manques.

Arthur.

PS : comment ça, tu portes physiquement la cicatrice du coup infligé à Morgana ? Je n'ai pas compris. »