Erik repensait fortement à son « adolescence » ces derniers jours, parce qu'il se questionnait sur lui-même. Et pas seulement pour son orientation sexuelle. Ce n'était pas une crise due à l'âge ou quoi. Il avait juste remarqué qu'il s'était laissé effacer par Magneto. Il ne voulait plus être celui que tous voyaient. L'homme qui tuait, qui était incapable d'aimer, incapable de dire ne serait-ce que merci, un monstre. Il voulait retrouver une part d'âme d'enfant, parce qu'au fond, tout le monde avait encore une petite part qui refusait de grandir.
Il regardait les élèves regarder dehors. Qu'est-ce qu'il aimerait faire dans la vie ? Il n'avait pris ce travail, dans l'usine de métal en Pologne, uniquement parce qu'il n'avait trouvé que ça, et parce qu'il devait se cacher. Mais aujourd'hui, ça n'a pas vraiment changé. Il se dit qu'il pourrait peut-être participer plus activement à la vie de l'école ? Pas en tant que professeur. Non, jamais il ne serait capable de s'occuper de ces mômes toute une journée. Alors toute l'année, non merci. Mais même s'il ne pourrait sans doute pas reprendre d'études, il fallait bien qu'il sache ce qu'il aimait pour savoir quoi faire. Erik se força à se mettre à la place d'un jeune homme qui penserai à son avenir. Un jeune homme chercherait quelles études faire. L'adulte se dit qu'il aurait fait quelque chose de littéraire. Il éprouvait une grande admiration pour des scientifiques, enfin pour beaucoup, comme Charles et Hank. Il ne se lasse jamais de quand Charles lui explique quelque chose sur la génétique, la mutation et tout ça. Il aimait beaucoup regarder Hank travailler dans son labo et créer toute sorte de choses, même s'il refusait de l'admettre à voix haute, et qu'Hank n'aimait pas qu'on regarde ce qu'il faisait. Cela le déconcentrait.
Non, Erik n'était définitivement pas un scientifique. Les sciences ne l'intéressaient pas. Il se pencha alors du côté de la justice, du droit, des finances… Le droit, la loi, la justice, il oublia tout de suite. Déjà, ça ne le tentait pas, puis avec son parcours, inimaginable. Les finances, il n'aimait pas les chiffres. Et rester derrière un bureau toute la journée ne le tentait pas. Il était un homme d'action.
Alors le sport peut-être ? Non plus. Il aimait faire du sport, se défouler, s'entretenir même. Mais impensable d'imaginer d'en faire à un niveau professionnel.
Dans la construction ? Bâtiment, usine, travaux publics ou quelque chose comme ça. Non, ça lui rappellerait trop l'usine de sidérurgie. Et puis ça ne lui plaisait pas tant que ça.
Dernière option qu'il voyait. Littérature, ce qui englobait pour lui lettres, langues, philosophie, histoire et géographie, entre autres. Ecrire, ça ne lui convenait pas vraiment. Ecrire son histoire ? Hors de question. Ecrire des histoires ? Il n'était pas du genre à déborder d'imagination. Philosophie, ça ne lui déplaisait pas tant que ça, mais c'était trop dense pour lui, et trop long pour son âge. Géographie, il ne voyait pas d'intérêt à ça. Histoire ? Et apprendre sur la Seconde Guerre mondiale ? Inconcevable.
Il était plongé dans ses pensées quand un ballon manqua de peu son visage. Il se tourna vers la source, et il vit deux élèves, d'environ 13 ans, s'approcher avec un air paniqué.
- Désolé Monsieur, on ne l'a pas fait exprès…
Erik voyait qu'ils avaient peur, de lui. Charles avait sans doute rassuré tout le monde, en disant que l'allemand ne leur ferai rien, qu'il n'avait aucune raison de s'en prendre à eux. Pourtant, s'ils avaient confiance en le professeur, ce n'était pas du tout le cas avec lui. Il les effrayait, pas besoin de savoir lire dans les pensées pour le comprendre. Et ça, cette méfiance, cette crainte, c'est exactement ce qu'il ne voulait plus que les gens ressentent envers lui, surtout des mutants.
- Ce n'est rien, faites attention, répondit-il très calmement.
Il ramassa le ballon, puis leur tendit. Les deux garçons le reprirent et repartir. Mais Erik les stoppa.
- Ça vous dérange si je joue avec vous ?
Il se surprit lui-même quand les paroles sortirent de sa bouche. Mais il le voulait vraiment. Il voulait leur montrer qu'ils ne devaient pas avoir peur, et il voulait faire ce qu'il n'avait pas fait depuis longtemps. Jouer.
- Euh… non, vous pouvez venir, répondit l'un des deux, lui aussi étonné.
L'adulte se doutait qu'une part de ce oui était parce qu'ils ne voulaient pas risquer de le mettre en colère. Et il comprenait leur réaction. Mais il voulait leur prouver qu'il n'était pas le méchant sans cœur que tout le monde croyait. Alors il les suivit. Le petit groupe d'élève était tout aussi surprit quand Erik les rejoignit, et qu'il commença à jouer. Il ne savait pas très bien jouer, n'ayant jamais eu beaucoup de pratique dans le football. Mais il savait taper dans un ballon. Et si l'ambiance était tendue au début, elle s'apaisa au bout de quelques minutes. Certains se moquaient un peu de l'adulte qui ne visait pas très bien. D'autres essayèrent de l'aider à s'améliorer. Erik se mit à rire, à rire de lui-même lorsque les adolescents lui piquaient le ballon. Et tout le monde suivit son exemple, et ils s'amusèrent tous pendant plus de trente minutes. A la grande surprise de tout le monde. Voir un adulte se mêler aux plus jeunes pour jouer au foot n'était pas si commun, mais surtout pas avec Erik Lehnsherr de surcroît. Alors le petit match acquérit de plus en plus de spectateurs.
Raven aussi était interloquée. Elle était dans le bureau de Charles, en train de discuter avec lui. Ils étaient en train de débattre sur ce qu'allait faire Raven. Elle acceptait d'aider pour l'école, mais pas de rester. Elle ne voulait pas venir en aide aux élèves. Elle voulait recruter. Comme son frère et Erik l'avaient fait il y a bien longtemps. Cette perspective-là lui convenait. Elle serait libre d'aller un peu où elle souhaiterai, sans être à nouveau complètement seule. Elle avait horreur d'être seule. Charles avait accepté, et ils étaient en train de mettre au point le déroulement du poste de Raven. Mais elle avait voulu ouvrir la fenêtre, parce que le bureau sentait une odeur de renfermé, de livres, bref, de choses qui ne lui convenaient pas du tout. Et elle aperçu alors Erik.
- Charles, viens voir.
- Un soucis dehors ?
Charles s'approcha de la fenêtre et regardant dans la même direction que sa sœur. Il ne fit aucun commentaire, mais se mit à sourire. Voir Erik heureux comme ça, ça voulait dire beaucoup. Et cela lui réchauffait le cœur. D'un commun accord, ils décidèrent de reporter la discussion à plus tard et allèrent s'ajouter aux spectateurs.
Quand l'allemand les aperçu, il leur sourit. Sans arrières pensées, sans pensées du tout. Il se sentait juste bien. Jusqu'à ce qu'il reçoive le ballon dans le dos. Sortant de sa léthargie, il s'excusa auprès des plus jeunes et rejoignit le professeur et sa sœur.
- Tu veux prendre ma place Raven ?
- Ouais, répondit-elle en souriant.
Puis elle remplaça Erik sur le terrain.
- Tu devrais t'asseoir, tes poumons le demande je crois, dit Charles en souriant.
- Nan, nan ça va aller, rigola doucement Erik.
- Tu t'es retrouvé à la place d'un élève, en apprenant à jouer, dit-il toujours le sourire aux lèvres.
- Ouais. Mais je suis sûr que tu m'aurais mieux appris, fit-il en faisant référence à quand le professeur lui avait appris à développer ses pouvoirs.
- Oh non détrompes-toi, s'amusa-t-il. Je ne sais pas plus que toi jouer au football. En Amérique, on n'y joue pas tant que ça, j'étais plutôt seul enfant. Et en Angleterre, n'étant pas un grand sportif, je ne me mêlais pas à ceux qui y jouaient.
A l'évocation du passé de Charles, le plus vieux perdit son sourire. Ils se regardèrent dans les yeux quelques secondes, avant que l'homme valide ne lui dise qu'ils devaient parler. L'autre acquiesca, et s'éloigna du terrain. Erik le suivit.
- Je suis vraiment désolé Charles. Je n'aurais pas dû, je le sais. C'était vraiment irrespectueux. Je ne voulais pas te mettre mal à l'aise, ou te forcer à me dire tout ça, en quelque sorte.
- Effectivement, tu n'aurais pas dû. Et en effet, j'ai été blessé par ton comportement. Je préfèrerais qu'on ne fasse pas référence à ce que tu y as lu dans l'avenir. Et il va de soit que je ne veux pas que tu en parle à quelqu'un d'autre.
Ils restèrent silencieux quelques instants.
- Mais pour l'instant parle. Je répondrais à tes questions.
- Ça t'aide vraiment d'écrire dans ce journal ?
- Oui. Ça me détend. Je vide un peu mon esprit en le faisant. Je me force à me concentrer sur quelque chose de précis, et ça m'apaise.
- Tu sais que je t'ai toujours trouvé admirable ? Ta manière d'être, ta puissance, que tu arrivais à contenir sans gros problèmes, ta capacité à te sacrifier pour les autres…
- Tu le penses vraiment ?
- Bien sûr. Quoi ? Tu as peur que j'ai à présent une image négative de toi ? tenta de plaisanter Erik.
Charles ne répondit pas.
- Vraiment ? Non, je t'assure que ce n'est pas le cas. Bien au contraire même.
Le professeur se sentait soulagé, mais il ne répondit toujours pas.
- Pourquoi ne pas avoir chercher à développer tes pouvoirs plus tôt pour te protéger d'eux ?
- J'ai essayé, je te l'assure. Mais c'était trop compliqué. Ça a marché d'une certaine manière, mais accélérer leur apparition à été très douloureux. Même plus que ce que mon beau-père me faisait. Alors j'ai arrêté de les forcer et j'ai attendu.
- Tu as subit.
- Ça revient au même.
- Que sont-ils devenus ?
- Mon beau-père est mort il y a quelques années, cancer du foie. Mon beau-frère, je n'en ai absolument aucune idée. Mais je m'en moque complètement.
- Tu n'as jamais voulu te venger ?
- Bien sûr que si. Mais ce n'est pas parce que je fantasme sur une chose que j'essaie toujours de le réaliser. L'un est mort, l'autre loin de moi. Je mène ma vie sans me soucier d'eux. Et c'est mieux ainsi. Je préfère croire au destin, et au karma, que mener une quête de vengeance alors que j'aurai tant de choses à perdre.
Ces mots firent écho en l'allemand. Ils s'étaient arrêtés vers le petit lac, à quelques centaines de mètres de la bâtisse. Des sécurités avaient été mises en place pour ne pas prendre le risque qu'un élève vienne se baigner et se noie. Ils regardaient l'eau onduler.
- Je suis désolé, pour l'école, de ne pas avoir su t'écouter, d'en avoir fait qu'à ma tête, et de t'avoir accusé de tout ça. J'étais juste… aveuglé. J'ai été un connard à te balancer tout ça. Je ne me rends compte qu'aujourd'hui de tout ça.
- Tu t'en est rendu compte seulement quand tu as fouillé.
- Je sais Charles. Mais peut-être que c'est ce qu'il fallait pour me rendre vraiment compte de tout. Bien que ce n'est pas une bonne raison pour l'avoir fait.
- C'est fait maintenant. Tu es sincèrement désolé, je le sais. Je ne veux pas que tu passes ton temps à t'excuser, même si ça change, sourit Charles. En parlant de changement, commença-t-il.
- Ouais. Je suis en pleine… remise en question.
- Si tu as besoin d'aide, tu sais où me trouver.
- Oui, je sais. Merci Charles.
Erik sourit et posa sa main sur l'épaule de Charles. L'invalide garda son regard sur le lac, sentant son cœur doucement se comprimer par le contact que l'autre avait établi. Il n'était pas sûr de vouloir parler de cela, mais l'allemand en avait décidé autrement.
- Pourquoi ne jamais avoir rien dit pour ce que tu ressentais pour moi ?
- Pourquoi je te l'aurai dit ? Comme tu as pu le lire, je ne m'en suis rendu compte qu'après que tu sois parti. Et même si je te l'avais dit, est-ce que ça aurait changé quelque chose ?
- A l'époque, non. Avoir une relation amoureuse était impossible à ce moment.
- Parce qu'aujourd'hui ça l'est ?
- J'ai besoin d'un peu plus de temps je crois. Et surtout de trouver ce que je veux.
Malgré la déception, Charles sourit. Il avait encore de l'espoir, alors qu'il ne devrait pas, il le savait.
- J'aimerai me faire pardonner pour tout ce que je t'ai fait Charles.
- Je t'ai pardonné, tu le sais.
Erik s'accroupi devant le fauteuil et passa sa main sur la nuque du chauve.
- Tu es trop bon Charles. Je veux mériter ton pardon, dit-il en caressant sa nuque.
- Non Erik, tu n'as rien à faire pour. Et encore moins ça, dit-il en retira à contre cœur la main d'Erik. Il ne s'agit pas juste de me remercier pour ce que j'ai fait, pour t'excuser. Non. Je voudrais… j'aurai voulu que mes sentiments soient réciproques. Or je suis bien placé pour savoir qu'on ne contrôle pas ce qu'on ressent pour les autres. Je veux juste qu'on tourne définitivement la page de ce qu'il s'est passé entre nous autrefois, qu'on oublie nos différents. C'est tout.
Sur ces paroles, il fit faire demi-tour à son fauteuil et s'en alla. Erik s'était redressé, et il avait le cœur lourd à le voir partir, et l'entendre parler comme ça. Il ne culpabilisait pas de ne pas ressentir la même chose pour lui. Effectivement ça ne se contrôle pas comme ça. Et puis Charles n'aurait pas voulu qu'il se sente mal pour ça. Pourtant, quelque chose le dérangeait. Il avait envie de le rendre heureux. C'est sur cette pensée qu'il rejoignit le réfectoire, l'heure du repas ayant sonnée.
Charles se tenait devant son miroir. Il était nu, sortant de son bain. La nuit était tombée depuis un petit moment, et il était sur le point d'aller se coucher. Malgré le temps qui passe, il n'arrivait pas à s'habituer à sa nouvelle apparence. Ses jambes, ses cheveux, ses cernes, ses muscles indiscernables. Il avait toujours cette petite de surprise quand il croisait un miroir. A chaque fois il pensait qu'il reverrait l'homme qu'il était avant. Bien portant, le visage heureux, même quand il ne souriait pas. Un corps svelte, avec des muscles très subtilement dessinés. Il n'avait pas été très musclé, mais cela l'avait rendu moins intimidant face aux personnes qu'il approchait. Aujourd'hui il était incapable de faire du sport et son ventre, ainsi que ses cuisses, lui montraient bien la dégradation de son corps. Ses cheveux, doux, soyeux. Il ne faisait pas trop attention à leur état, ils étaient naturellement ainsi, et il y tenait. Mais maintenant, il n'avait même plus à se soucier des cheveux blancs qu'il avait commencé à avoir, qui l'avaient légèrement angoissé. Les années qu'il avait passé à boire et à se droguer, pendant que le manoir tombait en ruine, avait eu raison de son air heureux. Des cernes, qui ne s'effaceraient jamais, des rides sur son fronts. Il vieillissait, et accumulé à tout le reste, c'était plutôt désagréable à voir. Non, il n'était plus le jeune homme séduisant qu'il savait avoir été, et dont il avait de nombreuses fois joué. Il n'était pas horrible, dégueulasse, mais il n'était plus attirant. Lui qui, plus jeune, avait pensé qu'un jour il rencontrerai la bonne personne, qu'ils s'aimeraient et seraient pour toujours heureux. Il avait toujours été d'un genre romantique. Mais aujourd'hui, il se rendait compte que de telles pensées avaient été stupides, même s'il ne lui était pas arrivé tous ces malheurs. Il n'était plus attirant, commençait à se faire vieux. Et amoureux d'un homme qui ne le lui rendrait pas. Non, plus personne ne voudrait de lui comme compagnon, et certainement pas Erik. Au final, dans l'amas de toutes ces imperfections, seuls ses yeux étaient toujours les mêmes. Il savait que beaucoup enviaient leur couleur, et que très peu n'osaient le regarder directement dans ces derniers, parce qu'ils étaient presque hypnotisant. Il les avait hérités de son père. Une des rares choses qui lui restait de lui. Les années auraient beau passer, ses yeux resteront les mêmes. Et il s'accrochait à cette pensée. Il se contentait de l'école, et cela lui suffisait. Il essuya ses larmes et alla se coucher.
