Chers lecteurs,
Je poste maintenant bicoze je ne pourrai pas poster demain.
Donc suite, toujours aussi léger.
Portez-vous bien,
Al
Pour Nicto : cool que ça te plaise (c'était le but en même temps)
Drago était subjugué. Le patineur cagoulé était excellent. Voire pire qu'excellent. Du coup, plutôt mieux qu'excellent. Enfin, il ne savait plus. Et merde ! Il en perdait ses mots. Merlin, qu'il était doué ! Il enchaînait les figures les plus compliquées du monde avec une aisance qui frôlait l'indécence. Ses triples axels étaient fabuleux, ses pirouettes étaient mirifiques, son aisance et sa grâce étaient à couper le souffle. À n'en pas douter, cet adversaire lui donnerait du fil à retordre pour le dernier championnat de la saison.
Et pourtant…
Drago se sentait déchiré entre deux sentiments contradictoires. Il était à la fois jaloux et ravi. Jaloux du talent de l'inconnu, ravi d'avoir enfin un adversaire à sa hauteur. Parce que oui, ça y était, Drago avait un réel concurrent. Un garçon avec qui il pourrait vraiment rivaliser sur la glace.
Le patineur fit un lutz parfaitement exécuté. La foule, massée autour du lac, applaudit. La musique transmise par les haut-parleurs de Weasley monta en puissance. Drago détestait les Gryffondor, mais il devait reconnaître que Weasley était bon DJ. Il passait de la musique sorcière ou moldue de bonne qualité, et il avait plutôt bon goût. Ça lui arrachait les tripes de le reconnaître, mais Weasley se débrouillait bien. Ce qui n'était pas le cas de la Sang-de-bourbe à ses côtés, qui se trémoussait ridiculement à côté de lui. Elle, elle n'avait strictement rien pour elle.
Drago se remit à essayer de deviner l'identité du patineur. Plutôt râblé, bien musclé, en tout cas aux bons endroits, des mollets fermes et bien dessinés, des biceps fins et déliés. C'était impossible que ce soit un Gryffondor : les élèves de cette maison avaient toujours une légère tendance à assumer totalement tout ce qu'ils faisaient, ce qui était particulièrement irritant. Ils ne se voilaient donc jamais le visage, que ce soit pour les concours de skate-board ou les championnats de parkour. Ce pouvait donc être un Serdaigle de sixième année, ou un Poufsouffle trop couard pour assumer son talent. Quel con. S'il avait un tel talent, il fallait assumer.
Et soudain, leurs yeux se rencontrèrent.
Le patineur ficha son regard dans celui de Drago tout en continuant de danser sur la glace. Des yeux verts étincelants. Ou plutôt émeraude, plus glacés. Ou béryl, plus chauds. Ou soudain aigue-marine, plus doux. Merlin, ses yeux possédaient toutes les nuances possibles ! Tous les chatoiements d'émotions ! Et pourquoi les uniques comparaisons qui lui venaient en tête étaient des pierres précieuses !
Drago n'arrivait même plus à cligner des yeux. Il était trop pris par ce regard, trop envahi par cette sensation qui l'assommait. Si le patineur époustouflait tout le monde par ses prouesses, Drago comprit soudain qu'il n'était pas qu'un corps. Ses yeux magnifiques reflétaient toutes les émotions qui le traversaient.
Ce patineur avait une belle âme, c'était sûr. Les yeux sont les fenêtres de l'âme, martelait dans chaque Sorcière-hebdo Sunshine Voyance. Drago l'avait très bien compris (d'ailleurs, Marcus Flint avait lui aussi des yeux à se damner, bleus comme le ciel de Transylvanie).
Le patineur cligna de l'œil, toujours en le regardant. Il rompit le contact en se lançant dans une pirouette sous les vivats de la foule en délire. Drago essaya de reprendre contenance :
« Ça va, vieux ? »
Drago répondit à Blaise sans quitter le patineur des yeux.
« Ouais. »
Le son de sa voix le rassura infinitésimalement, et il répéta :
« Ouais. »
Le patineur achoppa de nouveau son regard et lui fit un clin d'œil. Un clin d'œil ! Drago sentit un frisson lui parcourir la colonne vertébrale. Ça faisait bien longtemps qu'il n'avait pas ressenti un frisson comme ça. La dernière fois que ça lui était arrivé, c'était lors de sa quatrième année, quand il avait vu les abdos de Krum durant un soir très très alcoolisé.
Le patineur finit ses figures et termina son show par une révérence parfaite. Ses yeux, plantés dans ceux de Drago, brillaient d'ironie. Ce mec s'en foutait ! Il patinait comme un Fondateur et se permettait de prendre ça à la légère ! Le patinage, c'était sérieux !
La foule éclata en applaudissements sonores et le patineur salua son public en lui envoyant des baisers. Il brandit sa baguette : des paillettes en sortirent pour parsemer le lac d'étincelles. Il se tourna vers Drago et envoya un geyser dans sa direction, ses yeux étincelants de moquerie.
« Merlin ! Quel con ! »
Le temps que Drago, Blaise et Théo ôtent toutes les paillettes de leurs vestes, l'inconnu avait fui à l'autre bout du lac. Drago distingua sa silhouette remonter vers le château tandis qu'une Serdaigle se jetait avec enthousiasme sur le lac, sur un nouvel air des Bizarr' Sisters.
