Bonjour mes petits pangolins ! Bienvenue sur cet ultime chapitre ! Merci de m'avoir suivi jusqu'ici, j'espère que la conclusion ne vous décevra pas ! Je vous laisse découvrir ça et on se retrouve en bas !

Bonne lecture !

Chapitre 16

– Que se passe-t-il ? paniqua Arthur, surpris. Il fait... chaud ! Il n'y a plus de neige ! Il fait jour !

Merlin, nettement moins impacté par le changement climatique, lui offrit un pauvre sourire.

– Parce que nous ne sommes plus en plein hiver en Angleterre, Arthur. Nous avons passé le voile de la magie. Cet endroit n'existe pas, pour les humains. Je ne suis même pas sûr qu'ils puissent le voir.

– Mais... nous... balbutia Arthur.

Merlin, sans l'écouter, mit pied à terre et laissa son cheval libre de ses mouvements. L'animal ne risquait pas de s'enfuir bien loin. Le territoire délimité par la magie n'était pas bien grand. Arthur, après un temps de latence, l'imita.

– Moi je suis né de la Magie. Et toi aussi, au fond. Alors nous pouvons... nous pouvons entrer à Avalon.

Les mots n'avaient rien d'exceptionnel, et pourtant Arthur en saisissait la pleine puissance. Le temps, doux et clément, semblait leur parler par le vent et l'odeur des fleurs qui, pourtant, n'étaient pas visibles. Hors du temps, hors du climat. Un lieu sacré.

– Pourquoi est-ce en ruines ? Si les humains ne peuvent pas le voir ? Qui a pu le détruire ?

Merlin, dans un premier temps, ne répondit pas, s'approchant de la construction et posant une main prudente dessus, semblant communier par la pensée avec la bâtisse. Arthur n'osa pas briser sa méditation, et profita de ce court répit pour ôter gants, bombe, et quatre ou cinq des épaisseurs de vêtements qu'il portait, dont ses bottes et ses chaussettes. En T-shirt et pieds nus dans l'herbe, une tenue inconcevable pour l'hiver blanc qu'ils connaissaient, mais rendue nécessaire par le lieu où ils se trouvaient.

– Sais-tu exactement ce qu'est ce lieu ? demanda soudain Merlin, se retournant vers lui, s'arrachant à la contemplation du mausolée.

Arthur se mordilla la lèvre, gêné.

– Pas vraiment. Tu n'as pas eu le temps de me faire toute l'instruction de ce qu'il y avait à savoir sur la Magie.

– Sais-tu qui étaient Morgana, Morgause, Vivian ?

– Euh... La mère et les deux filles ?

Merlin balaya sa réplique d'une main agacée, comme on chasserait une mouche.

– Non, répliqua-t-il. Enfin oui, bien sûr, mais leur statut. Pour la magie.

– Ah !

Le regard d'Arthur s'alluma de compréhension, devant les yeux levés au ciel de désespoir de Merlin.

– Morgana est Prêtresse de l'Ancienne Religion. C'était ce qu'elle disait. C'est ça.

Merlin lui offrit un sourire triste, avant de se détourner de lui, revenant à l'édifice à moitié détruit. Il ne parla pas, dans un premier temps, se contentant d'enlever ses vêtements, à la manière d'Arthur, sans jamais cesser de toucher la vieille construction. Arthur se refusa à l'interrompre, à se comporter en enfant gâté exigeant des explications. Si Merlin voulait lui en fournir, il le ferait.

Il s'écoula peut-être une minute ou une heure, qu'importait, le temps ne semblait pas s'écouler de la même manière, ici, avant que Merlin ne reprenne la parole.

– Oui, Vivian était une Grande Prêtresse de l'Ancienne Religion. Elle et ses sœurs vivaient dans les lieux de culte de la Magie, conseillaient les druides, et éduquaient les filles douées de pouvoir magiques, nées dans leur communauté ou ailleurs.

Comprenant que ce n'était pas une simple leçon, Arthur écouta religieusement.

– Mais Vivian et ses Sœurs ont connu un... différent. Quand celle-ci a voulu quitter l'Ordre, et épouser un mortel.

– Gorlois.

– Exactement. C'était une situation sans précédent, mais Vivian n'était pas née parmi les Grandes Prêtresses. Elle avait le droit à sa liberté. Cependant, au vu de sa position hiérarchique, elle ne pouvait partir sans consentir à quelque chose en échange. Elle a cédé aux conditions de son Ordre afin de pouvoir épouser l'homme qu'elle aimait.

– Quelles conditions ? demanda Arthur, peu sûr d'avoir envie d'entendre la réponse.

Merlin, qui lui parlait dos à lui jusqu'à présent, se retourna et s'assit dans l'herbe, s'appuyant contre le mausolée. Arthur s'empressa de l'imiter, s'accroupissant dans l'herbe, en face de lui.

– Son départ était subordonné à une condition... Celle de leur donner sa première enfant, quand elle serait née. C'est ainsi que Morgause, dès sa naissance, a été arrachée à sa mère pour être élevée par les Grandes Prêtresses.

– C'est horrible, murmura Arthur.

Il ne savait pas qui il plaignait le plus ? Morgause, privée de l'amour de ses parents ? Vivian, à qui on avait arraché sa fille, son bébé à peine né ? Gorlois, ignorant de tout cela, à qui on avait dû probablement faire croire que l'enfant était mort-née ?

– Oui. C'est à partir de là que les choses sont devenues... compliquées, dans l'Ordre. Une autre de leurs disciples, née au sein même de la communauté, en est alors partie. Elle s'appelait Cléora. Gaius la connaissait. Moi aussi. J'ai surtout bien connu sa fille, Heriwyne, devenue orpheline durant la Grande Purge. C'est elle qui m'a raconté tout ce que je sais sur l'Ordre des Grandes Prêtresses, car elles étaient secrètes, et n'acceptaient que les femmes dans leurs rangs.

À la lumière de leur époque moderne, Arthur songea intérieurement que cela avait tout d'une secte, cette histoire. Mais une secte magique, ce qui faisait bien plus peur.

– Il y avait quatre lieux. Quatre sanctuaires. La forêt des Damnés, au Sud. La Terre. L'Île des Bénis, à l'Est. L'Eau. La Tour des Ombre, dans la vallée des Rois Déchus, à l'Ouest. Le Vent. La grotte dites des Disir, au Nord. Le Feu. Quatre lieux. Quatre points cardinaux. Quatre éléments.

Merlin marqua une pause. Arthur n'osa pas briser le silence.

– Et puis un cinquième, bien sûr. Les quatre éléments ne sont rien sans le dernier. L'Esprit. Le plus important des lieux de culte et d'enseignement, où les apprenties parvenaient à l'âge adulte et jamais avant, pour apprendre à maîtriser définitivement tous leurs pouvoirs. Le dernier lieu, où elles apprenaient le pouvoir de l'Esprit.

– Avalon... Ici.

– Oui... souffla Merlin. Le dernier et plus puissant lieu de culte de l'Ancienne Religion. Le berceau même de la Magie. Détruit non pas de la main des hommes, qui ne peuvent y accéder, mais de la Magie elle-même. La Magie se meurt. Et ce lieu meurt avec elle.

Arthur avait cru savoir la tête que faisait Merlin quand il souffrait. Il découvrait qu'il n'en était rien. Le jeune homme semblait en proie aux plus intenses des tourments, incapable de respirer convenablement, des larmes silencieuses roulant sur ses joues.

Arthur n'hésita pas, ne réfléchit pas. Il se redressa et se jeta sur Merlin, l'étreignit de force, tentant par son geste de lui arracher sa douleur, de la prendre pour lui par simple apposition des mains, ne désirant rien de plus que d'arrêter cette expression, ce souffle saccadé, ces larmes muettes.

Merlin fondit dans son étreinte, poupée de chiffon molle, se pressa contre lui dans un geste instinctif et désespéré, et Arthur l'entendit distinctement prendre une intense respiration, dans son cou.

– Je suis là, Merlin, je suis là... murmura-t-il.

Il ne savait pas quoi dire d'autre, comment apaiser la crise. Devait-il allonger Merlin, le faire souffler dans un sac, respirer du dioxygène, pour calmer sa crise de panique ? Il n'avait pas de sac, mais le bouche-à-bouche était une excellente option, parfaitement médicale, pour obliger Merlin à ingérer l'air dont il manquait. Mais cela ne ressemblait pas vraiment à une crise de panique. Merlin ne paniquait pas. Il souffrait. Et on n'avait encore rien inventé d'efficace pour apaiser la douleur d'une souffrance vieille de plusieurs millénaires qui gelait un homme jusqu'aux os, jusqu'à l'âme.

Merlin se laissa bercer, durant un temps, et jamais Arthur ne le lâcha, lui murmurant sans discontinuer les mots rassurants qu'il avait besoin d'entendre. Inversion des rôles. Lorsqu'ils n'avaient jamais atteint ce lieu, la première fois, Merlin avait porté le corps brisé d'Arthur. Aujourd'hui, c'était l'ancien Roi qui essayait de réparer le cœur en miettes de son ami.

La crise reflua doucement. Le col du T-shirt d'Arthur était trempé de larmes, quand la respiration laborieuse de Merlin devint plus calme, et qu'il se redressa. Puis s'immobilisa. Brusquement.

Arthur comprit les signes avant-coureurs. Quand Merlin essaya de le repousser violemment, de le rejeter, il banda ses muscles et maintint l'étreinte.

– Pas cette fois, gronda-t-il face au regard trop bleu de Merlin, qui essayait de se libérer. Tu ne me repousseras pas cette fois. Pas sans explication.

– Laisse-moi !

Il jouait des épaules, tentait de forcer les muscles qui le retenaient prisonnier contre Arthur, mais à ce jeu-là, il ne faisait pas le poids. Arthur avait été militaire, entraîné. Merlin était fin comme un fil de fer, maigre et faible.

– Non ! répliqua Arthur. Si c'est ce que tu veux vraiment, si tu me donnes une seule bonne raison, objective, de te lâcher, je le ferai. Mais tu ne m'en as jamais donné, Merlin. Je t'aime. Je te veux. Ne prétends pas l'ignorer. Tu es le seul à refuser cette relation que nous pourrions avoir ! Alors sois honnête, vraiment honnête avec moi, et donne-moi une bonne raison ! Une seule !

Merlin riva son regard à celui d'Arthur, lutte de leurs prunelles bleues deux à deux. Il avait cessé de combattre physiquement, restant dans les bras de son ami, de son amant, de son Roi, de son tout, mais sa fureur passait par ses yeux.

– Gwen ? dit Merlin, et cela sonnait comme une question.

Arthur laissa échapper un bref éclat de rire sans joie.

– Ma femme ? Tu oses évoquer ma femme ? Allons Merlin, tu peux faire mieux que cela !

– Gwen est la seule pour toi, et...

– LA seule, oui, le coupa Arthur. La seule femme. Je n'aurais pu en avoir une autre. Je l'ai aimée, je l'aime encore. Mes souvenirs l'aiment encore, et l'aimeront toujours, parce qu'elle était ma destinée. La seule femme que j'aurais pu épouser. Cela tu le sais. Mais tu n'es pas une femme, Merlin. Et ma femme ne me reviendra jamais. J'aime son souvenir. Mes souvenirs aiment ses souvenirs. Ça n'a rien d'un obstacle au fait que je t'aime, toi.

Les mots sortaient facilement, s'écoulaient hors de sa bouche sans qu'il ne fasse rien pour les retenir. Lui, si maladroit dans l'expression de ses sentiments, si indélicat et balourd, se découvrait une facilité étonnante à déclamer son amour pour Merlin. Parce qu'il ne doutait pas, ne doutait plus de la puissance de son amour. Il n'avait pas à se poser de questions, à réfléchir. Il aimait Merlin, c'était ainsi, c'était un fait, et il ne voulait pas lutter contre ses sentiments.

– Tu vas mourir bientôt ? tenta à nouveau de lui opposer Merlin.

Cette fois, Arthur leva les yeux au ciel, relâchant légèrement la pression qu'il exerçait sur le corps qu'il tenait.

– Encore et toujours des excuses, Merlin, chantonna-t-il, presque ironique. Prenons un exemple. À quel âge est mort Leon, dans notre première vie ?

Merlin haussa les épaules, détourna le regard.

– Aucune idée de son âge exact. Pour l'époque, un âge canonique. Peut-être cinquante ou soixante ans.

– Tu m'as dit qu'il était revenu... six fois c'est ça ? Te souviens-tu à quel âge il est mort dans chacune de ses vies ?

Arthur jouait un coup de poker. Il n'avait aucune certitude, sinon celle accrochée dans ses tripes que leurs vies passées ne gouvernaient pas l'actuelle. Ils ne vivaient pas des répétitions de leurs existences antérieures. C'était impossible. Ils étaient différents, des êtres humains avec des pensées, des envies et des goûts, et un libre-arbitre, à chaque existence. Les erreurs ne se répétaient pas. La preuve, ils étaient arrivés à Avalon. Ils avaient atteint le sanctuaire auquel ils n'étaient jamais parvenus la première fois.

– Trente-sept ans. Cinquante-trois. Soixante-huit. Quatre-vingt-neuf. Soixante-dix-huit. Vingt-neuf.

L'aveu coûtait à Merlin. Arthur exultait, même si le dernier chiffre le surprenait.

– Durant la première guerre mondiale, répondit Merlin à son regard étonné. Il s'est éteint avant la fin de la guerre, en 1917, à la seconde bataille de Verdun. Je n'ai rien pu faire.

La nouvelle était triste à entendre, mais elle n'avait que peu de prises sur Arthur. Injustement, il ne ressentait pas de peine pour ce Leon inconnu, qui n'avait pas été son ami, qui avait été un étranger simplement réincarné, pâle copie de son lieutenant en chef à l'époque de sa royauté. Il n'en restait pas moins que ce que venait de dire Merlin corroborait les hypothèses d'Arthur. Et il voulait se focaliser sur cette victoire qu'il avait réussi à arracher.

– Alors pourquoi croire que je vais mourir à l'âge auquel je suis mort la première fois ? Tu vois bien que c'est stupide !

– Mordred...

Cet argument-là, Arthur l'avait vu venir. Et le contra aussitôt.

– Mordred est une exception. C'est vrai, dans sa deuxième vie, il est de nouveau mort au même âge que celui qu'il avait quand je l'ai tué. Mais c'est bien toi qui m'a dit que la Magie n'agissait jamais par erreur. Je sais que la Magie a voulu que je le rencontre, pour que je lui pardonne, pour qu'il me pardonne. Et pour ça, la Magie devait le rappeler pour le ramener quand le temps serait venu !

L'argument avait ses failles, parce que ni Merlin ni Arthur ne pourrait jamais avoir de certitudes sur les intentions de la force supérieure qu'était la Magie, mais cela suffit à ébranler Merlin, qui ne répondit rien, ouvrant et fermant bêtement la bouche, les yeux encore brillants de larmes, le corps tremblant.

– Et Gwaine, alors ? insista Arthur. À quel âge est-il mort, la première fois ? Et toutes les fois suivantes ?

– Pas... pas le même... pas le même âge.

Merlin ne répondait pas à la question, pas vraiment, mais il avait bien compris où voulait en venir Arthur, et il reconnaissait les faits.

– Alors pourquoi croire que moi, je vais mourir bientôt ? Il ne tient qu'à nous de changer cela. De croire en autre chose. De vivre ensemble, et de survivre. Sais-tu ce dont je me souviens le plus, de mon ancienne vie ? Sais-tu quel est l'un de mes souvenirs les plus forts ?

Arthur avait encore davantage relâché la pression de ses mains. Mais Merlin ne faisait pas mine de s'enfuir, de briser l'étreinte, de se débattre. Il écoutait, il regardait Arthur, anesthésié. Arthur qui ne faisait plus appel à la rhétorique et à la logique, mais au désespoir, entier et profond, qui l'animait quand il songeait que Merlin pourrait ne plus jamais être sien, alors qu'il le voulait tant.

– Non... répondit finalement Merlin.

– C'est toi, répliqua aussitôt Arthur, avant que le courage de raconter la scène qui le hantait ne le quitte. Toi, me parlant de ta magie. Je t'ai dit... je me suis senti blessé que tu ne m'aies jamais confié ce secret. Au-delà de la découverte de tes pouvoirs, ce qui me faisait mal, c'était la trahison. Avoir le sentiment que durant dix ans, je t'avais connu sans te connaître. D'avoir ressenti à quel point tu m'avais menti durant tout ce temps. Mais quand je t'ai demandé pourquoi tu ne m'avais rien dit, tu as répondu que tu avais voulu me le dire... mais que tu n'avais pas souhaité me mettre dans une position délicate. Je crois que ce jour-là, je n'avais pas réalisé... mais je sais, à présent. À quel point me mentir était un acte d'amour de ta part. Tu m'as dit, ce jour-là, juste après, que j'étais fait pour être un grand Roi. Mais ce n'était pas ça, l'important. L'important, c'était que tu étais prêt à mourir pour moi, si tes pouvoirs venaient à être révélés, mais que tu ne voulais pas, en aucun cas, m'entraîner dans ta chute.

– Si Uther devait être mis au courant, je voulais que tu puisses regarder ton père et lui jurer sans mentir que tu ne savais rien, chuchota Merlin, ses yeux emplis de larmes. Je ne voulais pas que tu mentes pour moi. Je voulais que tu sois libre d'accomplir ta destinée, sans entrave, sans moi s'il l'avait fallu. Et je te connaissais. Ton sens de la loyauté et du sacrifice était en toi depuis ta naissance. Quand je t'ai dit que tu m'aurais éclaté la tête, tu m'avais répondu que tu ne savais pas ce que tu aurais fait, en réalité, mais moi, je le sais. Tu m'aurais protégé, aidé, soutenu. Je le savais, et il m'était insupportable de te faire endurer cela. Je voulais te protéger. Je voulais te protéger. Je voulais te protéger.

– Tu m'aimais, asséna Arthur, certain de ce qu'il disait. Tu m'aimais. Je t'aime, aujourd'hui. Et tu m'aimes. Tu l'as même écrit, dans cette dernière lettre qui ne m'était jamais parvenue mais que l'armée m'a renvoyée récemment. Tu me l'as dit, tu me l'as avoué quand tu croyais que je ne recevrai jamais ces courriers. Alors je t'en prie, Merlin. Je t'en supplie. Ne me repousse pas. Explique-moi pourquoi. Je ne comprends pas.

Ils chuchotaient tous les deux, comme souhaitant se donner de l'intimité face à l'intrusion d'oreilles indiscrètes. Précaution inutile puisqu'ils étaient seuls, mais l'amour se parlait souvent tout bas pour ses aveux, car l'amour était un bien précieux et un cadeau fragile entre deux êtres.

Arthur avait complètement lâché Merlin, cette fois, mais il ne faisait aucun mouvement pour se dérober, se contentant de garder ses prunelles rivées dans celles d'Arthur, le ton suppliant de ce dernier le poignardant en plein cœur.

Il ne donna pas de réponse verbale à Arthur. Mais il sentit, lentement, ses yeux devenir couleur or alors que la magie l'envahissait.

C'était une sensation étrange. Il avait toujours cligné des paupières, et ses yeux devenaient dorés d'un coup, puis redevenaient bleus tout aussi vite. Il n'avait jamais senti la montée de la magie en lui, ainsi, son iris devenant progressivement d'or, d'abord le pourtour, puis de plus en plus, jusqu'au centre, et finalement avoir pris l'ascendant total sur toute la couleur azur.

Arthur hoqueta de surprise. Il s'était habitué à la magie, Morgan la pratiquait librement dans la maison. Mais il n'avait jamais vu les yeux de Merlin devenir dorés. C'était surprenant. Magnifique. Désespéré. Par ce geste qu'il semblait à peine maîtriser, Merlin voulait dire quelque chose.

Et dans un sursaut, Arthur comprit. Merlin l'avait dit, juste avant. « Je suis né de la Magie. » et « La Magie se meurt. » Merlin était la Magie et la Magie mourrait. Merlin était en train de mourir. Il l'avait dit des dizaines de fois, mais Arthur ne l'avait jamais vraiment entendu, se réfugiant derrière l'idée que c'était métaphorique, pas réel, pas physique, pas tangible.

Mais c'était réel, physique, tangible, et c'était en train de survenir. Ce n'était pas de la mort d'Arthur dont il avait peur, c'était la sienne. Qu'il avait attendu pendant si longtemps, incapable de goûter au repos de l'âme, survivant éternellement dans des cycles immuables de nouvelle jeunesse perpétuelle. Et désormais qu'il avait le droit au bonheur, qu'il avait une bonne raison de vivre, il était terrifié par l'idée de mourir.

– Tu ne vas pas mourir, lui murmura Arthur. Je te le jure. Tu ne vas pas mourir prématurément. Je te le promets.

– Mais c'est trop tard, Arthur. Je meurs déjà. Je n'arrive presque plus à faire de magie. La Magie et ma Vie sont intrinsèquement liées. Je... je ne...

– Mais la Magie ne mourra pas ! s'enflamma Arthur.

Colère, désespoir, espoir, amour. Les sentiments, violents, s'entrechoquaient en lui, mais rien n'entacherait la vérité en laquelle il croyait.

– Regarde Morgan ! Plus vif, plus puissant à chaque seconde. Sa magie grandit, mûrit ! Elle est loin de mourir ! Et toi... peut-être que tu la sens t'échapper, mais tu peux en récupérer ! Prends la mienne !

– Mais tu n'as pas de...

Merlin n'acheva jamais sa phrase. Arthur n'était pas magicien. Il ne l'avait jamais été, ne le serait jamais, ne pourrait jamais parler la langue antique qui était si naturelle à Morgan et Merlin, ne pourrait jamais léviter ou faire fleurir une fleur en plein hiver. Mais il était faux de croire qu'il était dépourvu de magie.

– De magie ? Mais si, Merlin ! Je suis NÉ de la Magie comme toi, autant la première fois que la seconde ! J'ai pu récupérer ma mémoire ! J'ai pu entrer ici ! Je peux même percevoir, épisodiquement, quand Morgan et toi discutez par télépathie, même si je ne comprends pas vraiment les mots. Et Morgan... Morgan m'a dit que ma mère savait. Qu'elle savait qu'en me donnant le jour, elle mourrait. Mais elle l'a fait, par amour. Parce que l'amour est une forme de magie, pas vrai ? Je t'aime, Merlin. La Magie n'est pas morte. Elle ne mourra jamais complètement, et tu ne mourras pas davantage, pas avant moi ! Je t'en supplie !

Merlin ferma les yeux. Les larmes débordaient et glissaient lentement sur ses joues, silencieusement. Instinctivement, ses mains se refermèrent sur le corps d'Arthur, l'attirèrent plus près, crochetant son dos, le serrant contre lui, le corps en avant, le visage tendu, offert. Arthur répondit à l'invitation. Ferma les yeux à son tour, et posa ses lèvres contre celles, déjà ouvertes et offertes, de Merlin.

Cela n'eut rien en commun avec les nombreux baisers qu'ils avaient déjà échangés. C'était plus puissant, plus chaud, plus fort. Les yeux de Merlin, ils le sentaient tous les deux, étaient toujours couleur or. Et la Magie, celle de Merlin, celle d'Arthur, s'écoulaient entre eux, naviguaient de l'un à l'autre, les embrasant et les nourrissant de promesses.

– Il a raison, tu sais.

Ils sursautèrent violemment en entendant la voix inconnue, et se séparèrent, à bout de souffle. D'un même geste, ils se retournèrent vers le même endroit, d'où provenait le son.

Silhouette évanescente, plus belle qu'elle ne l'avait été, Morgana se tenait là.

– Morgana... souffla Arthur, éberluée.

– Bonjour, petit frère, lui répondit-elle.

Il n'y avait ni hargne, ni animosité dans son ton. Elle n'avait rien en commun avec la sorcière à moitié folle et échevelée assassinée par Merlin, à la fin de leurs temps. Elle brillait comme la pupille d'Uther qu'elle avait été, la plus belle femme de tout le royaume. Elle était vêtue d'une lourde robe verte qui soulignait magnifiquement bien sa silhouette, ses longs cheveux noirs et bouclés, ses lèvres peintes en rouge. Elle n'avait jamais été aussi magnifique.

– Tu ne peux pas être là, gémit Merlin. Tu ne peux pas, tu ne peux pas, tu ne peux pas...

De toute évidence, le peu de raison qu'il avait réussi à retrouver venait de nouveau de céder le terrain à la folie. Arthur, dans un geste instinctif et protecteur, le tint contre lui.

– Je ne suis pas vivante, l'apaisa Morgana en approchant.

Elle ne marchait pas vraiment. Elle ne semblait pas flotter pour autant. Elle était là, sans être là. Elle n'était pas translucide comme un fantôme, mais elle n'était pas non plus faite de chair et de sang.

– Tu es à Avalon, Merlin. Le cœur de la Magie même. Le lieu de l'Esprit. Je ne suis pas vraiment là. Je ne suis pas vivante. Je ne le serai plus jamais. Mais toi, Merlin, tu l'es. Et tu as le droit de l'être encore, encore un peu. Arthur a raison. La Magie n'est pas morte. Si elle l'était, Avalon n'existerait plus, tu le sais.

Lentement, Merlin acquiesça.

– Tant que quelqu'un y croit, la Magie ne peut pas mourir, pas totalement. Tu es vivant, Merlin. Et tu peux l'être encore pendant de longues années.

– Mais je... je m'affaiblis, et...

– Ton immortalité est un train de mourir. Tu deviens mortel. Rien de plus, sourit Morgana, un sourire doux, chaleureux, si peu habituel sur le visage de celle qui avait été leur ennemie. Et la mortalité peut être une chose terrifiante quand, comme toi, tu as vécu sans jamais craindre le spectre de la Fin. Mais être mortel ne veut pas dire mourir demain. Tu ne vas pas mourir demain. Vous êtes nés de la Magie, tous les deux. Tant que vous y croyez, tant que la Magie peut survivre à travers vous deux, alors vous serez invincibles. Pas immortel, ce temps est révoqué, mais vous avez la vie devant vous. Il ne tient qu'à vous d'embrasser vos destinées, de construire ce monde. Ou de ne rien faire et simplement être ensembles, libres et vivants. Vos vies vous appartiennent, à vous et à vos choix.

– Et toi ? demanda Arthur, presque désespéré.

La femme qui se tenait là devant lui était sa sœur, son amie. Celle qu'il avait perdue au profit de la haine et du chagrin que leur père avait inconsciemment instillés dans leurs cœurs, créant les barrières qui les avaient séparés.

– Je ne serai jamais vivante, répondit-elle doucement. Mais je suis là, moi aussi. Dans la Magie. La vôtre, celle de Mordred, celle d'Avalon. Je ne pourrai plus jamais vous parler, vous voir, mais je suis là, d'une certaine manière. Je serai toujours là.

Et sur ces derniers mots, sur un dernier sourire amical, elle s'évapora, ne laissant aucune trace de son passage, à peine un parfum dans l'air, une caresse chaude sur leurs visages.

Longtemps, Merlin, accroché à Arthur, regarda l'endroit où elle avait disparu, comme s'il ne croyait pas en la réalité de cette apparition, en la véracité de ce qu'elle avait révélé. Arthur n'osait bouger. Il craignait la décision de Merlin. Et préférant profiter de sa présence, de son odeur, de la chaleur de sa hanche contre la sienne, si cela devait lui être retiré pour toujours.

Puis soudain, sans préavis, Merlin se retourna vers lui, agrippa brutalement son T-shirt, et le tira vers lui avec force. Leurs lèvres se rencontrèrent en un baiser passionné, presque violent. Fort du mouvement d'inertie, ils chutèrent tous les deux dans l'herbe, se cognèrent et récoltèrent des bleus. Ils s'en moquaient éperdument, riant, s'embrassant, les larmes aux coins de leurs yeux uniquement dues à leur bonheur intense et présent. Le passé était le passé. Leur futur les attendait. Ils vivaient dans le présent.


– Attends !

Arthur n'avait pas du tout comme intention d'attendre. Son torse nu était collé à celui de Merlin, leurs T-shirt ôtés depuis longtemps (ou trop peu de temps, cela dépendait des points de vue), et il venait de déboucler la ceinture du pantalon de son amant pour y faufiler sa main. Il n'avait pas la moindre envie d'attendre la moindre seconde. Il voulait Merlin, entièrement nu, contre lui. Il voulait posséder et pénétrer. Il voulait partager et aimer. Et il le voulait maintenant.

Mais obéissant, il s'interrompit, laissant juste sa main reposer là où elle était, c'est-à-dire sur la virilité durcie de Merlin, en un geste négligé, comme si tout cela ne lui importait pas le moins du monde. À sa grande satisfaction, la respiration de Merlin était hachée lorsqu'il reprit la parole.

– Nous sommes à Avalon, Arthur. Si... Si on fait ça maintenant, ici... Ce n'est plus... Pas de retour en arrière. Ce sera définitif. Consommer notre amour à Avalon... C'est un engagement devant la Magie, Terre nourricière. Un engagement pour l'éternité. Nous serons liés, pour toujours et à jamais, dans cette vie et les suivantes, si elles existent. Ce dont je ne suis plus très sûr, peut-être que cette vie est la dernière.

Pour toute réponse, Arthur lui rendit un sourire extatique, recommença à bouger sa main, et se pencha pour l'embrasser profondément.

Leurs corps entamèrent la plus vieille danse du monde. Arthur obtint son Merlin nu, entièrement nu, pour lui, pour la première fois. Il put embrasser chaque cicatrice et chaque ligne de son tatouage avec dévotion. Il put pénétrer, posséder, le faire crier de plaisir à chaque mouvement de va-et-vient dans son corps qui semblait fait pour le recevoir.

Et plus que tout, ils s'aimèrent, partageant bien plus qu'une étreinte. Partageant leur amour, leurs sentiments, leurs pensées, leur magie. Devenant un et s'aimant, enfin.


Il faisait nuit noire quand ils rentrèrent enfin chez eux, après être sortis d'Avalon, avoir repris le cours du temps normal, avoir rendu les chevaux. Il était très tard, et pourtant Morgan les attendait au salon, en pyjama, prêt à aller se coucher comme un enfant sage.

Quand il les vit arriver, il bondit du canapé, courut à leur rencontre. Il n'eut pas besoin d'aller très loin. Il s'arrêta net, ressentant avec puissance le lien les unissant. Tous les deux.

Puis Merlin l'attrapa, le serra contre lui, blottissant le petit garçon qu'il était contre son cœur. Et Arthur vint les enlacer, tous les deux, se mêlant à eux, à leur câlin, naturellement.

Le lien les unissant. Tous les trois. Ils ne tenaient qu'à eux de reconstruire le monde. Arthur était toujours Arthur, et il avait une destinée. Merlin était toujours Merlin, et il serait toujours là pour aider Arthur dans sa destinée. Mais comme l'avait dit Morgana, ils étaient libre de choisir leur destin. Arthur pouvait tout aussi bien devenir ambassadeur pour l'ONU, s'impliquer dans une ONG à rayonnement international, lutter contre le réchauffement climatique ou ce qu'il voulait pour oeuvre pour le bien du monde, qu'il pouvait aussi ne rien faire. Et simplement être une famille, être avec Merlin, être avec Morgan. La Magie les unissant. Tous les trois.

FIN

Pour moi, c'est à la fois la fin de cette fic mais aussi de Merlin, je pense. Déjà, en l'écrivant, je posais une fin supplémentaire à la série qui en avait bien besoin (nous tuer Arthur, franchement ! Fallait les réconcilier !) mais c'est aussi mon dernier chant du cygne sur Merlin. Je n'écris plus vraiment autant qu'avant, même si j'ai encore de nombreux projets, mais aucun sur Merlin. Mais ces deux là auront toujours une place particulière dans mon cœur puisque ce sont eux qui m'ont permis une histoire en entier pour la première fois, puis de passer du côté obscur de la publication.

Alors je n'ai pas de mots assez forts pour vous remercier, chers lecteurs, d'avoir été là jusqu'à la fin de ce dernier texte. J'espère ne pas vous avoir déçu •e•s !

Et pour la suite alors ? Je vais en revenir à la publication sur du Sherlock. L'écriture sur des sujets variés. Ou quand comment, me demanderez vous ? Eh bien aucune idée. La vie est plus compliquée, dernièrement (et présentement je souffre d'un combo sinusite et otite, c'est vous dire mon état de forme), plus occupée par des tas de choses très positives, mais j'ai moins de temps donc je ne peux et veux rien prévoir. Les choses arriveront quand elles arriveront. J'espère vous voir nombreux au rdv quand ce sera le cas ;)

En attendant, je vous remercie encore du fond du cœur pour votre fidélité, votre enthousiasme, vos mots d'amour. Je ne vais pas vous refaire mon blabla habituel sur le fait que j'écris que pour moi, je pense que vous êtes habitués depuis le temps, mais la publication permet des échanges fabuleux avec des gens incroyables, et c'est une chance fantastique que j'ai de vous avoir : mercifiniment.

Deux petits remerciements spéciaux : à Nahy, grâce à qui j'ai retrouvé le bonheur d'écrire sur Merlin et à qui ce texte et dédié. A Elie et Allteas, mes bêtas et âmes sœurs. Je n'existerai pas sans elles.