« Moltaec, le 14 novembre,
Arthur,
Tu n'as pas le droit de me dire ce genre de choses. Comment oses-tu ? Tu n'as aucune idée de ce que cela a fait, de passer des millénaires seul, à endurer chaque minute de ce monde. Sais-tu ce que cela fait, de sentir mourir à l'intérieur de toi l'essence même de ton âme à chaque seconde ?
Je suis né de la Magie. JE suis LA Magie. L'incarnation la plus pure de la Magie sur cette terre. Et la Magie, dans ce monde, se meurt. JE me meurs, sans pouvoir mourir. Et je sens au plus profond de moi mourir ce qui fait de moi un être vivant. Je me meurs de l'intérieur, physiquement, sans pouvoir mourir pour autant. Traite-moi de lâche si cela t'amuse, mais je ne changerai pas mon point de vue. Je refuse de mourir moralement également. Je l'ai déjà trop vécu. Je t'ai dit que nos amis étaient revenus. Je t'ai dit que Gaius était revenu. Je t'ai dit que Morgana était revenue. Que crois-tu que cela m'a fait, quand ils sont partis de nouveau ? Quand le lien magique m'unissant à eux a rompu ? Le bonheur de les retrouver n'a jamais suffi à valoir le coup d'endurer la souffrance de la perte.
Sur le moment, je ne pensais qu'à profiter, à être heureux, à jouir de leur présence, de leur vie. J'en oubliais la douleur, qui revenait me faucher au moment où je m'y attendais le moins. Je refuse de m'oublier dans ta présence. Je refuse d'oublier la souffrance qui va résulter de ta mort, à nouveau. Aussi fort ai-je aimé nos amis, ai-je aimé Morgana, aussi fort que j'aime Morgan actuellement, j'oubliais dans leur présent la douleur de leur mort future.
Toi, je ne peux pas. Chaque fois que je pense à toi, chaque fois que je t'écris, chaque fois que je dors, chaque fois que je respire, je sens encore dans chaque fibre de mon être le poids de ton corps sans vie entre mes bras. Je ne peux oublier la souffrance de ta mort. Je ne me suis que trop laisser aller à te rejoindre dans ton lit, à souffrir de nos étreintes en repensant à la vie s'échappant de ton corps une dernière fois, et je ne peux pas. Je refuse. Oublie-moi.
Merlin »
